Au pied du sapin…

Cette année, une fois encore, c’est un superbe objet qui m’attendait au pied du sapin !

Ferenc Fricsay était un chef hongrois –naturalisé autrichien– né en 1914 et mort très jeune, en 1963, après une longue maladie. Il commença à diriger très tôt et prit totalement son envol au sortir de la seconde guerre mondiale, où il atterrit à Berlin –pas au prestigieux Philharmonique, mais à l’orchestre symphonique de la radio en secteur américain : RIAS Berlin : un orchestre tout juste créé, et qui vit rapidement arriver des musiciens des grands orchestres de l’est de l’Allemagne : Leipzig et Dresde, en particulier, qui voulaient échapper au contrôle soviétique-.

Il signa alors un contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon, l’étiquette jaune –je vous en avais parlé ici-, dont il fut l’un des artistes majeurs durant la décennie qui suivit, et sans doute le chef le plus enregistré par la marque durant cette époque –il fallait lutter contre le concurrent EMI/HMV, qui distribuait alors Karajan, à peine plus âgé, à la tête du Philharmonia de Londres-.

Réponse_NoëlQuasiment tous les enregistrements réalisés avec son orchestre sont excellents : membres d’un orchestre radiophonique, les musiciens avaient l’habitude de jouer en studio d’enregistrement. Etonnamment, le chef semble un peu moins à l’aise avec d’autres orchestres. On peut peut-être comprendre pourquoi, lorsqu’on le voit répéter : très disert, le chef explique beaucoup, avec une grande courtoisie –la séance de travail avec l’orchestre débute à 3:25 dans ce très instructif document-. Or, le temps passé à expliquer est du temps pendant lesquels les musiciens ne répètent pas, et le temps de répétition, même à l’époque, était compté. Dans les « grands orchestres », les musiciens avaient l’habitude de répéter en longues sessions plutôt que par courts passages entrecoupés d’un long discours.

Par ailleurs, Fricsay fut volontiers victime de quelques cabales dont le petit monde du classique a le secret : à Munich, son poste suivant, on lui reprocha de diriger trop peu, et pas dans l’esprit attendu, de Wagner. A Londres, les anglais, attachés à la tradition instaurée par Beecham, se révoltèrent contre sa manière de diriger Mozart, pourtant magnifique –Mozart et Bartok étaient ses musiciens de prédilection-.

Un bien bel objet de Noël, donc, qui permet en plus de retrouver une grande partie des pochettes originelles ! Et, puisque c’est le volume 1, cela en implique un second : ma liste pour Noël 2015 est d’ores-et-déjà entamée !

4 réponses sur “Au pied du sapin…”

  1. Autre hypothèse sur le peu de réussites (voire les semi-catastrophes) de Fricsay hors de son orchestre : chef permanent et chef invité sont deux métiers différents. Les qualités ne sont pas du tout les mêmes, notamment pour les raisons que tu soulignes, on ne peut pas prendre le temps de travailler le son et le détail de la même façon en invité : tout doit passer dans les gestes pour plus d’efficacité dans la poignée d’heures de répétition (quelquefois un seul service !).

  2. Oui. je pense également que sa maladie l’a pénalisé : les enregistrements postérieurs à 1957/58 sont marqués par une énergie ryhtmique moindre et par une certaine mélancolie. Cela étant, je n’ai jamais entendu de « semi-catastrophe » non plus -mais la majorité des enregistrements que j’ai, pour Fricsay, sont des studios, et c’est en général assez formidable, même si parfois contestable : la 5ème de Beethoven, par exemple-.

  3. Dans ses collaborations occasionnelles, sur le vif, il y a effectivement du vrai déchet, qui laisse envisager que la beauté de ses enregistrements avec la RIAS tient surtout du travail de long terme — ce qui concorde avec ce que tu dis sur sa méthode plutôt « verbale ».

    Par exemple la Deuxième de Brahms avec Vienne, vraiment terne et approximative… Et puis bien sûr l’étrange Fidelio (chœurs en français) avec la Suisse Romande, très désarticulé (et assez moche).

    Je trouve justement qu’il a tiré parti de ce déclinement de ses forces : ses derniers enregistrements avec la RIAS (ses Noces !) sont tout aussi exceptionnels que les précédents, quoique tirant vers plus de mélancolie, c’est très vrai.

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