Dans la courte playlist de ce jour, j’accoste la symphonie n°7, dite « Sinfonia Antartica« , de Ralph Vaughan Williams, issue de la musique qu’il composa pour le film « Scott Of The Antarctic » –cliquer sur l’imagette de l’affiche pour la voir en plus grand-, qui retrace l’histoire tragique de la conquête du Pôle Sud par l’expédition anglaise « Terra Nova » conduite par Robert Falcon Scott en janvier 1912 : il y avait été précédé de cinq semaines par l’expédition norvégienne de Roald Amundsen, qui planta officiellement le drapeau norvégien au Pôle Sud le 14 décembre 1911 à 15:00.
Le film fut un best-seller en Angleterre –troisième au box-office en 1949-, lorsque Scott était encore une figure héroïque dans son pays –statut assez profondément révisé depuis-, tandis qu’Amundsen y était méprisé par pur esprit chauvin : « mangeur de chien », « explorateur professionnel n’ayant rien de chevaleresque »…
Cette histoire passionnante de la conquête du Pôle Sud, dernière partie inexplorée de notre planète à l’entrée du vingtième siècle, sur fond de rivalité anglo-norvégienne, a été remise en perspective à la fin du vingtième siècle. L’admirable travail de préparation de Roald Amundsen pour son expédition, par opposition avec l’entêtement de Robert Falcon Scott, autoritaire et pétri de certitudes, sont désormais mis en avant pour expliquer l’échec de l’expédition anglaise.
Après la sortie du film, Vaughan Williams continua à composer sur le même thème pour aboutir, en 1952, à une oeuvre de dimension symphonique : la Sinfonia antartica –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. L’orchestration de cette oeuvre en cinq mouvements -les deux derniers sont enchaînes- fait appel, outre l’orchestre classique traditionnel, à une soliste soprano qui chante sans paroles, à un modeste chœur de femmes à trois voix et à un large instrumentarium avec orgue, piano machine à vent et un panel varié de percussions. Chaque mouvement également est précédé par une citation écrite sur la partition. Dans certaines interprétations, ces citations sont lues avant chaque mouvement, ce n’est pas le cas pour la version de ce jour, enregistrée par Sir Adrian Boult en 1969.
1er mouvement – Prélude
To suffer woes which Hope thinks infinite, / To forgive wrongs darker than death or night,
To defy Power, which seems omnipotent … / Neither to change nor falter nor repent,
This … is to be
Good, great and joyous, beautiful and free. / This is alone Life, Joy, Empire and Victory!
-extrait de « Prométhée délivré », de Shelley-
Le « thème héroïque » du Prélude constitue le générique de début du film et il apparaît de façon récurrente tout au long de la symphonie de l’ouvrage. Ce mouvement correspond, dans le film, au moment où que les explorateurs se préparentet à la présentation des principaux protagonistes de l’expédition « Terra Nova ». Puis, la musique évoque ensuite les vastes étendues glaciales de l’Antarctique par des percussions –glockenspiel, xylophone et vibraphone-, une machine à vent, le piano et le célesta, des voix funèbres des choeurs et les vocalises sans paroles de la soliste soprano.
2ème mouvement – Scherzo
There go the ships: / And there is that Leviathan / Whom thou hast made to take his pastime therein.
-Psaume 104-
Le scherzo, intitulé «Léviathan», est tiré du passage «Whales» –baleines– de la musique du film lors de l’arrivée du Terra nova dans la Baie des Baleines. Le Scherzo en constitue un remaniement. Les baleines sont incarnées par le cor anglais les vents graves, le tuba et le violoncelle. Sur la banquise, les pingouins sdéfilent au son des clarinettes et des trompettes.
3ème mouvement – Lanscape
Ye ice falls! Ye that from the mountain’s brow / Adown enormous ravines slope amain –
Torrents, methinks, that heard a mighty voice, / And stopped at once amid their maddest plunge!
Motionless torrents! Silent cataracts!
-Hymn Before Sunrise, Coleridge-
La musique provient de la séquence du film où l’expédition de Scott entreprend la difficile ascension d’un glacier géant –Glacier Beardmore-. La musique évoque la lente et pénible avancée des explorateurs à travers les masses de glace mouvantes. Ce mouvement est celui qui utilise l’instrumentarium le plus varié, sur une très large plage dynamique, y compris un fortissimo d’orgue.
4ème mouvement – Intermezzo
Love, all alike, no season knows, nor clime, / Nor hours, days, months, which are the rags of time.
The Sun Rising, Donne-
L’Intermezzo est tiré du passage du film où les explorateurs évoquent avec nostalgie leurs familles qui les attendent à la maison –solo de hautbois accompagné d’accords de harpe, puis par un violon soliste.-. A la fin du mouvement, les cloches graves et la très douce musique qui suit correspondant dans le film à la mort du capitaine Oates, qui, sur le chemin du retour, souffrant de gelures aux pieds, se laissa mourir de froid pour ne pas retarder l’expédition en quittant sa tente, de nuit : »Je vais simplement sortir et ce la pourrait prendre un certain temps ».
5ème mouvement – Épilogue
I do not regret this journey … We took risks, we knew we took them; things have come out against us, and therefore we have no cause for complaint.
-Journal de R.F. Scott-
Malgré l’héroïsme de la marche –le thème de la musique de cette marche est construit et développé à partir du thème héroïque du prélude-, le blizzard engouffre Scott et ses deux derniers compagnons. Avant de mourir, Scott prend le temps de rédiger une dernière note dans son journal : « It seems a pity, but I do not think I can write more – R. Scott – For God’s sake look after our people. » –« C’est malheureux, mais je ne pense pas pouvoir écrire davantage. R. Scott. Dernière entrée : Pour l’amour de Dieu, veillez sur nos familles »-.
La Sinfonia Antartica s’achève dans la désolation de ce paysage de banquise désormais vide de toute vie.

