Playlist « Revalorisons de vieilles cires… »

Longtemps, le Beethoven de Wilhelm Kempff m’a résisté, et notamment sa vision tranquille et poétique de ses sonates, dont il livrait une vision que je jugeais régulièrement un peu trop harmonieuse et sage, à rebours, me semble-t-il du tempérament tempétueux que l’on attribue généralement au compositeur. Par ailleurs, j’avais découvert son interprétation des concertos pour piano dans sa version « tardive » des années 60 avec Ferdinand Leitner, pas le plus palpitant des accompagnateurs… Elle est beaucoup moins passionnante que celle écoutée ce jour ! De fait, l’écoute de la-playlist de ce jour m’a amené à réviser quelque peu mon jugement antérieur quant au Beethoven de Wilhelm Kempff, très largement salué au demeurant par la quasi-totalité des musicographes de la presse spécialisée, depuis des décennies -j’ai donc des goûts bizarres depuis longtemps…-. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

Ludwig Van Beethoven
Sonates pour piano n°7, 8 « Pathétique » , 10 & 12 « Marche Funèbre »
Wilhelm Kempff – 1952 ****

Sonates pour piano n°15 « Pastorale », 18 et 25
Wilhelm Kempff – 1960 (15), 1965 ****

Les sonates pour piano écoutées ce jour, datant de la jeunesse ou de la prime maturité de Beethoven, me semblent être celles qui correspondent le mieux à la vision poétique du pianiste. Ici, point trop de brusques changements d’humeur, une certaine forme d’harmonie presque paisible règne, et je peux comprendre que tant de mélomanes soient attachés à cette vision très poétique.
Très généralement, la main droite est très belle, la main gauche, à mes oreilles, manque un peu de vraie puissance et de fermeté, et de surcroît n’est pas du tout favorisée par la prise de son, en particulier dans la seconde intégrale des années 60 –même si le remastering du BluRay audio arrange un les choses en la matière-. Cela a moins d’incidence dans ces sonates, où le discours est moins exigeant techniquement que dans l’Appassionata –n°23– ou la Hammelklavier –n°29– : dans mon souvenir, ce ne sont pas vraiment des réussites sous les doigts du pianiste allemand, mais il faudrait que je réécoute pour confirmer ces réminiscences… Dans tous les cas, Kempff est relativement avare en matière de reprises.

•  Concertos pour piano n°1,2 et 3
Wilhelm Kempff, piano ; Orch. philh. de Berlin, Paul van Kempen – 1953 *****

Les concertos pour piano, dans cette intégrale de 1953 très bien enregistrée, sont en revanche d’indéniables réussites ! Le pianiste les a réenregistrés une décennie plus tard avec bien moins de succès : ici, tout est réalisé avec beaucoup de naturel et de finesse, le dialogue avec l’orchestre est l’un des plus beaux que je connaisse, et les deuxièmes et troisièmes mouvements de ces concertos sont exquis de grâce, de volubilité et de tendresse dans ces interprétations –les premiers sont très bien aussi, mais un peu moins marquants-. Les cadences, pour chaque concerto, sont des créations originale de Wilhelm Kempff, ce qui n’est pas si souvent le cas en définitive : on joue très fréquemment celles écrites par le compositeur. L’ensemble constitue vraiment une très belle réussite.

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En 2026, les vieux ont encore la côte !

Alors qu’en France, un potentiel conflit de génération semble virer quasiment à une guerre civile entre «boomers privilégiés» d’un côté et «jeunes fainéants pas assez actifs» et «assistés» de l’autre sur fond de débat sur les retraites, ailleurs dans le monde, les vieux conservent une côte élevée : c’est, notamment, le cas dans cette playlist, composée d’albums sortis en 2026 et réalisés par des octogénaires : de vrais boomers en puissance !Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Paul McCartney – The Boys Of Dungeon Lane – 29 mai 2026 ****
• The Rolling Stones – Foreign Tongues – 10 juillet 2026 *****
• Deep Purple – Splat ! – 3 juillet 2026 ****

 

Si l’album de Paul McCartney entretient à fond une forme de nostalgie –que le compositeur avait déjà cultivée dès 1967 dans le fameux « Penny Lane »– et que la voix du chanteur est parfois fatiguée par le poids des ans, les deux albums des Rolling Stonesextrait 1– et Deep Purpleextrait 2– sont d’une belle énergie juvénile et très rock, et la voix de Mick Jagger, comme celle de Ian Gillan ne semblent guère vieillir : certains jeunes n’ont qu’à bien se tenir ! Les Rolling Stones et Paul McCartney partagent par ailleurs le même producteur, le jeune Andrew Watt, multi-instrumentiste de talent qui n’a même pas encore atteint la moitié de leur âge…

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Playlist « Neue Wiener Schule »

Dans le prolongement de la séance lyrique de dimanche dernier, consacrée au Gurre-Lieder de Schönberg, je me suis attaché dans cette playlist à une anthologie orchestrale des trois compositeurs de la Nouvelle École de Vienne, Arnold Schönberg et ses deux principaux disciples, Alban Berg et Anton Webern -la première « trilogie viennoise réunissant Joseph Haydn, Wolfgang A. Mozart et Ludwig van Beethoven-. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

• Arnold Schönberg – Die verklärte Nacht ; Pelleas und Melisande
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert von Karajan – 1974 *****

En 1974, Herbert von Karajan enregistra une large anthologie de pièces orchestrales des trois compositeurs de la Nouvelle École de Vienne. Ce projet fut jugé a priori si peu rentable par l’éditeur Deutsche Grammophon que le chef l’autofinança. Le coffret remporta un succès inattendu et Karajan –dont aucun album n’a jamais été vendu à moins de 50 000 exemplaires lors de sa sortie, chiffres qui font rêver désormais dans le monde classique– n’était pas peu fier d’annoncer assez rapidement que l’empilement des coffrets vendus –4 LP– était formait une tour plus haute que la Tour Eiffel ! Il faut dire que la production en fut très soignée, que les illustrations des pochettes des disques parus individuellement étaient magnifiques et que les interprétations du chef et de son orchestre sont extraordinairement léchées et inscrites dans une veine post-romantique qu’on n’attendait pas forcément de ces oeuvres. Si le chef n’enregistra plus, par la suite, de pages de Berg ou Webern, il joua fréquemment en concert, et jusqu’à tard dans sa carrière, « La nuit transfigurée » de Schönberg, une pièce qu’il aimait particulièrement et dont il donnait des interprétations virtuoses et hyper-romantiques.

• Anton Webern – Anthologie orchestrale
Passacaille ; Im Sommerwind ; Six pièces pour orchestre op.6 ; Cinq pièces pour orchestre op.10 ; Symphonie ; Variations ; Concerto pour 9 instruments
Staatskapelle de Dresde, Giuseppe Sinopoli – 1996 *****
L’album fait partie d’un coffret anthologique « Schönberg, Berg, Webern » de 8 CD enregistrés entre 1995 et 1998 par Giuseppe Sinopoli et la Staatskapelle de Dresde – EMI, 2008

Giuseppe Sinopoli, chef génial mais parfois controversé de son vivant –de nombreux musiciens d’orchestre le dénigraient mais le demandaient pourtant car il était très « bankable »…-, s’inscrit dans la même veine hyper-romantique que Karajan pour interpréter les compositeurs de la Nouvelle École de Vienne, et bénéficie lui aussi, avec la Staatskapelle de Dresde, d’un orchestre de tout premier ordre. Les albums qu’il en a proposé, tous de très haut niveau et très bien enregistrés –ça compte énormément pour cette musique– ont été mis en coffret en 2008, disponible à tout petit prix -de mémoire : moins de 20 euros- et atteignant désormais des tarifs indécents en occasion !

 

• Alban Berg – Suite orchestra « Lulu » – 3 pièces pour orchestre op.6
Orchestre symphonique de Londres, Claudio Abbado – 1971 ****

Tout jeune fonctionnaire-stagiaire salarié –j’ai eu cette chance…-, je m’étais offert dès sa sortie, en 1985, un somptueux coffret de dix 33 tours consacrés à l’oeuvre complète d’Alban Berg –des trois compositeurs de la seconde école de Vienne, il est le plus accessible-, magnifiquement illustré par des tableaux d’Egon Schiele très bien reproduits sur les pochettes. Comme, de plus; « Wozzeck » faisait partie de la liste des opéras étudiés dans l’UV d’histoire de la musique que je suivais, j’ai pu approfondir ce magnifique opéra –version de Karli « Sac de patates » Böhm– plus que de raison !
Ce superbe coffret intégral –cf. imagette de droite– comprenait notamment une réédition du présent album de Claudio Abbado, très bien mais pas aussi aboutie que sa version ultérieure avec l’orchestre philharmonique de Vienne. Lorsque j’ai revendu, quelques années plus tard, l’ensemble de ma discothèque vinyle, je dois dire que les très belles pochettes de ce coffret m’ont plus manqué que la musique des disques, dont j’ai racheté une grande partie en CD !

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Playlist nocturne disparate mais sombre

Dans l’interminable série dont la fin n’est pas programmée « Mes nuits sans dormir… », voici une playlist nocturne plutôt disparate, dont l’unique point commun est que chacun des albums qui la composent sont de tonalité relativement sombre : c’est bien-là son seul fil conducteur ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• D.A.F – Alles ist gut – 1981 *****
• Rammstein – Herzeleid – 1995 ***
• Massive Attack – 2010 ****

J’ai toujours aimé l’album de D.A.FDeutsch-Amerikanische Freundschaft, soit amitié germano-américaine-, acheté en vinyle quasiment à sa sortie puis racheté en CD beaucoup plus tard, aux musiques extrêmement rythmée –le groupe n’est composé que d’un chanteur et d’un batteur issu du monde classique– et aux paroles volontairement provocatrices –les deux musiciens sont issus de la gauche, très radicale pour le chanteur : précisions importante pour ceux qui auraient pensé que Der Mussolini est un hymne au fascisme…-.

Le au premier album de Rammstein, « Herzeleid », soit « Peine de coeur », pose les bases de leurs deux très bons albums suivants –on peut ensuite, à mon avis, oublier les autres albums studio-, mais n’est pas encore tout-à-fait au même niveau.
J’ai découvert le dernier album de cette playlist, « Heligoland » de Massive Attack, à peu près à l’époque de sa sortie. Je l’avais beaucoup apprécié, au point de l’acheter : c’est vous dire ! C’est l’unique album que je connais de ce groupe dont je ne sais par ailleurs pas grand-chose –il est classé parmi les groupes de Tri Hop-, je ne l’écoute pas très souvent, mais continue à l’apprécier à chaque fois.

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Chouette version originale, jolie copie !

David McWilliams – The Days Of Pearly Spencer

J’ai retrouvé une vieille chose –décidément, 1967 fut une très grande année en matière de Pop Music, tant d’excellents disques sortirent cette année-là !-, presqu’aussi vieille que moi à un an près, et qui connut un immense succès en son temps en France, mais pas en Angleterre ni en Irlande, son pays d’origine ! Comme quoi, parfois, les Français ont du goût en matière de Pop Music ! Voici donc, tout d’abord, la version, dans cette petite vidéo.

Et voici maintenant la copie, très réussie à mes oreilles, réalisée en 1988 par l’excellent et bien trop peu connu groupe français The Vietnam Veterans, parue sur un disque compilation « posthume », le groupe s’étant séparé avant sa sortie…

 

Playlist « Charcutages et amputations »

Evidemment, avec une appellation pareille, cette playlist semble peu ragoûtante ! Elle doit son titre au fait que les oeuvres qui la composent ont été plus ou moins atrophiées par des coupures forcément malvenues, telles qu’on les concevait encore jusqu’au milieu du 20ème siècle, pour de mauvaises raisons pratiques ou artistiques ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Richard Wagner – Die Walküre, acte II
Fuchs, Hotter, Lehmann, Melchior, Klose, List, Flesh, Berger
Orchestre de l’opéra de Berlin, Bruno Seidler-Wikler, scènes 1, 2 et 4 – 1938 *****
Orchestre philharmonique de Vienne, Bruno Walter, scènes 3 et 5 – 1935 *****

Ce monument de l’histoire du disque est malheureusement amputé –crime impardonnable– d’une grande partie de la longue anamnèse de Wotanacte 2, scène 2-, longtemps considérée comme un « tunnel » scénographie -et cependant essentiel pour comprendre le rôle de Wotan– et assez largement coupée sur les scènes du monde entier –sauf à Bayreuth– et, pour la mise en 78 tours, dans les premiers enregistrements de cet acte, beaucoup moins populaire que les deux autres-.
C’est regrettable : d’une part, parce que ce long passage, qui oscille entre chuchotements introspectifs et colère rentrée fait partie de mes passages préférés du «Ring des Nibelungen » et d’autre part parce que dans cette version, on trouve le premier témoignage enregistré du rôle de Wotan par Hans Hotter –un rôle qu’il a chanté plus qu’aucun autre jusqu’au milieu des années 60, qu’il a marqué à jamais de son empreinte et pour lequel il reste inapproché-, ici à 29 ans : et c’est, déjà, proprement fabuleux ! Tout le reste de cet acte « en kit » -je vous ai dit pourquoi ici– est d’un remarquable niveau de qualité.

• Serge Rachmaninov – Symphonie n°2
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1954 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

La deuxième symphonie de Serge Rachmaninov fut, durant plusieurs décennies et avec l’aval du compositeur, interprétée dans des versions coupées, parce qu’il craignait qu’elle connût un sort aussi peu enviable que sa première –un « four » monumental à sa création-. Ces coupures représentent une dizaine de minutes –la symphonie, dans son intégralité telle qu’elle est proposée de nos jours, dure une petite heure-.
La version de William Steinberg, la toute première enregistrée à ma connaissance, constitua très longtemps une référence des catalogues internationaux. Le chef semble avoir eu une affection particulière pour l’oeuvre, qu’il réenregistra, avec le même succès critique mais toujours avec des coupures, pour le label Capitol Records en 1961. Dans les deux cas, l’orchestre de Pittsburgh se couvre de gloire et les conditions techniques –ici, une mono très large d’image et bien timbrée–   s’avèrent remarquables pour leurs époques respectives.
L’imagette de droite –cliquer pour la voir en plus grand, c’est en Anglais très accessible– vous propose la critique parue dans la revue Gramophone en juin 1955, lors de la parution de ce disque en Angleterre -je n’en ai pas trouvé trace dans les archives françaises, malheureusement incomplètes…-. Il est étonnant que William Steinberg, dont les disques connurent régulièrement un très grand succès critique en leur temps, ait ensuite été « oublié » jusqu’à sa « redécouvert » en 2011 avec la sortie du gros coffret EMI Icon.

 

• Reinhold Glière – Symphonie n°3 « Ilya Mourometz »
Orchestre symphonique de Houston, Leopold Stokowski – 1958 ****
Extrait du coffret anthologique de 10 CD « Leopold Stokowski, The Maverick Conductor » – EMI, 2009

La troisième symphonie de Reinhold Glière –compositeur russe comme son nom ne l’indique pas…– est une oeuvre à programme décrivant les exploits d’Ilya Mourometz, le bogatyr le plus célèbre de la mythologie de la Rus’de Kievla Russie ancestrale-. Il s’agit d’une symphonie pléthorique et foisonnante d’idées, d’une durée un peu supérieure à une heure, dont les premières versions enregistrées présentait un nombre de coupures plus ou moins aléatoires pour la faire tenir en environ 40 à 50 minutes, soit deux faces de 33 tours.
Cette version de Stokowski, la deuxième à avoir été enregistrée après celle de Ferenc Fricsay en 1956, est celle qui présente les coupures les plus nombreuses –connaissant ce chef, ces « tripatouillages » étonnent peu, et encore moins dans cette symphonie-, mais on ne s’en rend guère compte si on ne connaît pas l’oeuvre intégrale telle qu’elle est régulièrement proposée de nos jours, qui peut même paraître longuette entre de mauvaises mains… Ici, malgré un orchestre qui n’est de loin pas le meilleur orchestre américain, le chef fait sonner l’oeuvre de mille feux rutilants, ce qui sied parfaitement à son propos.

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Playlist « Brahms à l’ancienne & à l’américaine »

Après Bruckner, Brahms ! Peu me chaut l’ordre alphabétique, je préfère généralement le premier au second, sauf en ce qui concerne les concertos pour piano ! Normal me direz-vous, Bruckner, qui était organiste, n’a rien composé pour le piano –on peut faire abstraction de son recueil d’apprenti-compositeur, le Kitzler Studienbuch– ! La playlist de ce jour propose des enregistrements d’origine américaine, gravés dans les années 50 ou au tout début des années 60, et qui firent tout d’abord les beaux jours des discophiles d’Outre-Atlantique, avant de faire les miens : j’aime beaucoup ces interprétations de Brahms, musicien que je ne consomme qu’avec modération…

Quasiment tous les artistes de cette playlist –Leon Fleisher en est l’exception– viennent d’Europe, où ils avaient entamé leur carrière –Allemagne pour Steinberg, Tchécoslovaquie pour Firkusny, Hongrie pour Reiner et Szell– et ont été naturalisés américains durant la guerre ou immédiatement après. Les trois chefs, tous nés à la fin du 19ème siècle, trouvèrent en Amérique des orchestres remarquables et s’inscrivent dans la lignée des « chefs objectifs » popularisée par Arturo Toscanini, qui était alors très en vogue aux États-Unis. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°1
Rudolph Firkusny, piano ; orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Le premier concerto pour piano de Brahms est sans doute l’oeuvre que je préfère du compositeur, et cette version de l’oeuvre fait partie des très bonnes interprétations et s’avèrent très complémentaires des meilleures versions européennes, souvent plus massives du côté de l’orchestre. Ici, fidèle à lui-même, Steinberg se montre vif-éclair, rigoureux et transparent et son association avec Rudolf Firkusny, au jeu fin, élégant mais non dénué de poigne –c’est nécessaire pour ce concerto– s’avère une grande réussite : à la même époque, les deux compères enregistraient également une remarquable interprétation du 5ème concerto « L’Empereur » de Beethoven.
William Steinberg, aimable et doté d’un grand sens de l’humour, fut souvent décrit comme « Un Reiner ou un Szell avec du coeur ».

• Johannes Brahms – Symphonie n°3
Orchestre symphonique de Chicago, Fritz Reiner – 1958 *****

Fritz Reiner fut sans doute le plus grand « dictateur de la baguette » : un chef qui ne souriait jamais et tyrannisait régulièrement ses musiciens afin d’en tirer le meilleur. Peu patient, il était également capable de renvoyer rapidement les musiciens d’orchestre qui ne lui convenaient pas : à Pittsburgh, où il précéda William Steinberg, il avait, en dix ans, renvoyé plus de la moitié des musiciens…
Nonobstant ces petits travers –sic-, ces disques sont d’un très haut niveau –et d’un très haut niveau technique, puisqu’il bénéficia du procédé « Living Presence » de RCA-, et cette troisième symphonie de Brahms n’échappe pas à cette règle ! La perfection a un prix !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°2
Leon Fleisher, piano ; Orchestre de Cleveland, George Szell – 1962 ****(*)

Une autre association gagnante : celle du brillant pianiste américain Leon Fleisher, vainqueur à 24 ans du concours de piano de la Reine Elisabeth et du chef de l’orchestre de Cleveland George Szell –encore un chef sympathique qui ne rigolait jamais…-, qui enregistrèrent avec beaucoup de succès l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven et celle de Brahms, ainsi que les concertos pour piano de Schumann, de Grieg et le 25ème concerto de Mozart. Cette association fructueuse fut malheureusement interrompue par la paralysie progressive de la main droite de Leon Fleisher, dont il perdit l’usage en 1964 du fait d’une dystonie focale.
Tous les disques enregistrés par le couple Fleisher / Szell- Cleveland sont de premier ordre et ont bénéficié de rééditions soignées en CD. Quasiment à la même époque, Emil Gilels enregistrait ce même concerto avec l’orchestre de Chicago et Fritz Reiner : une version magistrale qui aurait presque pu figurer dans cette playlist !

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Playlist « Bruckner à l’ancienne & à l’américaine »

Longtemps, Anton Bruckner eut mauvaise presse en France, ses symphonies étant jugées par les musicographes locaux, au mieux trop longues, au pire boursouflées et terriblement ennuyeuses. Quant au compositeur, lui-même était considéré comme un paysan autrichien naïf, bigot et mal dégrossi -je n’exagère pas-. Lorsque je l’ai découvert, dans la première moitié des années 80, sa perception avait heureusement évolué de manière beaucoup plus positive et la discographie de ses symphonies commençait à s’enrichir, même si elle n’était pas -encore- pléthorique.

En revanche, Anton Bruckner fut très tôt tenu en très haute estime en Allemagne, en Autriche et dans toute la sphère anglo-saxonne. Aux États-Unis, William Steinberg, véritable précurseur dans ce pays où il s’était exilé pour fuir le nazisme, enregistra avec son orchestre de Pittsburgh la quatrième symphonie aussi tôt qu’en 1956, puis la septième symphonie un peu plus tard, en 1968. Avec l’orchestre symphonique de Boston, il grava également en 1970 une remarquable sixième symphonie du compositeur autrichien, qui ne figure pas dans la présente playlist.
Autre chef allemand exilé aux États-Unis du fait du national-socialisme, Bruno Walter, disciple de Mahler qui fut lui-même un élève de Bruckner, fut également, très tôt, un excellent interprète du compositeur autrichien. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Anton Bruckner – Symphonie n°4 « Romantique »
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Cette symphonie, qui fut la première du compositeur à connaitre le succès et reste la voie d’accès la plus aisée pour le découvrir, fut remaniée moultes fois par Bruckner pendant près d’une décennie. William Steinberg opte pour la version dite « de 1881 », qui est la plus communément jouée. L’interprétation du chef contredit la réputation de « lenteurs et longueurs brucknériennes » : elle justifie son sous-titre « Romantique » en se montrant vive et contrastée –un peu à la manière d’un Volkmar Andrae, mais avec un orchestre de bien meilleure qualité et qui joue juste, note perfide du rédacteur-, très narrative et poétique. La prise de son –une mono très large– est très bonne pour son âge, même si les timbres manquent un peu de distinction. Bref : une très belle version, très complémentaire des meilleures versions européennes, et, à mes oreilles, au même niveau.

• Anton Bruckner – Symphonie n°7
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg, 1968 *****
Extrait du coffret anthologique de 17 CD « William Steinberg. Complete Command Classics Recordings » – DGG, 2023

Passé totalement inaperçu au moment de sa sortie, en 1970, du fait d’une distribution erratique des disques du label Command Classics, ce disque a été récemment réédité dans de bonnes conditions techniques par Deutsche Grammophon au sein d’un coffret dont je vous parlais un peu ici. Le coffret en général et ce disque en particulier ont aussitôt recueilli les louanges de l’ensemble de la presse spécialisée, en France et partout ailleurs. Les tempi sont parmi les plus vifs de la discographie sans précipitation cependant dans les climax à la manière d’un Jochum par exemple, autre note perfide du rédacteur…– , mais la fluidité du discours ne nuit pas au lyrisme de l’oeuvre et l’orchestre joue merveilleusement bien.
Les disques Command Classics proposaient, de surcroit, d’excellents enregistrements, malheureusement saccagés par des pressages vinyles très médiocres : leur réédition en CD leur rend désormais toute leur beauté originelle !

• Anton Bruckner – Symphonie n°9 « dédiée Au bon Dieu »
Columbia Symphony Orchestra, Bruno Walter – 1959 ****(*)

La dernière symphonie de Bruckner, dont la dédicace porte « dem lieben Gott » –le bon dieu-, est inachevée. Le compositeur, malade, passa les deux dernières années de sa vie à essayer, en vain, d’écrire un dernier mouvement. Elle se termine donc par un formidable mouvement lent, un adagio introspectif et méditatif d’une grande ferveur spirituelle –à partir de 35’39 sur la vidéo-, parfaitement retranscrite par Bruno Walter et le Columbia Symphony Orchestra, orchestre de cachetonneurs issus d’autres orchestres américains –principalement New York et Los Angeles, selon le lieu de l’enregistrement– et épisodiquement réunis pour des enregistrements pour le label Columbia.
Très belle version –même si le début du premier mouvement manque un peu de puissance tellurique à mes oreilles-, malgré une prise de son qui n’est pas formidable, pincée et un peu sèche, comme souvent à cette époque chez CBS.

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Mise en boîte post-caniculaire… (Basse)

Geraldine & John – Joe Jackson

Avec la canicule, je passe mon temps à ré-accorder ma basse plusieurs fois par jour -et encore plus ce week-end, où s’était installée une sorte de climat quasi-tropical-, alors que généralement, les cordes tiennent l’accord plusieurs jours sans difficulté…

Je vous parlais récemment de Joe Jackson, cet artiste singulier, qui a évolué d’une new wave post-punk extrêmement bien écrites à la fin des années 70 et au tout début des années 80 pour développer ensuite des compositions nettement plus complexes et variées.

Au sein du groupe qui l’accompagnait pour ses premières albums, Graham Maby était un bassiste inventif, qui a proposé quelques jolies lignes de basse, dont certaines ne sont pas excessivement difficiles et sont plutôt agréables à jouer. C’est le cas avec «Geraldine & John», l’une de mes chansons préférées de Joe Jackson, tirée de son album « I’m The man », paru en 1979.

La chanson raconte, sur un rythme de reggae et avec une pointe d’ironie, l’histoire, qui finit mal, du couple heureux et inséparable, mais surtout adultérin, formé par Geraldine et John… Vous pouvez en trouver les paroles ici.

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