Playlist « Noir & Blanc au féminin »

Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Johann Sebastian Bach – Variations Goldberg
Simone Dinnerstein, piano – 2007 *****

L’enregistrement des « Variations Goldberg » par la pianiste américaine Simone Dinnerstein –prononcer DinnerSTINE au risque de vous faire engueuler par le petit timonier May-Lang-Chong– fit grand bruit à sa sortie, Telarc ayant récupéré les bandes de cet enregistrement auto-financé par une pianiste alors totalement inconnue. Son disque se vendit formidablement bien ! Passé ce tapage médiatique, la pianiste est retombée dans un oubli relatif : elle a peu enregistré, et le label Telarc a été racheté ; elle enregistre désormais sporadiquement pour Sony. Mais ce qui reste, à savoir cet album, mérite de demeurer dans les mémoires : c’est d’une beauté méditative extrêmement réfléchie, nuancée et subtile. Une superbe version de ces variations au piano, douce et reposante ! –Extrait 1

• Frédéric Chopin – Valses
Alice Sara Ott, piano – 2010 ****

Je n’écoute que rarement des pièces pour piano de Frédéric Chopin, ayant toujours entretenu un rapport lointain avec ce compositeur. Pourtant, ses valses sont des compositions brillantes et faciles d’accès –pour l’auditeur : c’est une autre paire de manches pour le pianiste…-.
Elles bénéficient en 2010 d’une interprétation glorieuse sous les doigts d’Alice Sara Ott, tout juste sortie de l’adolescence. Il s’agit du deuxième disque de la jeune pianiste, remarquablement talentueuse. Le premier était consacré aux « Douze études d’exécution transcendante » de Franz Liszt : ça vous pose le niveau… La carrière discographique de cette brillante artiste s’est poursuivie avec le même succès avant d’être malheureusement mise en sommeil du fait de la grave maladie -SEP- de la pianiste. –Extrait 2-.

• Erik Satie – Pièces pour piano
France Clidat, piano – 1982 *****
Extraits du coffret de 3 CD « ‘Erik Satie. Oeuvres pour piano » – France Clidat – 1982, Forlane-

France Clidat est une grande pianiste, un peu oubliée de nos jours –elle est décédée en 2013-, qui connut son heure de gloire internationale, au tournant des années 70, en réalisant la première « intégrale » enregistrée des oeuvres de Franz Liszt, en plusieurs coffrets thématiques représentant une trentaine de 33 tours –il s’agit plutôt d’une très large anthologie que d’une intégrale : les transcriptions et les paraphrases n’y figuraient pas-.
Autant dire que les petites pièces d’Erik Satie, d’une envergure technique nettement moindre, ne pouvaient pas lui faire peur… De bien belles versions qui m’étaient sorties de l’oreille depuis longtemps, et dont je ne me souvenais qu’elles étaient aussi réussies, dans une optique très « grand piano » que l’on n’entend pas souvent dans ces oeuvres. Le livret de ce petit coffret est lui aussi de très bonne tenue et l’ensemble fut récompensé, en 1984, du grand prix du disque de l’académie Charles Gros.

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Playlist « Précis de perversité pianistique »

Glenn Gould, pianiste canadien, a construit sa propre légende autant par ses interprétations aussi perverses que fascinantes que par ses routines quotidiennes excentriques et pour le moins bizarres.

Terrifié par les microbes et hypocondriaque notoire, il se nourrissait d’une grande quantité de gélules et portait invariablement des pulls épais, un manteau et des gants –ou des mitaines en se mettant au piano-, y compris en été, par crainte des courants d’air. Devant son piano, il était assis sur une chaise d’une hauteur de 36 centimètres, fabriquée par son père, totalement percée au niveau du siège –selon lui par un employé d’aéroport indélicat– et d’un inconfort absolu. Il avait appris le piano avec sa mère, professeur de chant, qui lui faisait chanter les notes qu’il jouait : il ne se départit jamais de cette habitude, et les disques portent le témoignage de ses « vocalises » parfois bruyantes au piano… Pour rester concentré, il étudiait les partitions dans un environnement sonore assourdissant: radio ou télévision à fond ! –Cliquer sur l’imagette pour la voir en plus grand-.

C’est ce pianiste excentrique, connu notamment pour ses interprétations de Bach, qui est à l’honneur dans la playlist de ce jour –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Beethoven – Variations pour piano WoO. 80 ; op.34 & op.35 « Eroica »
Glenn Gould, piano – 1967 ; 1970 ***(*)

• Mozart – Sonates pour piano n°11 ; 14 & 18
Glenn Gould, piano – 1970 – 1973 – 1974 ***

• Beethoven – Sonates pour piano n°15 ; 17 ; 23 ; 29 ; 32
1979 – 1971 – 1967 1970 – 1956 **/***(*)

Pour établir en quelque sorte des auto-critiques de ses disques et justifier leur contenu parfois très éloigné des interprétations « habituelles », le pianiste canadien avait endossé le rôle de plusieurs personnages qu’il pensait représentatifs du monde de la musique classique : un critique britannique : Sir Nigel Twitt-Thornewaite ; un trublion américain : Theodore Slutz ; un musicologue allemand : Karlheinz Klopweisser… Sous ces identités, il écrivait des notes de pochette toujours intéressantes mais côtoyant régulièrement le bizarre, voire des critiques négatives de ses propres albums.

Pour Mozart, Glenn Gould imagina un dialogue fictif entre le compositeur et un pianiste, manière pour lui d’interroger ses interprétations, jugées pour le moins bizarres, des sonates du compositeur. C’était en même temps le meilleur moyen d’évoquer Mozart comme il l’entendait, à savoir un compositeur banal, maladroit et presque idiot. Ainsi, Mozart serait mort trop vieux, ses dernières oeuvres n’ayant guère d’intérêt : « du remplissage décoratif sans aucun intérêt contrapuntique ».

« Lorsque des générations d’auditeurs […] ont trouvé que des épithètes telles que « léger », « facile », « frivole », « galant » ou « spontané » s’appliquaient à [sa] musique, il n’est pas inutile de se poser au moins la question de la raison de ces attributions, qui ne sont pas forcement nées d’un manque de sensibilité ou de charité».

Disons-le tout net : je n’aime guère ces oeuvres généralement –hormis quelques versions très idiosyncrasiques de Gilels ou de Pogorelich– et personnellement, j’apprécie plutôt l’interprétation du pianiste canadien, qui, triturant les tempos –très contrastés– et manipulant les indications dynamiques des partitions, contribue à rendre ces sonates moins ennuyeuses, plus intéressantes et moins anodines en définitive qu’elles ne le sont habituellement. –Extrait 1-.

Concernant Beethoven, que le pianiste approcha avec prudence après le lourd échec critique du disque consacré aux trois dernières sonates, la situation est différente, et Glenn Gould se montre à la fois plus respectueux ou, lorsqu’il veut se montrer plus orignal, peu en réussite : sonate n°23 « Appassionata » lente et dénervée par exemple ; sonate n°32 aux tempi hypercontrastés dans le 1er mouvement –extrait 2-…
Les sonates « médianes  » sont les plus réussies –la sonate n°17 a été enregistrée en de multiples sessions sur deux décennies !!!-, de même que les deux séries de variations op.34 et op.35, malgré des tempi généralement très lents, mais où le pianiste retrouve l’univers contrapuntique qui lui sied.
A contrario, la sonate qui aurait a priori dû lui convenir le mieux –la n°29 « Hammerklavier »-, semble lui échapper complètement, y compris dan sa fugue. Glenn Gould pensait que l’oeuvre était « ingrate » pour un pianiste, car son écoute ne rendait pas suffisamment compte de son extrême difficulté !
Pour autant, si l’ensemble reste assez plaisant, ce n’est pas du meilleur Beethoven. A ce titre, sa plus belle réussite dans une oeuvre du compositeur est, à mes oreilles, son interprétation de la 5ème symphonie dans sa transcription pour piano de Liszt.

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Playlist « Franco-française »

Comme son nom l’indique, la playlist de ce jour fait la part belle aux compositeurs français, dans des interprétations d’artistes français eux aussi. Vais-je pour autant trouver la clé de « l’esprit français » ? –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Claude Debussy – La mer
Orchestre de Cleveland, Pierre Boulez – 1995 ****

« La mer » est un ensemble de « trois esquisses symphoniques » composées par Claude Debussy entre 1903 et 1905 : 1. De l’aube à midi sur la mer – 2. Jeux de vagues – 3. Dialogue du vent et de la mer. Il s’agit de l’oeuvre orchestrale la plus connue du compositeur, et un excellent moyen d’aborder ce compositeur, même si le « Prélude à l’après-midi d’un faune » me semble encore plus facile d’accès. Ce sont d’ailleurs les deux seules oeuvres orchestrales que j’écoute régulièrement chez ce compositeur, qui m’a toujours échappé quelque peu, et j’en ai de multiples versions dans ma discothèque.
Celle de Pierre Boulez enregistrée avec l’orchestre de Cleveland est très bien jouée, l’orchestre est superbe, le sens du détail est remarquable, mais brrrr ! Que l’eau y est froide ! La prise de son, en revanche, est de premier ordre !

• Erik Satie – Sports & divertissements, et autres pièces pour piano
Pascal Rogé, piano – 1996 *****

Erik Satie, amateur de bons mots et volontiers espiègle à ses heures, avait donné cette appréciation de « La mer » de Debussy : « J’ai particulièrement goûté le passage vers midi moins le quart » !  Vous pouvez retrouver un très petit florilège de ses bons mots à la fin de cette notule, qui date d’il y a dix ans déjà!

L’album « Sports & divertissements » enregistré par le trop discret Pascal Rogé, ancien vainqueur du concours Marguerite Long et inlassable ambassadeur du piano « made in France » est le troisième volet d’une série longuement mûrie, entamée pour le label Decca en 1984 et achevée en 2000 par les pièces pour piano à quatre mains. Un ensemble qui constitue, à mes oreilles, la meilleure proposition anthologique des pièces pour piano de ce compositeur à la fois espiègle et pudique, que j’affectionne beaucoup.

• Maurice Ravel – Daphnis & Chloé
Orchestre de Paris, Jean Martinon – 1975 ****

Écouté ce jour dans sa version intégrale, « Daphnis et Chloé » est conçu par Maurice Ravel comme « une symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs », ces derniers chantant sans paroles. L’oeuvre a été composée entre 1909 et 1912 à destination des fameux Ballets russes de Diaghilev, et Ravel en a tiré deux suites orchestrales pour les salles de concert. Il en existe également une version pour piano, qui précède la partition orchestrale. Les suites de ballet sont enregistrées beaucoup plus souvent que la musique de ballet intégrale, qui dure environ une heure.
Belle version de Jean Martinon, chef d’orchestre trop oublié aujourd’hui, et qui pourtant connut une carrière internationale -Allemagne, Angleterre, États-Unis- très fructueuse au service de la musique française, avant son retour en France à la fin des années 60.

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Playlist « Ode à la nature »

Dans la playlist de ce jour, trois célèbres compositeurs expriment leur amour de la nature et des balades au grand air ! Un florilège naturiste des plus agréables ! Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Richard Strauss – Eine Alpensinfonie
Staatskapelle Dresden, Giuseppe Sinopoli – 1994 *****

Eine Alpensinfonie est une oeuvre hybride –ni symphonie, ni poème symphonique– qui bénéficie d’une discographie riche et généralement de très haut niveau –petit rappel à lire ici-. Les excellentes versions sont légions, et celle-ci en fait partie. De plus, dans la plupart des cas, les conditions techniques d’enregistrement sont très soignées et rendent justice aux musiciens et aux orchestres. L’oeuvre est foisonnante, écrite pour un très grand orchestre, avec ajout de nombreux cors en coulisse, d’un Heckelphone –genre de hautbois au registre très grave-, d’une machine à vent et d’un orgue ; elle narre, en 22 étapes et un peu moins d’une heure, une journée d’excursion dans les Alpes bavaroises, où Richard Strauss, en amoureux de la montagne, résidait très souvent.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°15 « Pastorale »
Maria Grinberg, piano – 1964 *****

Chacun a entendu au moins une fois dans sa vie la 6ème symphonie « Pastorale » de Beethoven, mais sa quinzième sonate pour piano « Pastorale » est moins célèbre –bien que tout aussi réussie !-. Beethoven était amoureux de la nature et s’en inspira souvent avant de devenir presque totalement sourd : il essayait de s’échapper de la grande ville –Vienne- autant que possible, la quiétude de la campagne lui permettant de reposer ses oreilles et des acouphènes persistants qui le faisaient beaucoup souffrir. Cette très belle sonate pour piano, composée en 1801, est d’un caractère paisible et champêtre tout-à-fait remarquable : c’est vraiment du meilleur Beethoven !
J’aime beaucoup cette version de Maria Grinberg, qui enregistra durant les années 60 –prises de son soviétiques malheureusement assez précaires…– une belle intégrale des sonates pour piano de Beethoven, longtemps indisponible en Occident. C’est mon disquaire allemand, très grand spécialiste du piano, qui me l’avait procurée en me mettant en garde : selon lui, cette intégrale était très contestable –opinion non partagée par la critique musicale française, qui l’a encensée-.
Dans cette sonate, Maria Grinberg est l’une des rares pianistes à ne pas précipiter le deuxième mouvement, dont le rythme d’une promenade au pas tranquille est souvent abordé trop rapidement à mes oreilles -cf. extrait-. Ma version de référence reste toutefois celle d’Emil Gilels, et, dans cette sonate, j’aine également beaucoup Wilhelm Kempff –version des années 60– pour son premier mouvement d’une grande poésie.

• Richard Wagner – Siegfried Idyll
Orch. Symphonique de Pittsburgh- William Steinberg – 1958 *****

Siegfried Idyll fut composé par Richard Wagner comme cadeau d’anniversaire pour sa seconde épouse, Cosima –fille de Franz Liszt– à l’occasion de la naissance de leur fils Siegfried, en 1869. C’est un poème symphonique d’une quinzaine de minutes, écrit initialement pour orchestre de chambre de 13 musiciens et élargi ensuite à un petit orchestre symphonique d’une trentaine de membres. Le titre originel de l’oeuvre était « Tribschener Idyll mit Fidi-Vogelgesang und Orange-Sonnenaufgang » –Trad : Idylle de Tribschen avec le chant d’oiseau de Fidi et un lever de soleil orangé-. Tribschen était leur lieu de résidence suisse –juste à coté de Lucerne– et Fidi était le surnom donné à leur fils Siegfried –dit aussi « le pépieur », note de moi…-. Par la suite, le compositeur remodela son poème symphonique pour l’intégrer au sein de son opéra Siegfried –troisième partie de l’Anneau du Nibelungen-, qui est son opéra le plus naturaliste, avec de nombreuses scènes sylvestres.
Très belle version de William Steinberg, wagnérien expérimenté, pour une oeuvre réellement ravissante et très poétique –deux adjectifs que le commun des mortels n’accole pas spontanément à la musique de Wagner !-.

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Playlist pour saluer le retour du printemps

Le printemps s’est définitivement installé, avec ses couleurs renaissantes, son cortège d’arbres en fleurs, d’oiseaux pépiant dès l’aube et ses températures plus que clémentes ces derniers jours ! Saluons ce retour avec une playlist particulièrement adaptée ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano et violon n°5 « Le printemps », op.23
Martha Argerich, piano ; Gidon kremer, violon – 1987 *****

Je n’écoute pas si souvent les sonates pour piano et violon de Beethoven –beaucoup moins que ses sonates pour piano ou ses symphonies-, pourtant très bien représentées dans ma discothèque, mais, quand je le fais, c’est à chaque fois une source de grande satisfaction renouvelée ! Cette cinquième sonate « Printemps », achevée en 1801, est l’une des plus connues et populaires de son corpus pour piano et violon, elle est d’une fraicheur ravissante et d’un accès très facile. Cette version éblouissante, extraite du coffret intégral BTHVN2020, lui rend pleinement justice.

• Robert Schumann – Symphonie n°1 « Printemps », op.38
Orchestre symphonique de Detroit, Paul Paray – 1959 **

Paul Paray dirige l’oeuvre avec poigne et une belle énergie, comme souvent, et son orchestre répond au quart-de tour, mais ils ne parviennent cependant pas à faire décoller cette symphonie décidément assez peu engageante à mes oreilles –au demeurant, je l’écoute rarement-. L’oeuvre fut créée à Leipzig par Felix Mendelssohn et fut globalement bien accueillie. Elle rencontra moins de succès lors des exécutions suivantes à travers l’Allemagne.

C’est Clara Schumann qui recommanda son mari de se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour orchestre plutôt que de continuer à se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour piano : à mon avis, elle fut mauvaise conseillère Elle affirmait, dans son journal : « Il serait préférable qu’il compose pour l’orchestre ; son imagination ne peut pas trouver à s’exprimer pleinement sur le piano… Ses compositions sont toutes pensées pour l’orchestre… Mon plus grand souhait est qu’il compose pour l’orchestre – voici son domaine ! Puis-je réussir à le persuader ! »

• Igor Stravinsky – Le sacre du printemps
Orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1977 *****

Il existe plusieurs centaines d’enregistrements du « Sacre du printemps » –une des rares oeuvres que j’apprécie de ce compositeur-, et certaines versions sont mémorables : celle-ci en fait partie, à juste titre. Le chef, qui propose en 1977 sa seconde version enregistrée, creuse les timbres, sculpte les sonorités et privilégie une approche lyrique qui n’exclut pas la sauvagerie dans la première partie, l’orchestre est d’une qualité époustouflante et la prise de son est à la hauteur, tant en matière de timbres que d’image sonore et de dynamique.
Bref, un excellent disque à tous points de vue, largement salué à sa sortie et à écouter aussi fort que possible pour en profiter pleinement !

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Playlist « Terra Incognita. 7 »

• Préambule – Avant même d’entreprendre quoi que ce soit ce matin, je me suis rendu au bureau de vote dès son ouverture comme toujours, à l’occasion de second week-end électoral, et après une petite balade  rafraîchissante qui m’a également conduit vers une boulangerie où je me suis offert quelques viennoiseries –en général, je ne mange pas le matin-, lesquelles ont accompagné, à mon retour, mon second double-expresso de la matinée ! Après quoi, je me suis rendu à la déchèterie, coffre de la voiture préalablement rempli : on y rencontrait nettement plus de monde qu’au bureau de vote !

• Nouveau volet, et pas le dernier sans doute d’une série consacrée à des oeuvres de ma discothèque que j’ai fréquentées si peu souvent –parfois une seule fois, dans le cadre de l’intégrale d’un corpus de tel ou tel compositeur ou d’une anthologie consacrée à tel ou tel interprète– que je n’en ai guère gardé de souvenir, bon ou mauvais, bien que certaines d’entre elles soient relativement connues, comme c’est le cas pour deux d’entre elles dans cette playlist –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Camille Saint-Saëns – Concerto pour piano n°5 « L’Égyptien » – 1896
Pascal Rogé ; Royal Philharmonic Orchestra, Charles Dutoit – 1978 ****
Extrait d’un coffret de 2 disques comprenant l’intégrale des concertos pour piano de Saint-Saëns – Decca, 1978

J’avais acheté ce petit coffret parce que j’apprécie beaucoup Pascal Rogé, pianiste français trop rares, et dont tous les disques que je connais –Satie, Ravel, Poulenc, Fauré…– sont de fort belles réussites, ainsi que Charles Dutoit –pas encore au sommet de sa notoriété dans cet enregistrement– qui excelle généralement dans la musique française. J’apprécie généralement moyennement Saint-Saëns –c’est toujours remarquablement construit et impeccablement orchestré, mais pas toujours très inspiré…– , hors sa formidable troisième symphonie. Son cinquième concerto pour piano est, à mes oreilles, le meilleur du lot avec le deuxième et son écoute est plutôt agréable.

• Frédéric Chopin – Concerto pour piano n°1 – 1830
Gina Bachauer ; Orchestre symphonique de Londres, Antal Dorati – 1964 **
Extrait d’un coffret anthologique de 7 CD consacré à la pianiste Gina Bachauer : The Mercury Masters – Eloquence Classics, 2022

Je n’écoute que rarement des oeuvres de Chopin, qui a tendance à m’ennuyer assez vite, et ses concertos pour piano ne font clairement pas partie de mon quotidien ! Mais il se trouve que le premier d’entre eux fait partie d’un excellent coffret consacré à une excellente pianiste un peu oubliée de nos jours, Gina Bachauer, que j’ai connu tout jeune parce que dans la discothèque paternelle, c’est elle qui interprétait le 5ème concerto pour piano de Beethoven. Tout au long des années 50 et 60, elle enregistra pour le label Mercury, et, dans le domaine concertant, fut souvent accompagnée par Antal Dorati, dont la discographie est remarquablement abondante ! Malgré tout leur talent, je n’accroche pas beaucoup plus à ce concerto…

• Dmitri Shostakovich – Concerto pour piano, trompette et cordes – 1933
Shura Cherkassky, Harold Jackson ; Philharmonia Orchestra, Herbert MENGES – 1956 ***
Extrait d’un coffret anthologique de 10 CD consacré au pianiste « Shura Cherkassky – Hänssler, coll. Profil, 2018

Le coffret consacré à Shura Cherkassky offre un large panorama de ce pianiste brillantissime, et parmi les nombreuses pépites qui le composent, je n’avais encore jamais écouté ce concerto, qui m’avait échappé : l’oeuvre, que son créateur catalogua comme concerto pour piano n°1, constitue donc une découverte pour moi. On peut y entendre, parmi d’autres thèmes empruntés par le compositeur, une citation de la sonate pour piano « Appassionata » de Beethoven, et Shostakovich semble l’avoir apprécié beaucoup –plus que moi !– et le joua souvent en concert –il tenait la partie de piano-.

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Playlist « Intégrale nocturne… »

Mes nuits sans dormir : suite, et pas fin ! – J’en ai donc profité pour écouter une intégrale de concertos pour piano : celle de Rachmaninov –écriture internationale : le compositeur fut naturalisé américain- que l’on retrouve parfois transcrit « Rachmaninoff » en France ou en Allemagne ». –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Dans ces oeuvres, le duo formé par le pianiste espagnol Rafael Oroczo et le chef néerlandais Edo De Waart –tout jeunes à l’époque– dirigeant le Royal Philharmonic Orchestra fut largement salué lors de la sortie de ces disques, enregistrés en 1973. Ils constituent, aujourd’hui encore, une belle version au sein d’une discographie pléthorique de ces oeuvres, qui bénéficie de très bonnes conditions techniques et reste encore assez facilement disponibles à petit prix au sein d’un coffret consacré au pianiste espagnol Rafael Oroczo par le label Decca, qui a repris l’intégralité du catalogue Philips.

Les concertos pour piano de Rachmaninov, qui exigent une très grande virtuosité pianistique, ne jouissent pas de la meilleure réputation qui soit : on leur reproche souvent leur post-romantisme un peu trop sucré, voire mièvre pour les plus rétifs à son art, mais ils ont pourtant connu les faveurs des plus grands pianistes et sont très accessibles à un très large public et d’une écoute très agréable, pour peu qu’on n’en abuse pas trop souvent !

Le concerto n°2 –1901, extrait– est hyper-célèbre, le 3ème –1909– est sans doute le plus abouti du lot.
Le 1er concerto fut composé en 1891 et révisé en 1917, le 4ème, achevé en 1926, fut révisé en 1928 puis en 1941 : beaucoup moins populaires que les deux concertos médians, ils sont enregistrés dans leur version « définitive ».

Une bonne entrée en matière pour le week-end : nous filons dans les Vosges chasser le dahu en joyeuse compagnie !

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Playlist « Terra Incognita. 6 »

Poursuite, avec cette playlist, de ma découverte d’oeuvres que je fréquente très rarement, au point de n’en avoir guère de souvenirs ! Vous pouvez retrouver tous les épisodes de cette série et ses fondements ici.
La série de ce jour est consacrée à Emil Gilels, pianiste très présent dans les pages et notules de ce blog –j’en ai plus d’une centaine de disques sur mes étagères-, mais dans des oeuvres que je ne côtoie que très épisodiquement, issues de différents coffrets anthologiques. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Ces disques proposent d’antiques enregistrements réalisés pour la firme soviétique Melodiya sur une période s’étendant des années 30 aux années 60, et qui sont parus sporadiquement sous de multiples étiquettes –Chant du Monde, Westminster, Metronome…– lors de leur première parution en Europe de l’ouest. Lorsqu’ils sont tombés progressivement dans le domaine public, de nombreux éditeurs plus ou moins obscurs se sont jetés sur ces bandes pour les rééditer au sein de coffrets anthologiques plus ou moins abondants, parfois conçus à la va-vite et, le plus souvent, sans grande cohérence éditoriale. Globalement, dans ces années-là, les prises de son soviétiques sont la plupart du temps moins bonnes que celles réalisées à la même époque en Europe de l’ouest, mais l’ensemble reste d’une monophonie convenable.

A partir de la fin des années 50 et de son autorisation à voyager sous haute surveillance dans les pays d’Europe de l’ouest, Emil Gilels put enregistrer pour HMV-EMI, RCA et Deutsche Grammophon dans de bien meilleures conditions.

• Gabriel Fauré – Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle en ut mineur op. 15
E. Gilels, L. Kogan, R. Barshai, M. Rostropovich – 1956 ****
-L’album fait partie d’un coffret anthologique de 10 CD « Emil Gilels, virtuose avec noblesse » ; Membran, cc.2013-

• Georg Frideric Handel – Sonate pour flûte et piano en la mineur op. 7
E. Gilels, A. Korneyev – 1958 ****

• Domenico Scarlatti – 13 sonates pour piano ; Scarlatti – Tausig : 2 sonates pour piano
E. Gilels – 1949 / 1960 *****
Les deux albums font partie du coffret anthologique de 13 CD « Emil Gilels Edition vol.1 1933-1963 » ; Hänssler, coll. Profil, 2018

Le répertoire d’Emil Gilels était remarquablement large, s’étendant de la fin du 17ème siècle –Bach, Handel (cette sonate pour flûte et piano, que j’avais complètement oubliée, est très agréable à écouter), Scarlatti, Rameau…– jusqu’au 20ème siècle. Outre les grands compositeurs classiques et romantiques, il joua, dès les années 30 et jusqu’à la fin de sa vie en 1985, un choix de sonates de Scarlatti, mais également nombre de musiciens soviétiques contemporains. Accompagnateur très apprécié, il enregistra également de nombreuses pièces de musique de chambre, dont ce quatuor avec piano de Gabriel Fauré, toujours très bien entouré, à l’est comme à l’ouest.

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Ça faisait bien longtemps…

… que je n’avais plus écouté de sonates pour piano de Beethoven, tout occupé que j’étais à me rendre vers des territoires moins connus de ma discothèque ! Oubli désormais réparé avec la playlist de ce jour, consacrée à quelques-unes de ses sonates les plus célèbres, dans des versions dont je ne me lasse pas ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Beethoven – Sonates pour piano n°8 « Pathétique » ; 13 et 14 « Clair de lune » – 1980 *****
• Beethoven – Sonates pour piano n°15 « Pastorale » et n°17 « La tempête » – 1981 *****
• Beethoven – Sonates pour piano n°21 « Waldstein » et n°23 « Appassionata » – 1972 ; 1973 *****
Emil Gilels, piano

Derrière des micros qui rendent enfin justice à sa sonorité d’airain, ce Beethoven prend une puissance, un sang, un corps que personne ne lui a jamais donné. – Diapason

Je n’ai encore jamais vu d’artiste plus concentré, plus énergique et plus ardent qu’Emil Gilels – Joachim Kaiser, musicologue auteur de « Grands pianistes de notre temps »

L’intégrale inachevée des sonates de Beethoven d’Emil Gilels, initialement parue au compte-goutte en disques séparés au début de l’ère du Compact Disc, a énormément bénéficié d’un nouveau remastering suivant le procédé « Original Image Bit Processing », qui rend désormais pleinement justice à sa beauté de sonorité légendaire, lors de sa mise en coffret –9 CD, disponible ici ou dans deux présentations différentes, mais c’est le même remastering et l’un des deux coffrets est d’un prix indécent, même si cette intégrale bardée de distinctions prestigieuses à travers le monde n’a pas de prix…-.

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Playlist « terra Incognita. 5 »

Poursuite, avec cette playlist, de ma découverte d’oeuvres que je fréquente très rarement, au point de n’en avoir guère de souvenirs ! Vous pouvez retrouver tous les épisodes de cette série et ses fondements ici. La playlist d’aujourd’hui me conduit plus particulièrement en Suède, via Hambourg, où les douaniers tatillons, avant la libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne, n’aimaient pas les jeunes Français au cheveux trop longs  !
L’attrait de cette playlist dominicale est largement accru par d’excellentes prises de son, pour tous les disques qui la constituentCliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Hugo Alfvén – Symphonie n°5 – Premier enregistrement mondial de la version complète – 1942/52
Orch. Philh. Royal de Stockholm, Neeme Järvi – 1992 ***
Extrait du coffret de 5 CD de l’intégrale symphonies d’Alfvén par Neeme Jârvi, BIS Records, 2004

Hugo Alfvén est un compositeur suédois que je connais depuis les années 80, date de mon premier périple – en R5 même pas Super-5 ou électrique, et complètement démontée par les douaniers de Hambourg 2 fois, à l’aller et au retour…– à travers la Suède et la Norvège. Mon oncle, immense collectionneur de disques, m’avait fait toute une liste de LP difficilement trouvables en France de à lui rapporter, et j’avais notamment trouvé deux albums du compositeur chez un disquaire de Göteborg, surpris qu’un jeune Français lui fasse cette demande ! Les symphonies d’Alfvén, belles sans être vraiment géniales ou profondément originales, sont désormais assez facilement dénichables. Cette intégrale de Neeme Jârvi, infatigable propagateur de raretés, est tout-à-fait réussie.

• Johannes Brahms – Sonates pour piano n°1 en ut majeur, op. 1 – 1853
Anatol Ugorski, piano – 1997 ****
Extrait du coffret de 9 CD de l’intégrale des oeuvres pour piano et orgue de Brahms, DGG « Brahms Edition II », 2008

J’ai toujours eu du mal avec la musique de Brahms –né et instruit à Hambourg, où il jouait, jeune, du piano dans les tavernes de la ville– , y compris son corpus pour piano, assez peu touffu. J’avais à l’époque acheté ce coffret pour la transcription pour « piano main gauche » de la chaconne pour violon de Bach –très bien pour le coup– et l’avais remisé sur mes étagères après une écoute distraite. Je préfère cette version très idiosyncrasique d’Anatol Ugorski aux autres versions que j’ai pu entendre : fidèle à son habitude, ce très singulier pianiste –passé par la déportation en Sibérie durant l’ère soviétique et à la carrière de météorite après la chute du mur de Berlin– fait un sort à chaque note, mais au moins, je ne m’y ennuie pas –ce qui est assez fréquent pour moi avec Brahms-.

• Kurt Atterberg – Symphonie n°9 « Visionaria » – 1956
S. Vihavainen, G. Suovanen, Ch. Chambre Prague, Ch.& Orch. NDR, Ari Rasilainen – 2003 ****
Extrait du coffret de 5 CD de l’intégrale symphonies d’Atterberg par Ari Rasilainen, CPO Records, 2004

Oh ! Une neuvième et dernière symphonie avec avec solistes et choeurs, ça ne vous rappelle rien ? Dans cette symphonie assez cataclysmique, le texte chanté relate le « Ragnarök », extrait de l' »Edda poétique », une épopée islandaise datant d’environ 1270, qui raconte les visions d’une sage prophétesse –d’où le titre de la symphonie « Sinfonia Visionaria »– qui prédit la création du monde, la guerre entre les dieux, les géants et les humains, la destruction du monde, et enfin sa reconstitution. Une symphonie puissante, oscillant quelque part entre le Sibelius de « Kullervo » et le Shostakovich des « symphonies de guerre » :  elle constitue l’heureuse surprise de cette playlist.

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