Playlist « On n’est jamais mieux servi… »

Le dicton populaire l’affirme : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même » ! Et c’est pour en vérifier le bien-fondé que j’ai concocté cette petite playlist : des enregistrements anciens où des musiciens interpèlent leurs propres oeuvres pour la postérité, et qui, dans une certaines mesure, constituent des jalons référentiels dans l’histoire de l’interprétation de chacune des oeuvres écoutées ce jour. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Edward Elgar – Concerto pour violoncelle
Beatrice Harrison, violoncelle ; New Symphony Orchestra, Edward Elgar – 1928 *****
Le disque fait partie d’un coffret anthologique des enregistrements électriques des oeuvres d’Elgar par lui-même – 1926-1933 – EMI/Warner

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce concerto pour violoncelle était si populaire en son temps –malgré une première désastreuse en 1919 par un violoncelliste mal préparé, un chef réticent et un orchestre en manque de répétitions– qu’il s’agit-là du second enregistrement de l’oeuvre par ces mêmes artistes : le premier fut réalisé au bon vieux temps de l’enregistrement acoustique en 1920, celui-ci est un enregistrement électrique –toutes ces différentes techniques sont décrites ici, pour les éventuels passionnés…-. Le son est étonnamment bon pour l’époque et le remastering effectué lors de la mise en CD est très réussi.

Par ailleurs, ce très beau concerto trouve ici une superbe interprétation, aussi belle à mes oreilles que celle de Jacqueline DuPré / John Barbirolli, universellement louée par les musicographes. Edward Elgar, qui avait personnellement choisi la soliste Beatrice Harrison, avait obtenu de His Master’s Voice une somme considérable pour enregistrer ses propres oeuvres, il était remarquablement populaire dans son pays, où il était considéré comme le plus grand musicien anglais depuis Handel.

 

• Paul Hindemith – Symphonie « Mathis der Maler »
Orchestre philharmonique de Berlin, Paul Hindemith – 1955 *****

Paul Hindemith enregistra une large anthologie de ses oeuvres symphoniques avec l’orchestre philharmonique de Berlin durant les années 50 en réaction, notamment, aux interprétations de ses oeuvres par Wilhelm Furtwängler, qu’il jugeait trop « romantiques » et d’une facture trop subjectives : on n’est décidément jamais mieux servi que par soi-même ! Je vous ai déjà raconté un peu tout cela ici, et mon opinion au sujet de cet album n’a pas varié : c’est vraiment très bien et très bien enregistré pour l’époque !

 

Zoltan Kodály – Nuit d’été ; Concerto pour orchestre
Orchestre philharmonique de Budapest, Zoltan Kodály – 1960 *****

Parfois décrit comme le « Debussy hongrois », Zoltan Kodály –1882-1967– alliait schéma classique et inspiration folkloriste. Il fut aussi un pédagogue renommée et une méthode d’enseignement de la musique porte son nom et reste encore en vigueur de nos jours –malheureusement pas en France, où l’enseignement de la musique reste encore très élitiste, note perfide du rédacteur…-.
S’il n’est pas le plus connu ou le plus populaire des compositeurs du 20ème siècle, il n’en est pas moins intéressant et les deux oeuvres de ce jour s’écoutent très agréablement. L’orchestre philharmonique de Budapest s’avère être un excellent orchestre, dont le chef le plus éminent fut Otto Klemperer –1947-1950– de retour de son exil américain.

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Playlist « Un son cristallin mêlé de larmes… »

La playlist de cette nouvelle journée de nouvelle caniculequi devrait durer moins longtemps que les précédentes mais est, cette fois-ci, centrée sur l’est de l’Europe– est consacrée au grand pianiste russe Emil Gilels, dont les lecteurs réguliers de ce blog savent qu’il s’agit de mon pianiste préféré –non, je n’ai pas que des goûts bizarres ! -, et que de nombreux musicographes considèrent comme l’un des plus grands pianistes du vingtième siècle.

« Le jeu d’Emil Gilels produisait un tonnerre aux sonorités tendres ; jamais fruste, il était davantage ancré dans la terre que dans les cieux. Il concevait le piano comme un instrument chantant et non comme un instrument percussif. Même ses fortissimos ne sonnaient jamais de manière percussive. Sa sonorité n’était jamais dure ni monotone, et son toucher se distinguait par sa grande souplesse et son élégance. Son style, d’apparence sobre, brûlait intérieurement d’une profonde intensité. C’était une approche empreinte d’une subjectivité imaginative qui, grâce à son sens aigu de la forme et du flux musical, en préservait constamment la cohérence. Serait-il exagéré d’évoquer une sonorité cristalline mêlée de larmes ? Emil Gilels était un conteur brillant, maître des transitions entre tension, douceur et tristesse, sans jamais rien perdre de son intensité. »

Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig Van Beethoven – Concerto pour piano n°3
Emil Gilels, piano ; Orchestre de la Radio d’État d’URSS, Kirill Kondrashin – 1951 *****

Au cours du vingtième siècle, Emil Gilels fut le pianiste qui joua le plus souvent les concertos pour piano de Beethoven, tout au long de sa carrière, avec de multiples orchestres et chefs, à travers tous les continents où il se produisit. Outre ses quatre intégrales officielles, il existe de très nombreuses bandes de concerts de ses interprétations. Je ne souvenais plus de cette fabuleuse version de 1951, époustouflante d’énergie mais aussi débordante de tendresse dans le deuxième mouvement. Une exceptionnelle version donc, à la hauteur des toute meilleures que je lui connais. Le son est étonnamment bon pour un live de radio de l’ère soviétique de l’immédiate après-guerre.

 

• Franz Liszt – Sonate en si mineur
Emil Gilels, piano – 1964 *****

Une très grande version de cette très grande sonate, enregistrée à New York, où le pianiste eut le droit de se produire dès 1955, étroitement chaperonné par des « gardes du corps » de la police soviétique : il subit ce traitement tout au long de sa vie, à chacun de ses déplacements hors d’URSS… La sonate fut enregistrée d’une seule traite par RCA le 24 décembre 1964. J’ai dans ma discothèque une douzaine d’autres versions plus ou moins officielles de cette sonate par le pianiste, celle-ci est, à ma connaissance du moins, son unique version de studio. La prise de son de cet album est excellente et rend parfaitement à la sonorité exceptionnelle du pianiste.
La redoutable critique américaine Claudia Cassidy, qui a fait et surtout défait tant de carrières d’artistes européens aux États-Unis par ses écrits parfois dévastateurs dans le Chicago Tribune –ce n’est pas en vain qu’elle fut surnommée « Acidy Cassidy »…-, salua l’enregistrement en ces termes dans le même journal :

« Entre de mauvaises mains, la sonate de List peut être la plus formidablement ennuyeuse des musiques. Mais [avec cette version] voici la noirceur Byronienne de son imagination aux élans vertigineux, sa technique prodigieuse, ses brusques sautes d’humeur, sa conviction absolue que le piano est le plus grand des instruments — et un instrument chantant, qui plus est. »

• Franz Schubert / Dmitry Kabalevsky – Fantaisie pour piano et orchestre en fa mineur
Transcription de la fantaisie en fa mineur pour piano à 4 mains de Franz Schubert
Emil Gilels, piano – Orchestre philharmonique de Moscou, Kirill Kondrashin – 1962 *****

Lorsque j’étais enfant, vers 7-8 ans, j’adorais la version originale pour piano à quatre mains de cette Fantaisie de Schubert et son merveilleux début très rêveur : avec les « Gymnopédies » d’Erik Satie, elle faisait partie de mes oeuvres pour piano favorites : j’avais déjà des goûts bizarres !
Cette curieuse transcription pour piano et orchestre est, justement, curieuse, mais préserve le miraculeux commencement de l’oeuvre, et l’ensemble s’écoute agréablement. Emil Gilels, qui appréciait beaucoup cette fantaisie, l’enregistra également dans sa version originale pour piano à quatre mains avec sa fille Elena pour le label Deutsche Grammophon en 1978. Cette version pour piano et orchestre, témoignage d’un concert de 1962, ne bénéficie pas d’une meilleure prise de son que le concert enregistré en 1951 !

 

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Playlist en couleurs – Rouge, troisième !

• Arnold Schönberg – Die verklärte Nacht (La nuit transfigurée) – Version orchestre
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1974 *****

• Alexandre Glazounov – Concerto pour violon
Nathan Milstein, violon ; Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****

• Jean Sibelius – Tapiola et autres poèmes symphoniques
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1984 *****

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Playlist « Terra Incognita. 7 »

• Préambule – Avant même d’entreprendre quoi que ce soit ce matin, je me suis rendu au bureau de vote dès son ouverture comme toujours, à l’occasion de second week-end électoral, et après une petite balade  rafraîchissante qui m’a également conduit vers une boulangerie où je me suis offert quelques viennoiseries –en général, je ne mange pas le matin-, lesquelles ont accompagné, à mon retour, mon second double-expresso de la matinée ! Après quoi, je me suis rendu à la déchèterie, coffre de la voiture préalablement rempli : on y rencontrait nettement plus de monde qu’au bureau de vote !

• Nouveau volet, et pas le dernier sans doute d’une série consacrée à des oeuvres de ma discothèque que j’ai fréquentées si peu souvent –parfois une seule fois, dans le cadre de l’intégrale d’un corpus de tel ou tel compositeur ou d’une anthologie consacrée à tel ou tel interprète– que je n’en ai guère gardé de souvenir, bon ou mauvais, bien que certaines d’entre elles soient relativement connues, comme c’est le cas pour deux d’entre elles dans cette playlist –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Camille Saint-Saëns – Concerto pour piano n°5 « L’Égyptien » – 1896
Pascal Rogé ; Royal Philharmonic Orchestra, Charles Dutoit – 1978 ****
Extrait d’un coffret de 2 disques comprenant l’intégrale des concertos pour piano de Saint-Saëns – Decca, 1978

J’avais acheté ce petit coffret parce que j’apprécie beaucoup Pascal Rogé, pianiste français trop rares, et dont tous les disques que je connais –Satie, Ravel, Poulenc, Fauré…– sont de fort belles réussites, ainsi que Charles Dutoit –pas encore au sommet de sa notoriété dans cet enregistrement– qui excelle généralement dans la musique française. J’apprécie généralement moyennement Saint-Saëns –c’est toujours remarquablement construit et impeccablement orchestré, mais pas toujours très inspiré…– , hors sa formidable troisième symphonie. Son cinquième concerto pour piano est, à mes oreilles, le meilleur du lot avec le deuxième et son écoute est plutôt agréable.

• Frédéric Chopin – Concerto pour piano n°1 – 1830
Gina Bachauer ; Orchestre symphonique de Londres, Antal Dorati – 1964 **
Extrait d’un coffret anthologique de 7 CD consacré à la pianiste Gina Bachauer : The Mercury Masters – Eloquence Classics, 2022

Je n’écoute que rarement des oeuvres de Chopin, qui a tendance à m’ennuyer assez vite, et ses concertos pour piano ne font clairement pas partie de mon quotidien ! Mais il se trouve que le premier d’entre eux fait partie d’un excellent coffret consacré à une excellente pianiste un peu oubliée de nos jours, Gina Bachauer, que j’ai connu tout jeune parce que dans la discothèque paternelle, c’est elle qui interprétait le 5ème concerto pour piano de Beethoven. Tout au long des années 50 et 60, elle enregistra pour le label Mercury, et, dans le domaine concertant, fut souvent accompagnée par Antal Dorati, dont la discographie est remarquablement abondante ! Malgré tout leur talent, je n’accroche pas beaucoup plus à ce concerto…

• Dmitri Shostakovich – Concerto pour piano, trompette et cordes – 1933
Shura Cherkassky, Harold Jackson ; Philharmonia Orchestra, Herbert MENGES – 1956 ***
Extrait d’un coffret anthologique de 10 CD consacré au pianiste « Shura Cherkassky – Hänssler, coll. Profil, 2018

Le coffret consacré à Shura Cherkassky offre un large panorama de ce pianiste brillantissime, et parmi les nombreuses pépites qui le composent, je n’avais encore jamais écouté ce concerto, qui m’avait échappé : l’oeuvre, que son créateur catalogua comme concerto pour piano n°1, constitue donc une découverte pour moi. On peut y entendre, parmi d’autres thèmes empruntés par le compositeur, une citation de la sonate pour piano « Appassionata » de Beethoven, et Shostakovich semble l’avoir apprécié beaucoup –plus que moi !– et le joua souvent en concert –il tenait la partie de piano-.

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Playlist « Romantique, russe et contrastée »

La playlist du jour est consacrée à Piotr Tchaïkovsky, très célèbre compositeur russe, très romantique et très populaire et apprécié d’un large public, notamment pour ses ballet d’accès très facile. Elle se compose, de manière contrastée, d’une oeuvre hyper-connue et de trois oeuvres beaucoup plus rares. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Symphonies n°1 «Rêves d’hiver»
Symphonie n°2 «Petite Russie»
Symphonie n°3 «Polonaise»
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1979 ***

Des six symphonies de Tchaïkovsky –orthographié « à l’allemande » sur les pochettes des disques de la playlist du jour-, seules les trois dernières sont très populaires et assez massivement enregistrées. Les trois premières, a contrario, n’apparaissent souvent que dans le cadre d’intégrales et beaucoup plus rarement en albums séparés : c’est le également cas pour les deux albums consacrés à ces symphonies, enregistrées lors de la parution de l’intégrale d’Herbert Von Karajan –cliquer sur l’imagette pour la voir en plus grand– sortie en 1979 et sporadiquement apparus de manière isolée.
Le chef autrichien n’enregistra ces trois premières symphonies qu’une unique fois, contrairement aux trois dernières, dont il laissa d’innombrables versions tout au long de sa carrière –jusqu’à 7 versions officielles pour la symphonie n°6 « Pathétique »-. Composées entre 1866 et 1875, leur moindre popularité est justifiée par leurs moindres qualités : c’est de la «bonne musique», toujours très bien orchestrée –le compositeur savait indéniablement faire « sonner » un orchestre-, un rien prosaïque parfois –à mes oreilles au moins– et sans éclair de génie. La deuxième symphonie est celle que j’apprécie le moins. Les trois dernières symphonies sont incomparablement meilleures !

Concerto pour piano n°1
Ivo Pogorelich ; Orch. symph. de Londres, Claudio Abbado – 1986 ****

Des trois concertos pour piano du même compositeur, seul le premier est réellement populaire et constitue un cheval de bataille du répertoire concertant pour les pianistes. Le jeune Ivo Pogorelich, très bien accompagné par Claudio Abbado, ne s’y trompa pas en l’enregistrant dès le début de sa carrière, en 1986 et en délivrant une très bonne version –sans totalement égaler les versions princeps d’Emil Gilels, voire de Martha Argerich, au moins à mes oreilles-, dans de très bonnes conditions techniques. L’oeuvre est brillante, ultra-virtuose et son introduction est archi-célèbre, y compris auprès d’un public non mélomane.

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Playlist « Violon à l’ancienne »

Mes nuits sans dormir, une fois de plus… Avant de filer dans les Vosges pour la journée, une playlist composée de trois concertos pour violon enregistrés au tournant des années 50, qui constituent de belles versions dans chacun des cas envisagés. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. Les étoiles attribuées valent pour la qualité des oeuvres plus que pour leur interprétation dans le cadre de cette playlist.

• Aram Katchaturian – Concerto pour violon en ré mineur
David Oistrakh – Philharmonia Orchestra, Aram Katchaturian – 1949 ***

Le grand fait de gloire du compositeur Aram Katchaturian reste son ballet « Gayaneh », avec sa célèbre « Danse du sabre », dont le guitariste Dave Edmunds délivra une adaptation époustouflante ! Son concerto pour violon est l’autre pièce du compositeur assez régulièrement enregistrée, et notamment au moins trois fois par David Oïstrakh, son dédicataire et créateur de l’œuvre.
Le concerto, en trois mouvements, dure une trentaine de minutes ; il est teinté d’éléments folkloriques arménien et se réserve de belles parties virtuoses au violon.

• Wolfgang A. Mozart – Concerto pour violon n°4 en ré majeur KV 218
Johanna Martzy – Orch. Chambre radio de Bavière, Eugen Jochum – 1952 **

Du Mozart adolescent -l’oeuvre, d’une vingtaine de minutes, a été composée en 1775-, de structure très classique et guère passionnant à mes oreilles, plutôt rétives en général à Mozart…

• Antonin Dvořák – Concerto pour violon en la mineur op. 53
Johanna Martzy – Orch. RIAS Berlin, Ferenc Fricsay – 1953 ****

Contemporain des concertos pour violon de Brahms et de Tchaïkovsky, celui d’Antonín Dvořák, créé en 1879, est, comme celui de Brahms, dédié au violoniste Joseph Joachim, sur les conseils duquel il le remodela durant deux ans. Curieusement, ce concerto, plutôt réussi –et supérieur à celui de Brahms à mes oreilles– n’est pas aussi populaire que le concerto pour violoncelle du compositeur, et reste moins souvent interprétée que les concertos de Beethoven, Brahms, Bruch, Tchaïkovski ou encore Mendelssohn et Sibelius. L’interprétation de Johanna Martzy est magnifique et elle est idéalement accompagnée par Ferenc Fricsay.

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Playlist « retour en enfance »

Certaines oeuvres me font invariablement retomber en enfance : c’est le cas avec « Les quatre saisons », d’Antonio Vivaldi, ensemble de quatre concertos pour violon –un par saison : étonnant, non ?– découverts très tôt sur la chaîne HiFi paternelle, et que nous écoutions également, avec explications érudites de « la maîtresse », à l’école élémentaire : elle décortiquait les poèmes supports de ces oeuvres et les faisait coller à la musique, c’était magique pour nos jeunes oreilles !
Un enregistrement faisait fureur à l’époque, c’était celui de Felix Ayo et I Musici, qui entame la playlist de ce jour. J’ai usé ce disque jusqu’à la corde ; il possédait en outre un  livre explicatif du plus haut intérêt. La playlist est par ailleurs constituée de quatre albums parmi la centaine d’enregistrements réalisés, et qui, au rythme d’une saison chacun et au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire de l’interprétation, remonte petit à petit le temps. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Antonio Vivaldi – Les quatre saisons, op. 8 n°1-4
L’automne – Felix Ayo ; I Musici – 1959 ****
L’hiver – Konstanty Kulka ; orch. de chambre de Stuttgart, Karl Münchinger – 1974 ***
Le printemps – Simon Standage ; The English Concert, Trevor Pinnock – 1981 *****
L’été – Enrico Onofri ; Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini – 1994 *****

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Playlist « Viva España »

Une playlist très agréable, selon un répertoire espagnol que je maîtrise assez mal, et pleine de soleil pour réchauffer l’air ambiant : les températures matinales sont tout-à-coup très fraîches, depuis ces derniers jours ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Manuel de Falla – L’amour sorcier ; Danses du « Tricorne »
Grace Bumbry – Orchestre RIAS de Berlin, Lorin Maazel – 1965 ***

• Enrique Granados – Goyescas
• Isaac Albeniz – Iberia
Artur Pizarro, piano – 2010 ****

• Joaquin Rodriguez – Concierto de Aranjuez
Narciso Yepes, guitare – Orch. symph. RTV espagnole, Odon Alonso – 1969 ****

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Playlist « L’empereur du violon »

Profitant d’une météo peu clémente ces derniers jours, je revisite à l’occasion de ces playlists estivales mon « fond de discothèque » et celle de ce jour est consacré à plusieurs concertos pour violon par celui qui fut surnommé l’empereur du violon », et dont ses confrères disait notamment qu’ « il a[vait] établi toutes les normes pour jouer du violon au XXe siècle » et que « les objectifs qu’il s’étaient fixés demeurent, et, pour les violonistes d’aujourd’hui, il est plutôt déprimant qu’ils ne soient plus jamais complètement atteints ». J’ai nommé Jasha Heifetz.

Né en 1899 en Lituanie –alors russe-, enfant prodige et réputé pour être le plus phénoménal des enfants prodiges de son temps –il fut admis dans la classe du réputé Leopold Auer, qui détestait les enfants prodiges, à 9 ans et enregistra ses premiers disques à 10 ans-, émigré très tôt en Amérique pour échapper à la révolution et au régime soviétique, il débuta très jeune une carrière de virtuose couronnée d’un tel succès que Fritz Kreisler, sans doute le violoniste virtuose le plus réputé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, affirma que devant tant de génie, « il n’avait plus qu’à casser son instrument sur ses genoux »… Sa carrière, couronnée d’un immense succès à travers le monde entier, s’étira jusqu’au début des années 60.
Richissime –il avait fondé l’éphémère « One Million Dollars » trio-, réputé d’une extrême exigence avec les autres et plus encore avec lui même, doté d’une personnalité complexe il est également réputé pour n’avoir jamais souri en public, et aucune photo ne le montre autrement qu’avec un visage austère.

Les enregistrements de cette playlist –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, tous réalisés après la seconde guerre mondiale pour RCA, bénéficient du savoir-faire de la firme à cette époque et s’avèrent tous très convenables techniquement, avec cette particularité toutefois d’enregistrer le violon très près du microphone, comme le souhaitait Heifetz, sans que cela nuise au demeurant à la lisibilité de l’orchestre. Les accompagnements vont du tout-venant un peu routinier à l’excellent.

La firme américaine, à travers ces enregistrements, contribua à établir le mythe de l’infaillibilité du violoniste, à l’instar du halo d’infaillibilité qui entourait Arturo Toscanini –autre artiste RCA– à la même époque. C’est, évidemment, un mythe !

• Beethoven & Mendelssohn – OS Boston, Charles Munch – 1955, 1959 *****
• Brahms & Tchaïkovsky – OS Chicago, Fritz Reiner – 1957 ***/*****
Les *** sont essentiellement tributaires de mon peu d’appétence pour le concerto pour violon de Brahms, que je n’apprécie pas beaucoup, quelle que soit l’interprétation envisagée…
• Bruch & Sibelius – New Symphony Orchestra of London, Malcolm Sargent & OS Chicago, Walter Hendl – 1962, 1959 ****/*****

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Playlist « Mythique pour les uns… »

La playlist de ce jour est consacrée à l’un des plus grands chefs d’orchestre du vingtième siècle, Wilhelm Furtwängler, pourtant assez peu représenté dans ma discothèque. Il fut, notamment, titulaire de l’orchestre philharmonique de Berlin de 1922 à 1945, puis de 1952 à 1954, année de son décès. Personnage complexe et quelque peu ombrageux, il vouait par ailleurs une haine irrationnelle à Karajan, son successeur à la tête du philharmonique de Berlin, qu’il ne nomma jamais autrement que « Monsieur K », et entretenait des relations conflictuelles avec, notamment, Arturo Toscanini, l’autre star de la direction de la première moitié du vingtième siècle.

Malgré sa réputation mythique, j’ai toujours eu un peu de mal à adhérer complètement à son style de direction : tempi souvent instables, partition sollicitée au profit d’une expressivité et d’une émotion de l’instant, imprécisions… Ça fonctionne très bien à première écoute, ça ne résiste pas toujours à des écoutes répétées et j’ai une plus grande prédilection pour des chefs qualifiés «d’objectifs» –Toscanini, Reiner, Szell, Steinberg…-, cette notion étant toute relative face à une partition. Le voir diriger, en vidéo, c’est un peu comme regarder une marionnette dégingandée agitant les bras dans tous les sens : curieuse expérience !
Par ailleurs, une grande majorité de sa discographie officielle, notamment cher EMI, est constituée d’enregistrements assez tardifs –post-seconde guerre mondiale– dans sa carrière : Furtwängler détestait les studios d’enregistrements et était déjà dans un état de santé très déclinant. Ces enregistrements « live », nombreux mais de qualité technique aléatoire, restent à privilégier.

On trouvera dans cette playlist –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand– :


• Felix Mendelssohn – Concerto pour violon – Yehudi Menuhin, OP Berlin, W. Furtwängler – 1952, ****

Une version hyper-romantique, large et un peu sombre à l’orchestre –les timbales du début, par exemple-. Le soliste, Yehudi Menuhin, est plutôt solaire et sa sonorité est encore juste et belle, ce qui ne sera plus toujours le cas quelques années plus tard.

• Ludwig Van Beethoven – Concerto pour violon – Yehudi Menuhin, Philharmonia, W. Furtwängler – 1953, ****

Il existe une première version de ce concerto enregistrée par les mêmes artistes un peu plus tôt lors du festival de Lucerne, celle-ci est assez comparable et le son est un peu plus confortable. C’est une excellente version côté orchestre, très poétique, même j’en préfère d’autres, surtout pour leur soliste –ici un peu raide dans le mouvement lent-.

• Anton Bruckner – Symphonie n°8 – OP Vienne, W. Furtwängler – 1944, ****

Wilhelm Furtwängler était d’abord compositeur, avant d’être chef d’orchestre : ses symphonies ne sont pas sans rappeler parfois celles de Bruckner, mâtinées d’un peu de Richard Strauss. Il était donc très à l’aise pour diriger les symphonies du compositeur autrichien, et cette huitième, enregistrée en concert en 1944, est une belle réussite, malgré des conditions techniques juste correctes.

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