Playlist « Charcutages et amputations »

Evidemment, avec une appellation pareille, cette playlist semble peu ragoûtante ! Elle doit son titre au fait que les oeuvres qui la composent ont été plus ou moins atrophiées par des coupures forcément malvenues, telles qu’on les concevait encore jusqu’au milieu du 20ème siècle, pour de mauvaises raisons pratiques ou artistiques ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Richard Wagner – Die Walküre, acte II
Fuchs, Hotter, Lehmann, Melchior, Klose, List, Flesh, Berger
Orchestre de l’opéra de Berlin, Bruno Seidler-Wikler, scènes 1, 2 et 4 – 1938 *****
Orchestre philharmonique de Vienne, Bruno Walter, scènes 3 et 5 – 1935 *****

Ce monument de l’histoire du disque est malheureusement amputé –crime impardonnable– d’une grande partie de la longue anamnèse de Wotanacte 2, scène 2-, longtemps considérée comme un « tunnel » scénographie -et cependant essentiel pour comprendre le rôle de Wotan– et assez largement coupée sur les scènes du monde entier –sauf à Bayreuth– et, pour la mise en 78 tours, dans les premiers enregistrements de cet acte, beaucoup moins populaire que les deux autres-.
C’est regrettable : d’une part, parce que ce long passage, qui oscille entre chuchotements introspectifs et colère rentrée fait partie de mes passages préférés du «Ring des Nibelungen » et d’autre part parce que dans cette version, on trouve le premier témoignage enregistré du rôle de Wotan par Hans Hotter –un rôle qu’il a chanté plus qu’aucun autre jusqu’au milieu des années 60, qu’il a marqué à jamais de son empreinte et pour lequel il reste inapproché-, ici à 29 ans : et c’est, déjà, proprement fabuleux ! Tout le reste de cet acte « en kit » -je vous ai dit pourquoi ici– est d’un remarquable niveau de qualité.

• Serge Rachmaninov – Symphonie n°2
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1954 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

La deuxième symphonie de Serge Rachmaninov fut, durant plusieurs décennies et avec l’aval du compositeur, interprétée dans des versions coupées, parce qu’il craignait qu’elle connût un sort aussi peu enviable que sa première –un « four » monumental à sa création-. Ces coupures représentent une dizaine de minutes –la symphonie, dans son intégralité telle qu’elle est proposée de nos jours, dure une petite heure-.
La version de William Steinberg, la toute première enregistrée à ma connaissance, constitua très longtemps une référence des catalogues internationaux. Le chef semble avoir eu une affection particulière pour l’oeuvre, qu’il réenregistra, avec le même succès critique mais toujours avec des coupures, pour le label Capitol Records en 1961. Dans les deux cas, l’orchestre de Pittsburgh se couvre de gloire et les conditions techniques –ici, une mono très large d’image et bien timbrée–   s’avèrent remarquables pour leurs époques respectives.
L’imagette de droite –cliquer pour la voir en plus grand, c’est en Anglais très accessible– vous propose la critique parue dans la revue Gramophone en juin 1955, lors de la parution de ce disque en Angleterre -je n’en ai pas trouvé trace dans les archives françaises, malheureusement incomplètes…-. Il est étonnant que William Steinberg, dont les disques connurent régulièrement un très grand succès critique en leur temps, ait ensuite été « oublié » jusqu’à sa « redécouvert » en 2011 avec la sortie du gros coffret EMI Icon.

 

• Reinhold Glière – Symphonie n°3 « Ilya Mourometz »
Orchestre symphonique de Houston, Leopold Stokowski – 1958 ****
Extrait du coffret anthologique de 10 CD « Leopold Stokowski, The Maverick Conductor » – EMI, 2009

La troisième symphonie de Reinhold Glière –compositeur russe comme son nom ne l’indique pas…– est une oeuvre à programme décrivant les exploits d’Ilya Mourometz, le bogatyr le plus célèbre de la mythologie de la Rus’de Kievla Russie ancestrale-. Il s’agit d’une symphonie pléthorique et foisonnante d’idées, d’une durée un peu supérieure à une heure, dont les premières versions enregistrées présentait un nombre de coupures plus ou moins aléatoires pour la faire tenir en environ 40 à 50 minutes, soit deux faces de 33 tours.
Cette version de Stokowski, la deuxième à avoir été enregistrée après celle de Ferenc Fricsay en 1956, est celle qui présente les coupures les plus nombreuses –connaissant ce chef, ces « tripatouillages » étonnent peu, et encore moins dans cette symphonie-, mais on ne s’en rend guère compte si on ne connaît pas l’oeuvre intégrale telle qu’elle est régulièrement proposée de nos jours, qui peut même paraître longuette entre de mauvaises mains… Ici, malgré un orchestre qui n’est de loin pas le meilleur orchestre américain, le chef fait sonner l’oeuvre de mille feux rutilants, ce qui sied parfaitement à son propos.

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Playlist « Brahms à l’ancienne & à l’américaine »

Après Bruckner, Brahms ! Peu me chaut l’ordre alphabétique, je préfère généralement le premier au second, sauf en ce qui concerne les concertos pour piano ! Normal me direz-vous, Bruckner, qui était organiste, n’a rien composé pour le piano –on peut faire abstraction de son recueil d’apprenti-compositeur, le Kitzler Studienbuch– ! La playlist de ce jour propose des enregistrements d’origine américaine, gravés dans les années 50 ou au tout début des années 60, et qui firent tout d’abord les beaux jours des discophiles d’Outre-Atlantique, avant de faire les miens : j’aime beaucoup ces interprétations de Brahms, musicien que je ne consomme qu’avec modération…

Quasiment tous les artistes de cette playlist –Leon Fleisher en est l’exception– viennent d’Europe, où ils avaient entamé leur carrière –Allemagne pour Steinberg, Tchécoslovaquie pour Firkusny, Hongrie pour Reiner et Szell– et ont été naturalisés américains durant la guerre ou immédiatement après. Les trois chefs, tous nés à la fin du 19ème siècle, trouvèrent en Amérique des orchestres remarquables et s’inscrivent dans la lignée des « chefs objectifs » popularisée par Arturo Toscanini, qui était alors très en vogue aux États-Unis. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°1
Rudolph Firkusny, piano ; orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Le premier concerto pour piano de Brahms est sans doute l’oeuvre que je préfère du compositeur, et cette version de l’oeuvre fait partie des très bonnes interprétations et s’avèrent très complémentaires des meilleures versions européennes, souvent plus massives du côté de l’orchestre. Ici, fidèle à lui-même, Steinberg se montre vif-éclair, rigoureux et transparent et son association avec Rudolf Firkusny, au jeu fin, élégant mais non dénué de poigne –c’est nécessaire pour ce concerto– s’avère une grande réussite : à la même époque, les deux compères enregistraient également une remarquable interprétation du 5ème concerto « L’Empereur » de Beethoven.
William Steinberg, aimable et doté d’un grand sens de l’humour, fut souvent décrit comme « Un Reiner ou un Szell avec du coeur ».

• Johannes Brahms – Symphonie n°3
Orchestre symphonique de Chicago, Fritz Reiner – 1958 *****

Fritz Reiner fut sans doute le plus grand « dictateur de la baguette » : un chef qui ne souriait jamais et tyrannisait régulièrement ses musiciens afin d’en tirer le meilleur. Peu patient, il était également capable de renvoyer rapidement les musiciens d’orchestre qui ne lui convenaient pas : à Pittsburgh, où il précéda William Steinberg, il avait, en dix ans, renvoyé plus de la moitié des musiciens…
Nonobstant ces petits travers –sic-, ces disques sont d’un très haut niveau –et d’un très haut niveau technique, puisqu’il bénéficia du procédé « Living Presence » de RCA-, et cette troisième symphonie de Brahms n’échappe pas à cette règle ! La perfection a un prix !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°2
Leon Fleisher, piano ; Orchestre de Cleveland, George Szell – 1962 ****(*)

Une autre association gagnante : celle du brillant pianiste américain Leon Fleisher, vainqueur à 24 ans du concours de piano de la Reine Elisabeth et du chef de l’orchestre de Cleveland George Szell –encore un chef sympathique qui ne rigolait jamais…-, qui enregistrèrent avec beaucoup de succès l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven et celle de Brahms, ainsi que les concertos pour piano de Schumann, de Grieg et le 25ème concerto de Mozart. Cette association fructueuse fut malheureusement interrompue par la paralysie progressive de la main droite de Leon Fleisher, dont il perdit l’usage en 1964 du fait d’une dystonie focale.
Tous les disques enregistrés par le couple Fleisher / Szell- Cleveland sont de premier ordre et ont bénéficié de rééditions soignées en CD. Quasiment à la même époque, Emil Gilels enregistrait ce même concerto avec l’orchestre de Chicago et Fritz Reiner : une version magistrale qui aurait presque pu figurer dans cette playlist !

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Playlist « Oeuvres archi-populaires »…

… pour bien commencer la semaine !

C’est encore la canicule, le cerveau est tout ramolli et rien de mieux, dans ces cas-là, que d’aborder la journée –et la semaine– avec cette playlist composées d’oeuvres archi-populaires et d’accès très facile, qui ne nécessitent donc pas d’être archi-attentif puisque je les connais par coeur depuis longtemps. Elles n’en sont pas moins belles pour autant !Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Pour des oeuvres aussi connues et populaires, il n’y a pas grand-chose à ajouter, si ce n’est deux petites remarques:
cette version de la « Symphonie du Nouveau Monde » par Karajan et Berlin est, à mes oreilles, la meilleure qu’il enregistra avec cet orchestre et qu’elle reste marquée par des couleurs brahmsiennes que le chef cultiva toujours dans Dvořák –pour des versions plus « roots », il faut aller voir ailleurs…-,
l’album consacré aux suites orchestrales de « Peer Gynt » –prononcer Péér Günte, on est en Norvège, pas en Angleterre…– est merveilleusement enregistré, mais également superbement interprété par un orchestre tout-à-fait remarquable !

• Antonin Dvořák – Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde »
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1959 ****

• Serge Rachmaninov – Concerto pour piano n°2 – Extrait 1
Vladimir Ashkenazy, piano ; Orch. Philh. Moscou, Kirill Kondrashin – 1964 *****

• Edvard Grieg – Peer Gynt, suites orchestrales 1&2 – Extrait 2
Orchestre philharmonique de Bergen, Ole Kristian Ruud – 2006 *****

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Playlist rafraîchissante pour période pré-caniculaire…

La canicule à peine dissipée, les grosses chaleurs s’annoncent à nouveau en cet été calendaire à peine entamé ! Comme on commence à avoir de l’entraînement, tout semble petit à petit plus supportable, d’autant que nous arrivons à ne pas dépasser 26 à 27 degrés dans l’appartement, ce qui reste tout-à-fait raisonnable si j’en crois certains de mes amis, dont les logements ont atteint des températures dépassant allègrement les 30 degrés !
Pour me rafraîchir les idées et les oreilles, quelque peu laissées en déshérence ces derniers jours, la playlist de ce jour est tout-à-fait adaptée ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

• Richard Strauss – Eine Alpensinfonie
Orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan
Enregistrement radiophonique, concert au festival de Salzbourg, 28 août 1982 *****

Richard Strauss et Herbert Karajan étaient tous deux des amoureux passionnés de la montagne et des alpinistes chevronnés –Alpes bavaroise pour Strauss, Alpes autrichiennes pour Karajan-. Cette « Symphonie alpestre » nous invite pour une journée, du lever du soleil à la tombée de la nuit, à une promenade tourmentée à travers les Alpes. Le chef autrichien, qui excella dans l’interprétation des oeuvres de Richard Strauss, était venu tard à cette oeuvre curieuse, à mi-chemin entre la symphonie et le poème symphonique. Il l’enregistra en 1981 et la donna 20 fois en concert entre 1981 et 1988.

Je connais une bonne vingtaine de versions différentes de l’oeuvre, je n’en connais aucune qui atteigne à la beauté somptueusement virtuose –les cordes sont brûlantes- et extatique –« dans une douce extase », est-il noté sur la partition– dans la dernière partie de ce concert salzbourgeois d’un chef ici en état de grâce. Un enregistrement miraculeux !

• Jean Sibelius – Symphonie n°6
Orch. Symph. de Nouvelle-Zélande, Pietari Inkinen – 2011 ****

Etamée dès le début de la première guerre mondiale à l’automne 1914, puis laissée de coté et finalement reprise à partir de 1919 et achevée en 1923 seulement, la sixième symphonie de Jean Sibelius est considérée comme la « Cendrillon de ses symphonies ». C’est un formidable chef-d’oeuvre sans programme autre que « l’eau pure et froide des lacs » et, à mes oreilles, la plus belle « sixième symphonie » que je connaisse, avant même la « Pastorale » de Beethoven ou la « Pathétique » de Tchaïkovsky : c’est vous dire si je l’aime ! Parmi la très vaste collection des symphonies de Sibelius dans ma discothèque, j’ai voulu me remettre en mémoire cette version presque chambriste et à tout petit prix de Pietari Inkinen, qui est très bonne, mais émerge difficilement parmi des versions plus exceptionnelles encore !


• Ralph Vaughan Williams
– Symphonie n°7 « Sinfonia Antartica »
Philharmonia Orchestra & Chorus, Leonard Slatkin – 2011 *****

Je vous avais parlé assez longuement de cette « symphonie » et son programme ici, inutile donc d’y revenir plus en détail. La version de Leonard Slatkin, qui enregistra une très belle intégrale des symphonies de Vaughan Williams pour RCA au courant des 90’s –réédition dans d’excellentes conditions techniques dans un coffret Sony à tout petit prix en 2011– est, à mes oreilles, aussi réussie que celle de Sir Adrian Boult, et bien mieux enregistrée !

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Playlist « Ode à la nature »

Dans la playlist de ce jour, trois célèbres compositeurs expriment leur amour de la nature et des balades au grand air ! Un florilège naturiste des plus agréables ! Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Richard Strauss – Eine Alpensinfonie
Staatskapelle Dresden, Giuseppe Sinopoli – 1994 *****

Eine Alpensinfonie est une oeuvre hybride –ni symphonie, ni poème symphonique– qui bénéficie d’une discographie riche et généralement de très haut niveau –petit rappel à lire ici-. Les excellentes versions sont légions, et celle-ci en fait partie. De plus, dans la plupart des cas, les conditions techniques d’enregistrement sont très soignées et rendent justice aux musiciens et aux orchestres. L’oeuvre est foisonnante, écrite pour un très grand orchestre, avec ajout de nombreux cors en coulisse, d’un Heckelphone –genre de hautbois au registre très grave-, d’une machine à vent et d’un orgue ; elle narre, en 22 étapes et un peu moins d’une heure, une journée d’excursion dans les Alpes bavaroises, où Richard Strauss, en amoureux de la montagne, résidait très souvent.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°15 « Pastorale »
Maria Grinberg, piano – 1964 *****

Chacun a entendu au moins une fois dans sa vie la 6ème symphonie « Pastorale » de Beethoven, mais sa quinzième sonate pour piano « Pastorale » est moins célèbre –bien que tout aussi réussie !-. Beethoven était amoureux de la nature et s’en inspira souvent avant de devenir presque totalement sourd : il essayait de s’échapper de la grande ville –Vienne- autant que possible, la quiétude de la campagne lui permettant de reposer ses oreilles et des acouphènes persistants qui le faisaient beaucoup souffrir. Cette très belle sonate pour piano, composée en 1801, est d’un caractère paisible et champêtre tout-à-fait remarquable : c’est vraiment du meilleur Beethoven !
J’aime beaucoup cette version de Maria Grinberg, qui enregistra durant les années 60 –prises de son soviétiques malheureusement assez précaires…– une belle intégrale des sonates pour piano de Beethoven, longtemps indisponible en Occident. C’est mon disquaire allemand, très grand spécialiste du piano, qui me l’avait procurée en me mettant en garde : selon lui, cette intégrale était très contestable –opinion non partagée par la critique musicale française, qui l’a encensée-.
Dans cette sonate, Maria Grinberg est l’une des rares pianistes à ne pas précipiter le deuxième mouvement, dont le rythme d’une promenade au pas tranquille est souvent abordé trop rapidement à mes oreilles -cf. extrait-. Ma version de référence reste toutefois celle d’Emil Gilels, et, dans cette sonate, j’aine également beaucoup Wilhelm Kempff –version des années 60– pour son premier mouvement d’une grande poésie.

• Richard Wagner – Siegfried Idyll
Orch. Symphonique de Pittsburgh- William Steinberg – 1958 *****

Siegfried Idyll fut composé par Richard Wagner comme cadeau d’anniversaire pour sa seconde épouse, Cosima –fille de Franz Liszt– à l’occasion de la naissance de leur fils Siegfried, en 1869. C’est un poème symphonique d’une quinzaine de minutes, écrit initialement pour orchestre de chambre de 13 musiciens et élargi ensuite à un petit orchestre symphonique d’une trentaine de membres. Le titre originel de l’oeuvre était « Tribschener Idyll mit Fidi-Vogelgesang und Orange-Sonnenaufgang » –Trad : Idylle de Tribschen avec le chant d’oiseau de Fidi et un lever de soleil orangé-. Tribschen était leur lieu de résidence suisse –juste à coté de Lucerne– et Fidi était le surnom donné à leur fils Siegfried –dit aussi « le pépieur », note de moi…-. Par la suite, le compositeur remodela son poème symphonique pour l’intégrer au sein de son opéra Siegfried –troisième partie de l’Anneau du Nibelungen-, qui est son opéra le plus naturaliste, avec de nombreuses scènes sylvestres.
Très belle version de William Steinberg, wagnérien expérimenté, pour une oeuvre réellement ravissante et très poétique –deux adjectifs que le commun des mortels n’accole pas spontanément à la musique de Wagner !-.

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Playlist pour saluer le retour du printemps

Le printemps s’est définitivement installé, avec ses couleurs renaissantes, son cortège d’arbres en fleurs, d’oiseaux pépiant dès l’aube et ses températures plus que clémentes ces derniers jours ! Saluons ce retour avec une playlist particulièrement adaptée ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano et violon n°5 « Le printemps », op.23
Martha Argerich, piano ; Gidon kremer, violon – 1987 *****

Je n’écoute pas si souvent les sonates pour piano et violon de Beethoven –beaucoup moins que ses sonates pour piano ou ses symphonies-, pourtant très bien représentées dans ma discothèque, mais, quand je le fais, c’est à chaque fois une source de grande satisfaction renouvelée ! Cette cinquième sonate « Printemps », achevée en 1801, est l’une des plus connues et populaires de son corpus pour piano et violon, elle est d’une fraicheur ravissante et d’un accès très facile. Cette version éblouissante, extraite du coffret intégral BTHVN2020, lui rend pleinement justice.

• Robert Schumann – Symphonie n°1 « Printemps », op.38
Orchestre symphonique de Detroit, Paul Paray – 1959 **

Paul Paray dirige l’oeuvre avec poigne et une belle énergie, comme souvent, et son orchestre répond au quart-de tour, mais ils ne parviennent cependant pas à faire décoller cette symphonie décidément assez peu engageante à mes oreilles –au demeurant, je l’écoute rarement-. L’oeuvre fut créée à Leipzig par Felix Mendelssohn et fut globalement bien accueillie. Elle rencontra moins de succès lors des exécutions suivantes à travers l’Allemagne.

C’est Clara Schumann qui recommanda son mari de se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour orchestre plutôt que de continuer à se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour piano : à mon avis, elle fut mauvaise conseillère Elle affirmait, dans son journal : « Il serait préférable qu’il compose pour l’orchestre ; son imagination ne peut pas trouver à s’exprimer pleinement sur le piano… Ses compositions sont toutes pensées pour l’orchestre… Mon plus grand souhait est qu’il compose pour l’orchestre – voici son domaine ! Puis-je réussir à le persuader ! »

• Igor Stravinsky – Le sacre du printemps
Orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1977 *****

Il existe plusieurs centaines d’enregistrements du « Sacre du printemps » –une des rares oeuvres que j’apprécie de ce compositeur-, et certaines versions sont mémorables : celle-ci en fait partie, à juste titre. Le chef, qui propose en 1977 sa seconde version enregistrée, creuse les timbres, sculpte les sonorités et privilégie une approche lyrique qui n’exclut pas la sauvagerie dans la première partie, l’orchestre est d’une qualité époustouflante et la prise de son est à la hauteur, tant en matière de timbres que d’image sonore et de dynamique.
Bref, un excellent disque à tous points de vue, largement salué à sa sortie et à écouter aussi fort que possible pour en profiter pleinement !

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Un jour, un album – Fabuleuse Septième symphonie

Le titre de cette notule aurait aussi bien pu s’intituler « Une nuit, un album »… En effet, lors de mes nuits sans dormir, il est d’usage d’essayer de m’endormir en musique, et, généralement, à la fin, ça marche ! Sauf qu’en l’occurence, ce disque m’a tant enthousiasmé que je suis resté concentré sur son écoute, et donc complètement éveillé, jusqu’à son terme ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Je vous avais déjà entretenu, ici, de la formidable réussite constituée par l’intégrale des symphonies de Beethoven enregistrée au cours des années 60 par William Steinberg et son orchestre symphonique de Pittsburgh. Dans les années 50 déjà, avec le même orchestre, William Steinberg avait enregistré pour Capitol Records, quelques symphonies de Beethoven, dont cette remarquable septième, en 1957.

Arrivé à la tête de l’orchestre de Pittsburgh en 1952, Steinberg, qui jouissait d’une formidable réputation de bâtisseur d’orchestre, dut, dans un premier temps, redonner confiance à des musiciens en grande souffrance après le passage du terrible Fritz Reiner, qui avait, durant son mandat, renvoyé la moitié de l’orchestre. Il y parvint rapidement et Pittsburgh put non seulement s’enorgueillir d’être une ville à la programmation ambitieuse et variée, mais aussi de compter sur le meilleur taux de fréquentation de ses concerts dans tous les États-Unis.
Cette solide réputation permit à l’orchestre et à son chef de construire une très belle discographie tout au long des années 50 pour Capitol Records -rachetée par EMI-, puis, durant les années 60, chez Command Classics.

Dans cette septième symphonie –une des plus populaires de Beethoven, avec notamment son deuxième mouvement archi-célèbre–  qui m’a tenu en éveil, les deux premiers mouvements sont d’incontestables réussites et la phalange de Pittsburgh joue superbement. Les équilibres au sein de l’orchestre s’inscrivent dans une tradition plus proche de l’école austro-allemande que d’ordinaire pour un orchestre américain –appui sur les cordes graves bien plus marqué, cuivres moins tonitruants-, ce qui n’est pas étonnant puisque Steinberg avait été formé en Allemagne avant d’en être chassé par les nationaux-socialistes. Les deux derniers mouvements sont également très réussis, même si le trio du troisième mouvement me semble un peu trop lent et que le quatrième n’atteint pas à la prodigieuse virtuosité de Karajan, à peu près unique ici.

Un magnifique témoignage, donc, dont vous pouvez vous délecter ici.

 

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Playlist « Terra incognita. 4 »

Poursuite, avec cette playlist, de ma découverte d’oeuvres que je fréquente très rarement, au point de n’en avoir guère de souvenirs ! Vous pouvez retrouver tous les épisodes de cette série et ses fondements ici. Ce sont trois compositeurs russes connus que j’écoute aujourd’hui, mais dans des oeuvres qui ne font pas toujours partie de leurs plus populaires. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Stravinsky – Le chant du rossignol – 1917
Orchestre symphonique de Chicago – Fritz Reiner – 1958 ***
Extrait du coffret anthologique de 10 CD « Fritz Reiner & The Chicago Symphony Orchestra » – Membran/licence RCA, 2020

« Le chant du rossignol » est un poème symphonique en trois parties d’Igor Stravinsky, adapté en 1917 de son opéra du même nom, composé en 1914. D’une manière générale, hors son triptyque de ballets –L’oiseau de feu ; Petrouchka ; Le sacre du printemps– je n’aime guère les oeuvres de Stravinsky, et ne les écoute quasiment jamais. Ce poème symphonique n’échappe pas à cette règle, bien qu’il soit plutôt meilleur que l’absence de souvenir que j’en avais gardé ! Très belle prise de son de 1958, comme la très grande majorité de celles enregistrées par RCA à Chicago, lorsque le tyrannique Fritz Reiner régnait d’une main de fer sur l’orchestre.

• Piotr Illitch Tchaïkovsky – Symphonie « Manfred » – 1885
Orchestre national de l’ORTF, Constantin Silvestri – 1958 ****
Extrait du coffret anthologique de 15 CD « Constantin Silvestri, le chef légendaire », EMI Coll. Icon, 2013

Cette symphonie non numérotée par Tchaïkovsky –parce qu’il envisageait éventuellement de la retoucher assez largement pour en faire un poème symphonique– et inspirée par un le poème éponyme de Lord Byron a été composée entre ses quatrième et cinquième symphonies. L’oeuvre, d’une durée approximative d’une heure, connut un succès certain lors de sa création, mais Tchaïkovsky n’en était pas satisfait, écrivant notamment : « Sans vouloir me montrer plus modeste que je ne le suis, je peux dire que cette production est abominable et que je la hais profondément, à l’exception du premier mouvement. Ainsi, si j’avais l’accord de l’éditeur, je détruirai les trois autres mouvements, absolument insignifiants sur le plan musical (le final est mortel) et à partir de cette symphonie lourdement dessinée, je créerais un poème symphonique ».
La version de Constantin Silvestri, chef roumain d’une rigueur maniaque qui réussit à tirer le meilleur d’un orchestre qui n’avait sans doute jamais si bien sonné à l’époque, est une belle réussite, bien enregistrée pour l’époque.

• Prokofiev – Lieutenant Kijé, suite – 1933 • Suite Scythe – 1915
Orchestre symphonique de Chicago, Claudio Abbado – 1978 ****
Extrait du coffret anthologique de 8 CD « Abbado – Chicago Symphony Orchestra » – DGG, 2017

La suite « Lieutenant Kijé » est constituée de 5 parties, adaptées de la musique que Prokofiev composa pour le film « Lieutenant Kijé » : Naissance de Kijé, Romance –cf. extrait (tiré de la version de Seiji Ozawa, je n’ai pas numérisé le disque Abbado à cette heure)-, Mariage, Troïka, Enterrement de Kijé. L’oeuvre, très populaire en Russie, est notamment célèbre depuis les années 80 grâce à la chanson de Sting « Russians », qui reprend la mélodie de la Romance. La suite Scythe, composée en 1915, est tirée du ballet Ala et Lolly. Oeuvre de commande pour les Ballets Russes de Diaghilev, celui-ci la refusa finalement. Elle s’inscrit dans une perpective très motorisée, à l’instar de certains des concertos pour piano du compositeur.
Au début de sa carrière, Claudio Abbado semble avoir beaucoup apprécié certaines oeuvres de Prokofiev, qu’il a enregistrées avec Londres ou Chicago. Plus tard, il n’y est guère revenu.

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Playlist « A la conquête du Pôle Sud »

Dans la courte playlist de ce jour, j’écoute la symphonie n°7, dite « Sinfonia Antartica« , de Ralph Vaughan Williams, issue de la musique qu’il composa pour le film « Scott Of The Antarctic » –cliquer sur l’imagette de l’affiche pour la voir en plus grand-, qui retrace l’histoire tragique de la conquête du Pôle Sud par l’expédition anglaise « Terra Nova » conduite par Robert Falcon Scott en janvier 1912 : il y avait été précédé de cinq semaines par l’expédition norvégienne de Roald Amundsen, qui planta officiellement le drapeau norvégien au Pôle Sud le 14 décembre 1911 à 15:00.
Le film fut un best-seller en Angleterre –troisième au box-office en 1949-, lorsque Scott était encore une figure héroïque dans son pays –statut assez profondément révisé depuis-, tandis qu’Amundsen y était méprisé par pur esprit chauvin : « mangeur de chien », « explorateur professionnel n’ayant rien de chevaleresque »…
Cette histoire passionnante de la conquête du Pôle Sud, dernière partie inexplorée de notre planète à l’entrée du vingtième siècle, sur fond de rivalité anglo-norvégienne, a été remise en perspective à la fin du vingtième siècle. L’admirable travail de préparation de Roald Amundsen pour son expédition, par opposition avec l’entêtement de Robert Falcon Scott, autoritaire et pétri de certitudes, sont désormais mis en avant pour expliquer l’échec de l’expédition anglaise.

Après la sortie du film, Vaughan Williams continua à composer sur le même thème pour aboutir, en 1952, à une oeuvre de dimension symphonique : la Sinfonia antartica –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. L’orchestration de cette oeuvre en cinq mouvements -les deux derniers sont enchaînes- fait appel, outre l’orchestre classique traditionnel, à une soliste soprano qui chante sans paroles, à un modeste chœur de femmes à trois voix et à un large instrumentarium avec orgue, piano machine à vent et un panel varié de percussions. Chaque mouvement également est précédé par une citation écrite sur la partition. Dans certaines interprétations, ces citations sont lues avant chaque mouvement, ce n’est pas le cas pour la version de ce jour, enregistrée par Sir Adrian Boult en 1969.

1er mouvement – Prélude
To suffer woes which Hope thinks infinite, / To forgive wrongs darker than death or night,
To defy Power, which seems omnipotent … / Neither to change nor falter nor repent,
This … is to be
Good, great and joyous, beautiful and free. / This is alone Life, Joy, Empire and Victory!
-extrait de « Prométhée délivré », de Shelley-

Le « thème héroïque » du Prélude constitue le générique de début du film et il apparaît de façon récurrente tout au long de la symphonie de l’ouvrage. Ce mouvement correspond, dans le film, au moment où que les explorateurs se préparentet à la présentation des principaux protagonistes de l’expédition « Terra Nova ». Puis, la musique évoque ensuite les vastes étendues glaciales de l’Antarctique par des percussions –glockenspiel, xylophone et vibraphone-, une machine à vent, le piano et le célesta, des voix funèbres des choeurs et les vocalises sans paroles de la soliste soprano.

2ème mouvement – Scherzo
There go the ships: / And there is that Leviathan / Whom thou hast made to take his pastime therein.
-Psaume 104-

Le scherzo, intitulé «Léviathan», est tiré du passage «Whales» –baleines– de la musique du film lors de l’arrivée du Terra nova dans la Baie des Baleines. Le Scherzo en constitue un remaniement. Les baleines sont incarnées par le cor anglais les vents graves, le tuba et le violoncelle. Sur la banquise, les pingouins sdéfilent au son des clarinettes et des trompettes.

3ème mouvement – Lanscape
Ye ice falls! Ye that from the mountain’s brow / Adown enormous ravines slope amain –
Torrents, methinks, that heard a mighty voice, / And stopped at once amid their maddest plunge!
Motionless torrents! Silent cataracts!
-Hymn Before Sunrise, Coleridge-

La musique provient de la séquence du film où l’expédition de Scott entreprend la difficile ascension d’un glacier géant –Glacier Beardmore-. La musique évoque la lente et pénible avancée des explorateurs à travers les masses de glace mouvantes. Ce mouvement est celui qui utilise l’instrumentarium le plus varié, sur une très large plage dynamique, y compris un fortissimo d’orgue.

4ème mouvement – Intermezzo
Love, all alike, no season knows, nor clime, / Nor hours, days, months, which are the rags of time.
The Sun Rising, Donne-

L’Intermezzo est tiré du passage du film où les explorateurs évoquent avec nostalgie leurs familles qui les attendent à la maison –solo de hautbois accompagné d’accords de harpe, puis par un violon soliste.-. A la fin du mouvement, les cloches graves et la très douce musique qui suit correspondant dans le film à la mort du capitaine Oates, qui, sur le chemin du retour, souffrant de gelures aux pieds, se laissa mourir de froid pour ne pas retarder l’expédition en quittant sa tente, de nuit : »Je vais simplement sortir et ce la pourrait prendre un certain temps ».

5ème mouvement – Épilogue
I do not regret this journey … We took risks, we knew we took them; things have come out against us, and therefore we have no cause for complaint.
-Journal de R.F. Scott-

Malgré l’héroïsme de la marche –le thème de la musique de cette marche est construit et développé à partir du thème héroïque du prélude-, le blizzard engouffre Scott et ses deux derniers compagnons. Avant de mourir, Scott prend le temps de rédiger une dernière note dans son journal : « It seems a pity, but I do not think I can write more – R. Scott – For God’s sake look after our people. » –« C’est malheureux, mais je ne pense pas pouvoir écrire davantage. R. Scott. Dernière entrée : Pour l’amour de Dieu, veillez sur nos familles »-.
La Sinfonia Antartica s’achève dans la désolation de ce paysage de banquise désormais vide de toute vie.

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Playlist en couleurs – Vert, une fois de plus…

• L. van Beethoven – Symphonie n°9 – Ch. & Orch. phil. Vienne – Herbert von Karajan – 1947 *****
• J. Strauss – Die Fledermaus – Ch.et Orch. phil. Vienne – Clemens Krauss – 1950 *****
• L. Madetoja – Okon Fuoco, suite – Orch. symph. Oulu – Arvo Volmer – 2001 ***
Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

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