Playlist mystique

La playlist de ce jour est consacrée à Alexandre Scriabinetrès bon article à lire-, gentil loufoque passablement fantasque et résolument mystique, dont je vous avais déjà entretenu il y a un peu longtemps, à l’occasion d’un cadeau de Noël que j’avais rapidement épuisé dans son intégralité, mais vers lequel je ne suis, depuis, que ponctuellement retourné –il contient quelques merveilles, pourtant-.

Les quelques autres albums du compositeur qui parsèment ma discothèque sont tout aussi remarquables –même si celui de Pogorelich est un peu en-deçà des deux autres à mes oreilles– et c’est vers eux que je me suis tourné aujourd’hui. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Ne sont donc concernées, dans cette playlist, que des oeuvres issues du corpus pianistique, relativement abondant, du compositeur : sonates, études et autres préludes. Les premières compostions de Scriabine pour le piano sont encore très marquées par Chopin –extrait 1-. Par la suite, le compositeur s’extrait assez rapidement de cette influence pour proposer progressivement des oeuvres nettement plus hardies harmoniquement –extrait 2-, même s’il ne fut jamais un maître de la grande forme –la comparaison avec la sonate « Hammeklavier » de Beethoven, sur le dernier album, est presque cruelle à cet égard…-.

Passablement excentrique, Alexandre Scriabine est passé tardivement à la postérité et reste encore assez peu joué ou enregistré de nos jours : peu enclin à se plier au folklorisme russe, il fut, presque dès son décès, victime d’un assez intense dénigrement, pour son mysticisme et pour son amitié profonde avec Vladimir Plekhanov –menchevik qui contribua à introduire le marxisme en Russie et tomba en disgrâce auprès des bolcheviks lors de la révolution d’octobre 1917– de la part du régime soviétique dès sa création. Politique et art font décidément mauvais ménage…

Playlist « Cette année-là » – 1976

Schubert – Quintette avec piano « La Truite » – Emil Gilels, Quatuor Amadeus
Al Stewart – The Year Of The Cat
Kurt Weill – Kleine Dreigroschenmusik ; Mahagonny Songspiel – The London Sinfonietta, David Atherton
AC/DC – Dirty. Deeds Done Dirt Cheap (Albert Australian Edition)
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Un jour – Un album. Gravé dans le marbre…

Profitant de levers avant même que l’aube pointe, en ces jours de chaleur caniculaire, je réécoute, depuis trois jours, l’ensemble de ce monument gravé dans le marbre en profitant de cette quiétude matinale. Ces disques font partie de mes disques de chevet, ceux dont je ne me séparerais pour rien au monde, même si le projet de constituer l’intégrale des sonates pour piano n’aboutit finalement pas : Emil Gilels avait pris son temps pour bâtir patiemment ce monument, il fut malheureusement surpris par la mort avant de l’achever –la légende dit : d’une erreur médicale due à l’incompétence des médecins soviétiques, au cours d’un banal contrôle de routine…-.

Avec l’apparition du CD, au début des années 80, j’ai patiemment constitué cette collection, en achetant un par un chacun des disques qui la constituent au moment de sa sortie, le regroupement en coffret –dans un son amélioré grâce à une belle remastérisation– étant venu bien plus tard. Chaque disque fut choyé comme une pépite, et certaines pochettes sont visuellement très belles. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Réécouter ces oeuvres connues entre toutes avec un peu d’attention et de concentration permet d’apprécier encore plus ces versions : tout y est absolument maîtrisé et si certains ont pu entendre dans cette démonstration distanciée de la froideur, ce serait alors la froideur du marbre le plus pur !
Une écoute attentive permet de saisir le propos d’une logique implacable du pianiste, une gestion époustouflante des contrastes des dynamiques et du « bouillonnement rythmique » propre aux sonates de Beethoven –les mouvements finaux sont généralement impressionnants à cet égard : sonates n°21 Waldstein ou n°23 Appassionata par exemple-, une sonorité belle et pleine, une structure parfaitement mise en évidence –la rigueur, la hauteur de vue et la maîtrise intellectuelle du pianiste profitent aux plus « petites » sonates qui deviennent l’égale des plus grandes et ne se sont jamais négligées : c’est sans doute tout l’intérêt de ce projet au long cours, qui s’étala sur plus de quinze ans-. Dans les mouvements lents, le pianiste ouvre des horizons nouveaux, inconnus chez d’autres pianistes –sonate n°29 Hammerklavier, sonate n°30 d’un lyrisme exacerbé…– et les fugues des dernières sonates sont d’une lisibilité parfaite.

J’ai eu la chance et le privilège d’entendre Emil Gilels en concert à deux occasions : c’était un petit bonhomme un peu renfrogné –comme Beethoven…– qui se précipitait sur la scène vers son piano et commençait ses récitals presque sans crier gare et avec une vitalité extraordinaire. Doté d’une technique exceptionnelle, il remplissait facilement une salle d’un sonorité puissante et ne détimbrant jamais, sans effort apparent, quand d’autres auraient été debout pour marteler le clavier tout en en tirant moins de volume sonore –le contraste avec Murray Perahia, entendu en concert quelques semaines plus tard dans ll’Appassionata de Beethoven, fut cruel pour le second…– !

Un monument d’une beauté et d’une évidence confondantes !

Playlist « Entre Eusebius et Florestan »

La playlist de ce jour est consacrée à quelques pièces pour piano de Robert Schumann, musicien profondément romantique et dont l’esprit sans doute un peu dérangé –d’une grande sensibilité, il est mort dans un asile, au terme d’un long internement de trois ans, souffrant notamment d’avoir été un pianiste raté doublé d’un chef d’orchestre raté– le conduisait à s’identifier tout-tour à deux personnages fictifs qu’il fit longtemps dialoguer dans ses écrits et ses oeuvres : Eusebius, au caractère mélancolique, calme et peu expansif et Florestan, beaucoup plus fougueux et passionné. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Les « Kinderszenen » forment une très belle page d’accès facile, conçues selon le compositeur comme « des souvenirs d’enfance pour des personnes qui ont grandi ». Les treize courtes pièces qui les composent –le compositeur les avaient d’abord simplement intitulées « Pièces faciles »– sont jouées ici par un vieux monsieur de près de 80 ans, Wilhelm Kempff, et constituent le plus beau moment d’une anthologie qu’il consacra, sans doute trop tardivement, au compositeur.

Les « Etudes symphoniques pour piano » sont d’une toute autre veine technique. Si les pièces qui les constituent sont également très courtes, elles sont d’une grande virtuosité. Schumann ne devint jamais le grand virtuose du piano qu’il rêvait d’être, notamment parce qu’il inventa un « appareil » qui devait lui permettre de travailler l’indépendance des doigts et qui le laissa partiellement paralysé de la main droite ! La seconde version de Géza Anda, magnifique interprète de Schumann, est absolument remarquable –cf. extrait– !

Enfin, « Carnaval » est une oeuvre constituées de vingt-deux « scènes mignonnes sur quatre notes » –excellente présentation de l’oeuvre ici– et présentant un défilé de personnages masqués, fictifs ou réels, fêtant carnaval : parmi ces personnages réels, Schumann sous sa double personnalité –Eusebius et Florestan-, mais également Paganini, Chopin ou sa propre femme, la virtuose Clara Schumann. Magnifique et rare version d’Emil Gilels, immense interprète de Schumann lui aussi, ici en concert –il n’enregistra jamais l’oeuvre en studio-.

Playlist « Vieux lions et jeune félin »

Le premier concerto pour piano de Tchaïkovsky, cheval de bataille du répertoire concertant, est la première oeuvre que j’ai écoutée de manière consciente de tout le répertoire classique : je le réclamais encore et encore, au grand dam de mon père, mélomane averti qui détestait cette oeuvre, et à tel point que ce fut mon tout premier disque, offert pour l’anniversaire de mes six ans. C’est une oeuvre spectaculaire, ouvertement virtuose et empruntant quelques thèmes au folklore russe, dans laquelle le piano et l’orchestre dialoguent à égalité dans un climat romantique.

Souvenirs d’enfance, donc : j’en ai écouté trois formidables versions aujourd’hui ! Bien interprété, ce concerto reste merveilleux, mais les très bonnes versions de l’oeuvre ne sont pas si nombreuses, malgré le nombre faramineux d’enregistrements qu’on en trouve ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Premier « Vieux lion » : Shura Cherkassky, c’est la fantaisie brillante et l’imagination au pouvoir : un piano coloré et inventif, dans la plus pure tradition virtuose, même si l’accompagnement orchestral, ici, n’est pas tout-à-fait à la hauteur de l’engagement du pianiste.

Le « Jeune félin », c’est le pianiste Ivo Pogorelich, qui enregistrait ici son cinquième disque seulement. Du grand piano, très virtuose ici aussi, dans des tempos larges, avec de grands contrastes dynamiques et une belle sonorité. L’orchestre l’accompagne dans le même esprit, une vision très romantique et très bien assumée.

Enfin, le second « Vieux lion » était encore un assez jeune lion au moment du premier enregistrement qu’il fit de cette oeuvre, lors de sa première tournée américaine. Emil Gilels, grand spécialiste de ce concerto, l’a enregistré une vingtaine de fois et cette version princeps dans son catalogue personnel l’est aussi, à mes oreilles au moins, dans la discographie de l’oeuvre ! Ici, le chef et le pianiste se livrent à une vraie confrontation dialoguée, qui mêle à la fois extrême virtuosité et rigueur extrême : une hauteur de vue impressionnante, faite de bravoure, de panache et de poésie, et peut-être le plus parfait enregistrement de ce beau concerto !

Playlist de toute beauté…

Pour quasiment clôre cette année BTHVN2020, je me suis fait un immense plaisir cette après-midi en retrouvant de vieilles connaissances que je n’avais plus trop écoutées ces derniers temps, et j’ai été, à nouveau, confondu devant tant de beautés à travers ces versions de quelques sonates pour piano de Beethoven.

Des intégrales de ces oeuvres, j’en ai à la pelle, et, en cette année de commémoration, d’autres encore sont parues –dont une, celle d’Igor Levit, que j’apprécie plus particulièrement, et d’autres que je juge plus contestables à mes oreilles et que j’ai trouvées juste convenables sans avoir envie d’y retourner, au moins pour l’instant : Daniel Barenboim pour DGG, Fazil Say qui grogne et chantonne comme Glenn Gould…-.
Mais les disques du jour, je les chéris particulièrement, et ils font partie des fleurons de ma discothèque ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. Et pour une fois, la critique internationale ne s’y est pas trompée : ces disques sont, à juste titre selon moi, bardés de prix partout dans le monde…

BTHVN2020 – Playlist « Intégrale composite »

Le week-end s’annonce musical –TheCookingCat travaille chaque jour de ce pont et je peux donc monter le volume…– et j’en profite, ce matin, pour réviser de grands classiques : les cinq concertos pour piano de Beethoven, selon des artistes variés. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

En la matière, peu d’interprétations bénéficient d’une appréciation unanime aussi ancienne –et internationale– que celle accordée à cette magnifique version du quatrième concerto –mon préféré depuis toujours-, qui parvient à rassembler tous les contraires : virilité et grâce, puissance et poésie, virtuosité et noblesse. C’est tout simplement remarquable ! La prise de son, très bonne à l’origine –du EMI anglais des fameux studios d’Abbey Road de la grande époque (1957)-, est encore magnifiée par d’excellents remasterings.
J’aime beaucoup, aussi, la version du cinquième concerto que je vous présente ici, extraite d’une intégrale très récente, et sans doute la plus intéressante enregistrée depuis le début de ce millénaire, au moins à mes oreilles. Grande exactitude rythmique du pianiste, belle main droite très nuancée, et accompagnements riches et transparents de l’orchestre, le tout superbement enregistré.
Les autres albums font tous partie, à des degrés divers, de l’histoire de la musique enregistrée et viennent bellement compléter cette playlist, constituant une intégrale disparate, mais qui fait plaisir à écouter !
En extrait, un mouvement du « mal-aimé » de cette série de concertos…

Playlist concertante « Old school »

Pour égayer ce très beau début de matinée estivale, débutée il y a fort tôt, j’ai retenu pour ma playlist une série de concertos dans des versions « old school » plutôt réjouissante ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

On retrouvera donc, dans l’ordre :

• le premier concerto pour piano de Tchaikovsky dans une la dynamique version de Van Cliburn, accompagné par Kirryl Kondrashin et un orchestre américain formé pour l’occasion, qui fut vainqueur du premier prix lors du concours Tchaïkovsky en 1958 à Moscou, en pleine guerre froide. Emil Gilels, Président du jury, engagea sa responsabilité personnelle pour que le prix lui soit accordé, ce qui n’allait pas de soi à cette époque, et bénéficia de l’appui de Krouchthev à cette occasion.
La même année et à la suite de ce concours, RCA enregistra cet album, pour lequel une autorisation spéciale de sortie du territoire soviétique fut accordée au grand chef Kirril Kondrashin –qui passa définitivement à l’ouest 20 ans plus tard-. La suite de la carrière du pianiste fut relativement anecdotique, bien qu’il restât adulé aux Etats-Unis jusqu’à son décès en 2013;

• le concerto pour piano de Schumann par Byron Janis –1962-, autre grand pianiste américain de la même période, et qui bénéficia pendant quelques temps des conseils de Vladimir Horowitz himself, qui l’appréciait beaucoup. La carrière de Janis fut prématurément perturbée par la maladie et le conduisit vers l’enseignement. Très belle version de ce concerto, fulgurante et très bien accompagnée, bénéficiant de surcroît d’un excellent enregistrement;

• le second concerto pour piano de Liszt par Wilhelm Kempff et l’orchestre symphonique de Londres dirigé par Anatol Fistoulari –disque paru initialement chez Decca et repris dans ce coffret publié par Deutsche Grammophon-. Sibelius disait de Kempe qu’il jouait « non pas comme un pianiste, mais comme un véritable artiste ».
Le contenu de ce coffret est assez inégal, mais les concertos de Beethoven et ce second de Liszt sont tout-à-fait réussis –le premiers concertos de Brahms et de Liszt, en revanche, manquent sérieusement de panache et d’abattage, à mes oreilles au moins…-. J’aime beaucoup cette oeuvre, qui fut l’une de mes toute premières découvertes musicales vers 6 ou 7 ans –ce qui, évidemment, ne nous rajeunit pas…-;

enfin, le second concerto pour piano de Brahms par Emil Gilels et Fritz Reiner et l’orchestre de Chicago –1958– trouve ici une interprétation proche de l’idéal, dans des tempi relativement vifs mais avec une hauteur de propos réellement impressionnante !

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