Dimanche à l’opéra – Cardillac, de Paul Hindemith

Pour la séance lyrique de ce dimanche matin, j’ai retenu Cardillac, de Paul Hindemith : une oeuvre relativement complexe, composée en 1926 sur un livret adapté par Ferdinand Lion d’une courte nouvelle –Das Fräulein von Scuderi– du romancier-dramaturge-satiriste-peintre-dessinateur romantique E.T.A Hoffmann, dont l’influence en Allemagne est considérable.
L’oeuvre, d’un abord plutôt austère, fut écrite selon les principes du courant « Neu Sachlichkeit » –Nouvelle Objectivité– ne connut qu’un succès d’estime lors de sa création à Dresde, puis à travers l’Europe, et reste, aujourd’hui encore, une relative rareté aussi bien scénographie que discographique.

L’argument met en scène Cardillac, un orfèvre de génie, qui assassine tour à tour les acheteurs de ses bijoux, qu’il considère comme des oeuvres d’art dont il ne peut se séparer. Le tout, évidemment, sur fond d’une intrigue amoureuse engageant la fille de l’ofèvre. L’action se situe à Paris en 1680, les personnages, hors l’ofèvre, n’ont pas de nom et ne sont désignés que par leur fonction : la fille, une dame, un officier, un chevalier et la foule -incarnée par le chœur-.

Acte I
• La terreur dans la ville – Le peuple de Paris est terrifié par une série de meurtres mystérieux. Tous les acheteurs de bijoux précieux fabriqués par le célèbre orfèvre Cardillac sont retrouvés assassinés peu après leur achat. La foule réclame justice, mais la police est impuissante. Cardillac apparaît brièvement, acclamé pour son génie artistique, mais il reste froid, distant et obsédé par ses créations.
• Le piège amoureux – Dans la chambre d’une dame de la cour, un cavalier tente de la séduire en lui offrant un magnifique collier en or façonné par Cardillac. La dame accepte ses avances à condition qu’il lui apporte ce bijou. Peu après le départ du cavalier, une silhouette masquée s’introduit par la fenêtre, le poignarde mortellement et s’enfuit en reprenant le collier.
Acte II
• Dans l’atelier de Cardillac – Le vieux marchand d’or rend visite à Cardillac pour le mettre en garde : le public soupçonne un lien entre ses bijoux et les meurtres. Cardillac ignore les avertissements, ne se souciant que de la pureté de son art.
• Sa fille entre ensuite pour lui annoncer qu’elle est amoureuse d’un jeune officier et qu’elle souhaite l’épouser. Cardillac se montre indifférent à son bonheur, car sa seule et unique passion charnelle et spirituelle réside dans ses œuvres de métal précieux.
• L’officier arrive pour demander la main de la jeune fille. Pour tester sa valeur, Cardillac exige qu’il lui achète une chaîne en or. L’officier s’exécute, bien qu’il connaisse la malédiction qui pèse sur les acheteurs. Dès qu’il quitte l’atelier avec le bijou, Cardillac est pris d’une crise de démence : il ne supporte pas de se séparer de sa création et décide de suivre l’officier pour le tuer et récupérer son œuvre.

Acte III
• La vérité révélée – Dans une rue sombre de Paris, Cardillac agresse l’officier pour lui dérober la chaîne. Cependant, l’officier parvient à parer le coup et blesse son assaillant. Le marchand d’or, qui surveillait la scène, assiste à l’attaque et crie au meurtre, désignant Cardillac comme le coupable.
• L’officier, voulant protéger le père de sa fiancée, prétend que l’agresseur n’était pas Cardillac mais un autre homme masqué. La foule se rassemble et emmène Cardillac dans une taverne pour le soigner. Submergé par la culpabilité et l’incapacité de mentir plus longtemps face à l’admiration aveugle du peuple, Cardillac finit par avouer la terrible vérité : c’est lui, le tueur en série. Il explique qu’il ne peut tolérer que d’autres possèdent ses chefs-d’œuvre.
• Horrifiée par ces révélations, la foule en colère se jette sur l’orfèvre et le lynche. Avant de mourir dans les bras de sa fille, Cardillac embrasse une dernière fois la chaîne en or, restant fidèle à son obsession artistique jusqu’au dernier souffle.

Sur un texte fortement dramatique et romantique, Hindemith, compositeur que j’apprécie énormément, se refuse à confondre la vie et l’art et compose une musique donc d’une grande précision formelle dont le dramatisme n’est pas au premier plan. Les réactions unanimement négatives après cette première –« une totale cacophonie » ; « une oeuvre dégénérée »…– ont conduit Hindemith à réviser entièrement sa partition en 1953, mais cette version modifiée de la partition ne s’est pas imposée, et les représentations à l’échelle internationales continuent à privilégier la version originale de 1926, d’une durée d’environ deux heures.

C’est aussi le cas dans la version de ce jour –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, enregistrée en 1969 à Cologne, sous la direction du très expérimenté chef Joseph Keilberth, toujours très à l’aise dans le répertoire lyrique. Le rôle-titre est tenu par Dietrich Fischer-Dieskau, baryton qui a chanté à peu près tous les grands rôles du répertoire lyrique allemand, y compris les plus rares comme c’est le cas ici, où il est bien entouré par des artistes talentueux mais de moindre renom.

Playlist « On n’est jamais mieux servi… »

Le dicton populaire l’affirme : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même » ! Et c’est pour en vérifier le bien-fondé que j’ai concocté cette petite playlist : des enregistrements anciens où des musiciens interpèlent leurs propres oeuvres pour la postérité, et qui, dans une certaines mesure, constituent des jalons référentiels dans l’histoire de l’interprétation de chacune des oeuvres écoutées ce jour. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Edward Elgar – Concerto pour violoncelle
Beatrice Harrison, violoncelle ; New Symphony Orchestra, Edward Elgar – 1928 *****
Le disque fait partie d’un coffret anthologique des enregistrements électriques des oeuvres d’Elgar par lui-même – 1926-1933 – EMI/Warner

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce concerto pour violoncelle était si populaire en son temps –malgré une première désastreuse en 1919 par un violoncelliste mal préparé, un chef réticent et un orchestre en manque de répétitions– qu’il s’agit-là du second enregistrement de l’oeuvre par ces mêmes artistes : le premier fut réalisé au bon vieux temps de l’enregistrement acoustique en 1920, celui-ci est un enregistrement électrique –toutes ces différentes techniques sont décrites ici, pour les éventuels passionnés…-. Le son est étonnamment bon pour l’époque et le remastering effectué lors de la mise en CD est très réussi.

Par ailleurs, ce très beau concerto trouve ici une superbe interprétation, aussi belle à mes oreilles que celle de Jacqueline DuPré / John Barbirolli, universellement louée par les musicographes. Edward Elgar, qui avait personnellement choisi la soliste Beatrice Harrison, avait obtenu de His Master’s Voice une somme considérable pour enregistrer ses propres oeuvres, il était remarquablement populaire dans son pays, où il était considéré comme le plus grand musicien anglais depuis Handel.

 

• Paul Hindemith – Symphonie « Mathis der Maler »
Orchestre philharmonique de Berlin, Paul Hindemith – 1955 *****

Paul Hindemith enregistra une large anthologie de ses oeuvres symphoniques avec l’orchestre philharmonique de Berlin durant les années 50 en réaction, notamment, aux interprétations de ses oeuvres par Wilhelm Furtwängler, qu’il jugeait trop « romantiques » et d’une facture trop subjectives : on n’est décidément jamais mieux servi que par soi-même ! Je vous ai déjà raconté un peu tout cela ici, et mon opinion au sujet de cet album n’a pas varié : c’est vraiment très bien et très bien enregistré pour l’époque !

 

Zoltan Kodály – Nuit d’été ; Concerto pour orchestre
Orchestre philharmonique de Budapest, Zoltan Kodály – 1960 *****

Parfois décrit comme le « Debussy hongrois », Zoltan Kodály –1882-1967– alliait schéma classique et inspiration folkloriste. Il fut aussi un pédagogue renommée et une méthode d’enseignement de la musique porte son nom et reste encore en vigueur de nos jours –malheureusement pas en France, où l’enseignement de la musique reste encore très élitiste, note perfide du rédacteur…-.
S’il n’est pas le plus connu ou le plus populaire des compositeurs du 20ème siècle, il n’en est pas moins intéressant et les deux oeuvres de ce jour s’écoutent très agréablement. L’orchestre philharmonique de Budapest s’avère être un excellent orchestre, dont le chef le plus éminent fut Otto Klemperer –1947-1950– de retour de son exil américain.

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Playlist « Les années 50 en symphonies »

Dans la playlist de cette nouvelle journée de canicule –du coup, je suis sorti ce matin entre 6 heures et 8 heures, et, visiblement, d’autres que moi avaient eu la même idée : les rues étaient inhabituellement animées malgré l’heure matinale…-, trois albums consacrés à des oeuvres composées dans la première moitié des années 50. Les deux premiers albums sont quasi-contemporains de la création de chacune des oeuvres envisagées. La symphonie de Shostakovich est très différente, de ton et d’esprit, des deux autres symphonies. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Paul Hindemith – Symphonie « L’harmonie du monde » – Orch. Philh. Berlin, Paul Hindemith – 1953 *****

Cette symphonie, dont la composition, en 1951, précède celle de l’opéra du même nom, est une illustration de la vie et des thèses métaphysiques de l’astronome Johannes Kepler : le mouvement des planètes et les lois de la musique sont régis par une même harmonie universelle. Les noms de chacun des trois mouvements –1. Musica instrumentalis ; 2. Musica humana ; 3. Musica mundana– sont inspirés par les écrits du philosophe romain Boethius –aussi connu en France sous le nom de Boèce-. Il s’agit d’une oeuvre orchestrale complexe mobilisant un orchestre important. Paul Hindemith enregistra l’oeuvre lui-même, car il était très insatisfait de l’interprétation qu’en avait donnée Furtwängler lors d’un festival quelques temps auparavant.

• Karl Amadeus Hartmann – Symphonie n°6 pour grand orchestre – Orch. RIAS Berlin, Ferenc Fricsay – 1954 ****

La sixième symphonie de Karl A. Hartmann est une « recomposition », en 1953, de son ouvrage symphonique « L’Oeuvre », d’après le roman de Zola, initialement composé en 1938. En effet, après la guerre, Hartmann réutilisa et remania, dans ses symphonies, du matériel qu’il avait composé antérieurement. La liste de ses oeuvres est donc relativement complexe, d’autant que le compositeur avait également détruit certaines oeuvres de jeunesse après leur création… L’album fait partie d’une collection « Musica Nova » enregistrée par Ferenc Fricsay durant les années 50, consacrée aux musiciens allemands « contemporains ».

• Maxime Dimitri Shostakovich – Symphonie n°10 – Orch. Philadelphie, Mariss Jansons – 1994 ****

La dixième symphonie de Shostakovich, composée en 1953, fait partie des symphonies dites « abstraites » du compositeur, à savoir qu’elle ne porte pas explicitement de message destiné à illustrer un moment historique de l’histoire soviétique ou de ses prémices. La version de ce jour est tirée de l’intégrale de Mariss Jansons, enregistrée avec plusieurs orchestres : très correcte dans l’ensemble, c’est cependant l’intégrale la plus inégale de toutes à mon avis.

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Playlist « A l’Américaine » – 1. Boston – Steinberg

Je débute aujourd’hui un petit cycle d’écoute consacré à des orchestres et artistes américains, histoire également de refaire un petit voyage remémoratif au sein de ma discothèque…
Le leg de William Steinberg et de l’orchestre symphonique de Boston pour Deutsche Grammophon se limite à trois fabuleux disques, puisque le chef, tout récemment nommé à la tête de l’orchestre en complément de son long mandat à la tête de l’orchestre de Pittsburgh qu’il ne pouvait se résoudre à quitter, dut abandonner ses fonctions assez rapidement en raison d’une santé déficiente.

Son mandat à Boston est resté limité à trois années –1969-1972-, durant lesquelles il enregistra deux trois albums pour RCA et, donc, les trois disques de la playlist du jour.. Les trois albums parus chez l’éditeur allemand ont été enregistrés tout au long de l’année 1971 et outre leurs mérites artistiques considérables ***** –ils s’inscrivent parmi les versions les plus recommandables de la discographie pour chacune des oeuvres enregistrées-, ils bénéficient tous de remarquables conditions techniques pour l’époque ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

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Playlist «Cinétique et contrepoint»

Belle –et exigeante– playlist composée d’oeuvres pour piano finalement pas si fréquentes que cela, aujourd’hui ! Et deux compositeurs contemporains l’un de l’autre en trois albums, dont l’un a le bon goût de proposer les deux ! Si le piano de Paul Hindemith est assez marqué pr l’utilisation d’un contrepoint savant –ses Ludus Tonalis sont édifiants à cet égard-, le piano de Serge Prokofiev met souvent en avant une motorique implacable. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

On retrouve donc dans cette playlist :

• Hindemith – Les sonates pour piano – Glenn Gould – 1966/1973 ****

Glenn Gould adorait les pièces contrapuntiques et ces sonates parfois assez arides et rarement enregistrées lui offrent l’occasion de s’en donner à coeur joie ! Ces trois sonates ont été composées en 1936, à un moment où Hindemith, désigné par es nazis comme « artiste dégénéré », commençait à songer à l’exil.

• Hindemith – Ludus Tonalis ; Prokofiev – Visions fugitives, intégrale – Olli Mustonen – 1996 *****

Un très grand disque de piano, fort bien enregistré. Les Ludus Tonalis –Études, ou exercices contrapuntiques, tonaux et techniques pour le piano : c’est ainsi que ces 25 pièces sont définies par leur compositeur– sont formidablement maîtrisés. L’oeuvre, écrite en 1942, est composée d’un prélude et de 12 fugues entre lesquelles s’intercalent 12 interludes et les Visions Fugitives sont des miniatures remarquables, même si les propositions d’Emil Gilels dans ce répertoire sont à mes oreilles encore plus merveilleuses.

• Prokofiev – Sonate pour piano n°8 – Visions fugitives, extraits – Emil Gilels – 1974 *****

Emil Gilels fut le créateur de cette sonate virtuose et exigeante en 1944. Par ailleurs, tout au long de sa carrière, il joua très souvent de manière admirable des extraits des Visions Fugitives en bis lors de ses concerts. Ces courtes pièces sans titre ont été inspirées par les poésies de Constantin Balmont.

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Dimanche à l’opéra : Mathis der Maler, de Paul Hindemith

C’est un opéra exigeant et somme toute assez rare qui est l’objet de ma séance lyrique dominicale : Mathis der Maler, de Paul Hindemith, opéra en 7 tableaux sur un livret du compositeur, qui s’est inspiré :
• de la Guerre des Paysans en Allemagne –Révolte des Rustauds-, qui se déroula en 1525-26 et toucha tout le Saint-Empire romain-germanique, y compris une partie de la France : Alsace –grande bataille de Saverne-, Lorraine et Franche-Comté, d’une part ;
• de l’oeuvre picturale de Matthias Grünewald –±1480-1528, c’est « Mathis le peintre »-, dont on peut admirer le retable d’Issenheim qui fit sa gloire –le fait qu’il ait pu être attribué un temps à Albrecht Dürer en dit long sur sa qualité…– au Musée Unterlinden à Colmar, et inspira Hindemith, d’autre part ;
• le tout sur fond de Réforme luthérienne et de lutte contre l’église catholique.

L’oeuvre est allégorique, Paul Hindemith l’a écrite en pleine période du montée du nazisme et la situe au début de la Renaissance allemande pour mieux interroger la place et le rôle de l’artiste dans une société où montent les périls politiques.  En 1933, Adolf Hitler prend le pouvoir. Les artistes sont appelés à servir les idéaux du régime, sous peine de censure ou d’exil. La musique est surveillée par la chambre de musique du Reich (Reichsmusikkammer). Bien qu’il soit un compositeur allemand de renom, Paul Hindemith est considéré avec méfiance par le régime. Sa musique est jugée « dégénérée » (Entartete Musik) à cause de son style moderne, de ses sympathies pour les artistes juifs, et de ses prises de position humanistes.

La version du jour, enregistrée en 1977 et éditée par EMI en 1979 fut, pendant longtemps, la seule disponible. Elle est très soignée et demeure, à ce jour, sans doute la meilleure option pour aborder l’oeuvre : très bon orchestre et excellents solistes de bonne renommée, beau livret détaillé et très bonne prise de son. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. Elle a même le bon goût de rester disponible à petit prix –en occasion– avec un livret numérique : c’est Byzance !
Mathis der Maler est divisé en sept tableaux, qui s’organisent ainsi :
1 Mathis dans son atelier : Mathis travaille sur une œuvre religieuse mais doute de son rôle d’artiste face à la souffrance du peuple. A quoi sert l’art dans un monde en crise ? Discussion avec le cardinal Albrecht, son mécène, qui veut qu’il reste fidèle à l’Église et à la tradition.
2 À Mayence, en ville : agitation populaire sur fond de famine et d’oppression féodale. Mathis rencontre Hans Schwalb, paysan révolté, et sa fille Regina. Il prend leur défense contre les soldats. Rencontre avec Ursula, fille d’un riche marchand, qui l’admire et l’aime.
3 La révolte : Mathis rejoint les révoltés malgré l’appel du cardinal à rester fidèle à l’Église. Mathis quitte la cour du cardinal. Il rejoint les paysans révoltés, porté par son désir de justice. Il se sent responsable en tant qu’homme, pas seulement comme artiste. Il renonce à son art temporairement, pour agir.
4 Le débat religieux : dialogue entre catholiques et protestants. Mathis est tiraillé. Il participe à la révolte paysanne, mais les Rustauds sont divisés entre violence et réforme. Mathis comprend vite que la violence ne mène à rien. Hans Schwalb est tué, et Regina, sa fille, traumatisée. Mathis doute à nouveau : était-ce une erreur ?
5 La répression de la révolte est sanglante. Mathis est dévasté. Ursula, soupçonnée de complicité avec les rebelles, est interrogée. Mathis intervient en sa faveur. Le dialogue entre catholiques et protestants se solde par l’impossibilité du compromis. Mathis se rend compte que les deux camps sont corrompus par le pouvoir.
6 La vision de Mathis : il s’agit d’une cène mystique, allégorique, inspirée du retable d’Issenheim. Mathis est tenté par les démons du fanatisme, de la gloire, de l’orgueil. L »apparition du Christ constitue un moment de révélation spirituelle. Il comprend que son vrai combat est intérieur, artistique.
Vision mystique : Il rêve du Christ, des anges et de la souffrance humaine – reflet du retable.
7 Le renoncement : fidèle à sa vocation initiale, Mathis renonce à la vie publique, à la lutte armée, au pouvoir. Il choisit la solitude et retourne à sa peinture. Il bénit Regina, devenue orpheline, et s’éloigne. La fin de l’opéra est calme et lumineuse : la foi dans l’art et l’humanité est restaurée.

Le style de Hindemith est parfois qualifié de « style néo-baroque » est caractérisé par son contrepoint rigoureux et sa clarté formelle. L’harmonie élargie mais la tonalité reste toujours présente. La Polyphonie est très dense, l’orchestre est très expressif, parfois dissonant mais toujours structuré. Par ailleurs, Paul Hindemith a également composé une symphonie en trois mouvements, tirés de certaines scènes de l’opéra et se référant explicitement au retable d’Issenheim et à trois de ses volets :
• le concert des anges -ouverture de l’opéra– ;
• la mise au tombeau –interlude orchestral extrait du dernier tableau, cf. cliquer sur l’imagette ci-dessous pour la voir en plus grand– ;
• la tentation de Saint Antoine –extrait du sixième tableau, cf. cliquer sur l’imagette de droite pour la voir en plus grand-.
L’accueil de cette symphonie fut excellent mais elle fut rapidement interdite par les nazis.
En définitive : un opéra majeur du vingtième siècle, et l’un de mes préférés, même s’il est peu joué, et d’un accès peu aisé -la parole prime sur l’action-. La symphonie, qui est d’accès beaucoup plus facile, ou une visite au Musée Unterlinden à Colmar pour admirer le remarquable retable d’Issenheim constituent de bonnes portes d’entrée !
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Playlist « Discrétion et humilité »

A 98 ans, Herbert Blomstedt est vraisemblablement le doyen des chefs d’orchestre actuellement en activité, même si celle-ci s’est quelque peu ralentie ces derniers mois. Ce chef suédois né aux États-Unis a pourtant connu une longue et fructueuse carrière, qui l’a conduit à sillonner toute la Scandinavie, l’Allemagne de l’Est puis l’Allemagne réunifiée ainsi que les États-Unis et le Japon.
Dans la seconde moitié des années 70, Blomstedt enregistra avec la Staatskapelle de Dresde une remarquable intégrale des symphonies de Beethoven pour le label est-allemand Edel, qui, comme presque toutes ses contemporaines, n’eut aucune chance commerciale face à seconde intégrale berlinoise de Karajan pour DGG et passa presqu’inaperçue dans nos contrées occidentales. Ce n’est qu’au courant des années 90, lors de sa réédition en CD pour le label Berlin Classics qu’elle bénéficia de l’aura très positive qu’elle conserve aujourd’hui encore, d’autant qu’elle est disponible chez plusieurs éditeurs à prix réduit et dans d’excellentes conditions techniques.

Après son passage à Dresde, Blomstedt fut nommé directeur musical de l’orchestre symphonique de San Francisco, qu’il améliora considérablement, et bénéficia d’une meilleure exposition commerciale en enregistrant pour Decca : tous ses disques américains pour cette firme sont de remarquables réussites, et notamment ses enregistrements des symphonies de Sibelius –un superbe coffret de 4 CD– et d’une anthologie orchestrale de Hindemith –3 CD, dont un avec l’orchestre de Leipzig-.

Certains de ces enregistrements font partie de la playlist de ce jour. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Beethoven – Symphonie n°6 « Pastorale » – Staatskapelle Dresde – 1978 *****
• Sibelius – Symphonies n°3 & 6 – OS Sans Francisco – 1996 *****
• Hindemith – Nobilissima Visione – Der Schwanendreher – OS San Fransisco – 1993 *****

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Playlist en couleurs – Orange

• Tchaïkovsky – Symphonie n°5 – OP New York, Bernstein – 1988 **
• The Cure – Kiss Me Kiss Me Kiss Me – 1987 ****
• The Real Kids – No Place Fast – 1981/1982 ****
• Paul Hindemith – Symphonie Serena ; Die Harmonie der Welt – Gewandhaus Leizig, Blomstedt – 1997 *****
–Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand–

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Playlist provinciale

Je poursuis, maintenant que le temps m’en est offert, d’explorer les tréfonds de ma discothèque en approfondissant le contenu d’un coffret dont je vous ai parlé il y a fort longtemps, déjà, et qui m’avait laissé  une impression plutôt positive dans son ensemble, mais avec quelques réserves toutefois –et, notamment une quatrième symphonie de Tchaïkovsky, curieusement désarticulée dans mon souvenir : il faudrait que je confirme cette impression un peu lointaine-.
Chef roumain ayant fui la dictature communiste établie dans on pays en 1957, Constantin Silvestri s’établit à l’ouest, à Londres d’abord, puis à Paris, et enfin à Bournemouth, cité balnéaire de la côte sud de l’Angleterre, qui comptait 150 000 habitants en 1961 : tout le charme de la province anglaise, donc ! Le coffret comporte ainsi des enregistrements réalisés dans ces trois villes, mais également à Vienne, et s’étalent sur une dizaine d’années –entre 1957 et 1968-, juste avant le décès du chef en 1969.
Personnage intransigeant, pointilleux jusqu’aux plus petits détails, Silvestri demandait un nombre de répétitions considérables, ce qui lui ferma les portes des orchestres les plus prestigieux, qui ne pouvaient/voulaient pas les lui offrir. A Bournemouth, cette intransigeance lui permit de bâtir un orchestre de grande qualité, très phonogénique. En revanche, Walter Legge, directeur artistique tout-puissant chez EMI-HMV, confina souvent le chef à des oeuvres populaires mais de seconde importance, à quelques exceptions près : c’est pourquoi on retrouve dans la discographie de Silvestri de nombreuses pièces de circonstance, mais assez peu d’oeuvres du grand répertoire, hors Tchaïkovsky, Berlioz et Dvorak, ou encore Bartok et Hindemith pour les « contemporains ». Il faut reconnaître qu’à l’époque, la concurrence était vive chez EMI en Angleterre, entre Karajan et le Philharmonia ou Beecham, Boult et Sargent, tous à la tête d’orchestres anglais bien plus prestigieux que celui de Bournemouth.
On retrouve dans la playlist de ce jour –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand– :

• une anthologie de musique russe : Prokofiev, Katchaturian, Rimsky-Korsakov, Borodin, Glinka… enregistrée entre Vienne, Paris et Londres –***– ;
• Hindemith : « Mathis der Maler » –***– et Bartok « Divertimento » –****– gravée à Londres avec le Philharmonia ;
• Dvorak : Symphonie n°9 –n°5 dans l’ancienne numérotation et dans les premières éditions de l’oeuvre– enregistrée à Paris –****-.

De belles versions -l’appréciation du premier disque porte plus sur son contenu que sur les interprétations du chef, tout-à-fait excellentes-, généralement expressives, engagées et vivantes, même si pour Hindemith, il ne s’agit pas de ma version préférée d’une oeuvre que j’aime beaucoup.

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Playlist des jours d’après…

Tout à mon labeur ces derniers jours, je n’ai pas trop eu le temps de me préoccuper du résultats des récentes élections, si ce n’est pour m’en désoler collectivement… Etant par monts et par vaux depuis deux semaines, en train ou en voiture, mes oreilles sont donc restées un peu en jachère, et cette playlist constituée n’importe comment en piochant un peu au hasard dans me discothèque en est le résultat. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Je crains malheureusement que, prochainement, les playlists à venir seront celles d’un monde d’après ! J’ai bien fait de déposer mon dossier de retraite !

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