Playlist concertante et controversée !

La playlist de ce jour est consacrée à trois concertos pour piano parmi les plus célèbres du répertoire dans des interprétations qui ont, de tout temps, été sujettes à controverses, plus encore en France que dans d’autres pays dont j’ai pu retrouver quelques échos.

Pourtant, la collaboration entre ces deux artistes qui s’estimaient et s’admiraient réciproquement s’est révélée relativement fructueuse quantitativement parlant, puisqu’Alexis Weissenberg est sans doute le pianiste avec lequel Herbert von Karajan a le plus enregistré dans le domaine du concerto pour piano et leur legs discographique est désormais reconsidéré plus positivement auprès des musicographes actuels -même, mais dans une moindre mesure, en France- au gré des rééditions. -Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Piotr I. Tchaïkovsky – Concerto pour piano n°1
Alexis Weissenberg, piano – Orchestre de Paris, Herbert von Karajan – 1971 ***

Ce disque m’est cher non pour son contenu, mais parce qu’il s’agit du tout premier disque qui me fut offert pour mon sixième anniversaire. J’avais entendu à la radio ce concerto et j’en chantais continuellement, paraît-il, sa très célèbre introduction, au risque de l’agacement paternel qui n’appréciait guère Tchaïkovsky ! Karajan a enregistré l’oeuvre quatre fois, cette version parisienne n’est ni pire ni meilleure que ses autres versions dans sa conception. Le tout jeune orchestre de Paris dont il était alors «conseiller musical spécial» depuis 1969, charge dont il devait vite se débarrasser l’année suivante, notamment parce qu’il jugeait les musiciens de l’orchestre plutôt désinvoltes et parce que les engagements de recrutement promis par le ministère de la culture lors de la signature de son contrat ne furent pas tenus, n’est cependant pas à cette date le plus exceptionnel des orchestres –son successeur, Sir Georg Solti, se cassa les dents pour les mêmes raisons et rendit bien vite sa baguette également…-. Alexis Weissenberg, pianiste très apprécié du chef autrichien, joue une partition tout en muscle, mais les deux musiciens semblent avoir renoncé à jouer la même partition.

• Sergei Rachmaninov – Concerto pour piano n°2
Alexis Weissenberg, piano – Orch. Philh. de Berlin, Herbert von Karajan – 1973 ****

Deux ans plus tard, à Berlin, chef et pianiste évitent, a contrario et de manière surprenante, tout enlisement dans le deuxième concerto pour piano de Rachmaninov. C’est une très belle version de ce concerto qui est offerte, avec un orchestre voluptueux –la partition se prête admirablement à ce traitement– mais qui ne sombre jamais dans le sirupeux et un pianiste à la virtuosité très expressive. Un très bel album ! L’enregistrement est l’un des tout premiers réalisé en quadriphonie –et remastérisé en CD en stéréo-, une technique qui ne perdura pas et qui n’enrichit que les marchands de canapé !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano n°1
Alexis Weissenberg, piano – Orch. Philh. de Londres, Carlo Maria Gilulini, 1973 ****

Tout au long des années 70, Alexis Weissenberg, rescapé d’un camp de concentration où il fut emprisonné durant quelques mois, encore enfant, pendant la seconde guerre mondiale,  fut un pianiste extrêmement populaire en France –à tel point qu’il se fit naturaliser français-, largement popularisé par ses passages télévisés dans « Le grand échiquier », émission qui contribua à populariser la musique classique auprès d’un large public. Le premier concerto pour piano de Brahms avec le chef italien Carlo Maria Giulini fait partie de ses meilleurs disques concertants. A mes oreilles, le chef est meilleur ici que dans son célèbre enregistrement avec Claudio Arrau, pourtant bien plus largement réédité, et ce concerto à la virtuosité exigeante convient parfaitement au jeu du pianiste. Une belle réussite !

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Playlist « Brahms à l’ancienne & à l’américaine »

Après Bruckner, Brahms ! Peu me chaut l’ordre alphabétique, je préfère généralement le premier au second, sauf en ce qui concerne les concertos pour piano ! Normal me direz-vous, Bruckner, qui était organiste, n’a rien composé pour le piano –on peut faire abstraction de son recueil d’apprenti-compositeur, le Kitzler Studienbuch– ! La playlist de ce jour propose des enregistrements d’origine américaine, gravés dans les années 50 ou au tout début des années 60, et qui firent tout d’abord les beaux jours des discophiles d’Outre-Atlantique, avant de faire les miens : j’aime beaucoup ces interprétations de Brahms, musicien que je ne consomme qu’avec modération…

Quasiment tous les artistes de cette playlist –Leon Fleisher en est l’exception– viennent d’Europe, où ils avaient entamé leur carrière –Allemagne pour Steinberg, Tchécoslovaquie pour Firkusny, Hongrie pour Reiner et Szell– et ont été naturalisés américains durant la guerre ou immédiatement après. Les trois chefs, tous nés à la fin du 19ème siècle, trouvèrent en Amérique des orchestres remarquables et s’inscrivent dans la lignée des « chefs objectifs » popularisée par Arturo Toscanini, qui était alors très en vogue aux États-Unis. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°1
Rudolph Firkusny, piano ; orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Le premier concerto pour piano de Brahms est sans doute l’oeuvre que je préfère du compositeur, et cette version de l’oeuvre fait partie des très bonnes interprétations et s’avèrent très complémentaires des meilleures versions européennes, souvent plus massives du côté de l’orchestre. Ici, fidèle à lui-même, Steinberg se montre vif-éclair, rigoureux et transparent et son association avec Rudolf Firkusny, au jeu fin, élégant mais non dénué de poigne –c’est nécessaire pour ce concerto– s’avère une grande réussite : à la même époque, les deux compères enregistraient également une remarquable interprétation du 5ème concerto « L’Empereur » de Beethoven.
William Steinberg, aimable et doté d’un grand sens de l’humour, fut souvent décrit comme « Un Reiner ou un Szell avec du coeur ».

• Johannes Brahms – Symphonie n°3
Orchestre symphonique de Chicago, Fritz Reiner – 1958 *****

Fritz Reiner fut sans doute le plus grand « dictateur de la baguette » : un chef qui ne souriait jamais et tyrannisait régulièrement ses musiciens afin d’en tirer le meilleur. Peu patient, il était également capable de renvoyer rapidement les musiciens d’orchestre qui ne lui convenaient pas : à Pittsburgh, où il précéda William Steinberg, il avait, en dix ans, renvoyé plus de la moitié des musiciens…
Nonobstant ces petits travers –sic-, ces disques sont d’un très haut niveau –et d’un très haut niveau technique, puisqu’il bénéficia du procédé « Living Presence » de RCA-, et cette troisième symphonie de Brahms n’échappe pas à cette règle ! La perfection a un prix !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°2
Leon Fleisher, piano ; Orchestre de Cleveland, George Szell – 1962 ****(*)

Une autre association gagnante : celle du brillant pianiste américain Leon Fleisher, vainqueur à 24 ans du concours de piano de la Reine Elisabeth et du chef de l’orchestre de Cleveland George Szell –encore un chef sympathique qui ne rigolait jamais…-, qui enregistrèrent avec beaucoup de succès l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven et celle de Brahms, ainsi que les concertos pour piano de Schumann, de Grieg et le 25ème concerto de Mozart. Cette association fructueuse fut malheureusement interrompue par la paralysie progressive de la main droite de Leon Fleisher, dont il perdit l’usage en 1964 du fait d’une dystonie focale.
Tous les disques enregistrés par le couple Fleisher / Szell- Cleveland sont de premier ordre et ont bénéficié de rééditions soignées en CD. Quasiment à la même époque, Emil Gilels enregistrait ce même concerto avec l’orchestre de Chicago et Fritz Reiner : une version magistrale qui aurait presque pu figurer dans cette playlist !

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Playlist « terra Incognita. 5 »

Poursuite, avec cette playlist, de ma découverte d’oeuvres que je fréquente très rarement, au point de n’en avoir guère de souvenirs ! Vous pouvez retrouver tous les épisodes de cette série et ses fondements ici. La playlist d’aujourd’hui me conduit plus particulièrement en Suède, via Hambourg, où les douaniers tatillons, avant la libre circulation des personnes au sein de l’Union européenne, n’aimaient pas les jeunes Français au cheveux trop longs  !
L’attrait de cette playlist dominicale est largement accru par d’excellentes prises de son, pour tous les disques qui la constituent –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Hugo Alfvén – Symphonie n°5 – Premier enregistrement mondial de la version complète – 1942/52
Orch. Philh. Royal de Stockholm, Neeme Järvi – 1992 ***
–Extrait du coffret de 5 CD de l’intégrale symphonies d’Alfvén par Neeme Jârvi, BIS Records, 2004–

Hugo Alfvén est un compositeur suédois que je connais depuis les années 80, date de mon premier périple – en R5 même pas Super-5 ou électrique, et complètement démontée par les douaniers de Hambourg 2 fois, à l’aller et au retour…– à travers la Suède et la Norvège. Mon oncle, immense collectionneur de disques, m’avait fait toute une liste de LP difficilement trouvables en France de à lui rapporter, et j’avais notamment trouvé deux albums du compositeur chez un disquaire de Göteborg, surpris qu’un jeune Français lui fasse cette demande ! Les symphonies d’Alfvén, belles sans être vraiment géniales ou profondément originales, sont désormais assez facilement dénichables. Cette intégrale de Neeme Jârvi, infatigable propagateur de raretés, est tout-à-fait réussie.

• Johannes Brahms – Sonates pour piano n°1 en ut majeur, op. 1 – 1853
Anatol Ugorski, piano – 1997 ****
–Extrait du coffret de 9 CD de l’intégrale des oeuvres pour piano et orgue de Brahms, DGG « Brahms Edition II », 2008–

J’ai toujours eu du mal avec la musique de Brahms –né et instruit à Hambourg, où il jouait, jeune, du piano dans les tavernes de la ville– , y compris son corpus pour piano, assez peu touffu. J’avais à l’époque acheté ce coffret pour la transcription pour « piano main gauche » de la chaconne pour violon de Bach –très bien pour le coup– et l’avais remisé sur mes étagères après une écoute distraite. Je préfère cette version très idiosyncrasique d’Anatol Ugorski aux autres versions que j’ai pu entendre : fidèle à son habitude, ce très singulier pianiste –passé par la déportation en Sibérie durant l’ère soviétique et à la carrière de météorite après la chute du mur de Berlin– fait un sort à chaque note, mais au moins, je ne m’y ennuie pas –ce qui est assez fréquent pour moi avec Brahms-.

• Kurt Atterberg – Symphonie n°9 « Visionaria » – 1956
S. Vihavainen, G. Suovanen, Ch. Chambre Prague, Ch.& Orch. NDR, Ari Rasilainen – 2003 ****
–Extrait du coffret de 5 CD de l’intégrale symphonies d’Atterberg par Ari Rasilainen, CPO Records, 2004–

Oh ! Une neuvième et dernière symphonie avec avec solistes et choeurs, ça ne vous rappelle rien ? Dans cette symphonie assez cataclysmique, le texte chanté relate le « Ragnarök », extrait de l' »Edda poétique », une épopée islandaise datant d’environ 1270, qui raconte les visions d’une sage prophétesse –d’où le titre de la symphonie « Sinfonia Visionaria »– qui prédit la création du monde, la guerre entre les dieux, les géants et les humains, la destruction du monde, et enfin sa reconstitution. Une symphonie puissante, oscillant quelque part entre le Sibelius de « Kullervo » et le Shostakovich des « symphonies de guerre » :  elle constitue l’heureuse surprise de cette playlist.

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Playlist « Concertos un peu à la marge, un peu méconnus… »

Dans la playlist de ce jour, deux compositeurs parmi les plus célèbres pour trois concertos qui occupent une place un peu en marge du « grand répertoire », et ne sont pas les plus connus de leurs compositeurs, bien qu’ils soient pas forcément les moins réussis. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig van Beethoven – « Triple concerto » pour piano, violon, et violoncelle
Lev Oborine, David Oistrakh, Sviatoslav Knushevisky ; Philharmonia Orchestra, Malcolm Sargent – 1958 ****

Dans le catalogue des oeuvres de Beethoven, le triple concerto, opus 56, prend place entre deux monuments emblématiques du compositeur : la symphonie « Eroica » op.55, d’une part, et la sonate pour piano n°23 « Appassionata » op.57, d’autre part. Il s’inscrit, dans répertoire des oeuvres concertantes, après les trois premiers concertos pour piano, juste avant le quatrième –op.58– et le concerto pour violon –op.61-. Il s’agit d’une période de composition très faste pour Beethoven. Dans cette partition plutôt joyeuse et que j’apprécie vraiment beaucoup, les trois solistes se partagent la partie concertante, et la partie de piano est la plus facile, ayant été pensé, vraisemblablement, pour l’un des jeunes élèves du compositeur, encore peu assuré.
Le triple concerto bénéficie d’une belle discographie, et l’on peut, selon son humeur, privilégier une approche chambriste comme dans la version de ce jour, ou une vision plus large où l’orchestre, accompagnant des solistes de grand renom, prend plus de place.

• Johannes Brahms – « Double concerto » pour violon et violoncelle
Wolfgang Scneiderhan, Janos Starker ; Orchestre RIAS Berlin,, Ferenc Fricsay – 1959 ****

Une autre belle oeuvre concertante, très typique de Brahms dans son orchestration, et que je préfère nettement, pour ma part, à son concerto pour violon. C’est la dernière oeuvre symphonique de Brahms, et il intègre parfaitement les deux solistes au flot orchestral, ce qui lui fut initialement reproché, à une époque où un concerto devait nécessairement faire briller les solistes. L’oeuvre fut créée par les deux solistes dédicataires, le violoniste Joseph Joachim et le violoncelliste Robert Hausmann, deux amis de longue date du compositeur.
La discographie du double concerto n’est pas immense, mais de qualité, et cette version est tout-à-fait remarquable !

 

• Ludwig van Beethoven – Concerto pour violon, transcrit par Beethoven pour piano
Daniel Barenboim ; English Chamber Orchestra, Daniel Barenboim – 1974 ***

Le concerto pour violon de Beethoven, qui jouit d’une très solide réputation de nos jours, ne fut pas un grand succès lors de sa création en 1806 : lie violoniste, Muzio Clementi, en donna une lecture à vue des deuxième et troisième mouvements, dont la partie soliste avait été livrée en retard. Ce concerto ne trouva grâce en réalité qu’une génération plus tard, lors d’une nouvelle audition, à Londres en 1844, avec le violoniste Joseph Joachim, qui entamais sa carrière de soliste sous la baguette de Felix Mendelssohn et devint alors très populaire.
Suivant une suggestion de Clementi, Beethoven en publia une transcription pour piano en 1807, sous le n° 61a. La transformation d’une partie initialement écrite pour le violon en partie de piano ne me semble pas toujours très probante –tout au moins à mes oreilles-, mais Beethoven profita du remaniement de ce concerto pour écrire une longue cadence pour piano et timbale, ce qui rend cette transcription tout-à-fait notable. Par la suite, de nombreux violonistes ont adoré et adapté cette cadence.
Pour ce répertoire de niche à la discographie peu abondante, la version de ce jour, d’un artiste que je n’apprécie généralement guère, est très satisfaisante.

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Playlist « On refait l’histoire : part one »

A l’occasion du 80ème anniversaire du chef d’orchestre Herbert von Karajan, son éditeur avait réédité ses tout premiers enregistrements, enregistrés entre 1938 et 1944 avec différents orchestres à travers l’Europe : ils constituent les albums de la playlist de ce jour.
On retrouve dans ces albums des oeuvres du « grand répertoire » qu’il dirigea tout au long de sa vie et il est remarquable qu’à peine trentenaire, son style de direction commençait déjà à être bien forgé et lui valait alors le surnom de «Wunder Karajan» –Miracle Karajan-. On pouvait alors lire dans la presse, auprès des critiques de l’époque –1938– : « Pour le dire franchement, nous sommes confrontés à un prodige. Cet homme est le chef d’orchestre le plus sensationnel du siècle. Personne de trente ans à notre époque n’a atteint un triomphe aussi objectif ou personnel à un tel niveau». –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Cinquante ans plus tard, les mêmes remarques élogieuses saluaient la réédition de ces enregistrements oubliés depuis longtemps, soulignant le très solide métier d’un si jeune chef d’orchestre et la patte qu’il apposait sur les différents orchestres, dont celui dont il était titulaire à partir de 1939 en tant que Staatskapellemeister : la Staatskapelle de Berlin. Il lui faudrait encore attendre 15 ans pour occuper le poste tant convoité de chef de l’orchestre philharmonique de Berlin.

• Beethoven – Symphonie n°7 – Staatskapelle Berlin – 1941
• Wagner – Les maîtres-chanteurs de Nurenberg, ouverture et prélude de l’acte 3 – Staatskapelle Berlin – 1939
• Beethoven – Ouverture Eleonore III – Concertgebouw Amsterdam – 1943
• Brahms – Symphonie n°1 – Concertgebouw Amsterdam – 1943
• Strauss – Don Juan, Danse de Salomé – Concertgebouw Amsterdam – 1943
• Dvorak – Symphonie n°9 – Philharmonique de Berlin – 1940
• J. Strauss – Valses et ouvertures – Philharmonique de Berlin – 1940-41

Au niveau technique, ces enregistrements, parus initialement sur disques 78 tours, bénéficient tous d’une réédition extrêmement soignée à partir de sources en bon état et parfaitement conservées : le son est étonnamment bon pour d’aussi « vieilles cires » et l’ensemble s’écoute sans difficulté.

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Playlist « L’empereur du violon »

Profitant d’une météo peu clémente ces derniers jours, je revisite à l’occasion de ces playlists estivales mon « fond de discothèque » et celle de ce jour est consacré à plusieurs concertos pour violon par celui qui fut surnommé l’empereur du violon », et dont ses confrères disait notamment qu’ « il a[vait] établi toutes les normes pour jouer du violon au XXe siècle » et que « les objectifs qu’il s’étaient fixés demeurent, et, pour les violonistes d’aujourd’hui, il est plutôt déprimant qu’ils ne soient plus jamais complètement atteints ». J’ai nommé Jasha Heifetz.

Né en 1899 en Lituanie –alors russe-, enfant prodige et réputé pour être le plus phénoménal des enfants prodiges de son temps –il fut admis dans la classe du réputé Leopold Auer, qui détestait les enfants prodiges, à 9 ans et enregistra ses premiers disques à 10 ans-, émigré très tôt en Amérique pour échapper à la révolution et au régime soviétique, il débuta très jeune une carrière de virtuose couronnée d’un tel succès que Fritz Kreisler, sans doute le violoniste virtuose le plus réputé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, affirma que devant tant de génie, « il n’avait plus qu’à casser son instrument sur ses genoux »… Sa carrière, couronnée d’un immense succès à travers le monde entier, s’étira jusqu’au début des années 60.
Richissime –il avait fondé l’éphémère « One Million Dollars » trio-, réputé d’une extrême exigence avec les autres et plus encore avec lui même, doté d’une personnalité complexe il est également réputé pour n’avoir jamais souri en public, et aucune photo ne le montre autrement qu’avec un visage austère.

Les enregistrements de cette playlist –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, tous réalisés après la seconde guerre mondiale pour RCA, bénéficient du savoir-faire de la firme à cette époque et s’avèrent tous très convenables techniquement, avec cette particularité toutefois d’enregistrer le violon très près du microphone, comme le souhaitait Heifetz, sans que cela nuise au demeurant à la lisibilité de l’orchestre. Les accompagnements vont du tout-venant un peu routinier à l’excellent.

La firme américaine, à travers ces enregistrements, contribua à établir le mythe de l’infaillibilité du violoniste, à l’instar du halo d’infaillibilité qui entourait Arturo Toscanini –autre artiste RCA– à la même époque. C’est, évidemment, un mythe !

• Beethoven & Mendelssohn – OS Boston, Charles Munch – 1955, 1959 *****
• Brahms & Tchaïkovsky – OS Chicago, Fritz Reiner – 1957 ***/*****
Les *** sont essentiellement tributaires de mon peu d’appétence pour le concerto pour violon de Brahms, que je n’apprécie pas beaucoup, quelle que soit l’interprétation envisagée…
• Bruch & Sibelius – New Symphony Orchestra of London, Malcolm Sargent & OS Chicago, Walter Hendl – 1962, 1959 ****/*****

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Playlist « A l’Américaine » – 2. Cleveland – Szell & Fleisher

Continuant sur la lancée de ma tournée des orchestres et artistes américains, je suis arrivé pour cette playlist à Cleveland, où, sous la direction du chef hongrois naturalisé américain George Szell, l’orchestre fit rapidement son entrée dans le cercle très restreint des « Big Five » –les cinq meilleurs orchestres du pays : Boston, Chicago, Cleveland, New York et Philadelphie-. Comme son collègue Fritz Reiner, George Szell, inscrit dans la tradition des « chefs objectifs », était réputé pour son exigence et son intransigeance. Un tyran de la baguette, donc, même s’il semble qu’il ait été d’un caractère un peu moins épouvantable que Fritz Reiner.

Entre 1958 et 1963, il entama une collaboration fructueuse avec le jeune pianiste Leon Fleisher –élève d’Artur Schnabel et vainqueur, comme Emil Gilels, du prestigieux concours de la Reine Élisabeth en 1952-, qui donna lieu à quelques enregistrements de concertos pour piano qui demeurent, aujourd’hui encore, des monuments discographiques, et constituent ce que chacun de ces deux artistes a fait de mieux dans ces oeuvres : Leon Fleisher est un pianiste bien plus assuré que Clifford Curzon pour accompagner Szell dans le premier concerto de Brahms et George Szell est beaucoup moins raide avec son jeune collègue qu’il ne le sera, à la fin de sa vie, avec Emil Gilels.

Les pressages CBS de l’époque, relativement médiocres, surtout pour les LP parus en séries économiques, n’ont jamais rendu justice à la qualité technique très honorable de ces enregistrements ; leur réédition en CD a permis de les redécouvrir dans de bien meilleures conditions. Curieusement, il me semble qu’aucun coffret à petit prix –les jolies rééditions Sony-CBS– n’a jamais réuni l’ensemble des concertos enregistrés par ces artistes, et qui doit représenter en tout et pour tout 7 CD. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.


C’est la maladie de Leon Fleisher, atteint très tôt d’une paralysie de la main droite, qui mit malheureusement un terme à cette collaboration : le pianiste dut alors se résoudre à l’enseignement et, partiellement rétabli, ne fit son come-back qu’au détour des années 2000, mais sa carrière était déjà derrière lui.

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Playlists chronologiques – 2004, année oubliée…

Dans le cadre des playlists constituées chronologiquement –et arbitrairement de 1964 à 2020– , j’avais malencontreusement oublié 4 années : 1969, 1974, 1975 et 2004. Erreur qui est définitivement et totalement réparée en terminant par l’année 2004. La boucle est désormais bouclée :  avec cette notule s’achève la série des playlists chronologiques ! Vous pouvez remonter le temps en musique et la retrouver intégralement en cliquant ici ou sur le menu déroulant idoine de la colonne de droite, rubrique des « Catégories ».

• Nouvelle Vague – Nouvelle vague
• Brian Wilson – Brian Wilson Presents SMILE

La réalisation de cet album mythique par son compositeur, aidé par un tout nouveau groupe de jeunes musiciens, à une date aussi tardive qu’en 2004, alors qu’il aurait initialement dû sortir en 1967, est l’objet d’une chronique simplifiée à lire ici, ou plus exhaustive et détaillée en Anglais ici.

• Brahms – Symphonie n°1 – OS Londres, Bernard Haitink
• The Cure – The Cure
–Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

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Playlists chronologiques – 1969, année oubliée…

Dans le cadre des playlists constituées chronologiquement –et arbitrairement de 1964 à 2020– , j’avais malencontreusement oublié 4 années : 1969, 1974, 1975 et 2004. Erreur que je vais progressivement réparer en commençant par l’année 1969 !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano n°1 – Claudio Arrau ; Concertgebouw Amsterdam, Bernard Haitink
• The Butterfield Blues Band – Keep On Moving
• Nicolo Paganini – Concertos pour violon 1&2 – Shmuel Ashkenasi ; OS Vienne, Heribert Esser
• The Beatles – Abbey Road -Anniversary Edition-
–Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand–

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Playlist « Titan du piano »

Surnommé de son vivant de « Titan du piano » à cause de la puissance phénoménale de son jeu, Emil Gilels était considéré par la critique internationale comme «un géant parmi les géants du piano. En termes de virtuosité, il était sans rival, mais sa puissance léonine était tempérée par une délicatesse et une poésie que peu ont égalées et que personne n’a dépassées».
La playlist de ce jour, consacrée à quatre concertos pour piano des plus populaires, en apporte un excellent témoignage –j’ai volontairement omis d’y ajouter l’un ou l’autre concerto pour piano de Beethoven, qu’il interpréta plus qu’aucun autre pianiste du 20ème siècle-.

–Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Brahms – Concerto pour piano n°1&2 – Orch. Philh. de Berlin, Eugen Jochum – 1972 *****
Depuis leur première parution en 1972, ces deux disques n’ont jamais quitté le catalogue de l’éditeur, sous une forme ou une autre –LP, cassette, CD, Blu-Ray audio…– et sont encore régulièrement cités comme référence incontournable, opinion partagée par les critiques du monde entier. Eugen Jochum, excellent à la tête de la philharmonie de Berlin, les tenait également pour ses plus grands enregistrements, avant même ses Bruckner de fameuse réputation. Emil Gilels avait déjà enregistré avec grand succès le second concerto pur piano avec Fritz Reiner pour RCA en 1958, dans une optique très différente : plus rapide, plus puissante et plus virtuose. Deux références très complémentaires !

• Tchaïkovsky – Concerto pour piano n°1 – Orch. Symph. de Chicago, Fritz Reiner – 1955 *****
Il existe au moins une quinzaine d’enregistrements de ce concerto du pianiste, dont au moins quatre officiels –celui-ci est le premier réalisé en studio-. Premier pianiste du bloc soviétique à être autorisé, durant la guerre froide, à se produire aux USA et en Europe de l’Ouest –sous très haute surveillance : un agent du KGB était collé à ses basques en permanence-, il connut un triomphe phénoménal et les plus grands chefs se l’arrachèrent pour enregistrer avec lui. Cette version de ce cheval de bataille de tout pianiste concertiste reste, 70 ans après, l’une des grandes interprétations de l’oeuvre : puissante, précise, rigoureuse et bénéficiant de conditions techniques très soignées.

• Rachmaninov – Concerto pour piano n°3 – Orch. Soc. du Conservatoire de Paris – André Cluytens – 1955 *****
La même remarque que pour le concerto de Tchaïkovsky s’impose –dans cette oeuvre également, des enregistrements de concert avec Kondrashin ou Ormandy notamment, constituent des témoignages exceptionnels, mais dans des conditions sonores assez précaires-, bien que l’orchestre et la prise de son soient de qualité quelque peu moindre qu’à Chicago : on n’a jamais fait mieux dans ce concerto !

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