Playlist concertante et controversée !

La playlist de ce jour est consacrée à trois concertos pour piano parmi les plus célèbres du répertoire dans des interprétations qui ont, de tout temps, été sujettes à controverses, plus encore en France que dans d’autres pays dont j’ai pu retrouver quelques échos.

Pourtant, la collaboration entre ces deux artistes qui s’estimaient et s’admiraient réciproquement s’est révélée relativement fructueuse quantitativement parlant, puisqu’Alexis Weissenberg est sans doute le pianiste avec lequel Herbert von Karajan a le plus enregistré dans le domaine du concerto pour piano et leur legs discographique est désormais reconsidéré plus positivement auprès des musicographes actuels -même, mais dans une moindre mesure, en France- au gré des rééditions. -Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Piotr I. Tchaïkovsky – Concerto pour piano n°1
Alexis Weissenberg, piano – Orchestre de Paris, Herbert von Karajan – 1971 ***

Ce disque m’est cher non pour son contenu, mais parce qu’il s’agit du tout premier disque qui me fut offert pour mon sixième anniversaire. J’avais entendu à la radio ce concerto et j’en chantais continuellement, paraît-il, sa très célèbre introduction, au risque de l’agacement paternel qui n’appréciait guère Tchaïkovsky ! Karajan a enregistré l’oeuvre quatre fois, cette version parisienne n’est ni pire ni meilleure que ses autres versions dans sa conception. Le tout jeune orchestre de Paris dont il était alors «conseiller musical spécial» depuis 1969, charge dont il devait vite se débarrasser l’année suivante, notamment parce qu’il jugeait les musiciens de l’orchestre plutôt désinvoltes et parce que les engagements de recrutement promis par le ministère de la culture lors de la signature de son contrat ne furent pas tenus, n’est cependant pas à cette date le plus exceptionnel des orchestres –son successeur, Sir Georg Solti, se cassa les dents pour les mêmes raisons et rendit bien vite sa baguette également…-. Alexis Weissenberg, pianiste très apprécié du chef autrichien, joue une partition tout en muscle, mais les deux musiciens semblent avoir renoncé à jouer la même partition.

• Sergei Rachmaninov – Concerto pour piano n°2
Alexis Weissenberg, piano – Orch. Philh. de Berlin, Herbert von Karajan – 1973 ****

Deux ans plus tard, à Berlin, chef et pianiste évitent, a contrario et de manière surprenante, tout enlisement dans le deuxième concerto pour piano de Rachmaninov. C’est une très belle version de ce concerto qui est offerte, avec un orchestre voluptueux –la partition se prête admirablement à ce traitement– mais qui ne sombre jamais dans le sirupeux et un pianiste à la virtuosité très expressive. Un très bel album ! L’enregistrement est l’un des tout premiers réalisé en quadriphonie –et remastérisé en CD en stéréo-, une technique qui ne perdura pas et qui n’enrichit que les marchands de canapé !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano n°1
Alexis Weissenberg, piano – Orch. Philh. de Londres, Carlo Maria Gilulini, 1973 ****

Tout au long des années 70, Alexis Weissenberg, rescapé d’un camp de concentration où il fut emprisonné durant quelques mois, encore enfant, pendant la seconde guerre mondiale,  fut un pianiste extrêmement populaire en France –à tel point qu’il se fit naturaliser français-, largement popularisé par ses passages télévisés dans « Le grand échiquier », émission qui contribua à populariser la musique classique auprès d’un large public. Le premier concerto pour piano de Brahms avec le chef italien Carlo Maria Giulini fait partie de ses meilleurs disques concertants. A mes oreilles, le chef est meilleur ici que dans son célèbre enregistrement avec Claudio Arrau, pourtant bien plus largement réédité, et ce concerto à la virtuosité exigeante convient parfaitement au jeu du pianiste. Une belle réussite !

, , , , , ,

Playlist « Vieux sage de la baguette »

Lorsqu’il décéda en 2011, à 99 ans, Kurt Sanderling était certainement le doyen de la direction d’orchestre. Ayant débuté sa carrière en 1931 comme répétiteur à l’opéra d’état de Berlin, il fut démis de ses fonctions par les autorités nazies et forcé à l’exil. N’ayant aucune famille en Europe de l’ouest ou aux USA, il trouva refuge, en 1936, en URSS où résidait déjà l’un de ses oncles. Il y fut notamment chef principal invité de l’orchestre philharmonique de Leningrad, aux côtés de la star de la direction locale Yevgeni Mravinsky –dont Karajan disait : « Il y a lui et moi »-. La superbe quatrième symphonie de Tchaïkovsky, puissante et très bien architecturée, enregistrée en 1955 et présente dans la playlist date de cette époque. C’est assurément l’une des plus somptueuses versions de cette symphonie, même si elle ne fut découvert en occident que très tardivement lors de sa réédition en CD en 1995.

A partir de 1960, Kurt Sandeling s’établit en Allemagne de l’est –ex-RDA– pour prendre la direction de l’orchestre symphonique de Berlin, dont le régime voulait faire un pendant au prestigieux philharmonique de Karajan. Il y enregistra pour le label est-allemand Eterna une magnifique et très granitique intégrale des symphonies de Sibelius –la toute première à prendre place dans ma discothèque, lors de sa réédition en CD– ainsi que des symphonies de Mahler et de Chostakovich, qu’il vénérait. Il dirigea également durant trois ans la prestigieuse Staatskapelle de Dresde, orchestre avec lequel il enregistra notamment une remarquable intégrale des symphonies de Brahms et cette très sombre symphonie de César Franck –cf. extrait-.
Tous ces enregistrements, quasi-inconnus en Occident, furent redécouverts –avec stupéfaction tant leurs qualités sont immenses– lors de leur réédition en CD au cours des années 90.

En 1981, Kurt Sanderling fut invité à Londres par le Philharmonia Orchestra : il y enregistra pour EMI une intégrale des symphonies de Beethoven sponsorisée par le fabricant de cigarettes canadien Du Maurier –en Australie, c’est la marque de cigarette Benson & Hedges qui sponsorisa le projet et le coffret était doré au lieu d’être rouge…– , qui imposa le packaging du coffret au design identique à celui de ses paquets de cigarettes –cf. cliquer sur l’imagette de droite-.

Il s’agit de la première intégrale des symphonies du compositeur enregistrée en digital, où le chef semble reprendre la baguette exactement là où Otto Klemperer l’avait déposée une quinzaine d’années auparavant : architecture marmoréenne et sévèrement burinée, tension créée par des tempi mesurés mais mieux animés que chez Klemperer, très bel équilibre des pupitres…

Une intégrale que j’aime beaucoup, extrêmement difficile à trouver de nos jours –mon exemplaire est une réédition importée du Japon dégottée miraculeusement-.

• Piotr Illyitch Tchaïkovsky – Symphonie n°4 en fa mineur
Orchestre philharmonique de Leningrad, Kurt Sanderling – 1956 *****

• César Franck – Symphonie en ré mineur
Staatskapelle de Dresde, Kurt Sanderling – 1966 *****

• Ludwig Van Beethoven – Symphonie n°2 en ré majeur
Philharmonia Orchestra, Kurt Sanderling – 1981 *****

Somptueuse playlist donc, d’un grand oublié de la baguette, austère et peu médiatique !

, , , ,

Playlist « premières amours »

Piotr Illyitch Tchaïkovsky fut le premier compositeur que j’ai écouté « consciemment », encore enfant. Je l’appréciais et le réclamais tant et si bien que le premier disque que l’on m’offrit était son premier concerto pour piano, puis celui pour violon ; les célèbres suites de ballets et les dernières symphonies suivirent assez rapidement. Le triptyque de ses trois dernières symphonies est très souvent enregistré par les plus grands orchestres et quasiment toutes les stars de la baguette, et ma discothèque en regorge d’une bonne quinzaine de versions au moins.

J’aime énormément les symphonies n°4 et 6 –parfois intitulée symphonie « Du destin » pour la quatrième, et toujours désignée par symphonie « Pathétique » pour la sixième-, un peu moins la cinquième, que j’ai plus souvent tendance à zapper lorsqu’il me vient l’envie de réécouter ce triptyque –écouté intégralement ce jour, cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Les trois propositions d’Evgeny Svetlanov à la tête de l’orchestre symphonique d’État de l’URSS –fondé en 1936 et devenu peu de temps après cette tournée japonaise l’orchestre symphonique de la fédération de Russie-, enregistrées lors d’une tournée au Japon en 1990, s’inscrivent vers les sommets de la très riche –et globalement très qualitative– discographie de ces oeuvres : ces symphonies, très richement  orchestrées par le compositeur –Tchaïkovsky s’y entendait pour faire sonner un orchestre-, sont une belle occasion pour tout orchestre désireux faire valoir ses qualités.
Au cours de ces concerts, l’orchestre, aux sonorités typiquement russes –incisives et crues du côté des cuivres, très virtuoses côté cordes-, est chauffé à blanc et d’un engagement total dans des partitions qui ne tolèrent guère la tiédeur, au risque de sombrer dans une mièvrerie un peu doucereuse. Ce n’est pas du tout le cas dans ces interprétations, et le public japonais, fin connaisseur et très enthousiaste, ne s’y trompe pas ! La prise de son live est de très bonne qualité, large et bien timbrée.

,

Playlist « Romantique, russe et contrastée »

La playlist du jour est consacrée à Piotr Tchaïkovsky, très célèbre compositeur russe, très romantique et très populaire et apprécié d’un large public, notamment pour ses ballet d’accès très facile. Elle se compose, de manière contrastée, d’une oeuvre hyper-connue et de trois oeuvres beaucoup plus rares. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Symphonies n°1 «Rêves d’hiver»
• Symphonie n°2 «Petite Russie»
• Symphonie n°3 «Polonaise»
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1979 ***

Des six symphonies de Tchaïkovsky –orthographié « à l’allemande » sur les pochettes des disques de la playlist du jour-, seules les trois dernières sont très populaires et assez massivement enregistrées. Les trois premières, a contrario, n’apparaissent souvent que dans le cadre d’intégrales et beaucoup plus rarement en albums séparés : c’est le également cas pour les deux albums consacrés à ces symphonies, enregistrées lors de la parution de l’intégrale d’Herbert Von Karajan –cliquer sur l’imagette pour la voir en plus grand– sortie en 1979 et sporadiquement apparus de manière isolée.
Le chef autrichien n’enregistra ces trois premières symphonies qu’une unique fois, contrairement aux trois dernières, dont il laissa d’innombrables versions tout au long de sa carrière –jusqu’à 7 versions officielles pour la symphonie n°6 « Pathétique »-. Composées entre 1866 et 1875, leur moindre popularité est justifiée par leurs moindres qualités : c’est de la «bonne musique», toujours très bien orchestrée –le compositeur savait indéniablement faire « sonner » un orchestre-, un rien prosaïque parfois –à mes oreilles au moins– et sans éclair de génie. La deuxième symphonie est celle que j’apprécie le moins. Les trois dernières symphonies sont incomparablement meilleures !

• Concerto pour piano n°1
Ivo Pogorelich ; Orch. symph. de Londres, Claudio Abbado – 1986 ****

Des trois concertos pour piano du même compositeur, seul le premier est réellement populaire et constitue un cheval de bataille du répertoire concertant pour les pianistes. Le jeune Ivo Pogorelich, très bien accompagné par Claudio Abbado, ne s’y trompa pas en l’enregistrant dès le début de sa carrière, en 1986 et en délivrant une très bonne version –sans totalement égaler les versions princeps d’Emil Gilels, voire de Martha Argerich, au moins à mes oreilles-, dans de très bonnes conditions techniques. L’oeuvre est brillante, ultra-virtuose et son introduction est archi-célèbre, y compris auprès d’un public non mélomane.

, , , ,

Playlist « Eh bien dansez, maintenant ! »

Avec Thomas Beecham et Leopold Stokowski, Herbert von Karajan fut l’un des rares chefs d’orchestre à enregistrer régulièrement, parfois plusieurs fois et pour tous ses éditeurs –ainsi, il enregistra pour Columbia/HMV, Decca et Deutsche Grammophon les ballets de Tchaïkovsky, les valses de Strauss– et tout au long de sa carrière ce qu’on appelait des «lollypops» : des pièces légères, agréables, d’accès souvent très facile et pourtant quelque peu dédaignées par les mélomanes «sérieux» : un chef friand de friandises, en quelque sorte, et dont les albums du genre, toujours très soignés, se vendaient en général comme des petits pains !

La playlist de ce jour, qui s’écoule –et s’écoute– agréablement et sans commentaires superfétatoires en est une très bonne illustration. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Piotr Tchaïkovsky – La belle au bois dormant ; Le lac des cygnes, suites de ballets
Philharmonia Orchestra – 1954 ****

• Borodine, Ponchielli, Verdi, Tchaïkovsky – Ballets d’opéra
Orchestre philharmonique de Berlin – 1972 ***

• Johann Strauss – « Irresistible Strauss », valses
Philharmonia Orchestra – 1956 ****

, ,

Playlist « On refait l’histoire : part two »

Suite de la playlist de la veille, sans guère de commentaires superfétatoires, si ce n’est pour préciser que l’orchestre symphonique de la RAI de Turin n’est pas vraiment du niveau des autres orchestres que l’on entend par ailleurs ! Par ailleurs, l’enregistrement de la symphonie « Pathétique » de Tchaïkovsky constitue le tout premier enregistrement du chef autrichien avec l’orchestre philharmonique de Berlin, ainsi que son tout premier enregistrement d’une symphonie, mais aussi et surtout un affront pour Wilhelm Furtwängler, titulaire de l’orchestre à l’époque, qui avait enregistré la même oeuvre quelques mois plus tôt pour un éditeur concurrent.
La version de Karajan constitue une très belle synthèse entre le style Furtwängler –l’appui sur les cordes graves, le legato– et le style Toscanini –l’acuité rythmique, la précision, la furia du scherzo– : c’est pourquoi certains ont parfois pu parler de « Toscwängler » pour décrire son style de direction à l’époque.-Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Mozart – Symphonies n°35, 40 et 41 – Orchestre symphonique de la RAI de Turin – 1942
• Tchaïkovsky – Symphonie n°6 « Pathétique » – Orchestre philharmonique de Berlin – 1939
• Smetana – Vltava (La Modau) – Orchestre philharmonique de Berlin – 19341
• Mozart – La flûte enchantée – Staatskapelle Berlin – 1938
• Rossini – Ouverture « Semiramide » – Orchestre symphonique de la RAI de Turin – 1942
• Weber – Ouverture « Der Freischutz » – Concertgebouw Amsterdam – 1943
• Cherubini – Ouverture « Anacreon » – Staatskapelle Berlin – 1939
• J. Strauss – Ouverture « Der Zigeunerbaron » – Orchestre philharmonique de Berlin – 1942
• Verdi – La Traviata, préludes actes 1&3 – Orchestre symphonique de la RAI de Turin – 1942
• Verdi – Prélude « La forza del destino » – Staatskapelle Berlin – 1939

, , , , ,

Playlist « L’empereur du violon »

Profitant d’une météo peu clémente ces derniers jours, je revisite à l’occasion de ces playlists estivales mon « fond de discothèque » et celle de ce jour est consacré à plusieurs concertos pour violon par celui qui fut surnommé l’empereur du violon », et dont ses confrères disait notamment qu’ « il a[vait] établi toutes les normes pour jouer du violon au XXe siècle » et que « les objectifs qu’il s’étaient fixés demeurent, et, pour les violonistes d’aujourd’hui, il est plutôt déprimant qu’ils ne soient plus jamais complètement atteints ». J’ai nommé Jasha Heifetz.

Né en 1899 en Lituanie –alors russe-, enfant prodige et réputé pour être le plus phénoménal des enfants prodiges de son temps –il fut admis dans la classe du réputé Leopold Auer, qui détestait les enfants prodiges, à 9 ans et enregistra ses premiers disques à 10 ans-, émigré très tôt en Amérique pour échapper à la révolution et au régime soviétique, il débuta très jeune une carrière de virtuose couronnée d’un tel succès que Fritz Kreisler, sans doute le violoniste virtuose le plus réputé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, affirma que devant tant de génie, « il n’avait plus qu’à casser son instrument sur ses genoux »… Sa carrière, couronnée d’un immense succès à travers le monde entier, s’étira jusqu’au début des années 60.
Richissime –il avait fondé l’éphémère « One Million Dollars » trio-, réputé d’une extrême exigence avec les autres et plus encore avec lui même, doté d’une personnalité complexe il est également réputé pour n’avoir jamais souri en public, et aucune photo ne le montre autrement qu’avec un visage austère.

Les enregistrements de cette playlist –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, tous réalisés après la seconde guerre mondiale pour RCA, bénéficient du savoir-faire de la firme à cette époque et s’avèrent tous très convenables techniquement, avec cette particularité toutefois d’enregistrer le violon très près du microphone, comme le souhaitait Heifetz, sans que cela nuise au demeurant à la lisibilité de l’orchestre. Les accompagnements vont du tout-venant un peu routinier à l’excellent.

La firme américaine, à travers ces enregistrements, contribua à établir le mythe de l’infaillibilité du violoniste, à l’instar du halo d’infaillibilité qui entourait Arturo Toscanini –autre artiste RCA– à la même époque. C’est, évidemment, un mythe !

• Beethoven & Mendelssohn – OS Boston, Charles Munch – 1955, 1959 *****
• Brahms & Tchaïkovsky – OS Chicago, Fritz Reiner – 1957 ***/*****
Les *** sont essentiellement tributaires de mon peu d’appétence pour le concerto pour violon de Brahms, que je n’apprécie pas beaucoup, quelle que soit l’interprétation envisagée…
• Bruch & Sibelius – New Symphony Orchestra of London, Malcolm Sargent & OS Chicago, Walter Hendl – 1962, 1959 ****/*****

, , , , , , , ,

Dimanche à l’opéra – La Dame de pique, de Tchaïkovsky

Ma séance lyrique dominicale me conduit en Russie, à Saint-Pétersbourg -ex-Petrograd, puis ex-Leningrad avant de retrouver son nom originel-sur les bords de la Neva, où Piotr-IllitchTchaïkovsky résida une grande partie de sa vie. cependant, c’est lors d’un séjour à Florence, en 1890, qu’il composa « La Dame de pique », opéra en trois actes dont le livret, de son frère Modeste, est adapté, avec de nombreuses libertés, d’une nouvelle d’Alexandre Pouchkine.
Tchaïkovsky a composé un opéra puissamment dramatique, mêlant tout à la fois romantisme lyrique –encore exacerbé par le livret : la cupidité d’Hermann, dans la nouvelle, est transformée en obsession morbide dans le livret– et éléments surnaturels. L’opéra suit une forme mixte en reprenant un certain nombre d’éléments du grand opéra français –mascarade, chœurs, danses– et opéra psychologique russe –obsession morbide, désespoir, passion amoureuse destructrice…– .

Je n’en ai qu’une version en discothèque –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, déjà relativement ancienne –1977-, achetée il y a suffisamment longtemps pour que je ne me souvienne plus quand exactement, alors que l’oeuvre était encore relativement peu enregistrée en Europe occidentale et assez rare dans les bacs des disquaires. Elle me semble suffisamment convenable pour ne pas avoir envie d’en découvrir d’autres, même si des versions plus récentes dont j’ai pu entendre ic ou là des extraits exposent sans doute mieux le versant profondément russe de l’oeuvre. C’est, par ailleurs, un opéra plutôt facile d’accès malgré son livret, mais que je n’écoute que très rarement –je l’apprécie cependant à chaque écoute, et c’est encore le cas aujourd’hui-.

La notice en ligne, ici, est plutôt complète et rend assez bien compte de la difficulté à restituer de manière cohérente ce « conte musical » doté d’un argument plutôt rocambolesque, où le fantastique, le symbolisme –le destin, la passion morbide, la mort– et la psychologie occupent beaucoup de place, de surcroît chanté en russe, une langue pour laquelle je n’ai guère de repères.

L’orchestration, en revanche, est tout-à-fait digne du plus pur Tchaïkovsky, qui s’y est toujours entendu pour faire sonner un orchestre : c’est très riche, coloré et contrasté, l’orchestre est utilisé au service de l’action, tantôt léger et brillant, tantôt beaucoup plus sombre et presque dissonant pour des scènes plus introspectives. L’orchestration et son harmonie servent à dépeindre le glissement progressif vers la folie d’Hermann.

La version du jour propose un plateau composé des stars de l’époque, dont Mstislav Rostropovich, qui délaisse ici son violoncelle pour s’emparer d’une baguette de chef d’orchestre et diriger un orchestre français et des choeurs français et russes : du fait de son énorme vibrato, ce n’est pas, et de loin, mon violoncelliste préféré malgré tout son talent et son aura médiatique ; ce n’est pas non plus, à mes oreilles, le chef d’orchestre le plus passionné/passionnant dans une oeuvre qui en demande –et en expose– pourtant beaucoup…
Son épouse à la ville, Galina Vichnevskaya, me semble un peu mûre pour jouer les oies blanches dans le rôle de Lisa. En revanche, le reste du casting est très bon, et surtout, Regina Resnik, dont l’essentiel de la carrière s’est déroulée dans les années 50, est excellente dans l’incarnation de la vieille Comtesse et constitue l’attraction principale, à mes oreilles, de cette version.
L’album, toujours disponible au catalogue de l’éditeur, est enregistré dans les studios de Radio-France à Paris et bénéfice de bonnes conditions techniques.

,

Playlist « Bruits de guerre »

La playlist du jour présente trois oeuvres guerrières, dont les deux premières relatent des défaites napoléoniennes !
Napoléon aura inspiré bien des compositeurs , et en premier lieu Beethoven, qui, non content d’avoir supprimé rageusement toute mention du consul Bonaparte de sa symphonie héroïque, a commis une oeuvre de circonstance, assez peu géniale, avec mousquets et hymnes guerriers, à l’occasion de sa défaite lors de la bataille de Vitoria, qui soldait le retrait de l’armée française en Espagne, entamé en 1812. Idéal pour tester la stéréophonie : les troupes françaises arrivant dans une enceinte, les troupes anglaises dans l’autre !
La même année, les troupes de l’empereur français se retirait avec perte et fracas de Russie, et Tchaïkovsky commémore bruyamment la victoire russe dans sa celèbre « Ouverture Solennelle 1812 », avec canons, cloches et autres cavalcades ! L’oeuvre est également très réputée chez les audiophiles pour tester leur chaine Hi-Fi, les cloches et les canons étant redoutables dans cette perspective, et notamment dans cette version, très démonstrative dans cette optique !
La Russie soviétique est aussi à l’honneur dans la septième symphonie de Shostakovich, écrite en décembre 1941 pour célébrer la résistance de la population sur les troupes allemandes lors du long siège de Léningrad –900 jours entre 1941 et 1944, près de 2 millions de morts-.  Des trois oeuvres écoutées ce jour, ce’st la plus réussie à mes oreilles ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Beethoven – La victoire de Wellington – OP Berlin, Karajan – 1970 ***
• Tchaïkovsky – Ouverture solennelle 1812 – OS Minneapolis, Dorati – 1958 ***
• Shostakovich – Symphonie n°7 – OP Leningrad, Jansonss – 1988 *****

, , ,

Playlist « Titan du piano »

Surnommé de son vivant de « Titan du piano » à cause de la puissance phénoménale de son jeu, Emil Gilels était considéré par la critique internationale comme «un géant parmi les géants du piano. En termes de virtuosité, il était sans rival, mais sa puissance léonine était tempérée par une délicatesse et une poésie que peu ont égalées et que personne n’a dépassées».
La playlist de ce jour, consacrée à quatre concertos pour piano des plus populaires, en apporte un excellent témoignage –j’ai volontairement omis d’y ajouter l’un ou l’autre concerto pour piano de Beethoven, qu’il interpréta plus qu’aucun autre pianiste du 20ème siècle-.

–Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Brahms – Concerto pour piano n°1&2 – Orch. Philh. de Berlin, Eugen Jochum – 1972 *****
Depuis leur première parution en 1972, ces deux disques n’ont jamais quitté le catalogue de l’éditeur, sous une forme ou une autre –LP, cassette, CD, Blu-Ray audio…– et sont encore régulièrement cités comme référence incontournable, opinion partagée par les critiques du monde entier. Eugen Jochum, excellent à la tête de la philharmonie de Berlin, les tenait également pour ses plus grands enregistrements, avant même ses Bruckner de fameuse réputation. Emil Gilels avait déjà enregistré avec grand succès le second concerto pur piano avec Fritz Reiner pour RCA en 1958, dans une optique très différente : plus rapide, plus puissante et plus virtuose. Deux références très complémentaires !

• Tchaïkovsky – Concerto pour piano n°1 – Orch. Symph. de Chicago, Fritz Reiner – 1955 *****
Il existe au moins une quinzaine d’enregistrements de ce concerto du pianiste, dont au moins quatre officiels –celui-ci est le premier réalisé en studio-. Premier pianiste du bloc soviétique à être autorisé, durant la guerre froide, à se produire aux USA et en Europe de l’Ouest –sous très haute surveillance : un agent du KGB était collé à ses basques en permanence-, il connut un triomphe phénoménal et les plus grands chefs se l’arrachèrent pour enregistrer avec lui. Cette version de ce cheval de bataille de tout pianiste concertiste reste, 70 ans après, l’une des grandes interprétations de l’oeuvre : puissante, précise, rigoureuse et bénéficiant de conditions techniques très soignées.

• Rachmaninov – Concerto pour piano n°3 – Orch. Soc. du Conservatoire de Paris – André Cluytens – 1955 *****
La même remarque que pour le concerto de Tchaïkovsky s’impose –dans cette oeuvre également, des enregistrements de concert avec Kondrashin ou Ormandy notamment, constituent des témoignages exceptionnels, mais dans des conditions sonores assez précaires-, bien que l’orchestre et la prise de son soient de qualité quelque peu moindre qu’à Chicago : on n’a jamais fait mieux dans ce concerto !

, , , , ,
Défiler vers le haut