Playlist « Somptueuse trilogie finale »

La trilogie finale des sonates pour piano de Beethoven constitue un exceptionnel corpus pianistique, et sans doute le sommet de la musique occidentale pour piano : le compositeur, désormais totalement sourd, est ici à l’apogée de son génie et confie ses plus profondes pensées à son piano.
Comme pour la 32ème sonate, il faudrait que je me livre à l’exercice d’écouter 30 versions différentes de la trentième sonate puis 31 versions différentes de la trente-et-unième sonate : ce sera pour un autre jour, ou plutôt l’une ou l’autre nuit… ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°30, opus 109
Maria Grinberg, piano – 1967 ***(*)

La pianiste soviétique Maria Grinberg enregistra, dans des conditions techniques que l’on qualifiera de « peu idéales », une intégrale des sonates de Beethoven au cours des années 60, qui ne fut disponible que tardivement en Occident. Le disquaire allemand qui me l’avait procurée –exceptionnel connaisseur en matière de piano enregistré– était même étonné de ma demande… Malgré des sonorités souvent ingrates et plus liées à la qualité des pianos que de la pianiste, c’est une intégrale intéressante, très contrastée, où cette excellente pianiste se montre très dynamique, au risque d’une certaine brutalité parfois : c’est le cas dans le premier mouvement de cette version de la trentième sonate, dont la poésie n’est pas la vertu première.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°31, opus 110
Emil Gilels, piano – 1985 *****

La dernière rencontre du pianiste avec une sonate de Beethoven, puisqu’il devait décéder quelques semaines après cet enregistrement, laissant une intégrale en cours, d’un niveau exceptionnellement élevé, inachevée. Tout est à saluer dans cette version : la légendaire sonorité « d’or » du pianiste qui s’exprime pleinement dans le chant du premier mouvement ou dans l’arioso du troisième mouvement, la maîtrise polyphonique exemplaire da la fugue finale –Adagio ma non trop – Fuga ; cf.extrait : la fugue débute à 3:58-, l’énergie sarcastique du court mouvement central… Un immense disque !

 

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°32, opus 111
Rudolf Serkin, piano – 1987 ****

J’avais acheté ce disque dès sa sortie, tant les critiques en France étaient dithyrambiques, et ma déception option fut proportionnelle à leurs éloges ! Je ne doute pas que l’événement fut d’ampleur : un pianiste de renommée mondiale de 85 ans donnant les trois dernières sonates de Beethoven en concert, peut-être pour la dernière fois, cela constitue un événement en soi. Mais ce qu’il en reste au disque mérite d’être ensuite relativisé : l’engagement du pianiste et sa maîtrise intellectuelle des partitions ne font pas défaut, mais il arrive à la 32ème sonate assez éreinté –on peut le comprendre avec un tel programme– et son premier mouvement est plutôt heurté rythmiquement, pas vraiment parfait techniquement, et j’ai connu ailleurs « Arietta » plus engageante en termes de sonorités. Lue a posteriori, la presse internationale ne s’y est pas trompée, réservant le plus souvent un accueil moins favorable que la presse spécialisée française.

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Playlist « Un son cristallin mêlé de larmes… »

La playlist de cette nouvelle journée de nouvelle caniculequi devrait durer moins longtemps que les précédentes mais est, cette fois-ci, centrée sur l’est de l’Europe– est consacrée au grand pianiste russe Emil Gilels, dont les lecteurs réguliers de ce blog savent qu’il s’agit de mon pianiste préféré –non, je n’ai pas que des goûts bizarres ! -, et que de nombreux musicographes considèrent comme l’un des plus grands pianistes du vingtième siècle.

« Le jeu d’Emil Gilels produisait un tonnerre aux sonorités tendres ; jamais fruste, il était davantage ancré dans la terre que dans les cieux. Il concevait le piano comme un instrument chantant et non comme un instrument percussif. Même ses fortissimos ne sonnaient jamais de manière percussive. Sa sonorité n’était jamais dure ni monotone, et son toucher se distinguait par sa grande souplesse et son élégance. Son style, d’apparence sobre, brûlait intérieurement d’une profonde intensité. C’était une approche empreinte d’une subjectivité imaginative qui, grâce à son sens aigu de la forme et du flux musical, en préservait constamment la cohérence. Serait-il exagéré d’évoquer une sonorité cristalline mêlée de larmes ? Emil Gilels était un conteur brillant, maître des transitions entre tension, douceur et tristesse, sans jamais rien perdre de son intensité. »

Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig Van Beethoven – Concerto pour piano n°3
Emil Gilels, piano ; Orchestre de la Radio d’État d’URSS, Kirill Kondrashin – 1951 *****

Au cours du vingtième siècle, Emil Gilels fut le pianiste qui joua le plus souvent les concertos pour piano de Beethoven, tout au long de sa carrière, avec de multiples orchestres et chefs, à travers tous les continents où il se produisit. Outre ses quatre intégrales officielles, il existe de très nombreuses bandes de concerts de ses interprétations. Je ne souvenais plus de cette fabuleuse version de 1951, époustouflante d’énergie mais aussi débordante de tendresse dans le deuxième mouvement. Une exceptionnelle version donc, à la hauteur des toute meilleures que je lui connais. Le son est étonnamment bon pour un live de radio de l’ère soviétique de l’immédiate après-guerre.

 

• Franz Liszt – Sonate en si mineur
Emil Gilels, piano – 1964 *****

Une très grande version de cette très grande sonate, enregistrée à New York, où le pianiste eut le droit de se produire dès 1955, étroitement chaperonné par des « gardes du corps » de la police soviétique : il subit ce traitement tout au long de sa vie, à chacun de ses déplacements hors d’URSS… La sonate fut enregistrée d’une seule traite par RCA le 24 décembre 1964. J’ai dans ma discothèque une douzaine d’autres versions plus ou moins officielles de cette sonate par le pianiste, celle-ci est, à ma connaissance du moins, son unique version de studio. La prise de son de cet album est excellente et rend parfaitement à la sonorité exceptionnelle du pianiste.
La redoutable critique américaine Claudia Cassidy, qui a fait et surtout défait tant de carrières d’artistes européens aux États-Unis par ses écrits parfois dévastateurs dans le Chicago Tribune –ce n’est pas en vain qu’elle fut surnommée « Acidy Cassidy »…-, salua l’enregistrement en ces termes dans le même journal :

« Entre de mauvaises mains, la sonate de List peut être la plus formidablement ennuyeuse des musiques. Mais [avec cette version] voici la noirceur Byronienne de son imagination aux élans vertigineux, sa technique prodigieuse, ses brusques sautes d’humeur, sa conviction absolue que le piano est le plus grand des instruments — et un instrument chantant, qui plus est. »

• Franz Schubert / Dmitry Kabalevsky – Fantaisie pour piano et orchestre en fa mineur
Transcription de la fantaisie en fa mineur pour piano à 4 mains de Franz Schubert
Emil Gilels, piano – Orchestre philharmonique de Moscou, Kirill Kondrashin – 1962 *****

Lorsque j’étais enfant, vers 7-8 ans, j’adorais la version originale pour piano à quatre mains de cette Fantaisie de Schubert et son merveilleux début très rêveur : avec les « Gymnopédies » d’Erik Satie, elle faisait partie de mes oeuvres pour piano favorites : j’avais déjà des goûts bizarres !
Cette curieuse transcription pour piano et orchestre est, justement, curieuse, mais préserve le miraculeux commencement de l’oeuvre, et l’ensemble s’écoute agréablement. Emil Gilels, qui appréciait beaucoup cette fantaisie, l’enregistra également dans sa version originale pour piano à quatre mains avec sa fille Elena pour le label Deutsche Grammophon en 1978. Cette version pour piano et orchestre, témoignage d’un concert de 1962, ne bénéficie pas d’une meilleure prise de son que le concert enregistré en 1951 !

 

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Playlist folklorique !

La playlist du jour est du genre de celles vers lesquelles je ne reviendrai sans doute jamais, ou alors par très courts extraits ! Elle est constituée d’un « fond de discothèque » et les deux albums, l’un hispanisant, l’autre latino-américain, font partie d’un coffret-anniversaire anthologique fourre-tout de l’éditeur jaune qui contient autant de pépites que de « remplissage », unique raison pour laquelle ils sont présents sur mes étagères. Ils sont tous les deux parus en 2008 et proposent des compositeurs et des oeuvres très peu connus.  Que des artistes parmi les plus célèbres et les plus « bankables » du monde classique rendent ainsi hommage à leurs origines est tout-à-fait louable, mais le contenu de ces deux albums reste, à mes oreilles, relativement anecdotique.

L’album des chants irlandais et écossais arrangés par Beethoven est un LP sorti en 1974 que j’ai récupéré assez récemment et pas encore revendu. J’en ai une autre interprétation en CD dans l’énorme coffret « Beethoven 2020 », mais je ne vais pas m’amuser à en comparer les versions ! Quoi qu’il en soit, Beethoven estimait assez les « Scottish Songs » pour leur attribuer un numéro d’opus –108– dans le catalogue officiel de ses oeuvres ! Les arrangements pour trio piano—violon-violoncelle, solistes et parfois choeurs sont de facture très classique et l’on excède ainsi quelque peu le champ/chant strictement folklorique ; l’ensemble est plaisant et servi par des artistes de grand renom, mais rien dans ces chants britanniques n’est vraiment inoubliable. Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Playlist pastorale

Le titre de cette playlist était tout évident pour cette playlist en forme de paisible balade dans la nature ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig van Beethoven – Symphonie n°6 « Pastorale »
Orchestre philharmonique de Vienne, Wilhelm Furtwängler – 1952 ***(*)

Je n’écoute que rarement cette version de cette très belle symphonie, très populaire et  que j’apprécie beaucoup. Les critiques ne furent pas très favorables lors de sa première parution –elles ont été assez largement  et plus favorablement révisées ultérieurement-, notamment en Angleterre, où l’interprétation de Wilhelm Furtwängler était décrite comme celle « d’un vieil homme malade ». Sans doute ai-je aussi été influencé, enfant, par le jugement paternel de cette version : « Ce n’est pas un ruisseau, c’est un grand lac » à propos du deuxième mouvement.

• Ludwig van Beethoven – Sonate pour piano n°15 « Pastorale »
Emil Gilels, piano – 1983 *****

Plus encore que sa sixième symphonie, j’apprécie la quinzième sonate pour piano « Pastorale » de Beethoven –le sous-titre n’est pas de Beethoven, mais de son éditeur, qui ne lui avait pas demandé son avis. Le manuscrit autographe de Beethoven ne porte que la mention « Grande sonate pour le piano-forte »-, d’un caractère poétique et serein tout-à-fait remarquable. La version d’Emil Gilels est somptueuse et comporte à mes oreilles le meilleur deuxième mouvement que je connaisse –pas moins d’une trentaine de versions-.


• Ralph Vaughan Williams
– Symphonie n°3 « A Pastoral Symphony »
Linda Hohenfeld, soprano ; Philharmonia Orchestra, Leonard Slatkin – 1993 *****

Cette très belle symphonie composée de quatre mouvements lents n’est pas à proprement parler une paisible promenade à travers la campagne, mais une balade en forme de requiem à travers les contrées dévastées des campagnes françaises suite à la première guerre mondiale, à laquelle le compositeur participa, d’abord comme ambulancier puis comme lieutenant d’artillerie. Comme dans d’autres symphonies de Vaughan Williams, elle comporte une partie chantée sans paroles.
Très belle version de Leonard Slatkin, qui bénéficie en outre d’une excellent prise de son.

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Playlist « Vieux sage de la baguette »

Lorsqu’il décéda en 2011, à 99 ans, Kurt Sanderling était certainement le doyen de la direction d’orchestre. Ayant débuté sa carrière en 1931 comme répétiteur à l’opéra d’état de Berlin, il fut démis de ses fonctions par les autorités nazies et forcé à l’exil. N’ayant aucune famille en Europe de l’ouest ou aux USA, il trouva refuge, en 1936, en URSS où résidait déjà l’un de ses oncles. Il y fut notamment chef principal invité de l’orchestre philharmonique de Leningrad, aux côtés de la star de la direction locale Yevgeni Mravinsky –dont Karajan disait : « Il y a lui et moi »-. La superbe quatrième symphonie de Tchaïkovsky, puissante et très bien architecturée, enregistrée en 1955 et présente dans la playlist date de cette époque. C’est assurément l’une des plus somptueuses versions de cette symphonie, même si elle ne fut découvert en occident que très tardivement lors de sa réédition en CD en 1995.

A partir de 1960, Kurt Sandeling s’établit en Allemagne de l’est –ex-RDA– pour prendre la direction de l’orchestre symphonique de Berlin, dont le régime voulait faire un pendant au prestigieux philharmonique de Karajan. Il y enregistra pour le label est-allemand Eterna une magnifique et très granitique intégrale des symphonies de Sibelius –la toute première à prendre place dans ma discothèque, lors de sa réédition en CD– ainsi que des symphonies de Mahler et de Chostakovich, qu’il vénérait. Il dirigea également durant trois ans la prestigieuse Staatskapelle de Dresde, orchestre avec lequel il enregistra notamment une remarquable intégrale des symphonies de Brahms et cette très sombre symphonie de César Franck –cf. extrait-.
Tous ces enregistrements, quasi-inconnus en Occident, furent redécouverts –avec stupéfaction tant leurs qualités sont immenses– lors de leur réédition en CD au cours des années 90.

En 1981, Kurt Sanderling fut invité à Londres par le Philharmonia Orchestra : il y enregistra pour EMI une intégrale des symphonies de Beethoven sponsorisée par le fabricant de cigarettes canadien Du Maurier –en Australie, c’est la marque de cigarette Benson & Hedges qui sponsorisa le projet et le coffret était doré au lieu d’être rouge…– , qui imposa le packaging du coffret au design identique à celui de ses paquets de cigarettes –cf. cliquer sur l’imagette de droite-.

Il s’agit de la première intégrale des symphonies du compositeur enregistrée en digital, où le chef semble reprendre la baguette exactement là où Otto Klemperer l’avait déposée une quinzaine d’années auparavant : architecture marmoréenne et sévèrement burinée, tension créée par des tempi mesurés mais mieux animés que chez Klemperer, très bel équilibre des pupitres…

Une intégrale que j’aime beaucoup, extrêmement difficile à trouver de nos jours –mon exemplaire est une réédition importée du Japon dégottée miraculeusement-.

• Piotr Illyitch Tchaïkovsky – Symphonie n°4 en fa mineur
Orchestre philharmonique de Leningrad, Kurt Sanderling – 1956 *****

• César Franck – Symphonie en ré mineur
Staatskapelle de Dresde, Kurt Sanderling – 1966 *****

• Ludwig Van Beethoven – Symphonie n°2 en ré majeur
Philharmonia Orchestra, Kurt Sanderling – 1981 *****

Somptueuse playlist donc, d’un grand oublié de la baguette, austère et peu médiatique !

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Playlist « Précis de perversité pianistique »

Glenn Gould, pianiste canadien, a construit sa propre légende autant par ses interprétations aussi perverses que fascinantes que par ses routines quotidiennes excentriques et pour le moins bizarres.

Terrifié par les microbes et hypocondriaque notoire, il se nourrissait d’une grande quantité de gélules et portait invariablement des pulls épais, un manteau et des gants –ou des mitaines en se mettant au piano-, y compris en été, par crainte des courants d’air. Devant son piano, il était assis sur une chaise d’une hauteur de 36 centimètres, fabriquée par son père, totalement percée au niveau du siège –selon lui par un employé d’aéroport indélicat– et d’un inconfort absolu. Il avait appris le piano avec sa mère, professeur de chant, qui lui faisait chanter les notes qu’il jouait : il ne se départit jamais de cette habitude, et les disques portent le témoignage de ses « vocalises » parfois bruyantes au piano… Pour rester concentré, il étudiait les partitions dans un environnement sonore assourdissant: radio ou télévision à fond ! –Cliquer sur l’imagette pour la voir en plus grand-.

C’est ce pianiste excentrique, connu notamment pour ses interprétations de Bach, qui est à l’honneur dans la playlist de ce jour –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Beethoven – Variations pour piano WoO. 80 ; op.34 & op.35 « Eroica »
Glenn Gould, piano – 1967 ; 1970 ***(*)

• Mozart – Sonates pour piano n°11 ; 14 & 18
Glenn Gould, piano – 1970 – 1973 – 1974 ***

• Beethoven – Sonates pour piano n°15 ; 17 ; 23 ; 29 ; 32
1979 – 1971 – 1967 1970 – 1956 **/***(*)

Pour établir en quelque sorte des auto-critiques de ses disques et justifier leur contenu parfois très éloigné des interprétations « habituelles », le pianiste canadien avait endossé le rôle de plusieurs personnages qu’il pensait représentatifs du monde de la musique classique : un critique britannique : Sir Nigel Twitt-Thornewaite ; un trublion américain : Theodore Slutz ; un musicologue allemand : Karlheinz Klopweisser… Sous ces identités, il écrivait des notes de pochette toujours intéressantes mais côtoyant régulièrement le bizarre, voire des critiques négatives de ses propres albums.

Pour Mozart, Glenn Gould imagina un dialogue fictif entre le compositeur et un pianiste, manière pour lui d’interroger ses interprétations, jugées pour le moins bizarres, des sonates du compositeur. C’était en même temps le meilleur moyen d’évoquer Mozart comme il l’entendait, à savoir un compositeur banal, maladroit et presque idiot. Ainsi, Mozart serait mort trop vieux, ses dernières oeuvres n’ayant guère d’intérêt : « du remplissage décoratif sans aucun intérêt contrapuntique ».

« Lorsque des générations d’auditeurs […] ont trouvé que des épithètes telles que « léger », « facile », « frivole », « galant » ou « spontané » s’appliquaient à [sa] musique, il n’est pas inutile de se poser au moins la question de la raison de ces attributions, qui ne sont pas forcement nées d’un manque de sensibilité ou de charité».

Disons-le tout net : je n’aime guère ces oeuvres généralement –hormis quelques versions très idiosyncrasiques de Gilels ou de Pogorelich– et personnellement, j’apprécie plutôt l’interprétation du pianiste canadien, qui, triturant les tempos –très contrastés– et manipulant les indications dynamiques des partitions, contribue à rendre ces sonates moins ennuyeuses, plus intéressantes et moins anodines en définitive qu’elles ne le sont habituellement. –Extrait 1-.

Concernant Beethoven, que le pianiste approcha avec prudence après le lourd échec critique du disque consacré aux trois dernières sonates, la situation est différente, et Glenn Gould se montre à la fois plus respectueux ou, lorsqu’il veut se montrer plus orignal, peu en réussite : sonate n°23 « Appassionata » lente et dénervée par exemple ; sonate n°32 aux tempi hypercontrastés dans le 1er mouvement –extrait 2-…
Les sonates « médianes  » sont les plus réussies –la sonate n°17 a été enregistrée en de multiples sessions sur deux décennies !!!-, de même que les deux séries de variations op.34 et op.35, malgré des tempi généralement très lents, mais où le pianiste retrouve l’univers contrapuntique qui lui sied.
A contrario, la sonate qui aurait a priori dû lui convenir le mieux –la n°29 « Hammerklavier »-, semble lui échapper complètement, y compris dan sa fugue. Glenn Gould pensait que l’oeuvre était « ingrate » pour un pianiste, car son écoute ne rendait pas suffisamment compte de son extrême difficulté !
Pour autant, si l’ensemble reste assez plaisant, ce n’est pas du meilleur Beethoven. A ce titre, sa plus belle réussite dans une oeuvre du compositeur est, à mes oreilles, son interprétation de la 5ème symphonie dans sa transcription pour piano de Liszt.

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Playlist « Ode à la nature »

Dans la playlist de ce jour, trois célèbres compositeurs expriment leur amour de la nature et des balades au grand air ! Un florilège naturiste des plus agréables ! Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Richard Strauss – Eine Alpensinfonie
Staatskapelle Dresden, Giuseppe Sinopoli – 1994 *****

Eine Alpensinfonie est une oeuvre hybride –ni symphonie, ni poème symphonique– qui bénéficie d’une discographie riche et généralement de très haut niveau –petit rappel à lire ici-. Les excellentes versions sont légions, et celle-ci en fait partie. De plus, dans la plupart des cas, les conditions techniques d’enregistrement sont très soignées et rendent justice aux musiciens et aux orchestres. L’oeuvre est foisonnante, écrite pour un très grand orchestre, avec ajout de nombreux cors en coulisse, d’un Heckelphone –genre de hautbois au registre très grave-, d’une machine à vent et d’un orgue ; elle narre, en 22 étapes et un peu moins d’une heure, une journée d’excursion dans les Alpes bavaroises, où Richard Strauss, en amoureux de la montagne, résidait très souvent.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°15 « Pastorale »
Maria Grinberg, piano – 1964 *****

Chacun a entendu au moins une fois dans sa vie la 6ème symphonie « Pastorale » de Beethoven, mais sa quinzième sonate pour piano « Pastorale » est moins célèbre –bien que tout aussi réussie !-. Beethoven était amoureux de la nature et s’en inspira souvent avant de devenir presque totalement sourd : il essayait de s’échapper de la grande ville –Vienne- autant que possible, la quiétude de la campagne lui permettant de reposer ses oreilles et des acouphènes persistants qui le faisaient beaucoup souffrir. Cette très belle sonate pour piano, composée en 1801, est d’un caractère paisible et champêtre tout-à-fait remarquable : c’est vraiment du meilleur Beethoven !
J’aime beaucoup cette version de Maria Grinberg, qui enregistra durant les années 60 –prises de son soviétiques malheureusement assez précaires…– une belle intégrale des sonates pour piano de Beethoven, longtemps indisponible en Occident. C’est mon disquaire allemand, très grand spécialiste du piano, qui me l’avait procurée en me mettant en garde : selon lui, cette intégrale était très contestable –opinion non partagée par la critique musicale française, qui l’a encensée-.
Dans cette sonate, Maria Grinberg est l’une des rares pianistes à ne pas précipiter le deuxième mouvement, dont le rythme d’une promenade au pas tranquille est souvent abordé trop rapidement à mes oreilles -cf. extrait-. Ma version de référence reste toutefois celle d’Emil Gilels, et, dans cette sonate, j’aine également beaucoup Wilhelm Kempff –version des années 60– pour son premier mouvement d’une grande poésie.

• Richard Wagner – Siegfried Idyll
Orch. Symphonique de Pittsburgh- William Steinberg – 1958 *****

Siegfried Idyll fut composé par Richard Wagner comme cadeau d’anniversaire pour sa seconde épouse, Cosima –fille de Franz Liszt– à l’occasion de la naissance de leur fils Siegfried, en 1869. C’est un poème symphonique d’une quinzaine de minutes, écrit initialement pour orchestre de chambre de 13 musiciens et élargi ensuite à un petit orchestre symphonique d’une trentaine de membres. Le titre originel de l’oeuvre était « Tribschener Idyll mit Fidi-Vogelgesang und Orange-Sonnenaufgang » –Trad : Idylle de Tribschen avec le chant d’oiseau de Fidi et un lever de soleil orangé-. Tribschen était leur lieu de résidence suisse –juste à coté de Lucerne– et Fidi était le surnom donné à leur fils Siegfried –dit aussi « le pépieur », note de moi…-. Par la suite, le compositeur remodela son poème symphonique pour l’intégrer au sein de son opéra Siegfried –troisième partie de l’Anneau du Nibelungen-, qui est son opéra le plus naturaliste, avec de nombreuses scènes sylvestres.
Très belle version de William Steinberg, wagnérien expérimenté, pour une oeuvre réellement ravissante et très poétique –deux adjectifs que le commun des mortels n’accole pas spontanément à la musique de Wagner !-.

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Playlist pour saluer le retour du printemps

Le printemps s’est définitivement installé, avec ses couleurs renaissantes, son cortège d’arbres en fleurs, d’oiseaux pépiant dès l’aube et ses températures plus que clémentes ces derniers jours ! Saluons ce retour avec une playlist particulièrement adaptée ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano et violon n°5 « Le printemps », op.23
Martha Argerich, piano ; Gidon kremer, violon – 1987 *****

Je n’écoute pas si souvent les sonates pour piano et violon de Beethoven –beaucoup moins que ses sonates pour piano ou ses symphonies-, pourtant très bien représentées dans ma discothèque, mais, quand je le fais, c’est à chaque fois une source de grande satisfaction renouvelée ! Cette cinquième sonate « Printemps », achevée en 1801, est l’une des plus connues et populaires de son corpus pour piano et violon, elle est d’une fraicheur ravissante et d’un accès très facile. Cette version éblouissante, extraite du coffret intégral BTHVN2020, lui rend pleinement justice.

• Robert Schumann – Symphonie n°1 « Printemps », op.38
Orchestre symphonique de Detroit, Paul Paray – 1959 **

Paul Paray dirige l’oeuvre avec poigne et une belle énergie, comme souvent, et son orchestre répond au quart-de tour, mais ils ne parviennent cependant pas à faire décoller cette symphonie décidément assez peu engageante à mes oreilles –au demeurant, je l’écoute rarement-. L’oeuvre fut créée à Leipzig par Felix Mendelssohn et fut globalement bien accueillie. Elle rencontra moins de succès lors des exécutions suivantes à travers l’Allemagne.

C’est Clara Schumann qui recommanda son mari de se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour orchestre plutôt que de continuer à se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour piano : à mon avis, elle fut mauvaise conseillère Elle affirmait, dans son journal : « Il serait préférable qu’il compose pour l’orchestre ; son imagination ne peut pas trouver à s’exprimer pleinement sur le piano… Ses compositions sont toutes pensées pour l’orchestre… Mon plus grand souhait est qu’il compose pour l’orchestre – voici son domaine ! Puis-je réussir à le persuader ! »

• Igor Stravinsky – Le sacre du printemps
Orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1977 *****

Il existe plusieurs centaines d’enregistrements du « Sacre du printemps » –une des rares oeuvres que j’apprécie de ce compositeur-, et certaines versions sont mémorables : celle-ci en fait partie, à juste titre. Le chef, qui propose en 1977 sa seconde version enregistrée, creuse les timbres, sculpte les sonorités et privilégie une approche lyrique qui n’exclut pas la sauvagerie dans la première partie, l’orchestre est d’une qualité époustouflante et la prise de son est à la hauteur, tant en matière de timbres que d’image sonore et de dynamique.
Bref, un excellent disque à tous points de vue, largement salué à sa sortie et à écouter aussi fort que possible pour en profiter pleinement !

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Un jour, un album – Fabuleuse Septième symphonie

Le titre de cette notule aurait aussi bien pu s’intituler « Une nuit, un album »… En effet, lors de mes nuits sans dormir, il est d’usage d’essayer de m’endormir en musique, et, généralement, à la fin, ça marche ! Sauf qu’en l’occurence, ce disque m’a tant enthousiasmé que je suis resté concentré sur son écoute, et donc complètement éveillé, jusqu’à son terme ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Je vous avais déjà entretenu, ici, de la formidable réussite constituée par l’intégrale des symphonies de Beethoven enregistrée au cours des années 60 par William Steinberg et son orchestre symphonique de Pittsburgh. Dans les années 50 déjà, avec le même orchestre, William Steinberg avait enregistré pour Capitol Records, quelques symphonies de Beethoven, dont cette remarquable septième, en 1957.

Arrivé à la tête de l’orchestre de Pittsburgh en 1952, Steinberg, qui jouissait d’une formidable réputation de bâtisseur d’orchestre, dut, dans un premier temps, redonner confiance à des musiciens en grande souffrance après le passage du terrible Fritz Reiner, qui avait, durant son mandat, renvoyé la moitié de l’orchestre. Il y parvint rapidement et Pittsburgh put non seulement s’enorgueillir d’être une ville à la programmation ambitieuse et variée, mais aussi de compter sur le meilleur taux de fréquentation de ses concerts dans tous les États-Unis.
Cette solide réputation permit à l’orchestre et à son chef de construire une très belle discographie tout au long des années 50 pour Capitol Records -rachetée par EMI-, puis, durant les années 60, chez Command Classics.

Dans cette septième symphonie –une des plus populaires de Beethoven, avec notamment son deuxième mouvement archi-célèbre–  qui m’a tenu en éveil, les deux premiers mouvements sont d’incontestables réussites et la phalange de Pittsburgh joue superbement. Les équilibres au sein de l’orchestre s’inscrivent dans une tradition plus proche de l’école austro-allemande que d’ordinaire pour un orchestre américain –appui sur les cordes graves bien plus marqué, cuivres moins tonitruants-, ce qui n’est pas étonnant puisque Steinberg avait été formé en Allemagne avant d’en être chassé par les nationaux-socialistes. Les deux derniers mouvements sont également très réussis, même si le trio du troisième mouvement me semble un peu trop lent et que le quatrième n’atteint pas à la prodigieuse virtuosité de Karajan, à peu près unique ici.

Un magnifique témoignage, donc, dont vous pouvez vous délecter ici.

 

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Ça faisait bien longtemps…

… que je n’avais plus écouté de sonates pour piano de Beethoven, tout occupé que j’étais à me rendre vers des territoires moins connus de ma discothèque ! Oubli désormais réparé avec la playlist de ce jour, consacrée à quelques-unes de ses sonates les plus célèbres, dans des versions dont je ne me lasse pas ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Beethoven – Sonates pour piano n°8 « Pathétique » ; 13 et 14 « Clair de lune » – 1980 *****
• Beethoven – Sonates pour piano n°15 « Pastorale » et n°17 « La tempête » – 1981 *****
• Beethoven – Sonates pour piano n°21 « Waldstein » et n°23 « Appassionata » – 1972 ; 1973 *****
Emil Gilels, piano

Derrière des micros qui rendent enfin justice à sa sonorité d’airain, ce Beethoven prend une puissance, un sang, un corps que personne ne lui a jamais donné. – Diapason

Je n’ai encore jamais vu d’artiste plus concentré, plus énergique et plus ardent qu’Emil Gilels – Joachim Kaiser, musicologue auteur de « Grands pianistes de notre temps »

L’intégrale inachevée des sonates de Beethoven d’Emil Gilels, initialement parue au compte-goutte en disques séparés au début de l’ère du Compact Disc, a énormément bénéficié d’un nouveau remastering suivant le procédé « Original Image Bit Processing », qui rend désormais pleinement justice à sa beauté de sonorité légendaire, lors de sa mise en coffret –9 CD, disponible ici ou dans deux présentations différentes, mais c’est le même remastering et l’un des deux coffrets est d’un prix indécent, même si cette intégrale bardée de distinctions prestigieuses à travers le monde n’a pas de prix…-.

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