Des goûts et des couleurs. 9

Sibelius – Les symphonies • 1, les versions finlandaises •

Jean Sibelius, en France, fut longtemps mal-aimé, méprisé et considéré comme « le plus mauvais compositeur du monde », selon le pamphlet de René Leibowitz, chef d’orchestre et compositeur élève de Schönberg. A contrario, il était, selon le célèbre chef d’orchestre Arturo Toscanini, « le plus grand symphoniste depuis Beethoven ».

C’est cette dernière opinion que je partage assez largement, et c’est ainsi que c’est le compositeur qui, après Beethoven, bénéficie au sein de ma discothèque du plus grand nombre de versions –une petite vingtaine– d’une intégrale de ses symphonies, qui ont été enregistrées par les plus grand chefs -parfois plusieurs fois- et les plus grands orchestres. Pourtant, je suis venu à ce compositeur relativement tardivement –vers 18 ou 19 ans, par le biais de sa deuxième symphonie selon George Szell– et très progressivement.

Le passage en revue de ce jour ne comporte que les versions enregistrées par des chefs d’orchestre finlandais. Les autres versions « étrangères » viendront plus tard. Pour un pays si peu peuplé –moins de 6 millions d’habitants-, le nombre d’orchestres et de chefs d’orchestre aussi talentueux est proprement étonnant et remarquable ! Toutes ces intégrales sont de très belle qualité, et les trois que j’ai isolées, très différentes les unes des autres, sont celles que je préfère. Ce sont aussi les trois intégrales les mieux enregistrées de ce lot finlandais. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

,

Des goûts et des couleurs. 8

George Frideric Handel – Messiah

« Le Messie » est l’un des plus grands chefs-d’œuvre musicaux de tous les temps, et très probablement la plus grande œuvre musicale jamais écrite en Angleterre.

C’est aussi, selon toute vraisemblance, l’œuvre la plus exécutée de l’histoire de la musique classique à travers l’espace et le temps. La raison de cette popularité est que la musique, bien qu’élégante, puissamment expressive et belle, est relativement facile à jouer, et le que texte, qui provient exclusivement de sources bibliques, est des plus familiers qui soient : l’histoire du Christ est presqu’universellement connue. L’éminent chef d’orchestre anglais Sir Thomas Beecham a écrit dans ses mémoires : « Depuis la création de l’oeuvre, l’humanité n’a entendu aucune musique écrite pour des voix qui puisse rivaliser, même faiblement pour la grandeur de la construction et du ton, la noblesse et la tendresse de la mélodie, les compétences techniques de l’écriture et l’ingéniosité et la variété inépuisable d’effets… ».

Un profond sentiment d’humanité imprègne également la musique de Handel. Il s’agit-là d’un point souvent relevé par par de nombreux artistes –chanteurs, chefs d’orchestre…– ou musicographes lorsqu’ils comparent Handel à Bach : là où les oratorios de Bach exaltent Dieu, Haendel s’intéresse plus spécifiquement aux sentiments des mortels et au rapport des humains au divin.

Il n’existe pas de version totalement « définitive » de l’oeuvre : Handel a fréquemment modifié les forces musicales dans ses mises en scène de l’oratorio, en fonction des chanteurs et des instruments disponibles dans chaque lieu. La version le plus souvent enregistrée de nos jours est la version dite « de Dublin », correspondant à –ce que l’on sait de– la création de l’oeuvre en 1742.

Sur une période de deux siècles et demi, les normes de performance musicale ont profondément changé. Mozart, par exemple, a ajouté des flûtes, des clarinettes et des trombones à la partition originelle beaucoup plus sobre de Handel, qui était essentiellement composée des cordes et de hautbois, de bassons et de trompettes ajoutées pour simplement renforcer le son. Par la suite, chaque génération, semble-t-il, a ressenti le besoin d’adapter cette grande œuvre à la manière dominante de l’époque. A la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, il n’était pas rare de rassembler plusieurs centaines de choristes et de musiciens d’orchestres pour aborder « Messiah ». En Angleterre, le Messie fut parfois joué lors de festivals choraux où le chœur pouvait augmenter à 2 000, voire 3 000 chanteurs !

Ma discothèque comporte treize versions de « Messiah ». J’en avais quatorze, mais j’ai prêté –et on ne me l’a jamais rendueou perdu la –bonne– version des Scholars Baroque enregistrée en 1992 pour le label Naxos.
Les quatre versions enregistrées entre 1944 et 1960 –sur fond orange– s’inscrivent parmi les derniers témoignages de ces versions pléthoriques, d’un hiératisme quasi-opératique, avec grand orchestre symphonique complet, solistes de format wagnérien et choeurs gigantesques –Extraits : Boult ; Beecham– ! Evidemment, après quelques décennies de versions HIP, tout cela prête désormais à sourire, mais des générations d’auditeurs n’ont connu que ce type de versions « solenne ed pomposo » ! Désuet, mais pas toujours déplaisant pour autant…

Les versions de Colin Davis –1966– et Neville Marriner-1977– renouvellent quelque peu le propos dans le sens d’un allègement considérable des effectifs et de chanteurs aux proportions mozartiennes et d’une recherche de tempi généralement plus allants –fond jaune-. La version de Neville Marriner –2 extraits-propose en outre une version basée sur la création de l’rouvre à Londres en mars 1743 et non sur la version de Dublin en 1742 et proposent quelques petites différences. Deux versions qui ont marqué l’histoire de l’enregistrement de l’œuvre.

Désormais, la tendance actuelle, depuis les années 80, est de produire des versions « authentiques » ou HIP, plus intimistes et transparentes, mobilisant des instruments d’époque et de petits ensembles choraux –Extraits : Pearlman ; Dubrovsky-. Toutes les versions qui s’inscrivent dans ce courant sont excellentes à des degrés divers, il est difficile d’en distinguer une plutôt qu’une autre : celle vers laquelle je reviens le plus souvent est celle de Trevor Pinnock, enregistrée en 1988.

,

Des goûts et des couleurs, 7

Felix Mendelssohn-Bartholdy – Le songe d’une nuit d’été

L’ouverture du « Songe d’une nuit d’été », de Felix Mendelssohn-Bartholdy est, à mes oreilles, la plus belle preuve de l’existence qu’on peut être adolescent et génial : la qualité de cette page musicale dépasse de très loin la qualité de n’importe quelle oeuvre précoce du « divin Mozart » ou de tout autre compositeur. Mendelssohn a tout saisi de la pièce de Shakespeare et en restitue, en une petite dizaine de minutes, toute la magie et la féérie. C’est une petite merveille de verve, de finesse et  d’orchestration !

Il composa le reste de sa musique de scène, dont la célèbre « Marche nuptiale », quinze ans plus tard, à la demande du roi de Prusse, et n’atteignit plus tout-à-fait le même niveau, même si l’ensemble est très réussi, mais l’ouverture, ah, l’ouverture !
La discographie de l’oeuvre est relativement abondante, proposant des versions plus ou moins complètes de la partition. Etonnamment, ma version préférée est celle du chef japonais Seiji Ozawa, très peu présent dans ma discothèque. Il est suivi de près par un autre chef que je n’apprécie généralement pas outre mesure, Claudio Abbado pour son tout dernier concert berlinois, peu avant son décès, et par une autre version entrée dans la légende, celle de Peter Maag.
Toutes les autres versions présentent de belles qualités et des mérites divers, mais je n’aime ni celle de Savall, qui manque de vie à mes oreilles, ni celle de Levine, sonore et brutale plus que féérique. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.


Sont présents dans ma discothèque, par ordre chronologique :

Fricsay, RIAS Berlin, 1951 • Maag, OS Londres, 1957 • Szell, Concertgebouw Amsterdam, 1959
• Klemperer, Philharmonia Orchestra, 1960 • Kubelik, OSR Bavière, 1964
• Ozawa, OS Boston, 1994 • Abbado, OP Berlin, 2013
• Levine, OS Chicago, 2015 • Gardiner, OS Londres, 2016 • Savall, Le Concert des Nations, 2024

, ,

Des goûts et des couleurs, 6.2

Elgar – Variations Enigma – Les versions anglaises

Aujourd’hui, je vous propose mon classement des interprétations par des chefs anglais des « Variations Enigma » d’Elgar -des chefs qui parlent leur langue natale, donc…-. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Et ce classement réserve quelques surprises : ainsi, de grands noms de la baguette d’aujourd’hui se retrouvent fort mal classés dans mon panthéon personnel. Rattle et Gardiner proposent à mes oreilles les versions les moins intéressantes qui soient, et n’ont même pas l’excuse de l’absolu contre-sens que livrait Bernstein, qui assume sa radicalité. Ici, les deux versions sont simplement profondément ennuyeuses –elles ont le mérite de favoriser l’endormissement des insomniaques…-.
Les autres versions sont toutes très bien, j’en ai cependant placé quatre un peu au-dessus des autres :
• Edward Elgar –1926 parce que c’est Elgar, un chef pas particulièrement remarquable, mais qui instaura au moins une tradition dans l’interprétation de ses oeuvres. La réédition est, de plus, très réussie du point de vue technique, pour des enregistrements qui ont presque 100 ans ;
• Malcolm Sargent –1953, qui est une vraie surprise ici et qui dame le pion à tous ses confrères anglais contemporains et « spécialistes reconnus » comme Boult ou Barbirolli, en proposant une très belle version, équilibrée et à l’excellent final ;
• Leopold Stokowski –1972, dans un enregistrement de concert avec l’orchestre philharmonique tchèque, expose une petite harmonie absolument magique et aucune des excentricités dont il était parfois coupable capable. Une réussite magistrale !
• Norman DelMar –1975, chef peu connu et musicologue reconnu, fut enregistré dans l’acoustique très réverbérée de la cathédrale de Guilford, est lui aussi tout-à-fait exceptionnel. Une version rare, qui fut longtemps difficile à trouver, repliée dans la superbe collection « Eloquence » .

, ,

Des goûts et des couleurs, 6.1

Elgar – Variations Enigma – Les versions non anglaises

Les variations Enigma d’Edward Elgar sont une oeuvre d’abord très facile, qui ont donné lieu à une littérature relativement abondante –articles de qualité, parmi d’autres, à lire ici ou – et à une discographie très riche : il s’agit de l’œuvre la plus populaire de son compositeur, avec la première « Pump And Circumstance », et de nombreux chefs très célèbres s’y sont confrontés –on ne trouve pas Karajan dans cette longue liste, lui qui n’y entendait du « Brahms de seconde catégorie »…-. C’est une oeuvre que j’aime beaucoup et que je connais par coeur, puisqu’elle accompagne assez régulièrement mes nuits sans dormir.
Pour cette première série, j’ai regroupé les versions de mes étagères qui sont interprétées par des chefs non anglais. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Il apparaît que l’oeuvre est si bien écrite et orchestrée qu’il est difficile d’en trouver une mauvaise version : il ny ’en a en définitive qu’une seule que je n’aime pas du tout, c’est celle de Bernstein, qui propose une version totalement boursouflée et tapageuse, transformant Elgar en mauvais Mahler… Toutes les autres versions à quelques nuances près, sont très bien !
La suite –les versions enregistrées par des chefs anglais– dans une prochaine notule !

, ,

Beethoven:Appassionata – Tiercé gagnant

Pour occuper mes longues nuits d’insomnies –il faudrait que je prenne rendez-vous à la clinique du sommeil…– et près avoir écouté 32 fois –et en réalité bien plus– la 32ème sonate de Beethoven, voilà que j’ai écouté au moins 23 fois –et en réalité bien plus– sa 23ème sonate « Appassionata » dans 23 versions différentes –et en réalité bien plus ! -.

J’en ai dégagé un tiercé gagnant, qui comportera peut-être, pour ceux qui connaissent bien cette sonate, une surprise, puisque le deuxième cité dans mon tiercé –1. Emil Gilels ; 2. Murray Perahia ; 3. Sviatoslav Richter– n’a pas la réputation d’être le plus immense pianiste beethovénien qui soit, même s’il a réussi une merveilleuse intégrale des concertos pour piano avec Haitink –la réputation de Gilels dans ce répertoire, en revanche n’est plus à faire, de même que celle de Richter dans ses bons jours (mais il en a aussi de moins bons, sa discographie dans Beethoven est étonnamment inégale) -. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Pour autant, donc, la version de Murray Perahia comporte le plus beau deuxième mouvement qu’il m’a été donné d’entendre, et je l’ai redécouverte avec d’autant plus de plaisir que ça faisait bien plus de trente ans sans doute que ce disque n’était plus arrivé sur mon lecteur CD.
Richter est fulgurant dans cet enregistrement célèbre réalisé pour RCA en 1961, mais Gilels, dans un premier mouvement creusé mais dynamique –là ou Arrau est creusé mais plus statique– et dans un finale hyper-virtuose –la dernière minute !!! -, efface même le souvenir de la version de son compatriote.

Autres versions appréciables : Arrau/Philips – Gulda/Amadeo – Schnabel/Pristine -pour les amateurs de très vieilles cires – A. Fischer/Hungaroton
Versions dont on peu se passer malgré, parfois, leur réputation : Kempff/DGG, qui manque ici vraiment d’abattage tant en 1955 qu’en 1965 ; Horowitz, auquel Beethoven échappe totalement ; et Nat, brouillon dans le premier mouvement et à bout de doigts dans le finale.

, , ,

Des goûts et des couleurs, 5

Schumann – Quatrième symphonie

La quatrième symphonie de Schumann est une des oeuvres que je fréquente le plus souvent nocturnement, lorsque je n’arrive pas à trouver le sommeil. J’en ai donc une palanquée de versions –certaines, comme celle de Celibidache,  par exemple, fort pauvre en couleurs, je ne les écoute quasiment jamais, mais elles font partie de coffrets– et je la connais dans ses moindres recoins ! Ce n’est pas le cas des autres symphonies du compositeur, que j’apprécie assez modérément…
Comme toujours, cette série se lit de gauche à droite, ayant classé par colonnes successives mes versions préférées. Comme toujours aussi, ce classement est éminemment subjectif et pourra être très amplement contesté !
La version que je préfère, enregistrée en concert derrière le rideau de fer, d’un souffle extraordinaire, est malheureusement très difficilement disponible, n’a jamais été rééditée mais constitue cependant un disque à mettre entre toutes les mains oreilles ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

Des goûts et des couleurs, 4

Wagner – Der Ring des Nibelungen

Cette immense fresque musicale existe désormais dans un nombre incalculable de versions : lorsque je l’ai découverte, en 323 33 tours, au début des années 80, il n’en existait officiellement que quatre ! Le CD a permis la réédition, souvent dans des conditions techniques inespérées au temps du LP, avec, en particulier, l’exhumation d’archives du neues Bayreuthannées 50 et tout début des années 60-.

J’ai choisi de scinder ce « classement », que d’aucuns trouveront évidemment contestable, en deux :

• d’une part, les versions enregistrées en studio, qui ne sont en définitive pas si nombreuses, et correspondent à des productions luxueuses que les éditeurs n’ont sans doute plus les moyens de financer de nos jours, les ventes étant trop limitées pour amortir un investissement conséquent ! Toutes bénéficient d’un grand confort sonore, toutes pâtissent d’un engagement évidemment moins grand au studio qu’à la scène et malgré certaines incontestables réussites, il y manquera toujours un grain de folie et d’urgence. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. J’aime énormément les deux premières citées, et très peu la dernière. Mais, évidemment, cette appréciation est tout-à-fait personnelle, et certains raffolent de cette dernière version.

• d’autre part, les versions live. Parmi celles-ci, les versions du neues Bayreuth figurent en bonne place : question de distribution, d’abord, mais également de chefs qui savent tendre l’arc sur la durée d’un cycle et développer un sens de la narration épique qu’on ne trouvera pas toujours plus tard, malgré quelques « pains » présents dans toutes ces versions.
Les conditions techniques y sont généralement meilleures qu’espérées, grâce aux apports du numérique pour la remastérisation de documents anciens et quasiment toutes bénéficient d’un confort d’écoute suffisant pour en profiter, sauf les versions Knappertbusch 1957, au son relativement mat et étouffé, qui reste plus difficile, et celle de Kempe / Covent Garden, dont les bandes sont très abîmées et « insauvables ». Les deux versions les plus récentes enregistrées à Bayreuth —Boulez et Barenboim– souffrent à mon avis beaucoup, au moins à l’écoute des CD, de la comparaison avec leurs devancières, mais sont en revanche de très investies scéniquement et il vaut mieux les voir en DCD ou Blu-ray. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

And my winner is : Clemens Krauss, Bayreuth 1953. Ce n’est pas tout-à-fait une surprise, il fait partie de mes disques pour l’île idéale !

, ,

Des goûts et des couleurs, 3

Les symphonies de Beethoven, seconde partie

Seconde série des intégrales des symphonies de Beethoven, enregistrées après 1970, la première série consacrée aux intégrales plus anciennes se trouvant ici. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

My winners are : parmi ces intégrales plus récentes, c’est un trio de tête qui se dégage, selon mon humeur du moment, entre la fougue entraînante de Karajan, le marbre impressionnant de Sanderling et l’approche somptueuse et somptueusement enregistrée de Von Dohnanyi. Evidemment et comme précédemment, ce « classement » n’engage que mes oreilles et pourra être complètement contesté par d’autres paires d’oreilles !

, ,

Des goûts et des couleurs, 2

Les symphonies de Beethoven

Comme pour la précédente notule de cette catégorie, ce diagramme –à lire en colonne, réparties en 6 groupes– présente mes préférences personnelles et n’engage que moi ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. Une notule ultérieure sera consacrée aux intégrales post-70.

My winner is : un jalon de l’histoire du disque, puisqu’il s’agit de la première intégrale réalisée en tant que telle, et réunie au sein d’un coffret initialement disponible par souscription uniquement, sans possibilité d’acheter chaque disques séparément. Cette intégrale, sous une forme ou sous une autre, n’a jamais quitté le catalogue de l’éditeur depuis sa parution en 1962.

, ,
Retour en haut