I. La chute de Troie
Il fallait vraiment s’appeler Hector, comme le héros troyen de l’Iliade, pour consacrer tout un opéra à la chute de la ville puis au voyage et au séjour d’Énée à Carthage, avant qu’il ne parte fonder Rome ! C’est bien le propos d’Hector Berlioz, dont il composa non seulement la musique, mais aussi le livret en cinq actes, fondé sur l’Énéide de Virgile, pour son opéra-fleuve « Les Troyens », objet, pour sa première partie « La chute de Troie », de ma séance lyrique dominicale, dans une version multi-primée, dirigée par un chef spécialiste de Berlioz, et très généralement considérée comme la meilleure disponible au disque. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
Le livret du compositeur est, pour le moins, très inégal, et utilise un vocabulaire parfois désuet et certaines rimes très pauvres qui prêtent à sourire de nos jours. Berlioz inscrit son oeuvre dans la tradition de la tragédie lyrique française, et emploie à cette fin un orchestre très important pour l’époque, ainsi qu’une machine à tonnerre et de nombreuses percussions originales. Musicalement, on oscille entre belle inventivité mélodique, orchestration généralement somptueuse –c’est du Berlioz, après tout !– et résolutions harmoniques parfois médiocres et surprenantes de facilité.
J’ai eu l’occasion d’entendre deux fois « Les Troyens » à Strasbourg : la première fois fut à l’occasion de la représentation intégrale de l’oeuvre à l’Opéra National du Rhin, en 2006 –oh purée ! 20 ans déjà– dans une mise en scène façon « Verdun 1ère terre mondiale » pour la première partie, puis « dîner mondain à Carthage », avec certains chanteurs souffrant d’une diction française plutôt problématique –heureusement qu’il y a des sous-titres même pour les opéras français !– sous la direction mollassonne de Michel Plasson : franchement pas un grand souvenir, sauf celui d’une oeuvre longue –plus de quatre heures, qui en paraissaient le double…– et ennuyeuse, si ce n’est le cheval de bois qui trôna pendant plusieurs mois sur le parvis de l’opéra -cliquer sur la photo ci-dessous pour la voir en plus grand-. La seconde fois, en 2017, fut à l’occasion des représentations de concert qui donnèrent lieu au présent enregistrement : malgré l’absence de mise en scène, une remarquable réussite, aussi bien vocale –solistes et choeurs– qu’orchestrale : du coup, je ne me suis pas ennuyé une seule minute !

• Acte I – Après un siège de dix ans, les Grecs quittent Troie. Les Troyens se réjouissent du départ de leurs ennemis. Ils sortent de la ville et trouvent un cheval de bois, qu’ils considèrent comme une offrande à la déesse Athéna. Cassandre, fille du roi Priam, a de sombres prémonitions; elle prédit la chute sanglante de Troie, mais personne ne lui prête attention, pas même son père ou son fiancé Chorèbe.
Priam, roi de la ville de Troie, ordonne que l’une des portes de la ville soit démolie afin que le cheval puisse être transporté à l’intérieur des murs.
Enée, héros troyen fils de la déesse Aphrodite et d’un mortel, raconte que le prêtre Laocoon a vu ce cheval géant comme un complot des Grecs et a exhorté la populace à y mettre le feu, avant d’être dévoré par deux monstrueux serpents. Les Troyens interprètent ce malheur comme une punition de la déesse Athéna. Le cheval géant est porté triomphalement dans Troie.
• Acte II – Scène 1. Énée s’est endormi. Le fantôme d’Hector, un héros troyen, lui apparaît et l’avertit du grand incendie qui va ravager Troie. Énée doit sauver les trésors de Troie et emporter les survivants avec lui; en Italie, il fondera un nouvel empire qui plus tard gouvernera le monde entier. Panthée se précipite à l’intérieur, il dit à Enée que les Grecs qui étaient cachés dans le ventre du cheval ont tué les gardes de la ville. Les Grecs qui étaient partis sont revenus et envahissent Troie. Priam est déjà mort. Énée, transportant son père sur ses épaules et accompagné de ses fils Ascagne et Chorée, décide de sauver ce qui peut être sauvé.
Scène 2. Les femmes de Troie comprennent que Cassandre avait dit vrai, mais qu’il est maintenant trop tard. Pour ne pas être faites prisonnières ou déshonorées, elles décident de mourir avec elle.
Bien plus qu’Énée, le personnage le personnage principal de cette première partie est Cassandre, qui occupe dans l’opéra de Berlioz une place bien plus importante que dans l’Énéide de Virgile. Berlioz n’eut jamais l’occasion d’entendre son opéra en entier. Jugé trop long, l’oeuvre fut, à l’origine, réduite à sa seconde partie -coupée de surcroît- et la création des « Troyens » dans son intégralité et en une seule soirée n’eut lieu en France qu’en 1920 ! Auparavant, l’oeuvre intégrale avait été donnée en Allemand –!!!-, mais en deux soirées, à Karlsruhe en 1890.
