Mes nuits sans dormir, encore et toujours… Il fut souvent reproché à Herbert Von Karajan de ne pas assez enregistrer de « musique contemporaine ». La playlist de ce jour va à l’encontre de ce reproche : il enregistra plus qu’il n’y paraît des programmes de musiciens contemporains de son époque. Outre le fabuleux coffret consacré à la seconde école de Vienne –Berg – Schönberg – Webern– dont il était si fier et qu’il auto-finança, il enregistra quelques oeuvres qu’il jugeait essentielles de ses contemporains, lui qui était né en 1908, et qui fut notamment marqué par deux guerres mondiales, mais aussi par la guerre froide en tant que résident régulier à Berlin après 1950.
Cette playlist en est une très belle illustration. L’accueil généralement triomphal réservé à ces disques –parmi les tout meilleurs du chef– conduisent à se demander pourquoi, en effet, il n’enregistras pas plus de musique de son temps-Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Dmitri Shostakovich – Symphonie n°10 – 1953
Orchestre philharmonique de Berlin, Karajan – 1966 *****
La dixième symphonie de Shostakovich –écriture internationale– est l’une de ses plus célèbres et fut composée dans les mois qui suivirent le décès de Staline, durant la guerre froide. Durant les dernières années du régime stalinien, le compositeur avait eu à subir des critiques incessantes et se sentait particulièrement oppressé, voire craignait pour sa vie. Cette symphonie, où le sinistre côtoie une fin plus optimiste, est révélatrice de ces angoisses.
Karajan n’enregistra que cette seule symphonie de Shostakovich, à deux reprises : les deux enregistrements –1966 ; 1981– sont remarquables et l’orchestre et son chef touchent à la perfection ! Il l’interpréta aussi à Moscou, lors d’une tournée en 1969, devant un compositeur ému aux larmes.
• Serge Prokofiev – Symphonie n°5 – 1945
Orchestre philharmonique de Berlin, Karajan – 1968 *****
Symphonie la plus célèbre de Prokofiev –écriture internationale-, il s’agit d’une oeuvre de guerre qui marque la victoire des troupes soviétiques sur l’Allemagne selon le discours officiel de l’époque : elle connut un accueil triomphal. En réalité, le compositeur voulait exprimer toute autre chose, comme il en témoigna plus tard.
« Elle couronne en quelque sorte toute une période de mon travail ; je l’ai pensée comme une œuvre glorifiant l’âme humaine. Dans la 5e Symphonie, j’ai voulu chanter l’homme libre et heureux, sa force, sa générosité et la pureté de son âme. Je ne peux pas dire que j’ai choisi ce thème : il est né en moi et devait s’exprimer. »
• Arthur Honegger – Symphonies n°2 et 3 « Liturgique » – 1941 ; 1946
Orchestre philharmonique de Berlin, Karajan – 1969 *****
Musiciens suisse né en France, Arthur Honegger composa 5 symphonies, dont les deuxième et troisième sont profondément marquées par la seconde guerre mondiale. Ces symphonies suivent un schéma original en trois mouvement seulement, et sont relativement courtes : entre 20 et 30 minutes chacune. La deuxième symphonie est de caractère sombre et très dramatique, jusqu’à une éclaircie finale. La troisième symphonie « Liturgique » comporte un programme explicite –tiré du requiem liturgique– pour chacun des trois mouvements.
« J’ai voulu symboliser la réaction de l’homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance, de machinisme, de bureaucratie qui nous assiège … J’ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l’abandon aux forces aveugles qui l’enserrent et l’instinct du bonheur, l’amour de la paix, le sentiment du refuge divin ».
Une somptueuse playlist pour entamer une longue journée !

