Dimanche à l’opéra – Gurre-Lieder, d’Arnold Schönberg

Cette nouvelle saison lyrique du dimanche s’ouvre avec une oeuvre qui n’est pas un opéra à proprement parler –elle serait plutôt à ranger dans le genre des cantates profanes-, dans la mesure où elle n’est pas destinée à être mise en scène : les « Gurre Lieder » d’Arnold Schönberg, l’inventeur du dodécaphonisme, qui voulait émanciper la musique de la tonalité –encore très présente dans les Gurre-Lieder, oeuvre de relative jeunesse du compositeur-. La composition  des Gurre Lieder s’est déroulée sur une dizaine années, après une longue interruption pour revoir toute l’orchestration.

Les Gurre-Lieder –Chants de Gurre, château danois demeure du roi Valdemar 1er Le Grand– sont une oeuvre monumentale, d’une durée d’environ 110 minutes : orchestre symphonique gigantesque –cordes pléthoriques, cuivres par 8 ou 10…-, trois chœurs d’hommes et un choeur mixte, des solistes vocaux plus un récitant –n’en jetez plus, la coupe est pleine : à coté, la « Symphonie des Milles » de Mahler est de la musique de chambre…-, composée de trois parties d’inégale longueur : la deuxième partie est très –très– courte –cf.extrait intégral de cette partie…-. Le livret, adapté de poèmes de Jens Peter Jacobsen, raconte l’histoire d’amour tragique entre le roi Valdemar 1er du Danemark et sa maîtresse Tove.

Ce gigantisme pourrait paraître effrayant au premier abord, mais ces forces ne sont quasiment jamais mobilisées dans leur intégralité, sauf pour de rares moments de la troisième partie. La version de ce jour est celle enregistrée par Seiji Ozawa et l’orchestre symphonique de Boston et les choeurs du festival de Taglewood et un excellent groupe de solistes, en 1979. Elle fit sensation à sa sortie parce qu’elle était la première à bénéficier d’une prise de son rendant justice à l’oeuvre, et demeure, aujourd’hui encore, une excellente version. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Partie 1 – L’amour naissant puis l’idylle entre Valdemar et Tove, qui vivent leur relation en cachette, avant que la reine légitime ne fasse assassiner Tove.
• Partie 2 – Après la mort de Tove, assassinée sur ordre l’épouse légitime de Valdemar et qui se transforme en colombe, la douleur de Valdemar entraîne sa révolte contre Dieu : en guise de punition Dieu maudit Valdemar, le condamnant ne jamais trouver le repos après sa mort.

• Partie 3 – La chevauchée de Valdemar et de ses vassaux revenus du monde des morts et terrorisant tout et tous sur leur passage et l’errance nocturne avant le lever du soleil. L’oeuvre s’achève avec un lever du soleil monumental : la vie succède symboliquement au monde des morts et l’amour de Tove et Valdemar apparaît comme transfiguré dans le renouvellement du cycle de la nature.

• Musicalement, l’oeuvre est profondément influencée par Richard Wagner –chhromatisme et continuité du flux orchestral, utilisation de leitmotivs-, de Gustav Mahler –gigantisme orchestral, contrastes violents– mais aussi, dans une certaine mesure, par Richard Strauss –richesse harmonique, luxuriance et brillance orchestrale-. A mesure que l’oeuvre avance, elle passe d’un lyrisme sensuel à une musique sombre et plus violente, aux contrastes abrupts et d’un expressionnisme parfois exacerbé. Le lever du soleil final est précédé d’un passage parlé –Sprechstimme-, annonciateur du Sprechgesang dont Schönberg est l’inventeur.

J’ai découvert les Gurre-Lieder très jeune dans la version de Pierre Boulez, parue chez CBS en 1974. L’oeuvre est bien servie par le disque, quatre versions sont présentes dans ma discothèque : la version de Seiji Ozawa de ce jour, la version de Pierre Boulez sus-indiquée, précise, rigoureuse et aussi un peu sèche, mais également la version de Rafael Kubelik, enregistrée en concert pour deutsche Grammophon en 1965 –imparfaite techniquement, mais très intense dramatiquement– et la belle version de Giuseppe Sinopoli, peut-être la plus romantique de toutes.

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