Pour la séance lyrique de ce dimanche matin, j’ai retenu Cardillac, de Paul Hindemith : une oeuvre relativement complexe, composée en 1926 sur un livret adapté par Ferdinand Lion d’une courte nouvelle –Das Fräulein von Scuderi– du romancier-dramaturge-satiriste-peintre-dessinateur romantique E.T.A Hoffmann, dont l’influence en Allemagne est considérable.
L’oeuvre, d’un abord plutôt austère, fut écrite selon les principes du courant « Neu Sachlichkeit » –Nouvelle Objectivité– ne connut qu’un succès d’estime lors de sa création à Dresde, puis à travers l’Europe, et reste, aujourd’hui encore, une relative rareté aussi bien scénographie que discographique.
L’argument met en scène Cardillac, un orfèvre de génie, qui assassine tour à tour les acheteurs de ses bijoux, qu’il considère comme des oeuvres d’art dont il ne peut se séparer. Le tout, évidemment, sur fond d’une intrigue amoureuse engageant la fille de l’ofèvre. L’action se situe à Paris en 1680, les personnages, hors l’ofèvre, n’ont pas de nom et ne sont désignés que par leur fonction : la fille, une dame, un officier, un chevalier et la foule -incarnée par le chœur-.
Acte I
• La terreur dans la ville – Le peuple de Paris est terrifié par une série de meurtres mystérieux. Tous les acheteurs de bijoux précieux fabriqués par le célèbre orfèvre Cardillac sont retrouvés assassinés peu après leur achat. La foule réclame justice, mais la police est impuissante. Cardillac apparaît brièvement, acclamé pour son génie artistique, mais il reste froid, distant et obsédé par ses créations.
• Le piège amoureux – Dans la chambre d’une dame de la cour, un cavalier tente de la séduire en lui offrant un magnifique collier en or façonné par Cardillac. La dame accepte ses avances à condition qu’il lui apporte ce bijou. Peu après le départ du cavalier, une silhouette masquée s’introduit par la fenêtre, le poignarde mortellement et s’enfuit en reprenant le collier.
Acte II
• Dans l’atelier de Cardillac – Le vieux marchand d’or rend visite à Cardillac pour le mettre en garde : le public soupçonne un lien entre ses bijoux et les meurtres. Cardillac ignore les avertissements, ne se souciant que de la pureté de son art.
• Sa fille entre ensuite pour lui annoncer qu’elle est amoureuse d’un jeune officier et qu’elle souhaite l’épouser. Cardillac se montre indifférent à son bonheur, car sa seule et unique passion charnelle et spirituelle réside dans ses œuvres de métal précieux.
• L’officier arrive pour demander la main de la jeune fille. Pour tester sa valeur, Cardillac exige qu’il lui achète une chaîne en or. L’officier s’exécute, bien qu’il connaisse la malédiction qui pèse sur les acheteurs. Dès qu’il quitte l’atelier avec le bijou, Cardillac est pris d’une crise de démence : il ne supporte pas de se séparer de sa création et décide de suivre l’officier pour le tuer et récupérer son œuvre.
Acte III
• La vérité révélée – Dans une rue sombre de Paris, Cardillac agresse l’officier pour lui dérober la chaîne. Cependant, l’officier parvient à parer le coup et blesse son assaillant. Le marchand d’or, qui surveillait la scène, assiste à l’attaque et crie au meurtre, désignant Cardillac comme le coupable.
• L’officier, voulant protéger le père de sa fiancée, prétend que l’agresseur n’était pas Cardillac mais un autre homme masqué. La foule se rassemble et emmène Cardillac dans une taverne pour le soigner. Submergé par la culpabilité et l’incapacité de mentir plus longtemps face à l’admiration aveugle du peuple, Cardillac finit par avouer la terrible vérité : c’est lui, le tueur en série. Il explique qu’il ne peut tolérer que d’autres possèdent ses chefs-d’œuvre.
• Horrifiée par ces révélations, la foule en colère se jette sur l’orfèvre et le lynche. Avant de mourir dans les bras de sa fille, Cardillac embrasse une dernière fois la chaîne en or, restant fidèle à son obsession artistique jusqu’au dernier souffle.
Sur un texte fortement dramatique et romantique, Hindemith, compositeur que j’apprécie énormément, se refuse à confondre la vie et l’art et compose une musique donc d’une grande précision formelle dont le dramatisme n’est pas au premier plan. Les réactions unanimement négatives après cette première –« une totale cacophonie » ; « une oeuvre dégénérée »…– ont conduit Hindemith à réviser entièrement sa partition en 1953, mais cette version modifiée de la partition ne s’est pas imposée, et les représentations à l’échelle internationales continuent à privilégier la version originale de 1926, d’une durée d’environ deux heures.
C’est aussi le cas dans la version de ce jour –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, enregistrée en 1969 à Cologne, sous la direction du très expérimenté chef Joseph Keilberth, toujours très à l’aise dans le répertoire lyrique. Le rôle-titre est tenu par Dietrich Fischer-Dieskau, baryton qui a chanté à peu près tous les grands rôles du répertoire lyrique allemand, y compris les plus rares comme c’est le cas ici, où il est bien entouré par des artistes talentueux mais de moindre renom.

