George Frideric Handel – Messiah
« Le Messie » est l’un des plus grands chefs-d’œuvre musicaux de tous les temps, et très probablement la plus grande œuvre musicale jamais écrite en Angleterre.
C’est aussi, selon toute vraisemblance, l’œuvre la plus exécutée de l’histoire de la musique classique à travers l’espace et le temps. La raison de cette popularité est que la musique, bien qu’élégante, puissamment expressive et belle, est relativement facile à jouer, et le que texte, qui provient exclusivement de sources bibliques, est des plus familiers qui soient : l’histoire du Christ est presqu’universellement connue. L’éminent chef d’orchestre anglais Sir Thomas Beecham a écrit dans ses mémoires : « Depuis la création de l’oeuvre, l’humanité n’a entendu aucune musique écrite pour des voix qui puisse rivaliser, même faiblement pour la grandeur de la construction et du ton, la noblesse et la tendresse de la mélodie, les compétences techniques de l’écriture et l’ingéniosité et la variété inépuisable d’effets… ».
Un profond sentiment d’humanité imprègne également la musique de Handel. Il s’agit-là d’ un point souvent relevé par par de nombreux artistes –chanteurs, chefs d’orchestre…– ou musicographes lorsqu’ils comparent Handel à Bach : là où les oratorios de Bach exalte Dieu, Haendel s’intéresse plus spécifiquement aux sentiments des mortels et au rapport des humains au divin.
Il n’existe pas de version totalement « définitive » de l’oeuvre : Handel a fréquemment modifié les forces musicales dans ses mises en scène de l’oratorio, en fonction des chanteurs et des instruments disponibles dans chaque lieu. La version le plus souvent enregistrée de nos jours est la version dite « de Dublin », correspondant à la création de l’oeuvre en 1749.
Sur une période de deux siècles et demi, les normes de performance musicale ont profondément changé. Mozart, par exemple, a ajouté des flûtes, des clarinettes et des trombones à la partition originelle beaucoup plus sobre de Handel, qui était essentiellement composée des cordes et de hautbois, de bassons et de trompettes ajoutées pour simplement renforcer le son. Par la suite, chaque génération, semble-t-il, a ressenti le besoin d’adapter cette grande œuvre à la manière dominante de l’époque. A la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, il n’était pas rare de rassembler plusieurs centaines de choristes et de musiciens d’orchestres pour aborder « Messiah » : En Angleterre, le Messie fut parfois joué lors de festivals choraux, où le chœur peut augmenter à 2 000 à 3 000 chanteurs !
Ma discothèque comporte treize versions de « Messiah ». J’en avais quatorze, mais j’ai prêté –et on ne me l’a jamais rendu– ou perdu la –bonne– version des Scholars Baroque enregistrée en 1992 pour le label Naxos.
• Les quatre versions enregistrées entre 1944 et 1960 –sur fond orange– s’inscrivent parmi les derniers témoignages de ces versions pléthoriques, d’un hiératisme quasi-opératique, avec grand orchestre symphonique complet, solistes de format wagnérien et choeurs gigantesques ! Evidemment, après quelques décennies de versions HIP, tout cela prête désormais à sourire, mais des générations d’auditeurs n’ont connu que ce type de versions « solenne ed pomposo » ! Désuet, mais pas toujours déplaisant pour autant…
• Les versions de Colin Davis –1966– et Neville Marriner-1977– renouvellent quelque peu le propos dans le sens d’un allègement considérable des effectifs et de chanteurs aux proportions mozartiennes et d’une recherche de tempi généralement plus allants –fond jaune-. La version de Neville Marriner propose en outre une version basée sur la création de l’rouvre à Londres en mars 1743 et non sur la version de Dublin en 1742 et proposent quelques petites différences.
• Désormais, la tendance actuelle, depuis les années 80, est de produire des versions « authentiques » ou HIP, plus intimistes et transparentes, mobilisant des instruments d’époque et de petits ensembles choraux. Toutes les versions qui s’inscrivent dans ce courant sont excellentes à des degrés divers, il est difficile d’en distinguer une plutôt qu’une autre : celle vers laquelle je reviens le plus souvent est celle de Trevor Pinnock, enregistrée en 1988.


Des versions HIP, mais pas de versions HIP HOP ?
Non, mais il existe une version abrégée fusion jazz-rock-gospel de David Axelrod et dirigée par Canonball Adderley, du plus mauvais goût à mes oreilles… Tu peux l’écouter sur YouTube, mais je t’assure qu’on s’en passe très bien 🙂 !!!
Tu as raison, la troisième version est bien plus belle, j’y retrouve le son que j’aime. Haendel : baroque ou classique ?
Handel s’inscrit pleinement dans le courant baroque, tant dans ses œuvres orchestrales que dans ses opéras ou ses oratorios.