La playlist lyrique dominicale –en après-midi pour une fois, la météo parfaitement dégueulasse de ce jour n’étant guère propice à vouloir/pouvoir sortir…– est consacrée à « Salomé » de Richard Strauss, opéra achevé en 1905, sur un livret de Hedwig Lachmann, très proche de la pièce du même non d’Oscar Wilde, écrite en 1893. Créé à Dresde en 1905, l’opéra est court : un seul acte exécuté sans interruption et sans aucun moment de détente dans la progression dramatique très intense. Il rencontra un vif succès mais fit scandale à sa création, on lui reprocha tout à la fois sa violence, sa nécrophilie implicite et son aspect très provocateur, tant pour le thème abordé que pour la musique. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
L’action se régule en Judée, à la cour du roi Hérode. Elle est très simple et peut se résumer ainsi :
• Le prophète Jochanaan (Jean-Baptiste) est emprisonné dans une citerne pour avoir dénoncé l’immoralité du roi Hérode Antipas et de son épouse Hérodiade.
• La princesse Salomé, fille d’Hérodiade, est fascinée par Jochanaan et tente de le séduire, mais il la repousse violemment.
• Blessée et obsédée, Salomé développe un désir morbide pour lui.
• Lors d’un banquet, Hérode demande à Salomé de danser. Elle accepte en échange d’une récompense : c’est le célèbre épisode de la fameuse “Danse des sept voiles”.
• Après sa danse, elle exige la tête de Jochanaan sur un plateau d’argent. Malgré l’horreur d’Hérode, la demande est exécutée.
• Salomé embrasse la tête du prophète, déposée sur un plateau dans une scène finale d’une intensité extrême -cf. extrait-. Hérode, horrifié, ordonne sa mise à mort.
J’ai un assez grand nombre de versions de cet opéra en discothèque, toutes remarquables à leur manière –cf. ci-dessous Keilberth 1948 ; Keilberth 1951 ; Krauss 1954 ; Karajan 1977 ; Sinopoli 1990--, et beaucoup d’entre elles datent des années 50, décennie qui fut riche en enregistrements majeurs et tous de très bonne qualité de « Salomé ».
La version du jour enregistrée –très bien eu agro à l’époque– au Metropolitan Opera de New York le 19 janvier 1952 et met en scène, dans le rôle-titre, la cantatrice Ljuba Welitsch, bulgare naturalisée autrichienne, qui fut justement réputée comme l’une des très grandes Salomé du vingtième siècle, un rôle qu’elle incarna maintes fois sur toutes les principales scènes lyriques d’Europe et des États-Unis. Dans ce rôle éminemment difficile –qu’elle emporta jusque sur sa pierre tombale, cf. imagette de gauche…-, elle met en avant comme peu d’autres la jeunesse fougueuse, le charme insouciant mais dévastateur et la sauvagerie adolescente de Salomé.
Face à elle, on tient avec Hans Hotter le meilleur Jochanaan de la discographie : la voix est, à cette date, en merveilleux état, l’aigu est d’une facilité qu’on ne lui connaîtra plus toujours plus tard et les graves sont d’une solidité confondante, apportant à la fois autorité et noblesse à son personnage.
Les autres rôles –Hérode, Hérodiade…– sont également tous très bien tenus. L’orchestre du Metropolitan est meilleur que sa réputation, sans doute parce qu’il est sévèrement tenu, avec rigueur et efficacité, par Fritz Reiner, qui était tout sauf un plaisantin et connaissait son Strauss sur le bout des doigts –il enregistra une substantielle collection des ses poèmes symphoniques, ainsi que les opéras Salomé et Elektra-. Enfin, le public américain se montre plus discret et discipliné que lors des opéras italiens, où, à cette époque, il applaudissait encore souvent n’importe quand après chaque air…
Les bandes enregistrées étaient destinées à une diffusion radiophonique. Désormais tombées dans le domaine public, elles ont été rééditées sur plusieurs labels, et généralement toujours dans des conditions sonores satisfaisantes. La meilleure édition est celle de Pristine Classical, mais elle est très chère -couplage avec Elektra-.

