Devinette bilingue : la solution

Avec le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne, en 1871, deux générations d’Alsaciens nés entre 1865 et 1910, furent alphabétisés en Allemand : ces enfants fréquentèrent les bancs de la Grundshchule puis du Gymnasium, et non pas de l’école élémentaire et du collège où leurs voisins « Français de l’intérieur » se rendaient.

Lors du retour de l’Alsace à la France en 1918, ces deux générations alphabétisées en Allemand durent apprendre le Français –comme d’ailleurs de nombreux alsaciens nés français avant 1871 ayant « désappris » le Français ou ne parlant qu’Alsacien, dialecte germanophone, chose très courante dans les campagnes d’alors-, et, dans l’attente, le gouvernement décréta en 1919 la traduction en Allemand d’un certain nombre de documents, dont la propagande électorale pour les élections législatives de novembre 1919 –décision du Président du Conseil en août 1919-. Depuis cette date, l’usage de faire publier les professions de foi des candidats dans les deux langues s’était imposée. Les deux exemplaires étaient remboursés aux candidats dans le cadre des frais de campagne. La carte ci-contre –cliquer sur l’imagette de gauche pour la voir en plus grand– illustre la répartition de la population selon la langue dominante utilisée couramment en Alsace-Moselle vers 1910 : pour 87% de la population, c’était l’Allemand.

Cette disposition n’a été supprimée qu’en 2007 : le ministère de l’Intérieur rappelle que l’article 29 du Code électoral stipule « qu’un candidat ne peut envoyer qu’une seule circulaire à chaque électeur via la commission de propagande ». Saisi par des élus et par l’association Culture et Bilinguisme, le Conseil d’Etat a confirmé cette décision le 22 février. A partir de 2008, certains candidats ont pu continuer à envoyer des documents dans les deux langues, mais seule la propagande en Français est désormais remboursée au titre de frais de campagne, sauf si celle-ci est rédigée dans les deux langues sur une seule feuille –recto en Français et verso en Allemand-.

La réponse du Ministre de l’Intérieur au sénat, en 2008, comporte d’ailleurs une erreur factuelle, assez commune. A la question d’un sénateur, voici la réponse du Ministère de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales :  » […] Cette pratique dérogatoire était destinée, après le retour à la France des trois départements annexés à l’Allemagne en 1871 […] ». En effet, si l’Alsace fut effectivement annexée à l’Allemagne en 1940, elle ne fut pas annexée à l’Allemagne en 1871, mais rattachée à l’Allemagne à cette date, ce rattachement étant à la fois pleinement consenti par le gouvernement français d’Adolphe Thiers et reconnu par la communauté internationale, à la différence de l’annexion forcée de 1940.

Résumons : 
• Quelle était la langue étrangère imposée par le code électoral ? * – L’allemand.
• Pourquoi cette obligation fut-elle mise en place ? *** – Parce qu’en 1919, la majorité de la population d’Alsace-Moselle était germanophone.
• Quand cette mesure, perpétuée par l’usage, a-t-elle été supprimée ? **** – En 2007.

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