Playlist « Revalorisons de vielles cires… »

Longtemps, le Beethoven de Wilhelm Kempff m’a résisté, et notamment sa vision tranquille et poétique de ses sonates, dont il livrait une vision que je jugeais régulièrement un peu trop harmonieuse et sage, à rebours, me semble-t-il du tempérament tempétueux que l’on attribue généralement au compositeur. Par ailleurs, j’avais découvert son interprétation des concertos pour piano dans sa version « tardive » des années 60 avec Ferdinand Leitner, pas le plus palpitant des accompagnateurs… Elle est beaucoup moins passionnante que celle écoutée ce jour ! De fait, l’écoute de la-playlist de ce jour m’a amené à réviser quelque peu mon jugement antérieur quant au Beethoven de Wilhelm Kempff, très largement salué au demeurant par la quasi-totalité des musicographes de la presse spécialisée, depuis des décennies -j’ai donc des goûts bizarres depuis longtemps…-. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

Ludwig Van Beethoven
Sonates pour piano n°7, 8 « Pathétique » , 10 & 12 « Marche Funèbre »
Wilhelm Kempff – 1952 ****

Sonates pour piano n°15 « Pastorale », 18 et 25
Wilhelm Kempff – 1960 (15), 1965 ****

Les sonates pour piano écoutées ce jour, datant de la jeunesse ou de la prime maturité de Beethoven, me semblent être celles qui correspondent le mieux à la vision poétique du pianiste. Ici, point trop de brusques changements d’humeur, une certaine forme d’harmonie presque paisible règne, et je peux comprendre que tant de mélomanes soient attachés à cette vision très poétique.
Très généralement, la main droite est très belle, la main gauche, à mes oreilles, manque un peu de vraie puissance et de fermeté, et de surcroît n’est pas du tout favorisée par la prise de son, en particulier dans la seconde intégrale des années 60 –même si le remastering du BluRay audio arrange un les choses en la matière-. Cela a moins d’incidence dans ces sonates, où le discours est moins exigeant techniquement que dans l’Appassionata –n°23– ou la Hammelklavier –n°29– : dans mon souvenir, ce ne sont pas vraiment des réussites sous les doigts du pianiste allemand, mais il faudrait que je réécoute pour confirmer ces réminiscences… Dans tous les cas, Kempff est relativement avare en matière de reprises.

•  Concertos pour piano n°1,2 et 3
Wilhelm Kempff, piano ; Orch. philh. de Berlin, Paul van Kempen – 1953 *****

Les concertos pour piano, dans cette intégrale de 1953 très bien enregistrée, sont en revanche d’indéniables réussites ! Le pianiste les a réenregistrés une décennie plus tard avec bien moins de succès : ici, tout est réalisé avec beaucoup de naturel et de finesse, le dialogue avec l’orchestre est l’un des plus beaux que je connaisse, et les deuxièmes et troisièmes mouvements de ces concertos sont exquis de grâce, de volubilité et de tendresse dans ces interprétations –les premiers sont très bien aussi, mais un peu moins marquants-. Les cadences, pour chaque concerto, sont des créations originale de Wilhelm Kempff, ce qui n’est pas si souvent le cas en définitive : on joue très fréquemment celles écrites par le compositeur. L’ensemble constitue vraiment une très belle réussite.

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