Dimanche à l’opéra – King Arthur, d’Henry Purcell

Une nouvelle séance dominicale à l’opéra me conduit aujourd’hui à écouter entièrement un semi-opéra –connu également sous le nom de masque– : « King Arthur », d’Henry Purcell, dans la version de The English Concert, sous la direction de Trevor Pinnock-cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. Le masque constitue une spécificité très anglaise, mêlant théâtre et chant lyrique : les personnages nobles, fidèles aux conventions puritaines, parlent, tandis que les personnages secondaires –bergers, soldats esprits…– chantent. La musique sert à commenter l’action ou à illustrer quelque scènes : batailles, magie, interventions d’esprits… ! « King Arthur » est donc un semi-opéra en 5 actes, composé par Henry Purcell en 1691, sur un livret de John Dryden.

Fortement connoté politiquement, il marque allégoriquement la victoire du protestantisme sur le catholicisme lors de la Glorieuse révolution, en 1688 : Arthur incarnerait alors Guillaume III –roi protestant-, qui a vaincu Jacques II –roi catholique déchu– et la guerre entre Bretons -peuple de l’actuelle Angleterre- et Saxons –peuple germanique des bords de la mer du Nord qui a conquis l’Angleterre à partir du 5ème siècle, pour s’imposer totalement aux populations locales vers la fin du 7ème siècle– symbolise le conflit religieux et dynastique en Angleterre.
L’argument est éloigné de la légendes arthurienne de la Table ronde, les seuls personnages communs étant Arthur -forcément- et Merlin, à propos duquel il est établi que les légendes sont antérieures au cycle arthurien.

Argument
Le masque est précédé, en ouverture, d’une chaconne, puis d’une ouverture orchestrale suivant le schéma des « ouvertures françaises » établi par Lully. Chaque acte alterne des scènes parlées -nonprésentes sur les enregistrements- et des intermèdes musicaux : airs, choeurs et danses.
• Acte I : Guerre & magie
Arthur, roi des Bretons, affronte Oswald, roi des Saxons, pour le contrôle de la Bretagne et l’amour d’Emmeline, fille du chevalier Conon. Oswald est allié à Osmond, magicien païen, et à Grimbald, farfadet et Esprit de la Terre, qui utilisent la magie noire pour vaincre Arthur. Merlin, druide et magicien, soutient Arthur et envoie Philidel, Esprit de l’Air, pour contrer les sorts d’Osmond. Osmond sacrifie aux dieux nordiques –Woden (Wotan/Odin), Thor, Freya– pour assurer la victoire saxonne, mais Arthur repousse une première attaque. Grimbald tente de semer la confusion parmi les troupes d’Arthur, mais Philidel intervient pour les guider vers la victoire.
• Acte II : Amour & cécité
Emmeline, aveugle et promise à Arthur, exprime sa peur de ne jamais reconnaître son amant, qu’elle n’a jamais vu. Des bergers chantent pour la distraire, évoquant le bonheur simple des amoureux. Arthur, informé de la situation d’Emmeline, jure de la libérer et de lui rendre la vue. Osmond et Grimbald préparent un piège pour Arthur dans une forêt enchantée. Philidel, capturé par Grimbald, parvient à inverser le sort et à emprisonner le farfadet. Merlin ordonne à Philidel d’accompagner Arthur jusqu’à Emmeline, tandis qu’il tente de briser les sortilèges d’Osmond.
• Acte III : Épreuve des éléments
Arthur et ses hommes traversent la forêt enchantée, évitant les pièges d’Osmond. L’Air du Froid est chanté par l’Esprit du Froid, l’un des moments les plus célèbres de l’œuvre. Cet air, d’une intensité dramatique rare, utilise des dissonances et des modulations pour évoquer la rigueur glaciale.

Arthur affronte les illusions créées par Osmond, qui tente de le détourner de sa quête. Merlin utilise sa magie pour protéger Arthur et ses hommes, leur permettant de progresser vers le château d’Oswald. Emmeline, toujours aveugle, rêve de son futur avec Arthur et craint de ne jamais le voir.
• Acte IV : Bataille magique
Oswald, désespéré, ordonne à Osmond de redoubler d’efforts pour vaincre Arthur. Osmond invoque des esprits maléfiques pour semer le chaos parmi les Bretons. Philidel et les esprits de l’air interviennent pour contrer les sorts d’Osmond, sauvant Arthur et ses hommes. Arthur et ses troupes arrivent devant le château d’Oswald, où Emmeline est prisonnière. Merlin utilise sa magie pour affaiblir les défenses du château, permettant à Arthur de pénétrer à l’intérieur.
• Acte V : Victoire & rédemption
Arthur libère Emmeline et lui offre un breuvage magique pour lui rendre la vue. Emmeline, guérie, reconnaît Arthur et exprime sa joie dans un duo lyrique. Oswald, vaincu, tente une dernière attaque, mais Merlin et Philidel le repoussent définitivement. Osmond, réalisant sa défaite, maudit Arthur avant de disparaître. La paix revient en Bretagne, et Arthur est acclamé comme héros.

 

La partition intégrale a été perdue et reconstituée selon des documents d’époque. Musicalement, les airs et les choeurs sont très variés, alternant lyrisme pur et scènes fantastiques ou plus comiques. L’orchestration se montre variée et utilise habilement les couleurs des instruments -cordes, flûtes, trompettes-, et Purcell se montre maître de l’expression dramatique dans son semi-opéra, qui a profondément inspiré les compositeurs anglais qui lui ont succédé. King Arthur est sa plus belle réussite en matière de masque, avec « The Fairy Queen », inspirée du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare –Didon et Énée, autre réussite majeure d’Henry Purcell, étant un opéra à part entière-.

La version de Trevor Pinnock, enregistrée en 1991, me semble tout-à-fait excellente –elle s’inscrivait d’ailleurs au sommet d’une discographie comparée de l’oeuvre-, même si je n’ai guère de points de comparaison si l’on excepte quelques extraits très célèbres. A cette date, son orchestre a atteint un niveau d’excellence remarquable, et tous les chanteurs de cette version sont vraiment très investis dans leurs rôles. L’album bénéficie par ailleurs d’une excellente prise de son, bien équilibrée et transparente. Réduit à sa seule composante musicale, le masque perd forcement un peu de sa continuité narrative mais l’ensemble s’écoute avec beaucoup de plaisir !

 

 

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Dimanche à l’opéra – Die Zauberflöte, de W. A. Mozart

En sondant ma discothèque, j’ai ressorti ce qui devrait constituer mon premier ou l’un de mes premiers CD d’un opéra –peut-être était-ce Carmen, de Georges Bizet, j’hésite entre les deux-, acheté au tout début de l’année 1985, à une époque où ce support, en France, était encore relativement balbutiant et où les coffrets lyriques coûtaient un bras. Il s’agit de « La flûte enchantée » de Wolfgang Amadeus Mozart, dans la version enregistrée par Colin Davis en 1984 à Dresde pour le label Philips.

A sa sortie, cette version, avec laquelle j’ai vraiment appris « La flûte enchantée », fut assez favorablement reçue en France et très favorablement accueillie Outre-Rhin et Outre-Manche. Pour ma part, je l’avais beaucoup appréciée mais elle n’avait plus quitté mes étagères depuis bien longtemps ; l’écouter aujourd’hui après l’avoir quasiment oubliée et avoir côtoyé l’oeuvre dans tant de versions dites « de référence » –au hasard : Böhm II, Fricsay, Karajan I, , Solti I…– et l’avoir délaissée si longtemps me permet de la redécouvrir avec des oreilles presque neuves. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Pour tout ce qui concerne l’opéra en lui-même –argument et résumé de l’action, contenu philosophico-ésotérique un peu niais…-, je vous renvoie à cette notule, qui n’est pas si ancienne.
La version de ce jour s’inscrit dans une perspective plus philosophique que ludique, sans sacrifier cependant la dimension comique de l’œuvre lorsque c’est nécessaire. Le plus grand reproche que je lui ferai est que les dialogues, très fournis dans cette version qui plus est, sont dits par des acteurs engagés pour l’occasion, et non par les chanteurs eux-mêmes, exception faite pour le rôle de Papageno. Cette pratique, habituellement en usage en Allemagne dans les années 60, avait quasiment et heureusement disparu dans les années 80, sauf en Allemagne de l’est, où l’enregistrement a été effectué. C’est d’autant plus dommage, puisqu’à l’exception de la Reine de la nuit, tous les chanteurs sont parfaitement germanophones et auraient pu « dire » leur rôle et assurer une meilleure continuité dialogue/chant.

Nonobstant ce reproche, il reste beaucoup de qualités à cet album : la Staatskapelle de Dresde est un orchestre merveilleux, et Colin Davis, à cette époque, le dirigeait très souvent. Lui-même fréquentait régulièrement l’oeuvre depuis le milieu des années 50 et avait fait de Mozart l’un de ses compositeurs de prédilection. Il propose des tempi relativement lents, mais habités, et sans nuire à l’action, privilégiant l’aspect méditatif de l’opéra –une option encore assez largement répandue à l’époque : il faudra attendre les versions HIP pour que la caractère ludique du Singspiel soit totalement assumé-, et mettant en valeur les très beaux timbres de l’orchestre –magnifiques bois notamment-.

Tous les chanteurs sont très bons dans leur rôle, avec une mention particulière pour les artistes masculins, vraiment excellents et parfaitement investis dans leur rôle. Personnellement, j’aime beaucoup le Papageno de Mikael Melbye, et il est curieux de lire, avec le recul d’une quarantaine d’années, les avis contradictoires le concernant : salué comme « sans doute le meilleur Papageno de sa génération » en Angleterre et en Allemagne, il fut plutôt vilipendé par la presse spécialisée française…

 

 

Enfin, cet album bénéfice de superbes conditions techniques et d’une prise de son à la fois large et profonde, la spatialisation contribuant au déroulement de l’action, de même que les quelques bruits ambiants très bien intégrés au discours. A cette date encore précoce dans la mise en oeuvre du support CD, les coffrets d’opéra étaient par ailleurs accompagnés de copieux documents trilingues –voir quadrilingues– de très belle qualité : présentation détaillée de l’oeuvre, livret traduit, iconographie… Une habitude qui s’est malheureusement perdue plus tard.

Heureuses retrouvailles pour cette matinée lyrique !

Dimanche à l’opéra – Salomé, de Richard Strauss

La playlist lyrique dominicale –en après-midi pour une fois, la météo parfaitement dégueulasse de ce jour n’étant guère propice à vouloir/pouvoir sortir…– est consacrée à « Salomé » de Richard Strauss, opéra achevé en 1905, sur un livret de Hedwig Lachmann, très proche de la pièce du même non d’Oscar Wilde, écrite en 1893. Créé à Dresde en 1905, l’opéra est court : un seul acte exécuté sans interruption et sans aucun moment de détente dans la progression dramatique très intense. Il rencontra un vif succès mais fit scandale à sa création, on lui reprocha tout à la fois sa violence, sa nécrophilie implicite et son aspect très provocateur, tant pour le thème abordé que pour la musique. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

L’action se régule en Judée, à la cour du roi Hérode. Elle est très simple et peut se résumer ainsi :
• Le prophète Jochanaan (Jean-Baptiste) est emprisonné dans une citerne pour avoir dénoncé l’immoralité du roi Hérode Antipas et de son épouse Hérodiade.
• La princesse Salomé, fille d’Hérodiade, est fascinée par Jochanaan et tente de le séduire, mais il la repousse violemment.
• Blessée et obsédée, Salomé développe un désir morbide pour lui.
• Lors d’un banquet, Hérode demande à Salomé de danser. Elle accepte en échange d’une récompense : c’est le célèbre épisode de la fameuse “Danse des sept voiles”.
• Après sa danse, elle exige la tête de Jochanaan sur un plateau d’argent. Malgré l’horreur d’Hérode, la demande est exécutée.
• Salomé embrasse la tête du prophète, déposée sur un plateau dans une scène finale d’une intensité extrême -cf. extrait-. Hérode, horrifié, ordonne sa mise à mort.

J’ai un assez grand nombre de versions de cet opéra en discothèque, toutes remarquables à leur manière –cf. ci-dessous  Keilberth 1948 ; Keilberth 1951 ; Krauss 1954 ; Karajan 1977 ; Sinopoli 1990--, et beaucoup d’entre elles datent des années 50, décennie qui fut riche en enregistrements majeurs et tous de très bonne qualité de « Salomé ».

La version du jour enregistrée –très bien eu agro à l’époque– au Metropolitan Opera de New York le 19 janvier 1952 et met en scène, dans le rôle-titre, la cantatrice Ljuba Welitsch, bulgare naturalisée autrichienne, qui fut justement réputée comme l’une des très grandes Salomé du vingtième siècle, un rôle qu’elle incarna maintes fois sur toutes les principales scènes lyriques d’Europe et des États-Unis. Dans ce rôle éminemment difficile –qu’elle emporta jusque sur sa pierre tombale, cf. imagette de gauche…-, elle met en avant comme peu d’autres la jeunesse fougueuse, le charme insouciant mais dévastateur et la sauvagerie adolescente de Salomé.

Face à elle, on tient avec Hans Hotter le meilleur Jochanaan de la discographie : la voix est, à cette date, en merveilleux état, l’aigu est d’une facilité qu’on ne lui connaîtra plus toujours plus tard et les graves sont d’une solidité confondante, apportant à la fois autorité et noblesse à son personnage.
Les autres rôles –Hérode, Hérodiade…– sont également tous très bien tenus. L’orchestre du Metropolitan est meilleur que sa réputation, sans doute parce qu’il est sévèrement tenu, avec rigueur et efficacité, par Fritz Reiner, qui était tout sauf un plaisantin et connaissait son Strauss sur le bout des doigts –il enregistra une substantielle collection des ses poèmes symphoniques, ainsi que les opéras Salomé et Elektra-. Enfin, le public américain se montre plus discret et discipliné que lors des opéras italiens, où, à cette époque, il applaudissait encore souvent n’importe quand après chaque air…

Les bandes enregistrées étaient destinées à une diffusion radiophonique. Désormais tombées dans le domaine public, elles ont été rééditées sur plusieurs labels, et généralement toujours dans des conditions sonores satisfaisantes. La meilleure édition est celle de Pristine Classical, mais elle est très chère -couplage avec Elektra-.

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Dimanche à l’opéra – « Les Troyens », d’Hector Berlioz. 2

Préambule – En ce dimanche électoral, je suis parti malgré une fraîcheur presqu’hivernale de très bonne heure me balader, déjà muni de ma carte d’électeur, d’une pièce d’identité et d’un bulletin de vote soigneusement plié, avant de passer, au retour, par le bureau de vote, dès son ouverture, pour déposer dans l’urne l’une des 13 listes en présence cette année.
La semaine prochaine, on recommence, mais il ne devrait guère en rester plus de trois ou quatre…

II. Les Troyens à Carthage

Cette séance lyrique dominicale s’inscrit dans la suite logique de la précédente, avec cette seconde partie de la saga « Les Troyens », d’Hector Berlioz. Les même remarques élogieuses s’appliquent à cette version que celles déjà précédemment formulées, je n’y reviendrai donc pas ! Dans cette seconde partie, Énée et ses Troyens sont arrivés à Carthage, où il partage une idylle avec la reine Didon. C’est la figure féminine principale des trois derniers actes de cette oeuvre-fleuve, au même titre que Cassandre était celle des deux premiers.

• Acte III – Didon, reine de Carthage, festoie avec son peuple célébrer la prospérité de Carthage: il y a sept ans, elle fondait la ville de Carthage après que son frère eut assassiné son mari Sichée. Le roi numide Iarbas menace d’envahir Carthage si elle n’accepte pas de l’épouser. Didon, cependant, reste fidèle à son mari mort, même si elle ressent les affres de la solitude.
Didon accorde l’asile à un groupe de Troyens en fuite de Troie. Parmi eux, Énée. Il offre son aide à Didon. Énée confie son fils Ascagne aux soins de Didon, puis les Troyens et les Carthaginois partent combattre le roi Iarbas et ses Numidiens.

• Acte IV – Didon et Énée se mettent à l’abri d’une tempête dans une grotte au cours d’une chasse, tandis qu’ils ont été séparés par la tempête de la troupe des chasseurs. Didon a pdélaisse les affaires de son royaume et n’a d’yeux que pour son sauveur, Énée, qui a vaincu Iarbas. Énée doit lui en apprendre plus sur les Troyens, en particulier sur Andromaque. Andromaque était veuve d’Hector, comme Didon, mais après avoir été enlevée lors de la chute de Troie, elle a finalement épousé Pyrrhus, le fils d’Achille et l’assassin d’Hector. Didon voit cela comme un précédent pour la dissolution de son propre vœu de fidélité à son défunt mari Sichée.
 Elle hésite, mais sa résistance se brise lorsqu’Ascagne, déguisé en Cupidon, enlève l’anneau de mariage de son doigt.
La nuit tombe et Didon et Énée profitent de leur bonheur mutuel. A la fin de l’acte, le dieu Mercure apparaît et rappelle Énée à sa mission:  il doit fonder un nouveau royaume et « Italie » retentit trois fois.

• Acte V – Les préparatifs s’intensifient : Énée doit partir immédiatement afin de ne plus offenser les dieux. Les fantômes de Cassandre, Priam, Hector et Chorée apparaissent et disent à Énée de se dépêcher. Malgré les protestations de la reine Didon, Énée quitte Carthage.
Restée seule, Didon décide de se tuer. Elle jette tout ce qui lui rappelle Énée sur un bûcher enflammé, puis, en transe, elle prédit qu’Hannibal vengera sa mort sur les descendants des Troyens. Carthage sera néanmoins finalement détruite. À la grande horreur de tous, elle se poignarde avec l’épée d’Énée. En mourant, elle a une dernière vision de la Rome immortelle. Son peuple jure une haine éternelle pour Énée, fondateur de la civilisation romaine, et pour tous les Romains, annonçant les guerres puniques à venir.

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Dimanche à l’opéra – Les Troyens, d’Hector Berlioz. 1

I. La chute de Troie

Il fallait vraiment s’appeler Hector, comme le héros troyen de l’Iliade, pour consacrer tout un opéra à la chute de la ville puis au voyage et au séjour d’Énée à Carthage, avant qu’il ne parte fonder Rome ! C’est bien le propos d’Hector Berlioz, dont il composa non seulement la musique, mais aussi le livret en cinq actes, fondé sur l’Énéide de Virgile, pour son opéra-fleuve « Les Troyens », objet, pour sa première partie « La chute de Troie », de ma séance lyrique dominicale, dans une version multi-primée, dirigée par un chef spécialiste de Berlioz, et très généralement considérée comme la meilleure disponible au disque. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Le livret du compositeur est, pour le moins, très inégal, et utilise un vocabulaire parfois désuet et certaines rimes très pauvres qui prêtent à sourire de nos jours. Berlioz inscrit son oeuvre dans la tradition de la tragédie lyrique française, et emploie à cette fin un orchestre très important pour l’époque, ainsi qu’une machine à tonnerre et de nombreuses percussions originales. Musicalement, on oscille entre belle inventivité mélodique, orchestration généralement somptueuse –c’est du Berlioz, après tout !– et résolutions harmoniques parfois médiocres et surprenantes de facilité.

J’ai eu l’occasion d’entendre deux fois « Les Troyens » à Strasbourg : la première fois, ce fut lors de la représentation intégrale de l’oeuvre à l’Opéra National du Rhin, en 2006 –oh purée ! 20 ans déjà– dans une mise en scène façon « Verdun 1ère terre mondiale » pour la première partie,  puis « dîner mondain à Carthage », avec certains chanteurs souffrant d’une diction française plutôt problématique –heureusement qu’il y a des sous-titres même pour les opéras français !– sous la direction mollassonne de Michel Plasson : franchement pas un grand souvenir, sauf celui d’une oeuvre longue –plus de quatre heures, qui en paraissaient le double…– et ennuyeuse, si ce n’est le cheval de bois qui trôna pendant plusieurs mois sur le parvis de l’opéra –cliquer sur la photo ci-dessous pour la voir en plus grand-. La seconde fois, en 2017, ce fut à l’occasion des représentations de concert au palais de la musique et des congrès, qui donnèrent lieu au présent enregistrement : malgré l’absence de mise en scène, une remarquable réussite, aussi bien vocale –solistes et choeurs– qu’orchestrale : du coup, je ne me suis pas ennuyé une seule minute !

• Acte I – Après un siège de dix ans, les Grecs quittent Troie. Les Troyens se réjouissent du départ de leurs ennemis. Ils sortent de la ville et trouvent un cheval de bois, qu’ils considèrent comme une offrande à la déesse Athéna. Cassandre, fille du roi Priam, a de sombres prémonitions; elle prédit la chute sanglante de Troie, mais personne ne lui prête attention, pas même son père ou son fiancé Chorèbe.
Priam, roi de la ville de Troie, ordonne que l’une des portes de la ville soit démolie afin que le cheval puisse être transporté à l’intérieur des murs.
 Enée, héros troyen fils de la déesse Aphrodite et d’un mortel, raconte que le prêtre Laocoon a vu ce cheval géant comme un complot des Grecs et a exhorté la populace à y mettre le feu, avant d’être dévoré par deux monstrueux serpents. Les Troyens interprètent ce malheur comme une punition de la déesse Athéna. Le cheval géant est porté triomphalement dans Troie.

• Acte II – Scène 1. Énée s’est endormi. Le fantôme d’Hector, un héros troyen, lui apparaît et l’avertit du grand incendie qui va ravager Troie. Énée doit sauver les trésors de Troie et emporter les survivants avec lui; en Italie, il fondera un nouvel empire qui plus tard gouvernera le monde entier. Panthée se précipite à l’intérieur, il dit à Enée que les Grecs qui étaient cachés dans le ventre du cheval ont tué les gardes de la ville. Les Grecs qui étaient partis sont revenus et envahissent Troie. Priam est déjà mort. Énée, transportant son père sur ses épaules et accompagné de ses fils Ascagne et Chorée, décide de sauver ce qui peut être sauvé.
Scène 2. Les femmes de Troie comprennent que Cassandre avait dit vrai, mais qu’il est maintenant trop tard. Pour ne pas être faites prisonnières ou déshonorées, elles décident de mourir avec elle.

Bien plus qu’Énée, le personnage le personnage principal de cette première partie est Cassandre, qui occupe dans l’opéra de Berlioz une place bien plus importante que dans l’Énéide de Virgile. Berlioz n’eut jamais l’occasion d’entendre son opéra en entier. Jugé trop long, l’oeuvre fut, à l’origine, réduite à sa seconde partie -coupée de surcroît- et la création des « Troyens » dans son intégralité et en une seule soirée n’eut lieu en France qu’en 1920 ! Auparavant, l’oeuvre intégrale avait été donnée en Allemand –!!!-, mais en deux soirées, à Karlsruhe en 1890.

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Dimanche à l’opéra – « Trial By Jury », de Gilbert & Sullivan

Cette matinée lyrique dominicale est consacrée à une opéra-comique anglais –une cantate dramatique en un acte– extrêmement court –une trentaine de minutes à peine– du duo Gilbert –librettiste– et Sullivan –compositeur-. Il s’agit de l’une des première collaboration de ce duo, qui allait se montrer prolifique dans le dernier quart du 19è siècle –une quinzaine d’oeuvres réalisées en collaboration-. Comme pour la plupart des opéras de Gilbert et Sullivan, l’intrigue de Trial by Jury est ridicule, mais les personnages se comportent comme si les événements étaient parfaitement raisonnables : cela permet de décrire les petits et les grands travers des institutions anglaises et le grotesque de leurs représentants. Ici, c’est le monde de la justice qui est ridiculisé !

L’action se déroule dans une salle d’audience. Un jeune homme, Edwin, est poursuivi pour rupture de promesse de mariage par une jeune femme, Angelina, qu’il a séduite puis abandonnée. Le jury, influencé par l’huissier, se montre d’emblée très rapidement très favorable à la plaignante, tandis que le juge, personnage vaniteux et ridicule, se révèle avant tout préoccupé par son propre passé sentimental plutôt que par l’impartialité de la justice.
Au fil du procès, les témoignages et les plaidoiries dégénèrent en comédie : la défense du prévenu est maladroite, son avocat prend le partir d’Angelina, le jury se laisse guider par l’émotion, et le juge abuse de son autorité de manière grotesque. Comme le juge est très imaptient de régler les choses et de s’en aller, il décide finalement d’épouser lui-même Angelina, proposition qui rencontre l’approbation de tous ! Finalement, tout est bien qui finit bien…

Pour autant, derrière toute cette légèreté, l’opéra dénonce lhypocrisie sociale et la façade morale de la société victorienne, où les apparences, comme la souffrance feinte d’Angelina, priment sur la vérité. Le mariage y est présenté comme une transaction financière plutôt qu’une union romantique. Quant au procès, il est traité comme une pièce de théâtre, où les rôles sont joués pour le public plutôt que pour rendre une véritable justice.

Je ne connaissais pas du tout, et je découvre au gré de mes pérégrinations, ce monde lyrique anglais, entre opéra-comique et opérette, riche en ironie satirique. L’oeuvre, dont la première représentation se déroula en 1875, connut très rapidement un très grand succès en Angleterre et au Royaume-Uni, mais sa popularité n’a jamais excédé ces frontières. Le public victorien a adoré la satire mordante et la musique entraînante, ce qui a consolidé la réputation du duo et l’a entraîné à poursuivre sa collaboration. Musicalement, on est assez proche de certaines opérettes d’Offenbach, le talent orchestral en moins cependant, et cela s’écoute avec beaucoup de facilité. Sullivan compose des airs simples, faciles à mémoriser et souvent humoristiques, inspirés de la musique populaire britannique. Le chœur, qui représente le public dans la salle d’audience,  joue un rôle actif en commentant l’action et en renforçant l’aspect participatif de la comédie.

Belle version de l’orchestre national de la BBC galloise, avec des chanteurs qui semblent s’en donner à coeur-joie ! Au final, une belle découverte ! Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Dimanche à l’opéra – « La mégère apprivoisée », de Hermann Goetz

Dernier volet, dans le cadre de mes séances lyriques dominicales, consacré à l’opéra comique allemand, avec « Der Widerspenstigen Zähmung » –La mégère apprivoisée– de Hermann Goetz, sur un livret Joseph Victor Widmann adapté de l’une des toute premières comédies, « The Taming of the Shrew » de William Shakespeare, qui doit bien être le dramaturge qui a est sans doute le plus repris par les librettistes du monde lyrique, depuis l’ère baroque jusqu’à nos jours. Le livret intégral de l’opéra est disponible ici. La version de cette matinée est celle de Joseph Keilberth, enregistrée à Munich en 1955 –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. L’action se déroule en Italie au 16è siècle.

• Premier acte – Le soir devant la villa de Baptista à Padoue
Les filles de Baptista ne pourraient pas être plus différentes. La cadette, Bianca, aime s’amuser, et déborde de tempérament. Elle est courtisée par de nombreux jeunes hommes. En revanche, l’aînée, Katharine, s’avère être une mégère au caractère indomptable. C’est pourquoi aucun homme ne s’intéresse à elle. Elle observe avec mécontentement un jeune homme apporter une sérénade à sa sœur. C’est le jeune Lucentio qui courtise Bianca depuis longtemps. À peine Lucentio a-t-il terminé sa chanson qu’un second prétendant de la jolie fille apparaît : Hortensio, déjà un peu âgé. Pour impressionner sa bien-aimée, il a amené un groupe de musiciens pour accompagner sa sérénade. Lucentio, jaloux de son rival, l’insulte, lui et les musiciens. Le bruit attire Baptista, qui leur annonce qu’il ne donnera sa bénédiction au mariage de Bianca que lorsque Katharine aura trouvé un époux et que désormais, seuls les hommes qui pourraient enseigner la musique et la poésie à ses filles seront autorisés à entrer dans sa maison. Hortensio renvoie ses musiciens, et Lucentio quitte également le lieu.
De façon inattendue, Petruccio, un noble de Vérone, arrive avec son serviteur Grumio du chemin. Il croise Hortensio, qui lui explique sa mésaventure et la situation et Petruccio décide de faire de la cour à Katharina : une femme de caractère l’attire plus que la douce Bianca.

• Deuxième acte – Dans la maison de Baptista
Petruccio se présente chez Baptista, accompagné de Lucentio et d’Hortensio, déguisés en professeurs. Petruccio va droit au but et demande à Baptista la main de Katharina. Baptista pense d’abord que le jeune homme veut se moquer de lui ; mais lorsque Petruccio persiste, il finit par accepter et engage également les deux autres messieurs comme professeurs particuliers pour ses filles.
Pendant que Petruccio discute avec Baptista, on entend Katharina se déchaîner contre Hortensio, son professeur de musique, dans la pièce voisine. Petruchio entre alors dans la chambre de Katharina et lui fait des compliments bruyants. Comme elle proteste, il la prend dans ses bras et l’embrasse fougueusement. Katharine est tellement perplexe qu’elle en reste sans voix. Petruccio n’hésite pas longtemps et fixe la date du mariage.

• Troisième acte – Salle dans la maison de Baptista
Le jour du mariage est arrivé. Katharine attend Petruccio, parée de ses bijoux de mariée, mais celui-ci semble avoir tout simplement oublié le rendez-vous. Les invités arrivent déjà. Et Baptista leur annonce que le mariage doit être ajourné parce qu’il manque quelqu’un d’important : le marié. Ainsi, les invités n’ont pas d’autre choix que de dire au revoir tout de suite. Seuls les deux «professeurs” restent pour enseigner à Bianca. Comme ils se disputent pour savoir qui d’entre eux est autorisé à commencer les cours Bianca choisit Lucentio. Il remet à la fille un volume de Virgile et lui fait lire un passage, mais comme elle ne comprend pas le texte latin, Lucentio le traduit immédiatement. C’est une déclaration d’amour enflammée. Hortensio, au contraire, est très maladroit avec la jeune femme.
Soudain, Baptista annonce en jubilant l’arrivée de Petruccio, accompagné de son valet. Mais à leur vue, Katharina est horrifiée : ils sont si mal habillés qu’on pourrait les prendre pour des vagabonds. Ce que la mariée ne soupçonne pas, c’est que le déguisement fait partie du programme d’apprivoisement. Petruccio prend Katharina par le bras et l’emmène. Les autres les suivent à l’église, pendant que le majordome, la gouvernante et les domestiques commencent à décorer la table pour le repas festif. Durant la fête de mariage se retrouve après la cérémonie, Petruccio explique qu’il a hâte de montrer à Katharine sa maison de campagne et part aussitôt avec elle.

• Quatrième acte – Dans la maison de campagne de Petruccio à Vérone
Petruccio poursuit son travail d’apprivoisement de la mégère : au déjeuner, il déclare que la soupe est trop salée et la fait enlever. Il trouve le rôti dur et ordonne même aux serviteurs de donner la viande à manger aux chiens puis laisse ensuite Katharina, complètement épuisée par la faim, seule. Sa volonté est maintenant brisée. Petruccio a transformé la mégère en doux chaton.
Lorsqu’il revient, il lui propose de faire une excursion. Mais Katharina ne veut pas sortir dans la chaleur de la journée et se met à pleurer. C’est alors que Petruccio la serre affectueusement contre sa poitrine et déclare que le jeu cruel est terminé : Katharina, apprivoisée sera désormais très heureuse avec lui.
Grumio informe son maître que trois voitures viennent d’arriver. Il croit y avoir reconnu le beau-père et les autres connaissances de Padoue. Petruccio ordonne immédiatement d’organiser un banquet pour les invités. Bianca et Lucentio arrivent en tant que couple désormais marié, et même le vieux Hortensio a encore trouvé une femme qui est également parmi les invités, qui s’étonnent tous de la grande transformation que Katharina, autrefois indomptable, a subie et se réjouissent du bonheur du jeune couple. Une fois encore, tout est bien qui finit bien !

 

L’oeuvre en quatre actes, a été achevée en 1873 et crée à Mannheim en 1874. Contemporaine des grands opéras de Wagner, elle en reste assez éloignée cependant, tant dans sa forme que dans la légèreté du propos. Goetz est essentiellement influencé par Mozart et Mendelssohn, et « La mégère apprivoisée » est marquée par sa clarté, un réel talent mélodique et une belle maitrise formelle. Bien que Goetz n’ait pas été un innovateur révolutionnaire, Gustav Mahler appréciait beaucoup sa musique pour son caractère introspectif refusant les effets faciles et dirigea nombre de ses oeuvres.
Après sa création, « La mégère apprivoisée » fut rejoué sur de nombreuses scènes d’opéra en Allemagne et apporta une belle notoriété à Hermann Goetz, qui devait décéder de tuberculose peu après, mais l’oeuvre ne s’est guère imposée au-delà des frontières d’Outre-Rhin, malgré son efficacité dramatique. La version du jour est très soignée : on retrouve les mêmes grands noms du chant lyrique allemand de l’époque et Joseph Keilberth était un remarquable chef d’opéra qui officia notamment à Bayreuth tout au long des années 50, avant de s’établir à Munich où il poursuivit un intense travail lyrique.

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Dimanche à l’opéra – « Martha », de Flotow

J’avais entamé à l’entrée de l’automne une petite série consacrée à l’opéra-comique allemand, dont les trois premiers volets sont à retrouver ici, ici et encore ! Cette série dominicale avait été momentanément interrompue par quelques dimanches de « Wagner historique », elle reprend désormais pour un quatrième épisode : c’est aujourd’hui « Martha, ou le Marché à Richmond » », de Friedrich von Flotow. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. Compositeur allemand fortement influencé par l’opéra-comique français, Flotow connut une carrière fructueuse et composa un grand nombre d’opéras qui furent relativement populaires en Europe de son vivant, avant de tomber dans un oubli presque total, à l’exception de « Martha ».

L’oeuvre fut créée à Vienne en 1847 et, rapidement, est devenue populaire dans toute l’Europe, puis aux États-Unis, où elle fut le plus souvent jouée dans des traductions dans la langue de chacun des pays envisagés.
L’action se passe au début du 18ème siècle à Richmond, près de Londres. La notice française de Wikipedia, à lire ici, livre un bon résumé de l’argument. Cet opéra s’écoute très agréablement : il est articulée en airs lyriques et expressifs –tour à tout mélancoliques ou plus joyeux– entrecoupés de dialogues, et comprend de nombreuses mélodies très faciles d’accès, soutenues par une orchestration légère et habile. Comme toujours en matière d’opéra comique allemand, toutes ces fausses pistes amoureuses connaissent une fin heureuse !

La version de ce jour, premier enregistrement intégral de l’opéra –mais sans les dialogues toutefois-, a été enregistrée à l’opéra de Berlin durant la guerre, avec certains des très grands noms de l’opéra allemand de l’époque –l’oeuvre n’est pas difficile, et « qui peut le plus peut le moins : c’est très bien chanté-, sous la direction d’un chef qui s’était fait, très tôt, une spécialité des opéras de son temps –Wozzeck d’Alban Berg, Mathis der Maler de Paul Hindemith…-.
Après la guerre, ces bandes ont été republiées sous de nombreux labels, d’abord en Allemagne de l’est, puis en Europe de l’ouest et aux USA. La prise de son, eu égard à l’époque, est de fort belle qualité !

Dimanche à l’opéra – Wagner à travers les archives américaines

Ce premier dimanche lyrique de l’année s’inscrit dans la continuité des rendez-vous lyriques dominicaux de la fin de l’année 2025 : quelques enregistrements d’archives consacrées à Richard Wagner. Les deux premières notules de cette mini-série sont à retrouver ici et . Aujourd’hui, c’est en Amérique que ça se passe, puisque c’est vers ce continent que migrèrent de nombreux artistes européens, essentiellement allemands et autrichiens, à partir de 1933, pour fuir les persécutions nazies : c’est pourquoi on retrouvera dans ces enregistrements américains certains des chanteurs déjà présents dans le coffrets consacrés aux archives européennes. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Lohengrin, Siegfried & Parsifal, extraits – Lauritz Melchior, Heldentenor
Lohengrin – Orch. Metropolitan Opera New York, Fritz Busch – 1947 *****
Siegfried – Orch. Metropolitan Opera New York, Arthur Bodanzky – 1937 *****
Parsifal – Philadephia Orchestra, Eugene Ormandy – 1938 *****

Ces extraits sont issus d’un coffret retraçant abondamment la longue carrière de ténor de Lauritz Melchior, entamée comme baryton en 1913 et qui ne s’acheva qu’en 1960, alors qu’il fêtait son 70ème anniversaire –il enregistra pour la radio danoise le rôle de Siegmund dans le 1er acte de la Walkyrie à cette occasion-. Lauritz Melchior est tout simplement le plus prodigieux Heldentenor -ténor héroïque– qui ait été au vingtième siècle : puissance vocale, beauté du timbre, longueur de souffle : il était taillé pour chanter Wagner !

• Die Walküre – Götterdämmerung
Lauritz Melchior, Helen Traubel – NBC Orchestra, Arturo Toscanini – 1941 *****

Un trio de stars pour ces extraits enflammés ! Helen Traubel remplaça Marjorie Lawrence et Kirsten Flagstad dans les rôles wagnériens sur les scènes américaines à partir de 1941, pour y devenir la partenaire attitrée de Lauritz Melchior. Elle y incarna notamment très souvent les rôles de Brünnhilde et d’Isolde dans lesquels elle pouvait projeter son immense voix, dont on dit qu’elle était « puissante, endurante et semblable à une épée étincelante ». Ces enregistrements de 1941, issus d’un concert radiophonique dirigé par Arturo Toscanini qui était alors considéré comme « le plus grand chef d’orchestre au monde », sont de très bonne qualité technique eu égard à leur époque.

• Tristan und Isolde
Lauritz Melchior, Helen Traubel – Ch. & Orch. du Metropolitan Opera de New York – Erich Leinsdorf – 1943 *****

C’est, à mes oreilles, tout simplement le « Tristan und Isolde » intégral –malgré quelques coupures, traditionnelles au « Met » à cette époque, aux actes 2 et 3le mieux chantédonnée quand même essentielle pour cet opéra, long chant d’amour où il ne se passe à peu près rien d’autre…– de l’entière discographie de l’oeuvre –mais pas forcément le « mieux incarné »-. . Erich Leinsdorf est un chef wagnérien rapide et efficace, qui sait toujours laisser la musique respirer quand c’est nécessaire et la qualité technique de cet album est satisfaisante.
NB. les archives du Metropolitan Opera de New York sont impeccablement tenues et constituent une inépuisable mine d’informations remarquables !

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Dimanche à l’opéra – Wagner à travers les archives européennes

Un dimanche lyrique consacré à Richard Wagner à travers des enregistrements anciens, réalisés en Europe –essentiellement à Londres et à Berlin– et piochés au gré de ma fantaisie. J’y entends donc des extraits tirés de chacun des dix opéras qu’il composa et sont autorisés de représentation par le compositeur à Bayreuth –les trois opéras « de jeunesse » composés antérieurement n’ont pas droit de cité sur le colline verte-, par quelques-uns des plus grands chanteurs d’avant-guerre, ou, un peu plus tardivement, du « Neues Bayreuth » –à partir de 1951– pour ce qui concerne le troisième coffret présenté.

Ces dix opéra sont : Der fliegende Holländer (1840-1841) Tannhäuser (1845) Lohengrin (1845–1848) Tristan und Isolde (1857–1859) Die Meistersinger von Nürnberg (1845–67) Der Ring des Nibelungen : Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung (1848–1874) Parsifal (1865–1882) –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• The Potted Ring
Reconstitution partielle du « Ring des Nibelungen » – 1927-1932 *****

• Les introuvables du chant wagnérien
Extraits des dix opéras de Richard Wagner – 1927-1958 *****

• Les introuvables du Ring
Extraits de « Der Ring des Nibelungen » – 1948-1977 ****

D’une manière générale, tous ces extraits, dont les plus anciens ont été réalisés du temps de l’enregistrement acoustique, sont très soignés pour leur époque et ont été réédités dans d’excellentes conditions. Parfois, pour le même enregistrement, les matrices de 78 tours employées et le remastering sont différents : les résultats produits peuvent s’avérer très variables, et, généralement, les remastérisations les plus récentes sont les meilleures : les ingénieurs du son ont réalisé d’énormes progrès dans le traitement des enregistrements anciens.
On trouve parmi ces antiques archives, tous les grands noms du chant wagnérien du vingtième siècle, issus de deux périodes charnières :

• celle de l’entre-deux guerres mondiales souvent estampillée « Âge d’or du chant wagnérien », où l’on trouve, parmi d’authentiques trésors, quelques curiosités comme des extraits du « Vaisseau fantôme », de « Lohengrin » ou de « La Walkyrie » en Français, dans des traductions qui prêtent parfois à sourire, ou encore des extraits de « Lohengrin » en Italien –c’est sans doute l’opéra de Wagner qui se prête le mieux à ce traitement très « bel canto »-. Quelques grands noms –liste alphabétique non exhaustive– : Rudolf Bockelmann, Kirsten Flagstad, Hans Herman Nissen, Alexander Kipnis, Marjorie Lawrence, Lotte Lehmann, Frida Leider, Mauritz Melchior, Max Lorentz, Germaine Lubin, Friedrich Schorr…

• la période du « Neues Bayreuth » –années 50 première moitié des années 60, où, de l’avis de Wieland Wagner –qui affirma qu’après cette génération de chanteurs, Bayreuth aurait dû fermer ses portes– mais aussi de nombreux critiques spécialistes de Wagner et de l’opéra –en France, le plus célèbre est vraisemblablement André Tubeuf ; en Angleterre, au même moment, Alan Blyth, chroniqueur culturel au Guardian et critique chargé du répertoire lyrique de Gramophone, partageait le même avis, de même que Colin Clarke ou Henry Fogel, éminents spécialistes du magazine Fanfare (US)-, un nombre relativement réduit des chanteurs et de chanteuses appartenant à « la dernière génération de grands chanteurs wagnériens » trusta à peu près tous les rôles sur toutes les scènes du monde. Parmi cette liste bien plus réduite, on notamment peut citer, par ordre alphabétique : Josef Greindl, Hans Hotter, Martha Mödl, Gustav Neidlinger, Birgit Nilsson, Astrid Varnay, Wolfgang Windgassen…

L’illustration du coffret consacré au Ring Wagnérien est tiré du très beau film en deux parties de Fritz Lang « Die Nibelungen« , tourné en 1924 –muet et évidemment en N&B– et disponible en Français-cartons traduits en écriture romane et en Français– en version superbement numérisée et nettoyée sur You Tube. Partie 1Partie 2

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