Le paternalisme social à Strasbourg – La cité Spach
Je vous avais déjà entretenu de la présence importante d’une forme de paternalisme social en Alsace et à Strasbourg, et c’est à lire ici.
A Strasbourg, de la fin du 19ème siècle au premier tiers du 20ème siècle environ, le logement social a privilégié les maisonnettes plutôt que les grands ensemble d’immeubles. L’une des plus fameuses exceptions est « la cité Spach », du nom de l’ancien secrétaire général de la mairie de Strasbourg de 1842 à 1883, Gustave Louis Spach –prononcer [ʃpaR]-, qui a survécu à tous les changements de régime et/ou de nationalité ! Décédé en 1895, il légua à la ville de Strasbourg l’ensemble de ses biens, estimé à environ 1 million de marks de l’époque, sous réserve que cela profite aux employés municipaux les plus modestes et à leurs proches.
La cité Spach fut ainsi construite, à partir de 1898, à l’extrémité sud-est de la Neustadt. Elle est constituée de 11 immeubles alignés, hauts de 3 étages, et ornementés de lucarnes pignons et d’oriels sur les angles, marquant ainsi la volonté de rappeler certaines constructions de la Renaissance alsacienne, typique de la Strassburger Bauschule –école architecturale de Strasbourg, 16ème siècle-. Elle regroupait un ensemble de 4 commerces et 96 logements de 1 à 3 pièces, auxquels on a adjoint, dans la cour de l’ensemble, une buanderie, des séchoirs et des jardins aménagés, ainsi que des bains collectifs.
Par sa construction, la cité Spach visait à mettre Strasbourg « à égalité » avec d’autres villes allemandes en matière de « standing », d’autant que le Kaiser Guillaume voulait faire de la ville une vitrine glorifiant le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne. Les plans furent confiés à l’architecte Karl Ott, chef du service municipal d’architecture. Celui-ci s’inspira assez largement des préceptes de l’université technique de Karlsruhe –la ville où j’ai perdu ma voiture un soir d’août !-.

La vocations socio-éducative de cette cité est également affirmée par la mise en place d’un système de prêts d’ouvrages issus de bibliothèque populaire, de cours du soir et d’une pharmacie de premiers secours. En bonnes mesures paternalistes, des concours de fleurissement de balcon sont organisés et des réductions de loyers sont accordées aux locataires « soucieux de la bonne tenue de l’appartement ».
La cité Spach connut rapidement un fort succès et les logements furent rapidement occupés : en 1907, 57 familles étaient inscrites sur une liste d’attente pour y obtenir un logement. Lors du retour de l’Alsace à la France en 1918, les autorité françaises furent très impressionnées par la qualité du bâti et par le niveau de confort et d’équipements de ces logements ouvriers, alors très rare en « France de l’intérieur ».













