Playlist « Bruckner à l’ancienne & à l’américaine »

Longtemps, Anton Bruckner eut mauvaise presse en France, ses symphonies étant jugées par les musicographes locaux, au mieux trop longues, au pire boursouflées et terriblement ennuyeuses. Quant au compositeur, lui-même était considéré comme un paysan autrichien naïf, bigot et mal dégrossi -je n’exagère pas-. Lorsque je l’ai découvert, dans la première moitié des années 80, sa perception avait heureusement évolué de manière beaucoup plus positive et la discographie de ses symphonies commençait à s’enrichir, même si elle n’était pas -encore- pléthorique.

En revanche, Anton Bruckner fut très tôt tenu en très haute estime en Allemagne, en Autriche et dans toute la sphère anglo-saxonne. Aux États-Unis, William Steinberg, véritable précurseur dans ce pays où il s’était exilé pour fuir le nazisme, enregistra avec son orchestre de Pittsburgh la quatrième symphonie aussi tôt qu’en 1956, puis la septième symphonie un peu plus tard, en 1968. Avec l’orchestre symphonique de Boston, il grava également en 1970 une remarquable sixième symphonie du compositeur autrichien, qui ne figure pas dans la présente playlist.
Autre chef allemand exilé aux États-Unis du fait du national-socialisme, Bruno Walter, disciple de Mahler qui fut lui-même un élève de Bruckner, fut également, très tôt, un excellent interprète du compositeur autrichien. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Anton Bruckner – Symphonie n°4 « Romantique »
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Cette symphonie, qui fut la première du compositeur à connaitre le succès et reste la voie d’accès la plus aisée pour le découvrir, fut remaniée moultes fois par Bruckner pendant près d’une décennie. William Steinberg opte pour la version dite « de 1881 », qui est la plus communément jouée. L’interprétation du chef contredit la réputation de « lenteurs et longueurs brucknériennes » : elle justifie son sous-titre « Romantique » en se montrant vive et contrastée –un peu à la manière d’un Volkmar Andrae, mais avec un orchestre de bien meilleure qualité et qui joue juste, note perfide du rédacteur-, très narrative et poétique. La prise de son –une mono très large– est très bonne pour son âge, même si les timbres manquent un peu de distinction. Bref : une très belle version, très complémentaire des meilleures versions européennes, et, à mes oreilles, au même niveau.

• Anton Bruckner – Symphonie n°7
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg, 1968 *****
Extrait du coffret anthologique de 17 CD « William Steinberg. Complete Command Classics Recordings » – DGG, 2023

Passé totalement inaperçu au moment de sa sortie, en 1970, du fait d’une distribution erratique des disques du label Command Classics, ce disque a été récemment réédité dans de bonnes conditions techniques par Deutsche Grammophon au sein d’un coffret dont je vous parlais un peu ici. Le coffret en général et ce disque en particulier ont aussitôt recueilli les louanges de l’ensemble de la presse spécialisée, en France et partout ailleurs. Les tempi sont parmi les plus vifs de la discographie sans précipitation cependant dans les climax à la manière d’un Jochum par exemple, autre note perfide du rédacteur…– , mais la fluidité du discours ne nuit pas au lyrisme de l’oeuvre et l’orchestre joue merveilleusement bien.
Les disques Command Classics proposaient, de surcroit, d’excellents enregistrements, malheureusement saccagés par des pressages vinyles très médiocres : leur réédition en CD leur rend désormais toute leur beauté originelle !

• Anton Bruckner – Symphonie n°9 « dédiée Au bon Dieu »
Columbia Symphony Orchestra, Bruno Walter – 1959 ****(*)

La dernière symphonie de Bruckner, dont la dédicace porte « dem lieben Gott » –le bon dieu-, est inachevée. Le compositeur, malade, passa les deux dernières années de sa vie à essayer, en vain, d’écrire un dernier mouvement. Elle se termine donc par un formidable mouvement lent, un adagio introspectif et méditatif d’une grande ferveur spirituelle –à partir de 35’39 sur la vidéo-, parfaitement retranscrite par Bruno Walter et le Columbia Symphony Orchestra, orchestre de cachetonneurs issus d’autres orchestres américains –principalement New York et Los Angeles, selon le lieu de l’enregistrement– et épisodiquement réunis pour des enregistrements pour le label Columbia.
Très belle version –même si le début du premier mouvement manque un peu de puissance tellurique à mes oreilles-, malgré une prise de son qui n’est pas formidable, pincée et un peu sèche, comme souvent à cette époque chez CBS.

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Des goûts et des couleurs. 9

Sibelius – Les symphonies • 1, les versions finlandaises •

Jean Sibelius, en France, fut longtemps mal-aimé, méprisé et considéré comme « le plus mauvais compositeur du monde », selon le pamphlet de René Leibowitz, chef d’orchestre et compositeur élève de Schönberg. A contrario, il était, selon le célèbre chef d’orchestre Arturo Toscanini, « le plus grand symphoniste depuis Beethoven ».

C’est cette dernière opinion que je partage assez largement, et c’est ainsi que c’est le compositeur qui, après Beethoven, bénéficie au sein de ma discothèque du plus grand nombre de versions –une petite vingtaine– d’une intégrale de ses symphonies, qui ont été enregistrées par les plus grand chefs -parfois plusieurs fois- et les plus grands orchestres. Pourtant, je suis venu à ce compositeur relativement tardivement –vers 18 ou 19 ans, par le biais de sa deuxième symphonie selon George Szell– et très progressivement.

Le passage en revue de ce jour ne comporte que les versions enregistrées par des chefs d’orchestre finlandais. Les autres versions « étrangères » viendront plus tard. Pour un pays si peu peuplé –moins de 6 millions d’habitants-, le nombre d’orchestres et de chefs d’orchestre aussi talentueux est proprement étonnant et remarquable ! Toutes ces intégrales sont de très belle qualité, et les trois que j’ai isolées, très différentes les unes des autres, sont celles que je préfère. Ce sont aussi les trois intégrales les mieux enregistrées de ce lot finlandais. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

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Je suis un précurseur…

C’est écrit dans le journal ! En effet, cela fait plus de 20 ans que, chaque année –sauf une– j’y passe mes vacances ! C’est aussi à Wimereux que Trésor-De-Janvier s’est tenue debout pour la toute première fois et et qu’elle a fait ses premiers pas en se tenant –et mangé ses premieres frites-.
Cette année, comme nous y étions en juin, nous avons échappé aux fortes affluences, mais depuis l’après-Covid, nous avions en effet constaté une augmentation du nombre de vacanciers –notamment asiatiques– et, surtout, un retour des Anglais qui avaient un peu disparu après la crise financière de 2008.

Evidemment, maintenant que ce secret est éventé, ça risque d’être beaucoup plus guindé !

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Mise en boîte post-caniculaire… (Basse)

Geraldine & John – Joe Jackson

Avec la canicule, je passe mon temps à ré-accorder ma basse plusieurs fois par jour -et encore plus ce week-end, où s’était installée une sorte de climat quasi-tropical-, alors que généralement, les cordes tiennent l’accord plusieurs jours sans difficulté…

Je vous parlais récemment de Joe Jackson, cet artiste singulier, qui a évolué d’une new wave post-punk extrêmement bien écrites à la fin des années 70 et au tout début des années 80 pour développer ensuite des compositions nettement plus complexes et variées.

Au sein du groupe qui l’accompagnait pour ses premières albums, Graham Maby était un bassiste inventif, qui a proposé quelques jolies lignes de basse, dont certaines ne sont pas excessivement difficiles et sont plutôt agréables à jouer. C’est le cas avec «Geraldine & John», l’une de mes chansons préférées de Joe Jackson, tirée de son album « I’m The man », paru en 1979.

La chanson raconte, sur un rythme de reggae et avec une pointe d’ironie, l’histoire, qui finit mal, du couple heureux et inséparable, mais surtout adultérin, formé par Geraldine et John… Vous pouvez en trouver les paroles ici.

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Des goûts et des couleurs. 8

George Frideric Handel – Messiah

« Le Messie » est l’un des plus grands chefs-d’œuvre musicaux de tous les temps, et très probablement la plus grande œuvre musicale jamais écrite en Angleterre.

C’est aussi, selon toute vraisemblance, l’œuvre la plus exécutée de l’histoire de la musique classique à travers l’espace et le temps. La raison de cette popularité est que la musique, bien qu’élégante, puissamment expressive et belle, est relativement facile à jouer, et le que texte, qui provient exclusivement de sources bibliques, est des plus familiers qui soient : l’histoire du Christ est presqu’universellement connue. L’éminent chef d’orchestre anglais Sir Thomas Beecham a écrit dans ses mémoires : « Depuis la création de l’oeuvre, l’humanité n’a entendu aucune musique écrite pour des voix qui puisse rivaliser, même faiblement pour la grandeur de la construction et du ton, la noblesse et la tendresse de la mélodie, les compétences techniques de l’écriture et l’ingéniosité et la variété inépuisable d’effets… ».

Un profond sentiment d’humanité imprègne également la musique de Handel. Il s’agit-là d’un point souvent relevé par par de nombreux artistes –chanteurs, chefs d’orchestre…– ou musicographes lorsqu’ils comparent Handel à Bach : là où les oratorios de Bach exaltent Dieu, Haendel s’intéresse plus spécifiquement aux sentiments des mortels et au rapport des humains au divin.

Il n’existe pas de version totalement « définitive » de l’oeuvre : Handel a fréquemment modifié les forces musicales dans ses mises en scène de l’oratorio, en fonction des chanteurs et des instruments disponibles dans chaque lieu. La version le plus souvent enregistrée de nos jours est la version dite « de Dublin », correspondant à –ce que l’on sait de– la création de l’oeuvre en 1742.

Sur une période de deux siècles et demi, les normes de performance musicale ont profondément changé. Mozart, par exemple, a ajouté des flûtes, des clarinettes et des trombones à la partition originelle beaucoup plus sobre de Handel, qui était essentiellement composée des cordes et de hautbois, de bassons et de trompettes ajoutées pour simplement renforcer le son. Par la suite, chaque génération, semble-t-il, a ressenti le besoin d’adapter cette grande œuvre à la manière dominante de l’époque. A la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, il n’était pas rare de rassembler plusieurs centaines de choristes et de musiciens d’orchestres pour aborder « Messiah ». En Angleterre, le Messie fut parfois joué lors de festivals choraux où le chœur pouvait augmenter à 2 000, voire 3 000 chanteurs !

Ma discothèque comporte treize versions de « Messiah ». J’en avais quatorze, mais j’ai prêté –et on ne me l’a jamais rendueou perdu la –bonne– version des Scholars Baroque enregistrée en 1992 pour le label Naxos.
Les quatre versions enregistrées entre 1944 et 1960 –sur fond orange– s’inscrivent parmi les derniers témoignages de ces versions pléthoriques, d’un hiératisme quasi-opératique, avec grand orchestre symphonique complet, solistes de format wagnérien et choeurs gigantesques –Extraits : Boult ; Beecham– ! Evidemment, après quelques décennies de versions HIP, tout cela prête désormais à sourire, mais des générations d’auditeurs n’ont connu que ce type de versions « solenne ed pomposo » ! Désuet, mais pas toujours déplaisant pour autant…

Les versions de Colin Davis –1966– et Neville Marriner-1977– renouvellent quelque peu le propos dans le sens d’un allègement considérable des effectifs et de chanteurs aux proportions mozartiennes et d’une recherche de tempi généralement plus allants –fond jaune-. La version de Neville Marriner –2 extraits-propose en outre une version basée sur la création de l’rouvre à Londres en mars 1743 et non sur la version de Dublin en 1742 et proposent quelques petites différences. Deux versions qui ont marqué l’histoire de l’enregistrement de l’œuvre.

Désormais, la tendance actuelle, depuis les années 80, est de produire des versions « authentiques » ou HIP, plus intimistes et transparentes, mobilisant des instruments d’époque et de petits ensembles choraux –Extraits : Pearlman ; Dubrovsky-. Toutes les versions qui s’inscrivent dans ce courant sont excellentes à des degrés divers, il est difficile d’en distinguer une plutôt qu’une autre : celle vers laquelle je reviens le plus souvent est celle de Trevor Pinnock, enregistrée en 1988.

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