Dimanche à l’opéra – Die Zauberflöte, de W. A. Mozart
En sondant ma discothèque, j’ai ressorti ce qui devrait constituer mon premier ou l’un de mes premiers CD d’un opéra –peut-être était-ce Carmen, de Georges Bizet, j’hésite entre les deux-, acheté au tout début de l’année 1985, à une époque où ce support, en France, était encore relativement balbutiant et où les coffrets lyriques coûtaient un bras. Il s’agit de « La flûte enchantée » de Wolfgang Amadeus Mozart, dans la version enregistrée par Colin Davis en 1984 à Dresde pour le label Philips.
A sa sortie, cette version, avec laquelle j’ai vraiment appris « La flûte enchantée », fut assez favorablement reçue en France et très favorablement accueillie Outre-Rhin et Outre-Manche. Pour ma part, je l’avais beaucoup appréciée mais elle n’avait plus quitté mes étagères depuis bien longtemps ; l’écouter aujourd’hui après l’avoir quasiment oubliée et avoir côtoyé l’oeuvre dans tant de versions dites « de référence » –au hasard : Böhm II, Fricsay, Karajan I, , Solti I…– et l’avoir délaissée si longtemps me permet de la redécouvrir avec des oreilles presque neuves. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
Pour tout ce qui concerne l’opéra en lui-même –argument et résumé de l’action, contenu philosophico-ésotérique un peu niais…-, je vous renvoie à cette notule, qui n’est pas si ancienne.
La version de ce jour s’inscrit dans une perspective plus philosophique que ludique, sans sacrifier cependant la dimension comique de l’œuvre lorsque c’est nécessaire. Le plus grand reproche que je lui ferai est que les dialogues, très fournis dans cette version qui plus est, sont dits par des acteurs engagés pour l’occasion, et non par les chanteurs eux-mêmes, exception faite pour le rôle de Papageno. Cette pratique, habituellement en usage en Allemagne dans les années 60, avait quasiment et heureusement disparu dans les années 80, sauf en Allemagne de l’est, où l’enregistrement a été effectué. C’est d’autant plus dommage, puisqu’à l’exception de la Reine de la nuit, tous les chanteurs sont parfaitement germanophones et auraient pu « dire » leur rôle et assurer une meilleure continuité dialogue/chant.
Nonobstant ce reproche, il reste beaucoup de qualités à cet album : la Staatskapelle de Dresde est un orchestre merveilleux, et Colin Davis, à cette époque, le dirigeait très souvent. Lui-même fréquentait régulièrement l’oeuvre depuis le milieu des années 50 et avait fait de Mozart l’un de ses compositeurs de prédilection. Il propose des tempi relativement lents, mais habités, et sans nuire à l’action, privilégiant l’aspect méditatif de l’opéra –une option encore assez largement répandue à l’époque : il faudra attendre les versions HIP pour que la caractère ludique du Singspiel soit totalement assumé-, et mettant en valeur les très beaux timbres de l’orchestre –magnifiques bois notamment-.
Tous les chanteurs sont très bons dans leur rôle, avec une mention particulière pour les artistes masculins, vraiment excellents et parfaitement investis dans leur rôle. Personnellement, j’aime beaucoup le Papageno de Mikael Melbye, et il est curieux de lire, avec le recul d’une quarantaine d’années, les avis contradictoires le concernant : salué comme « sans doute le meilleur Papageno de sa génération » en Angleterre et en Allemagne, il fut plutôt vilipendé par la presse spécialisée française…
Enfin, cet album bénéfice de superbes conditions techniques et d’une prise de son à la fois large et profonde, la spatialisation contribuant au déroulement de l’action, de même que les quelques bruits ambiants très bien intégrés au discours. A cette date encore précoce dans la mise en oeuvre du support CD, les coffrets d’opéra étaient par ailleurs accompagnés de copieux documents trilingues –voir quadrilingues– de très belle qualité : présentation détaillée de l’oeuvre, livret traduit, iconographie… Une habitude qui s’est malheureusement perdue plus tard.
Heureuses retrouvailles pour cette matinée lyrique !

















