Playlist « Ode à la nature »

Dans la playlist de ce jour, trois célèbres compositeurs expriment leur amour de la nature et des balades au grand air ! Un florilège naturiste des plus agréables ! Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Richard Strauss – Eine Alpensinfonie
Staatskapelle Dresden, Giuseppe Sinopoli – 1994 *****

Eine Alpensinfonie est une oeuvre hybride –ni symphonie, ni poème symphonique– qui bénéficie d’une discographie riche et généralement de très haut niveau –petit rappel à lire ici-. Les excellentes versions sont légions, et celle-ci en fait partie. De plus, dans la plupart des cas, les conditions techniques d’enregistrement sont très soignées et rendent justice aux musiciens et aux orchestres. L’oeuvre est foisonnante, écrite pour un très grand orchestre, avec ajout de nombreux cors en coulisse, d’un Heckelphone –genre de hautbois au registre très grave-, d’une machine à vent et d’un orgue ; elle narre, en 22 étapes et un peu moins d’une heure, une journée d’excursion dans les Alpes bavaroises, où Richard Strauss, en amoureux de la montagne, résidait très souvent.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°15 « Pastorale »
Maria Grinberg, piano – 1964 *****

Chacun a entendu au moins une fois dans sa vie la 6ème symphonie « Pastorale » de Beethoven, mais sa quinzième sonate pour piano « Pastorale » est moins célèbre –bien que tout aussi réussie !-. Beethoven était amoureux de la nature et s’en inspira souvent avant de devenir presque totalement sourd : il essayait de s’échapper de la grande ville –Vienne- autant que possible, la quiétude de la campagne lui permettant de reposer ses oreilles et des acouphènes persistants qui le faisaient beaucoup souffrir. Cette très belle sonate pour piano, composée en 1801, est d’un caractère paisible et champêtre tout-à-fait remarquable : c’est vraiment du meilleur Beethoven !
J’aime beaucoup cette version de Maria Grinberg, qui enregistra durant les années 60 –prises de son soviétiques malheureusement assez précaires…– une belle intégrale des sonates pour piano de Beethoven, longtemps indisponible en Occident. C’est mon disquaire allemand, très grand spécialiste du piano, qui me l’avait procurée en me mettant en garde : selon lui, cette intégrale était très contestable –opinion non partagée par la critique musicale française, qui l’a encensée-.
Dans cette sonate, Maria Grinberg est l’une des rares pianistes à ne pas précipiter le deuxième mouvement, dont le rythme d’une promenade au pas tranquille est souvent abordé trop rapidement à mes oreilles -cf. extrait-. Ma version de référence reste toutefois celle d’Emil Gilels, et, dans cette sonate, j’aine également beaucoup Wilhelm Kempff –version des années 60– pour son premier mouvement d’une grande poésie.

• Richard Wagner – Siegfried Idyll
Orch. Symphonique de Pittsburgh- William Steinberg – 1958 *****

Siegfried Idyll fut composé par Richard Wagner comme cadeau d’anniversaire pour sa seconde épouse, Cosima –fille de Franz Liszt– à l’occasion de la naissance de leur fils Siegfried, en 1869. C’est un poème symphonique d’une quinzaine de minutes, écrit initialement pour orchestre de chambre de 13 musiciens et élargi ensuite à un petit orchestre symphonique d’une trentaine de membres. Le titre originel de l’oeuvre était « Tribschener Idyll mit Fidi-Vogelgesang und Orange-Sonnenaufgang » –Trad : Idylle de Tribschen avec le chant d’oiseau de Fidi et un lever de soleil orangé-. Tribschen était leur lieu de résidence suisse –juste à coté de Lucerne– et Fidi était le surnom donné à leur fils Siegfried –dit aussi « le pépieur », note de moi…-. Par la suite, le compositeur remodela son poème symphonique pour l’intégrer au sein de son opéra Siegfried –troisième partie de l’Anneau du Nibelungen-, qui est son opéra le plus naturaliste, avec de nombreuses scènes sylvestres.
Très belle version de William Steinberg, wagnérien expérimenté, pour une oeuvre réellement ravissante et très poétique –deux adjectifs que le commun des mortels n’accole pas spontanément à la musique de Wagner !-.

, , , , ,

Playlist pour saluer le retour du printemps

Le printemps s’est définitivement installé, avec ses couleurs renaissantes, son cortège d’arbres en fleurs, d’oiseaux pépiant dès l’aube et ses températures plus que clémentes ces derniers jours ! Saluons ce retour avec une playlist particulièrement adaptée ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano et violon n°5 « Le printemps », op.23
Martha Argerich, piano ; Gidon kremer, violon – 1987 *****

Je n’écoute pas si souvent les sonates pour piano et violon de Beethoven –beaucoup moins que ses sonates pour piano ou ses symphonies-, pourtant très bien représentées dans ma discothèque, mais, quand je le fais, c’est à chaque fois une source de grande satisfaction renouvelée ! Cette cinquième sonate « Printemps », achevée en 1801, est l’une des plus connues et populaires de son corpus pour piano et violon, elle est d’une fraicheur ravissante et d’un accès très facile. Cette version éblouissante, extraite du coffret intégral BTHVN2020, lui rend pleinement justice.

• Robert Schumann – Symphonie n°1 « Printemps », op.38
Orchestre symphonique de Detroit, Paul Paray – 1959 **

Paul Paray dirige l’oeuvre avec poigne et une belle énergie, comme souvent, et son orchestre répond au quart-de tour, mais ils ne parviennent cependant pas à faire décoller cette symphonie décidément assez peu engageante à mes oreilles –au demeurant, je l’écoute rarement-. L’oeuvre fut créée à Leipzig par Felix Mendelssohn et fut globalement bien accueillie. Elle rencontra moins de succès lors des exécutions suivantes à travers l’Allemagne.

C’est Clara Schumann qui recommanda son mari de se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour orchestre plutôt que de continuer à se consacrer à l’écriture d’oeuvres pour piano : à mon avis, elle fut mauvaise conseillère Elle affirmait, dans son journal : « Il serait préférable qu’il compose pour l’orchestre ; son imagination ne peut pas trouver à s’exprimer pleinement sur le piano… Ses compositions sont toutes pensées pour l’orchestre… Mon plus grand souhait est qu’il compose pour l’orchestre – voici son domaine ! Puis-je réussir à le persuader ! »

• Igor Stravinsky – Le sacre du printemps
Orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1977 *****

Il existe plusieurs centaines d’enregistrements du « Sacre du printemps » –une des rares oeuvres que j’apprécie de ce compositeur-, et certaines versions sont mémorables : celle-ci en fait partie, à juste titre. Le chef, qui propose en 1977 sa seconde version enregistrée, creuse les timbres, sculpte les sonorités et privilégie une approche lyrique qui n’exclut pas la sauvagerie dans la première partie, l’orchestre est d’une qualité époustouflante et la prise de son est à la hauteur, tant en matière de timbres que d’image sonore et de dynamique.
Bref, un excellent disque à tous points de vue, largement salué à sa sortie et à écouter aussi fort que possible pour en profiter pleinement !

, , , , , , ,

Short Playlist Psyché-Rolling Stones

La courte playlist de ce jour, aux accents quelque psychédéliques au titre alambiqué, pour le moins, est consacrée aux SP –Short Play, en France : 45 tours– de 1966/1967 des Rolling Stones, par opposition aux LP –Long Play, en France 33 tours-. Pour compliquer un peu les choses, il existait Egalement des EP –Extended Play, l’équivalent en France de nos Maxi-45 tours-.

Pour ces disques, la photo de pochette n’a jamais connu de version internationale normalisée, et, selon les pays, les jaquettes peuvent être très différentes. Le contenu, en revanche est presque toujours identique. Traditionnellement, au Royaume-Uni et contrairement aux USA, la norme était de ne jamais reprendre sur un LP les titres sortis en 45 tours, sauf éventuellement sur des compilations parues postérieurement. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. Ce qui explique que pour de nombreux groupes, la discographie UK diffère passablement de la discographie US, jusqu’à 1967.

A cette époque, le groupe était remarquablement prolifique, et, durant ces deux années -1966 / 1967-, s’orientait vers une musique émancipée du blues de leurs origine pour s’orienter vers des horizons plus proche de la Pop-Music. La présence d’un Brian Jones encore très impliqué induit la présence de nombreux instruments peu communs à l’époque : sitar, mellotron, flûte, violoncelle, saxophone… Les couplages initiaux de ces petits disques sont :

• Disque 1 -Parution en septembre 1966
A – Have You Seen Your Mother Baby Standing In The Shadow – 08/1966 ****
B – Who’s Driving Your Plane – 09/1966 ****

• Disque 2 – Parution en mai 1966
A – Paint It, Black – 03/1966 *****
B – Long Long While – 03/1966 ****

• Disque 3 – Le 45 tours comporte deux faces A. Parution en janvier 1967
A – Let’s Spend The Night Together – 08/1966 *****
A – Ruby Tuesday – 11/1966 – 11/1966 *****

Initialement, Ruby Tuesday constituait la face B de ce single, mais les paroles jugées trop osées de « Let’s Spend The Night Together » empêchèrent le passage de cette chanson en radio, d’où la parution du disque en « double A-sided single ».

• Disque 4 – Parution en août 1967
A – We Love You – 06/1967 *****
B – Dandelion – 07/1967 ****

Deux morceaux enregistrés à la sortie de la prison –d’où les bruits de chaînes et de couloirs– où Mick Jagger et Keith Richards passèrent quelques temps en juin 1967, et furent libérés face notamment au tollé médiatique qui en suivit. Pour Brian Jones, ce chemin de croix n’était qu’un début : la suite de l’année ne fut qu’une succession d’errances. Ce single donne à l’entendre pour l’une des dernières fois dans de très bonnes conditions : multi-instrumentiste de grand talent, il apparaît en particulier au mellotron et au saxophone.

,

Playlist « Mission Artemis II »

La face cachée de la Lune avait été photographiée sous toutes ses coutures durant le vingtième siècle, d’abord par une sonde soviétique, dès 1959,  puis par des sondes envoyées par la Nasa depuis les années 60. Cette face que l’on ne voit jamais depuis la Terre est composée de cratères et de « mers » en très grand nombre, et son relief est beaucoup plus marqué que celui de sa face visible –cliquer sur l’imagette de droite pour la voir en plus grand-.
Mais, grâce à la mission de la Nasa Artemis II, pour la première fois, quatre humains, à bord de la capsule Orion, ont désormais pu s’approcher et voir de leurs propres yeux cette face cachée, en cette nuit du 06 au 07 avril 2026 : ils ont aussi effectué, en passant derrière l’astre lunaire, le plus long voyage jamais réalisé par des humains !

Tout cela m’a, presqu’évidemment, conduit à vouloir composer une playlist lunaire ! Et c’est désormais chose faite avec celle de ce jour ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. PLAY IT LOUD !

• Pink Floyd – The Dark Side Of The Moon – 1973 ***
• The B-52’s – The B-52’s – 1979 *****
• The Rolling Stones – Child Of The Moon, SP – 1968 *****

Je ne voue pas une affection considérable à l’album hyper-connu de Pink Floyd : « The Dark Side Of The Moon », que j’ai longtemps qualifié de « musique d’ascenseur », avec ses bruitages divers et variés et ses facilités « planantes ». Avec le temps, j’ai cependant appris à l’apprécier au-delà de son aspect « musique pour chaîne hiFi » pour lequel il semble avoir été conçu –le disque est remarquablement enregistré, il convient de le souligner- et qui continue à faire le bonheur des magasins pour audiophiles maniaques ceux qui écoutent le son de leur chaîne HiFi au lieu d’écouter la musique : j’en connais quelques-uns, capables d’investir quelques centaines d’euros dans un câble pour améliorer l’écoute des trois disques audiophiles de leur discothèque…-.

En revanche, je tiens le premier album des B-52’s comme l’une des plus belles réussites des années 70 –si si, puisque je vous le dis…-, qui en comptent pourtant beaucoup. C’est gai, parfois totalement déjanté et toujours d’une fraicheur juvénile absolument réjouissante : le titre « There’s a Moon In The Sky (Called The Moon) » n’est pas le meilleur de l’album, mais reste caractéristique du son et du style de cet excellent groupe, qui, à ma connaissance, existe toujours.

Enfin, « Child Of The Moon » des Rolling Stones, n’est assurément pas leur titre le plus connu et, à sa sortie en face B du single présenté, la chanson fut totalement éclipsée par « Jumpin’Jack Flash », l’une des compositions les plus connues du groupe –encore dans sa formation originelle, même si Brian Jones ne fait plus guère que de la figuration…-, qui allait le projeter vers de nouveaux horizons. « Child Of The Moon » constitue, a contrario, une une réminiscence de l’album « Their Satanic Majesties Request ».
J’aime beaucoup cette chanson, de même que toutes celles parues en single en 1967 et qui ne sont pas toujours les plus connues du groupe, mais sont régulièrement publiées sur de nombreuses compilations depuis.

, , , , ,

Courte playlist dominicale

• Johann Sebastian Bach – Oster Oratorium – BWV 249
Solistes – Collegium Vocal, Philippe Herreweghe – 2001 ****
Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand

Un oratorio de circonstance en ce dimanche de Pâques, et de courte durée –à peine plus long qu’une cantate-. L’oeuvre, intitulée par Bach « Oratorium Festo Paschali », fut composée en 1738 et remaniée plusieurs fois ultérieurement par le compositeur ; elle emprunte partiellement deux compositions antérieures de Bach, pratique courante chez de nombreux compositeurs de l’époque : la « Cantate du berger », et une cantate d’église pour le dimanche de Pâques : « Kommt, gehet un eilet ».

L’oratorio est structuré en onze mouvements, sur un livret de Christian Friedrich Henrici, dit Picander, poète et librettiste qui a également écrit pour Bach le livret de la Passion selon Saint Matthieu en 1727. Ce livret met en scène quatre personnages : les deux apôtres Simon-Pierre et Jean, ainsi que Marie-Madeleine et Marie de Cleophas. A la différence des oratorios traditionnels, il n’y a pas de narrateur.

Musicalement, les mouvements alternent des passages festifs et d’autres plus méditatifs. L’absence de narrateur implique une quasi-absence de dramaturgie, encore soulignée par la quasi-absence des choeurs, qui n’interviennent qu’en deux occasions. L’interprétation de ce jour est d’une superbe qualité, de même que la prise de son, très légèrement réverbérée sans que cel ne nuise en rien à la clarté : tout cela en fait un très bel album.

,

Playlist de circonstance

En ce Vendredi Saint, jour de congé légal ici et prélude à un week-end étiré sur quatre jours, quoi de plus normal que d’écouter un Oratorio-Passion ? Il en existe des dizaines, dont les deux plus célèbres demeurent les « Passion selon Saint Matthieu » et « Passion selon Saint Jean » de Johann Sebastian Bach. En Allemagne, de très nombreux compositeurs de sa génération ou de celle qui la précèdent immédiatement y sont allés de leur mise en musique de l’une des quatre évangiles pour célébrer les fêtes pascales. Mais l’Oratorio-Passion de ce jour est plus original : il s’agit de la « Brockes Passion » de Georg Philip Telemanncliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

La Brockes-Passion (ou Passion selon Brockes) est fondée sur un livret en allemand écrit par le poète Barthold Heinrich Brockes –1680–1747-, conseiller municipal de Hambourg. Publié en 1712 sous le titre « Der für die Sünde der Welt gemarterte und sterbende Jesus »trad : Jésus, celui qui souffrit et mourut pour les péchés du monde-, ce livret est une méditation poétique et dramatique sur la Passion du Christ, inspirée principalement de l’Évangile selon saint Matthieu, mais aussi des trois autres Évangiles. Brockes y ajoute des réflexions personnelles et des commentaires lyriques, dans un esprit piétiste. L’œuvre fut créée dans la demeure de Brockes à Hambourg, devant un public choisi de plus de 500 personnes, parmi lesquelles de nombreux notables et des ministres de la ville. Son but était double : offrir une distraction édifiante pendant le Carême et servir à l’édification spirituelle des bourgeois hambourgeois.

Le texte de Brockes se distingue par un récit librement inspiré des Évangiles, avec des ajouts de figures allégoriques –comme la Fille de Sion ou l’Âme Croyante-, qui permettent une expression plus dramatique. Brockes a modernisé le genre de l’oratorio-passion en y intégrant une dimension également psychologique et émotionnelle, avec des scènes fortes comme les remords de Pierre, la trahison de Judas ou les dialogues entre Jésus et Marie.

Mathias Grunewald – Retable de Tauberbischofsheim  – Détail – 1523/25 – Vue d’ensemble du panneau central ci-dessous (cliquer pour le voir en plus grand).

Le livret alterne une grande variété de récits -arias, chœurs et chorals-, typiques de l’oratorio-passion, toutefois, l’approche plus expressive et dramatique est évoque régulièrement le monde de l’opéra. La première mise en musique fut réalisée par Reinhard Keiser en 1712, compositeur d’opéra réputé à Hambourg. Cette première proposition est considérée comme la plus fidèle au texte de Brockes, avec une grande richesse rhétorique et des changements d’affects marquants.

Très rapidement, plus de treize compositeurs l’ont mise en musique, dont Handel (1716/1718), Telemann (1716), Mattheson (1718), Fasch (1723) et Stölzel (1725)… Les versions de Keiser -pour son expressivité dramatique-, Handel -pour sa théâtralité- et Telemann -pour sa diversité instrumentale- sont particulièrement remarquables. Je vous avais déjà entretenu de la Brockes Passion de Handel il y a un peu longtemps…

 

 

La Brockes-Passion de Telemann est l’une des formes d’Oratorios-Passions composés par Georg Philipp Telemann, et la première de ses œuvres dans ce genre.

Comme ses autres oratorios-passion, elle est conçue pour la salle de concert plutôt que pour la liturgie. D’une grande richesse instrumentale, elle alterne récits, arias, chorals et chœurs, privilégiant l’expression des affects et une dramaturgie proche de l’opéra. Telemann exploite la richesse rhétorique et émotionnelle du texte de Brockes, avec des airs virtuoses et des chœurs expressifs, s’éloignant parfois du récit évangélique strict pour privilégier une narration plus libre et poétique. Le courant piétiste, qui prône une dévotion personnelle et émotionnelle, imprègne l’œuvre, notamment dans les arias et les chorals qui invitent à la méditation et à l’introspection.

La Brockes-Passion marque le début de la production de Telemann dans le genre de l’Oratorio-Passion. Elle précède ses 46 passions-oratorios « évangéliques »!!!– destinées à la liturgie –dont une vingtaine sont encore disponibles de nos jours-, qui suivent une structure plus traditionnelle. Elle reste une œuvre charnière, à la fois par son livret et par son style qui annonce les grandes Passions du XVIIIe siècle.

,

Playlist « Pastiche d’avril ! »

Vous aurais-je entretenu de cette playlist hier que vous auriez sans doute cru à un « poisson d’avril ». Alors qu’en fait, non ! La playlist de ce jour est constituée d’un unique album, sur lequel je suis tombé par hasard il y a quelques jours à la médiathèque, tandis que je recherchais l’une ou l’autre « Passion » que je pourrais me mettre entre les oreilles pour cette période pascale –à suivre dans une prochaine notule…-.

Cet unique album –très belle interprétation et excellente prise de son– : « Israël In Babylon », de George-Frideric Handel,  m’a tout d’abord fait tiquer : d’une part, je ne connaissais pas cet oratorio de Handel, et n’en avais même jamais entendu parler ; d’autre part, la date mentionnée sur la pochette de l’album –1764– est postérieure à la date du décès du compositeur –1759-.
« Tiens, une oeuvre posthume ! » ai-je alors pensé. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

En réalité, il s’agit d’un « Pasticcio », à savoir un assemblage de diverses pièces de Handel extraites de ces concertos, opéras et oratorios comme il en fleurit beaucoup dans les années qui suivirent son décès, tant, semble-t-il, le public était friand des oeuvres du compositeur, et qui avait ainsi l’occasion d’entendre sa musique à moindre coût. En effet, du vivant du compositeur, l’accès aux oratorios très populaires de Handel était souvent coûteux, ce qui contribua à établir la fortune colossale du musicien à sa mort : alors qu’il avait été plusieurs fois ruiné du temps où il composait ses opéras et entretenait une troupe, il légua à sa nièce, à ses amis et à des oeuvres de bienfaisance l’équivalent d’un peu plus de 5 millions de £ actuelles.

« Israël In Babylon » a donc été assemblé après sa mort par Edward Toms, à partir de fragments d’oeuvres de Handel parmi lesquels on peut reconnaître des extraits de « Messiah », de la « Royal Fireworks Music », de ses opéras « Giulio Cesare » ou « Ottone » ainsi que de musiques funéraires. Le livret anonyme est lui-même fondé sur la première partie du livre biblique d’Esdras. Entre 600 av. J.-C. et 538 av. J.-C., sur fond de guerre entre l’Égypte et Babylone, le royaume de Juda et Jérusalem furent détruits et les Juifs déportés à Babylone. Le livre d’Esdras raconte l’histoire du premier retour de Babylone des exilés du royaume de Juda au cours de la première année du règne de Cyrus le Grand (538 av. J.-C.) et l’achèvement et la dédicace du nouveau temple à Jérusalem au cours de la sixième année de Darius Ier (515 av. J.-C.).Le montage musical est très habile, il n’y a pas une note de musique qui ne soit pas de Handel et l’ensemble s’avère réellement d’une écoute très agréable !

Une curieuse et belle découverte ! Des pastiches de ce genre, j’en redemande !

,

Playlist « premières amours »

Piotr Illyitch Tchaïkovsky fut le premier compositeur que j’ai écouté « consciemment », encore enfant. Je l’appréciais et le réclamais tant et si bien que le premier disque que l’on m’offrit était son premier concerto pour piano, puis celui pour violon ; les célèbres suites de ballets et les dernières symphonies suivirent assez rapidement. Le triptyque de ses trois dernières symphonies est très souvent enregistré par les plus grands orchestres et quasiment toutes les stars de la baguette, et ma discothèque en regorge d’une bonne quinzaine de versions au moins.

J’aime énormément les symphonies n°4 et 6 –parfois intitulée symphonie « Du destin » pour la quatrième, et toujours désignée par symphonie « Pathétique » pour la sixième-, un peu moins la cinquième, que j’ai plus souvent tendance à zapper lorsqu’il me vient l’envie de réécouter ce triptyque –écouté intégralement ce jour, cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Les trois propositions d’Evgeny Svetlanov à la tête de l’orchestre symphonique d’État de l’URSS –fondé en 1936 et devenu peu de temps après cette tournée japonaise l’orchestre symphonique de la fédération de Russie-, enregistrées lors d’une tournée au Japon en 1990, s’inscrivent vers les sommets de la très riche –et globalement très qualitative– discographie de ces oeuvres : ces symphonies, très richement  orchestrées par le compositeur –Tchaïkovsky s’y entendait pour faire sonner un orchestre-, sont une belle occasion pour tout orchestre désireux faire valoir ses qualités.
Au cours de ces concerts, l’orchestre, aux sonorités typiquement russes –incisives et crues du côté des cuivres, très virtuoses côté cordes-, est chauffé à blanc et d’un engagement total dans des partitions qui ne tolèrent guère la tiédeur, au risque de sombrer dans une mièvrerie un peu doucereuse. Ce n’est pas du tout le cas dans ces interprétations, et le public japonais, fin connaisseur et très enthousiaste, ne s’y trompe pas ! La prise de son live est de très bonne qualité, large et bien timbrée.

,

Playlist « Guerre & totalitarisme »

Mes nuits sans dormir, encore et toujours… Il fut souvent reproché à Herbert Von Karajan de ne pas assez enregistrer de « musique contemporaine ». La playlist de ce jour va à l’encontre de ce reproche : il enregistra plus qu’il n’y paraît des programmes de musiciens contemporains de son époque. Outre le fabuleux coffret consacré à la seconde école de Vienne –Berg – Schönberg – Webern– dont il était si fier et qu’il auto-finança, il enregistra quelques oeuvres qu’il jugeait essentielles de ses contemporains, lui qui était né en 1908, et qui fut notamment marqué par deux guerres mondiales, mais aussi par la guerre froide en tant que résident régulier à Berlin après 1950.
Cette playlist en est une très belle illustration. L’accueil généralement triomphal réservé à ces disques –parmi les tout meilleurs du chef– conduisent à se demander pourquoi, en effet, il n’enregistras pas plus de musique de son temps-Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Dmitri Shostakovich – Symphonie n°10 – 1953
Orchestre philharmonique de Berlin, Karajan – 1966 *****

La dixième symphonie de Shostakovich –écriture internationale– est l’une de ses plus célèbres et fut composée dans les mois qui suivirent le décès de Staline, durant la guerre froide. Durant les dernières années du régime stalinien, le compositeur avait eu à subir des critiques incessantes et se sentait particulièrement oppressé, voire craignait pour sa vie. Cette symphonie, où le sinistre côtoie une fin plus optimiste, est révélatrice de ces angoisses.
Karajan n’enregistra que cette seule symphonie de Shostakovich, à deux reprises : les deux enregistrements –1966 ; 1981– sont remarquables et l’orchestre et son chef touchent à la perfection ! Il l’interpréta aussi à Moscou, lors d’une tournée en 1969, devant un compositeur ému aux larmes.

• Serge Prokofiev – Symphonie n°5 – 1945
Orchestre philharmonique de Berlin, Karajan – 1968 *****

Symphonie la plus célèbre de Prokofiev –écriture internationale-, il s’agit d’une oeuvre de guerre qui marque la victoire des troupes soviétiques sur l’Allemagne selon le discours officiel de l’époque : elle connut un accueil triomphal. En réalité, le compositeur voulait exprimer toute autre chose, comme il en témoigna plus tard.

«Elle couronne en quelque sorte toute une période de mon travail ; je l’ai pensée comme une œuvre glorifiant l’âme humaine. Dans la 5e Symphonie, j’ai voulu chanter l’homme libre et heureux, sa force, sa générosité et la pureté de son âme. Je ne peux pas dire que j’ai choisi ce thème : il est né en moi et devait s’exprimer».

• Arthur Honegger – Symphonies n°2 et 3 « Liturgique » – 1941 ; 1946
Orchestre philharmonique de Berlin, Karajan – 1969 *****

Musicien suisse né en France, Arthur Honegger composa 5 symphonies, dont les deuxième et troisième sont profondément marquées par la seconde guerre mondiale. Ces symphonies suivent un schéma original en trois mouvement seulement, et sont relativement courtes : entre 20 et 30 minutes chacune. La deuxième symphonie est de caractère sombre et très dramatique, jusqu’à une éclaircie finale. La troisième symphonie « Liturgique » comporte un programme explicite –tiré du requiem liturgique– pour chacun des trois mouvements.

«J’ai voulu symboliser la réaction de l’homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance, de machinisme, de bureaucratie qui nous assiège … J’ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l’abandon aux forces aveugles qui l’enserrent et l’instinct du bonheur, l’amour de la paix, le sentiment du refuge divin».

Une somptueuse playlist pour entamer une longue journée !

, , ,

Playlist « Actualité belliqueuse sur vinyle »

L’actualité étant malheureusement ce qu’elle est à travers le monde en ce moment, les deux LP écoutés ce jour témoignent des ardeurs belliqueuses qui secouent périodiquement nos sociétés, proches ou lointaines. Au demeurant, il s’agit de deux excellents albums issus des années 80, époque où sévissaient encore la guerre froide et une lutte fratricide sur fond de guerre des religions en Irlande : ces deux disques en sont l’écho. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Fischer-Z – Red Skies Over Paradise – 1981 *****

Voici assurément le plus abouti –et le plus populaire a posteriori– des albums de Fischer-Z, groupe pionnier de la new-wave : initialement un quatuor, puis, au moment de l’enregistrement de cet opus, un trio anglais, qui n’a pas connu une très grande renommée en France, mais fut extrêmement populaire au Royaume-Uni, dans toute l’Europe du Nord et en Allemagne, entre la fin des années 70 et le début des années 80.

« Red Skies Over Paradise » reflète pleinement  les préoccupations de son époque et s’avère assez pessimiste dans son propos : en 1981, le mur de Berlin est toujours en place, les deux républiques allemandes sont séparées tant géographiquement qu’idéologiquement, Ronald Reagan, président des USA depuis quelques mois, déploie des missiles Pershing en Allemagne de l’Ouest, la guerre froide est relancée depuis l’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques… Mais ce disque est réellement l’un des tout meilleurs albums des années 80 que je connaisse : une new-wave mélodieuse assez musclée, avec, en particulier, une basse de feu très présente et d’une redoutable efficacité. Près d’un demi-siècle –!!!– après sa sortie, ce disque a tout—à-fait bien vieilli et reste vraiment très plaisant à écouter !

• U2 – War – 1983 *****

« War » est à mes oreilles le meilleur album de U2, avant même ses deux successeurs, « The Unforgottable Fire » et « The Joshua Tree ». Ce sont d’ailleurs les seuls disques du groupe enregistrés en  studio que j’écoute encore, tant le côté pontifiant vers lequel a ensuite évolué Bono me fatigue… La réédition LP que l’on ma offerte bénéficie d’un pressage 180 grammes très silencieux et d’un beau livret 16 pages grand format illustré, dont je n’ai pas le souvenir qu’il était présent dans le LP d’origine, que j’avais acheté à sa sortie.

« Everywhere you looked, from the Falklands to the Middle East and South Africa, there was war. By calling the album War we’re giving people a slap in the face and at the same time getting away from the cosy image a lot of people have of U2. » Bono, chanteur de U2, 1982
« It’s a heavy title. It’s blunt. It’s not something that’s safe, so it could backfire. It’s the sort of subject matter that people can really take a dislike to. But we wanted to take a more dangerous course, fly a bit closer to the wind, so I think the title is appropriate. » The Edge, guitariste de U2, 1982

« Partout où l’on regardait, des Malouines au Moyen-Orient en passant par l’Afrique du Sud, il y avait la guerre. En intitulant l’album War, nous provoquons les gens et, en même temps, nous nous éloignons de l’image idyllique que beaucoup se font de U2. » Bono
« C’est un titre puissant et direct. Ce n’est pas quelque chose de consensuel, donc ça pourrait se retourner contre nous. C’est le genre de préoccupations qui peuvent vraiment déplaire. Mais nous voulions prendre un risque, voler un peu plus près du danger, alors je pense que le titre est approprié. »
The Edge.

, ,
Retour en haut