Révélateur de talents, mais fichu caractère !

John Mayall & The Bluesbreakers – Wake Up Call – 1992 ****

L’unique album de ce jour est consacré à John Mayall, « le parrain du British Blues », disparu en 2024, à 90 ans, et dont la pléthorique discographie s’élève à plus de 70 albums –dont 40 en studio-, en solo ou avec ses Bluesbreakers, qui l’accompagnent ici. « Wake Up Call » date de 1992. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Croyez-le ou non, cette très abondante discographie, entamée en 1964 et dont le dernier opus enregistré en studio date de 2022, ne compte aucun mauvais album : John Mayall & The Bluesbreakers, formation à la composition éternellement éphémère, proposent des compositions blues-rock toujours très solides à défaut d’être toujours très originales, toujours très bien jouées et exposant, au fil des générations, de remarquables guitaristes mis en vedette : Eric Clapton, Peter Green, Mick Taylor, Harvey Mandel, Gary Moore, Coco Montoya ou Buddy Whittington pour ne citer que les plus célèbres.

Evidemment, on évitera d’écouter ces albums à la chaîne, au risque de la lassitude, tant ils sont finalement assez monolithiques, bien qu’enregistrés sur près de sept décennies. Mais, pris individuellement, chacun est a minima un bon disque, et souvent mieux que ça. Je garde personnellement une préférence pour son fameux triptyque des années 60 : « The Bluesbreakers with Eric Clapton » –1966-, « A Hard Road » –1967– et « Crusade » –1967– et, surtout, pour « Blues From Laurel Canyon » –1968, sans les Bluesbreakers, momentanément dissous à cette date, mais avec Mick Taylor (guitare solo et slide), Colin Allen (batterie) et Stephen Thomson (basse)-, -, son meilleur album à mes oreilles, témoignage de son installation éphémère en Californie, où il avait élu domicile dans une cabane dans les arbres !

Croyez-le encore ou non, chaque guitariste passé au sein des Bluesbreakers a été plus ou moins profondément brouillé à un moment de sa carrière avec ce mentor doté d’un caractère tyrannique et, selon de nombreux témoignages, assez épouvantable ! Pendant la majorité de sa très longue carrière, John Mayall a été éclipsé par les artistes propulsés par son « académie de blues », ainsi qu’il appelait les Bluesbreakers, et il semble qu’il en ait gardé quelque rancoeur.

Dans « Wake Up Call », John Mayall est accompagné de David Grissom –guitare rythmique– et Coco Montoya –guitare-, Rick Cortes –basse– et Jon Yuele –batterie-. Parmi ses prestigieux invités figurent les guitaristes Buddy Guy pour un titre et Mick Taylor pour deux morceaux, dont la chanson éponyme –cf. extrait-. Un album varié, qui excède parfois les frontières du blues ou du blues-rock, avec d’excellentes parties de guitares flamboyantes !

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« Blues & Kind Of Blues » playlist

Entamer la journée par une playlist consacrée à des albums de blues ou de pièces dérivées du blues, c’est vivifiant, d’autant que tous les artistes du jour sont bourrés de talent ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

J’ai commencé par un album pas très connu d’un « Power trio » à peine plus connu, West, Bruce & Laing, qui suivit une éphémère et erratique carrière –comme souvent avec les super groupes auxquels participa le remarquable bassiste Jack Bruce, instable de caractère et ego surdimmensionné oblige, sans doute…-. Le meilleur y côtoie le plus banal, mais, dans l’ensemble, l’album est très convenable et s’écoute avec plaisir. –Cliquer sur l’extrait pour en découvrir la belle énergie et le jeu de basse très nourri de Jack Bruce-.

Suit, dans un très bon son, l’un des innombrables live « non-officiels » de Mick Taylor, très inspiré et assuré ici en concert à Genève, avec Snowy White, ce dernier plutôt discret tout au long du set, assez court mais brillant –le groupe qui entoure Mick Taylor est de premier plan-. Un très beau disque –l’album existe aussi en DVD, difficile à trouver– ! L’expérience fut renouvelée en 1992, à Londres, avec quasiment le même combo et la même setlist !

De même, l’album d’Albert Kingl’un des trois « King » de la guitare blues en Amérique avec B.B et Freddy-, qui fut l’un des héros de tous les guitaristes anglais ayant émergé au début des années 60, est tout-à-fait excellent, et le son de sa Gibson Flying V –cf. extrait ci-dessous– est superbe !

Pour finir, l’album anniversaire des 70 ans de John Mayall & The Bluesbreakers –en 2003 : il est beaucoup plus vieux et toujours actif aujourd’hui-, où le parrain du blues anglais avait réuni autour de lui, pour l’occasion, quelques-uns des musiciens qui l’avaient accompagné tout au long de sa longue carrière : absolument brillant !

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Playlist « L’autre Tétralogie »

J’ai entamé cette playlist hier matin, en tombant du lit très tôt –juste avant 5 heures…– pour l’achever ce matin, très tôt aussi, étant rentré bien trop tard hier soir pour y consacrer un brin d’oreille !
Il ne s’agit pas, comme vous pouvez le constater, de la Tétralogie wagnérienne, mais de celle, bien plus courte, des Bluesbreakers de John Mayall conçue entre 1966 et 1968 ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Quatre configurations variées autour du « vieux » mentor, qui voient passer quelques-uns des meilleurs musiciens anglais du blues de cette époque : trois guitaristes d’exception –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, d’abord, avec Eric Clapton (1), puis Peter Green (2) et, enfin, Mick Taylor (3 et 4); John McVie à la basse; Hughie Flint, Colin Allen, Jeff Hartley et Ainsley Dunbar à la batterie; et, sporadiquement, une section d’excellents cuivres.

Le premier album, avec Eric Clapton, est sans doute le plus connu et contribua à forger la légende du guitariste –c’est son meilleur album, il ne jouera plus jamais aussi bien, dans ce répertoire, par la suite. Et, comme de plus, pour quasiment cette unique occasion, il joue sur Gibson Les Paul, il trouve un son vraiment idiomatique : auparavant, il jouait sur Fender Telecaster au sein des Yardbirds; dans Cream, il jouera essentiellement sur Gibson SG puis, plus tard, passera sur Fender Stratocaster-. Mais celui qui marcha le plus fort en terme de vente et dans les « charts » de son époque, c’est le dernier, « Bare Wires », paru en 1968. C’est, pourtant, le moins directement accessible peut-être, presque plus proche du jazz que du blues par moment.

Les quatre albums forment, quoi qu’il en soit, un ensemble remarquablement cohérent et ont tous été réédités, avec parfois de très nombreux et intéressants « bonus » dans d’excellentes conditions techniques –même si la stéréo schématique, sur les trois premiers albums, produit parfois de curieux résultats-.

En guise de devinette, je vous invite à essayer d’attribuer un guitariste à chacun de morceaux suivants… Quatre morceaux, trois guitaristes, et l’on se rend compte, pourtant, d’une unicité de style assez étonnante ! A vous d’écouter et de jouer !

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