Playlist « Brahms à l’ancienne & à l’américaine »

Après Bruckner, Brahms ! Peu me chaut l’ordre alphabétique, je préfère généralement le premier au second, sauf en ce qui concerne les concertos pour piano ! Normal me direz-vous, Bruckner, qui était organiste, n’a rien composé pour le piano –on peut faire abstraction de son recueil d’apprenti-compositeur, le Kitzler Studienbuch– ! La playlist de ce jour propose des enregistrements d’origine américaine, gravés dans les années 50 ou au tout début des années 60, et qui firent tout d’abord les beaux jours des discophiles d’Outre-Atlantique, avant de faire les miens : j’aime beaucoup ces interprétations de Brahms, musicien que je ne consomme qu’avec modération…

Quasiment tous les artistes de cette playlist –Leon Fleisher en est l’exception– viennent d’Europe, où ils avaient entamé leur carrière –Allemagne pour Steinberg, Tchécoslovaquie pour Firkusny, Hongrie pour Reiner et Szell– et ont été naturalisés américains durant la guerre ou immédiatement après. Les trois chefs, tous nés à la fin du 19ème siècle, trouvèrent en Amérique des orchestres remarquables et s’inscrivent dans la lignée des « chefs objectifs » popularisée par Arturo Toscanini, qui était alors très en vogue aux États-Unis. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°1
Rudolph Firkusny, piano ; orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Le premier concerto pour piano de Brahms est sans doute l’oeuvre que je préfère du compositeur, et cette version de l’oeuvre fait partie des très bonnes interprétations et s’avèrent très complémentaires des meilleures versions européennes, souvent plus massives du côté de l’orchestre. Ici, fidèle à lui-même, Steinberg se montre vif-éclair, rigoureux et transparent et son association avec Rudolf Firkusny, au jeu fin, élégant mais non dénué de poigne –c’est nécessaire pour ce concerto– s’avère une grande réussite : à la même époque, les deux compères enregistraient également une remarquable interprétation du 5ème concerto « L’Empereur » de Beethoven.
William Steinberg, aimable et doté d’un grand sens de l’humour, fut souvent décrit comme « Un Reiner ou un Szell avec du coeur ».

• Johannes Brahms – Symphonie n°3
Orchestre symphonique de Chicago, Fritz Reiner – 1958 *****

Fritz Reiner fut sans doute le plus grand « dictateur de la baguette » : un chef qui ne souriait jamais et tyrannisait régulièrement ses musiciens afin d’en tirer le meilleur. Peu patient, il était également capable de renvoyer rapidement les musiciens d’orchestre qui ne lui convenaient pas : à Pittsburgh, où il précéda William Steinberg, il avait, en dix ans, renvoyé plus de la moitié des musiciens…
Nonobstant ces petits travers –sic-, ces disques sont d’un très haut niveau –et d’un très haut niveau technique, puisqu’il bénéficia du procédé « Living Presence » de RCA-, et cette troisième symphonie de Brahms n’échappe pas à cette règle ! La perfection a un prix !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°2
Leon Fleisher, piano ; Orchestre de Cleveland, George Szell – 1962 ****(*)

Une autre association gagnante : celle du brillant pianiste américain Leon Fleisher, vainqueur à 24 ans du concours de piano de la Reine Elisabeth et du chef de l’orchestre de Cleveland George Szell –encore un chef sympathique qui ne rigolait jamais…-, qui enregistrèrent avec beaucoup de succès l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven et celle de Brahms, ainsi que les concertos pour piano de Schumann, de Grieg et le 25ème concerto de Mozart. Cette association fructueuse fut malheureusement interrompue par la paralysie progressive de la main droite de Leon Fleisher, dont il perdit l’usage en 1964 du fait d’une dystonie focale.
Tous les disques enregistrés par le couple Fleisher / Szell- Cleveland sont de premier ordre et ont bénéficié de rééditions soignées en CD. Quasiment à la même époque, Emil Gilels enregistrait ce même concerto avec l’orchestre de Chicago et Fritz Reiner : une version magistrale qui aurait presque pu figurer dans cette playlist !

, , , ,

Playlist « Bruckner à l’ancienne & à l’américaine »

Longtemps, Anton Bruckner eut mauvaise presse en France, ses symphonies étant jugées par les musicographes locaux, au mieux trop longues, au pire boursouflées et terriblement ennuyeuses. Quant au compositeur, lui-même était considéré comme un paysan autrichien naïf, bigot et mal dégrossi -je n’exagère pas-. Lorsque je l’ai découvert, dans la première moitié des années 80, sa perception avait heureusement évolué de manière beaucoup plus positive et la discographie de ses symphonies commençait à s’enrichir, même si elle n’était pas -encore- pléthorique.

En revanche, Anton Bruckner fut très tôt tenu en très haute estime en Allemagne, en Autriche et dans toute la sphère anglo-saxonne. Aux États-Unis, William Steinberg, véritable précurseur dans ce pays où il s’était exilé pour fuir le nazisme, enregistra avec son orchestre de Pittsburgh la quatrième symphonie aussi tôt qu’en 1956, puis la septième symphonie un peu plus tard, en 1968. Avec l’orchestre symphonique de Boston, il grava également en 1970 une remarquable sixième symphonie du compositeur autrichien, qui ne figure pas dans la présente playlist.
Autre chef allemand exilé aux États-Unis du fait du national-socialisme, Bruno Walter, disciple de Mahler qui fut lui-même un élève de Bruckner, fut également, très tôt, un excellent interprète du compositeur autrichien. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Anton Bruckner – Symphonie n°4 « Romantique »
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Cette symphonie, qui fut la première du compositeur à connaitre le succès et reste la voie d’accès la plus aisée pour le découvrir, fut remaniée moultes fois par Bruckner pendant près d’une décennie. William Steinberg opte pour la version dite « de 1881 », qui est la plus communément jouée. L’interprétation du chef contredit la réputation de « lenteurs et longueurs brucknériennes » : elle justifie son sous-titre « Romantique » en se montrant vive et contrastée –un peu à la manière d’un Volkmar Andrae, mais avec un orchestre de bien meilleure qualité et qui joue juste, note perfide du rédacteur-, très narrative et poétique. La prise de son –une mono très large– est très bonne pour son âge, même si les timbres manquent un peu de distinction. Bref : une très belle version, très complémentaire des meilleures versions européennes, et, à mes oreilles, au même niveau.

• Anton Bruckner – Symphonie n°7
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg, 1968 *****
Extrait du coffret anthologique de 17 CD « William Steinberg. Complete Command Classics Recordings » – DGG, 2023

Passé totalement inaperçu au moment de sa sortie, en 1970, du fait d’une distribution erratique des disques du label Command Classics, ce disque a été récemment réédité dans de bonnes conditions techniques par Deutsche Grammophon au sein d’un coffret dont je vous parlais un peu ici. Le coffret en général et ce disque en particulier ont aussitôt recueilli les louanges de l’ensemble de la presse spécialisée, en France et partout ailleurs. Les tempi sont parmi les plus vifs de la discographie sans précipitation cependant dans les climax à la manière d’un Jochum par exemple, autre note perfide du rédacteur…– , mais la fluidité du discours ne nuit pas au lyrisme de l’oeuvre et l’orchestre joue merveilleusement bien.
Les disques Command Classics proposaient, de surcroit, d’excellents enregistrements, malheureusement saccagés par des pressages vinyles très médiocres : leur réédition en CD leur rend désormais toute leur beauté originelle !

• Anton Bruckner – Symphonie n°9 « dédiée Au bon Dieu »
Columbia Symphony Orchestra, Bruno Walter – 1959 ****(*)

La dernière symphonie de Bruckner, dont la dédicace porte « dem lieben Gott » –le bon dieu-, est inachevée. Le compositeur, malade, passa les deux dernières années de sa vie à essayer, en vain, d’écrire un dernier mouvement. Elle se termine donc par un formidable mouvement lent, un adagio introspectif et méditatif d’une grande ferveur spirituelle –à partir de 35’39 sur la vidéo-, parfaitement retranscrite par Bruno Walter et le Columbia Symphony Orchestra, orchestre de cachetonneurs issus d’autres orchestres américains –principalement New York et Los Angeles, selon le lieu de l’enregistrement– et épisodiquement réunis pour des enregistrements pour le label Columbia.
Très belle version –même si le début du premier mouvement manque un peu de puissance tellurique à mes oreilles-, malgré une prise de son qui n’est pas formidable, pincée et un peu sèche, comme souvent à cette époque chez CBS.

, ,

Des goûts et des couleurs. 9

Sibelius – Les symphonies • 1, les versions finlandaises •

Jean Sibelius, en France, fut longtemps mal-aimé, méprisé et considéré comme « le plus mauvais compositeur du monde », selon le pamphlet de René Leibowitz, chef d’orchestre et compositeur élève de Schönberg. A contrario, il était, selon le célèbre chef d’orchestre Arturo Toscanini, « le plus grand symphoniste depuis Beethoven ».

C’est cette dernière opinion que je partage assez largement, et c’est ainsi que c’est le compositeur qui, après Beethoven, bénéficie au sein de ma discothèque du plus grand nombre de versions –une petite vingtaine– d’une intégrale de ses symphonies, qui ont été enregistrées par les plus grand chefs -parfois plusieurs fois- et les plus grands orchestres. Pourtant, je suis venu à ce compositeur relativement tardivement –vers 18 ou 19 ans, par le biais de sa deuxième symphonie selon George Szell– et très progressivement.

Le passage en revue de ce jour ne comporte que les versions enregistrées par des chefs d’orchestre finlandais. Les autres versions « étrangères » viendront plus tard. Pour un pays si peu peuplé –moins de 6 millions d’habitants-, le nombre d’orchestres et de chefs d’orchestre aussi talentueux est proprement étonnant et remarquable ! Toutes ces intégrales sont de très belle qualité, et les trois que j’ai isolées, très différentes les unes des autres, sont celles que je préfère. Ce sont aussi les trois intégrales les mieux enregistrées de ce lot finlandais. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

,

Je suis un précurseur…

C’est écrit dans le journal ! En effet, cela fait plus de 20 ans que, chaque année –sauf une– j’y passe mes vacances ! C’est aussi à Wimereux que Trésor-De-Janvier s’est tenue debout pour la toute première fois et et qu’elle a fait ses premiers pas en se tenant –et mangé ses premieres frites-.
Cette année, comme nous y étions en juin, nous avons échappé aux fortes affluences, mais depuis l’après-Covid, nous avions en effet constaté une augmentation du nombre de vacanciers –notamment asiatiques– et, surtout, un retour des Anglais qui avaient un peu disparu après la crise financière de 2008.

Evidemment, maintenant que ce secret est éventé, ça risque d’être beaucoup plus guindé !

,

Mise en boîte post-caniculaire… (Basse)

Geraldine & John – Joe Jackson

Avec la canicule, je passe mon temps à ré-accorder ma basse plusieurs fois par jour -et encore plus ce week-end, où s’était installée une sorte de climat quasi-tropical-, alors que généralement, les cordes tiennent l’accord plusieurs jours sans difficulté…

Je vous parlais récemment de Joe Jackson, cet artiste singulier, qui a évolué d’une new wave post-punk extrêmement bien écrites à la fin des années 70 et au tout début des années 80 pour développer ensuite des compositions nettement plus complexes et variées.

Au sein du groupe qui l’accompagnait pour ses premières albums, Graham Maby était un bassiste inventif, qui a proposé quelques jolies lignes de basse, dont certaines ne sont pas excessivement difficiles et sont plutôt agréables à jouer. C’est le cas avec «Geraldine & John», l’une de mes chansons préférées de Joe Jackson, tirée de son album « I’m The man », paru en 1979.

La chanson raconte, sur un rythme de reggae et avec une pointe d’ironie, l’histoire, qui finit mal, du couple heureux et inséparable, mais surtout adultérin, formé par Geraldine et John… Vous pouvez en trouver les paroles ici.

,
Retour en haut