Playlist « La France vue par un Roumain »

J’ai ressorti de mes étagères ce beau et relativement copieux coffret « Constantin Silvestri, the legendary conductor« , que je vous avais déjà un peu présenté ici ou , notamment à travers ses interprétations du répertoire russe. Comme pour tous les coffrets de cette excellente collection –le prix très favorable auquel ils étaient régulièrement disponibles a malheureusement tendance à s’envoler outrageusement et proportionnellement à leur disponibilité désormais très aléatoire…-, le livret trilingue est de très bonne qualité. Dans la playlist de ce jour, ce sont les compositeurs français –ou francophone concernant César Franck, belge formé notamment au conservatoire de Paris et finalement naturalisé français en 1870– qui sont à l’honneur.

Constantin Silvestri, chef roumain, était réputé, comme son compatriote le pansu Sergiu Celibidache, pour son extrême exigence et le nombre incalculable de répétitions qu’il exigeait, assez peu compatible avec le temps que pouvaientt lui accorder les meilleurs orchestres européens. C’est pourquoi, sa carrière après sa fuite de Roumanie en 1957, fut essentiellement provinciale, puisqu’il se fixa à en Angleterre à Bournemouth : il y forgea un excellent orchestre, comme on peut l’entendre dans de nombreuses oeuvres de ce coffret. Auparavant, Walter Legge produisit quelques enregistrements réalisés à Londres ou à Paris, mais ne lui permit jamais de se frotter au grand répertoire symphonique allemand –Beethoven, Brahms, Bruckner ou Mahler– qui faisait alors la réputation des plus grands chefs.

Constantin Silvestri, à ses débuts chez EMI, resta confiné à de « petites pièces de bravoure » essentiellement issue du répertoire russe ou d’Europe Centrale ainsi qu’au répertoire français, comme c’est le cas dans cette playlist. Il y mit toujours une intransigeance pointilleuse, qui fait de ses interprétations des lectures à la fois très personnelles et très précises et brillantes, tirant le meilleur parti des orchestres qui lu sont confiés.

• Maurice Ravel – Boléro
• Camille Saint-Saëns – La danse macabre
• Paul Dukas – L’apprentis sorcier
Orchestre de la société des concerts du conservatoire de Paris, Constantin Silvestri – 1958 ****

• Claude Debussy – La mer ; 3 Nocturnes ; Prélude à l’après-midi d’un faune
Orchestre de la société des concerts du conservatoire de Paris, Constantin Silvestri – 1958/59 ***(*)

• César Franck – Symphonie en ré mineur
Philharmonia Orchestra, Constantin Silvestri – 1961 ****

Extraits du coffret anthologique de 15 CD « Constantin Silvestri, the legendary conductor » – 15 CD, coll. Icon, EMI/Warner Classics, 2013

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Balade au jardin botanique

Hier, profitant d’une belle lumière et d’une météo très agréable, nous avons passé une petite heure au jardin botanique de Strasbourg, l’un des plus anciens de France, foisonnant en cette saison, et situé à peu de distance de notre appartement –cliquer sur l’imagette pour la voir en plus grand-. L’occasion de circuler, à l’ombre d’un chaud soleil, à travers une végétation touffue et riche en espèces rares –5500 espèces sont répertoriées dans le jardin et ses serres– dont un jeune séquoia géant d’une petite centaine d’années qui va encore grandir !

A cet égard, saviez-vous que le séquoia géant General Sherman et le séquoia géant General Grant, dans la « Giant Forest du parc national de Sequoia », en Californie, sont les deux plus grands organismes vivants sur notre planète ?

J’aurais d’ailleurs pu faire une devinette de cette remarque, mais je l’avais déjà posée sur un ancien blog : entre baleine bleue et dinosaure, personne n’avait, à l’époque, trouvé la solution ! J’en ai profité pour faire quelques photosà forte dominante verte !– que vous pouvez trouver ici. La visite des serres, au cours d’une balade plus hivernale, est déjà en projet !

 

Playlist « Un monde autour du reggae »

La playlist de ce dimanche permet de découvrir tout un monde autour du reggae sans le côté mystique et religieux généralement attaché à cette musique : le rastafarisme.

En effet, on ne le sait pas toujours, « rasta » est dérivé de Ras Tafari Makonnen, devenu empereur d’Éthiopie (Négus) sous le nom de Haïlé Selassié, réputé être un descendant de la Reine de Saba, figure biblique rattachée au Roi Salomon, et considéré comme le Messie pour les Jamaïcains et certains Africains. Bob Marley, lui-même membre des Douze Tribus d’Israël, fut le grand prêtre le plus célèbre du rastafarisme, l’espace d’une décennie.

Point de tout cela dans cette playlist, d’une spiritualité beaucoup plus éclectique et proposant à la fois les ancêtres –ska et rocksteady– et les descendants –dub– du reggae ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Madness – One Step Beyond – 1979
• Lee « Scratch » Perry – Voodooism – 1996
• The Specials – BBC Sessions – 1998 –les chansons ont été enregistrées entre 1979 et 1983

D’une part, la playlist évolue entre ska, rocksteady et dub ; d’autre part, deux des groupes qui la composent sont composés de musiciens blancs uniquement –Madness– ou très majoritairement –The Specials-, issus du prolétariat anglais et assez proche de la mouvance skinhead à l’origine. Ces deux groupes, au tournant des années 80, furent exceptionnellement bien reçus par le public occidental !

Madnessextrait 1– est un groupe toujours actif de nos jours et continue à sortir de bons -voire très bons- albums de temps à autre, même si leur renommée a décru depuis les succès de leurs débuts.
The Specialsextrait 2-, en revanche, se sont séparés dès le début des années 80, avant de partiellement, sporadiquement et vainement tenter de se reformer.

Quant à Lee « Scratch » Perry, le « Salvador Dali jamaïcain », il est au reggae ce qu’était George Martin aux Beatles ou Phil Spector à la production sonore : artiste multi-taches et bricoleur de génie, précurseur du « dub » –courant expérimental du reggae– avec King Tubby, il fut, durant une cinquantaine d’années au moins, l’éminence grise fantasque –et totalement caractérielle et imprévisible– ainsi que le producteur de la quasi-totalité des musiciens jamaïcains –y compris Bob Marley & The Wailers-.

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Devinette « Morphologie & musique ».

La dernière devinette, assez vite résolue en dépit d’une solution assez improbable, commençait à dater un peu, aussi est-il temps d’en proposer une nouvelle ! Celle-ci devrait trouver une solution rapide, me semble-t-il, l’anecdote étant relativement connue. Donc, la voici !

De quel musicien –réponse attendue sous la forme [prénom & nom]– Hector Berlioz parlait-il avec mépris, en le décrivant comme « un tonneau de porc et de bière » ?

A vos claviers !

Surprise estivale sous le soleil italien !

L’arrivée prochaine de l’été calendaire –pour ce qui concerne la météo, c’est déjà fait depuis quelques jours…– coïncidence avec l’arrivée, en temps et en heure, de cette nouvelle surprise mensuelle, placée sous le sceau –et sous le soleil…– de l’’Italie pour varier les plaisirs !
Cette surprise devrait être suffisamment copieuse pour vous permettre de passer agréablement un peu de temps à l’ombre et à l’abri des grandes chaleurs ! Vous la trouverez ici.
Comme toujours, la surprise précédente est désormais retirée du serveur.

ENJOY !

Dimanche à l’opéra • A Bayreuth, chez Cosima

Fille de Frantz Liszt et de la comtesse Marie d’Agoult, femme de lettres française sous le nom de Daniel Stern et qui fut sa maîtresse au cours d’une romance passionnée de six ans, Cosima Wagner fut l’amante puis la seconde épouse de Richard Wagner à partir de 1870. A la mort du compositeur –1883-, elle fit du festival de Bayreuth, qui n’avait alors connu que deux saisons en 1876 et 1882, une véritable institution et le dirigea jusqu’en 1906, date à laquelle leur fils cadet, Siegfried, lui succéda.

Cosima Wagner et leur fils Siegfried sont au 1er plan à gauche, Frantz Liszt est au piano et Richard Wagner tient une partition.

Sous son égide, le temple wagnérien fut marqué par un conservatisme certain et un dogmatisme extrêmement rigide quant à ses conceptions scéniques ou lyriques.

C’est à Cosima, beaucoup plus qu’aux volontés du compositeur, que l’on doit le fameux « style wagnérien » que l’on pouvait alors entendre sur « la colline verte de Bayreuth » : primauté du texte sur la musique, importance de la déclamation au détriment de la ligne mélodique et appui sonore sur les consonnes, fortement projetées, en sont les principaux éléments.

Ces caractéristiques furent largement moquées dans toutes les maisons d’opéra du monde, décrites comme « les aboiements wagnériens », et ne furent en réalité adoptées que par une très infime minorité de chanteurs, y compris à Bayreuth.

Le coffret de ce jour propose d’entendre des artistes qui exercèrent à Bayreuth durant les trente années passées sous la direction de Cosima Wagner –mais ils n’ont pas été enregistrés à Bayreuth durant cette période, cela va de soi…– et constitue un témoignage précieux sur cette période, même si TheCookingCat ne comprend pas que je puisse consacrer du temps à ces antiquités… –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Les nombreux fragments de chacun des dix opéras de Wagner sont parfois techniquement rudimentaires et sont assez souvent accompagnés d’un piano plutôt que d’un orchestre. S’ils peuvent donner une idée du « style wagnérien » en vigueur sous Cosima, ils montrent surtout que très peu de chanteurs s’y pliaient ! Par ailleurs, les conditions techniques précaires de l’époque –certains enregistrements remontent à 1902– ne permettent pas d’offrir de très longs extraits et, surtout, ceux-ci sont très souvent joués à grande vitesse ! On a donc du mal à mesurer l’ampleur de ces voix, qui semblent assez éloignées cependant de l’image que l’on peut avoir des « grande voix wagnérienne » –mais certains artistes étaient déjà assez avancés en âge lorsq’ils enregistrèrent ces extraits-. En revanche, la diction est le plus souvent exemplaire, et ce n’est pas un détail !

Cette génération de chanteurs lyriques précède la génération dite de « l’âge d’or du chant wagnérien », que vous pouvez retrouver ici ou encore .

Un témoignage historique du plus haut intérêt !

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Épisode exceptionnel, ou pas ?

Un petit dessin en guise de réponse… –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
Le second graphique, inscrit dans une temporalité annuelle, me semble encore plus parlant que le premier, surtout si on remonte dans le temps : de 1990 à 2009; le bleu pâle était très largement dominant, et, par exemple, 2003 ne fut que rose pâle, malgré la canicule d’août qui fit tant parler d’elle, et ce constat largement identique quelle que soit la localisation géographique en France… Je n’ai pas les données pour 1976, qui fut marquée par une canicule doublée d’une intense sécheresse.

Playlist « Noir & Blanc au féminin »

Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Johann Sebastian Bach – Variations Goldberg
Simone Dinnerstein, piano – 2007 *****

L’enregistrement des « Variations Goldberg » par la pianiste américaine Simone Dinnerstein –prononcer DinnerSTINE au risque de vous faire engueuler par le petit timonier May-Lang-Chong– fit grand bruit à sa sortie, Telarc ayant récupéré les bandes de cet enregistrement auto-financé par une pianiste alors totalement inconnue. Son disque se vendit formidablement bien ! Passé ce tapage médiatique, la pianiste est retombée dans un oubli relatif : elle a peu enregistré, et le label Telarc a été racheté ; elle enregistre désormais sporadiquement pour Sony. Mais ce qui reste, à savoir cet album, mérite de demeurer dans les mémoires : c’est d’une beauté méditative extrêmement réfléchie, nuancée et subtile. Une superbe version de ces variations au piano, douce et reposante ! –Extrait 1

• Frédéric Chopin – Valses
Alice Sara Ott, piano – 2010 ****

Je n’écoute que rarement des pièces pour piano de Frédéric Chopin, ayant toujours entretenu un rapport lointain avec ce compositeur. Pourtant, ses valses sont des compositions brillantes et faciles d’accès –pour l’auditeur : c’est une autre paire de manches pour le pianiste…-.
Elles bénéficient en 2010 d’une interprétation glorieuse sous les doigts d’Alice Sara Ott, tout juste sortie de l’adolescence. Il s’agit du deuxième disque de la jeune pianiste, remarquablement talentueuse. Le premier était consacré aux « Douze études d’exécution transcendante » de Franz Liszt : ça vous pose le niveau… La carrière discographique de cette brillante artiste s’est poursuivie avec le même succès avant d’être malheureusement mise en sommeil du fait de la grave maladie -SEP- de la pianiste. –Extrait 2-.

• Erik Satie – Pièces pour piano
France Clidat, piano – 1982 *****
Extraits du coffret de 3 CD « ‘Erik Satie. Oeuvres pour piano » – France Clidat – 1982, Forlane-

France Clidat est une grande pianiste, un peu oubliée de nos jours –elle est décédée en 2013-, qui connut son heure de gloire internationale, au tournant des années 70, en réalisant la première « intégrale » enregistrée des oeuvres de Franz Liszt, en plusieurs coffrets thématiques représentant une trentaine de 33 tours –il s’agit plutôt d’une très large anthologie que d’une intégrale : les transcriptions et les paraphrases n’y figuraient pas-.
Autant dire que les petites pièces d’Erik Satie, d’une envergure technique nettement moindre, ne pouvaient pas lui faire peur… De bien belles versions qui m’étaient sorties de l’oreille depuis longtemps, et dont je ne me souvenais qu’elles étaient aussi réussies, dans une optique très « grand piano » que l’on n’entend pas souvent dans ces oeuvres. Le livret de ce petit coffret est lui aussi de très bonne tenue et l’ensemble fut récompensé, en 1984, du grand prix du disque de l’académie Charles Gros.

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