Playlist « Neue Wiener Schule »

Dans le prolongement de la séance lyrique de dimanche dernier, consacrée au Gurre-Lieder de Schönberg, je me suis attaché dans cette playlist à une anthologie orchestrale des trois compositeurs de la Nouvelle École de Vienne, Arnold Schönberg et ses deux principaux disciples, Alban Berg et Anton Webern -la première « trilogie viennoise réunissant Joseph Haydn, Wolfgang A. Mozart et Ludwig van Beethoven-. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

• Arnold Schönberg – Die verklärte Nacht ; Pelleas und Melisande
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert von Karajan – 1974 *****

En 1974, Herbert von Karajan enregistra une large anthologie de pièces orchestrales des trois compositeurs de la Nouvelle École de Vienne. Ce projet fut jugé a priori si peu rentable par l’éditeur Deutsche Grammophon que le chef l’autofinança. Le coffret remporta un succès inattendu et Karajan –dont aucun album n’a jamais été vendu à moins de 50 000 exemplaires lors de sa sortie, chiffres qui font rêver désormais dans le monde classique– n’était pas peu fier d’annoncer assez rapidement que l’empilement des coffrets vendus –4 LP– était formait une tour plus haute que la Tour Eiffel ! Il faut dire que la production en fut très soignée, que les illustrations des pochettes des disques parus individuellement étaient magnifiques et que les interprétations du chef et de son orchestre sont extraordinairement léchées et inscrites dans une veine post-romantique qu’on n’attendait pas forcément de ces oeuvres. Si le chef n’enregistra plus, par la suite, de pages de Berg ou Webern, il joua fréquemment en concert, et jusqu’à tard dans sa carrière, « La nuit transfigurée » de Schönberg, une pièce qu’il aimait particulièrement et dont il donnait des interprétations virtuoses et hyper-romantiques.

• Anton Webern – Anthologie orchestrale
Passacaille ; Im Sommerwind ; Six pièces pour orchestre op.6 ; Cinq pièces pour orchestre op.10 ; Symphonie ; Variations ; Concerto pour 9 instruments
Staatskapelle de Dresde, Giuseppe Sinopoli – 1996 *****
L’album fait partie d’un coffret anthologique « Schönberg, Berg, Webern » de 8 CD enregistrés entre 1995 et 1998 par Giuseppe Sinopoli et la Staatskapelle de Dresde – EMI, 2008

Giuseppe Sinopoli, chef génial mais parfois controversé de son vivant –de nombreux musiciens d’orchestre le dénigraient mais le demandaient pourtant car il était très « bankable »…-, s’inscrit dans la même veine hyper-romantique que Karajan pour interpréter les compositeurs de la Nouvelle École de Vienne, et bénéficie lui aussi, avec la Staatskapelle de Dresde, d’un orchestre de tout premier ordre. Les albums qu’il en a proposé, tous de très haut niveau et très bien enregistrés –ça compte énormément pour cette musique– ont été mis en coffret en 2008, disponible à tout petit prix -de mémoire : moins de 20 euros- et atteignant désormais des tarifs indécents en occasion !

 

• Alban Berg – Suite orchestra « Lulu » – 3 pièces pour orchestre op.6
Orchestre symphonique de Londres, Claudio Abbado – 1971 ****

Tout jeune fonctionnaire-stagiaire salarié –j’ai eu cette chance…-, je m’étais offert dès sa sortie, en 1985, un somptueux coffret de dix 33 tours consacrés à l’oeuvre complète d’Alban Berg –des trois compositeurs de la seconde école de Vienne, il est le plus accessible-, magnifiquement illustré par des tableaux d’Egon Schiele très bien reproduits sur les pochettes. Comme, de plus; « Wozzeck » faisait partie de la liste des opéras étudiés dans l’UV d’histoire de la musique que je suivais, j’ai pu approfondir ce magnifique opéra –version de Karli « Sac de patates » Böhm– plus que de raison !
Ce superbe coffret intégral –cf. imagette de droite– comprenait notamment une réédition du présent album de Claudio Abbado, très bien mais pas aussi aboutie que sa version ultérieure avec l’orchestre philharmonique de Vienne. Lorsque j’ai revendu, quelques années plus tard, l’ensemble de ma discothèque vinyle, je dois dire que les très belles pochettes de ce coffret m’ont plus manqué que la musique des disques, dont j’ai racheté une grande partie en CD !

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Playlist nocturne disparate mais sombre

Dans l’interminable série dont la fin n’est pas programmée « Mes nuits sans dormir… », voici une playlist nocturne plutôt disparate, dont l’unique point commun est que chacun des albums qui la composent sont de tonalité relativement sombre : c’est bien-là son seul fil conducteur ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• D.A.F – Alles ist gut – 1981 *****
• Rammstein – Herzeleid – 1995 ***
• Massive Attack – 2010 ****

J’ai toujours aimé l’album de D.A.F –Deutsch-Amerikanische Freundschaft, soit amitié germano-américaine-, acheté en vinyle quasiment à sa sortie puis racheté en CD beaucoup plus tard, aux musiques extrêmement rythmée –le groupe n’est composé que d’un chanteur et d’un batteur issu du monde classique– et aux paroles volontairement provocatrices –les deux musiciens sont issus de la gauche, très radicale pour le chanteur : précisions importante pour ceux qui auraient pensé que Der Mussolini est un hymne au fascisme…-.

Le au premier album de Rammstein, « Herzeleid », soit « Peine de coeur », pose les bases de leurs deux très bons albums suivants –on peut ensuite, à mon avis, oublier les autres albums studio-, mais n’est pas encore tout-à-fait au même niveau.
J’ai découvert le dernier album de cette playlist, « Heligoland » de Massive Attack, à peu près à l’époque de sa sortie. Je l’avais beaucoup apprécié, au point de l’acheter : c’est vous dire ! C’est l’unique album que je connais de ce groupe dont je ne sais par ailleurs pas grand-chose –il est classé parmi les groupes de Tri Hop-, je ne l’écoute pas très souvent, mais continue à l’apprécier à chaque fois.

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Chouette version originale, jolie copie !

David McWilliams – The Days Of Pearly Spencer

J’ai retrouvé une vieille chose –décidément, 1967 fut une très grande année en matière de Pop Music, tant d’excellents disques sortirent cette année-là !-, presqu’aussi vieille que moi à un an près, et qui connut un immense succès en son temps en France, mais pas en Angleterre ni en Irlande, son pays d’origine ! Comme quoi, parfois, les Français ont du goût en matière de Pop Music ! Voici donc, tout d’abord, la version, dans cette petite vidéo.

Et voici maintenant la copie, très réussie à mes oreilles, réalisée en 1988 par l’excellent et bien trop peu connu groupe français The Vietnam Veterans, parue sur un disque compilation « posthume », le groupe s’étant séparé avant sa sortie…

 

Playlist « Charcutages et amputations »

Evidemment, avec une appellation pareille, cette playlist semble peu ragoûtante ! Elle doit son titre au fait que les oeuvres qui la composent ont été plus ou moins atrophiées par des coupures forcément malvenues, telles qu’on les concevait encore jusqu’au milieu du 20ème siècle, pour de mauvaises raisons pratiques ou artistiques ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Richard Wagner – Die Walküre, acte II
Fuchs, Hotter, Lehmann, Melchior, Klose, List, Flesh, Berger
Orchestre de l’opéra de Berlin, Bruno Seidler-Wikler, scènes 1, 2 et 4 – 1938 *****
Orchestre philharmonique de Vienne, Bruno Walter, scènes 3 et 5 – 1935 *****

Ce monument de l’histoire du disque est malheureusement amputé –crime impardonnable– d’une grande partie de la longue anamnèse de Wotan –acte 2, scène 2-, longtemps considérée comme un « tunnel » scénographie -et cependant essentiel pour comprendre le rôle de Wotan– et assez largement coupée sur les scènes du monde entier –sauf à Bayreuth– et, pour la mise en 78 tours, dans les premiers enregistrements de cet acte, beaucoup moins populaire que les deux autres-.
C’est regrettable : d’une part, parce que ce long passage, qui oscille entre chuchotements introspectifs et colère rentrée fait partie de mes passages préférés du «Ring des Nibelungen » et d’autre part parce que dans cette version, on trouve le premier témoignage enregistré du rôle de Wotan par Hans Hotter –un rôle qu’il a chanté plus qu’aucun autre jusqu’au milieu des années 60, qu’il a marqué à jamais de son empreinte et pour lequel il reste inapproché-, ici à 29 ans : et c’est, déjà, proprement fabuleux ! Tout le reste de cet acte « en kit » -je vous ai dit pourquoi ici– est d’un remarquable niveau de qualité.

• Serge Rachmaninov – Symphonie n°2
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1954 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

La deuxième symphonie de Serge Rachmaninov fut, durant plusieurs décennies et avec l’aval du compositeur, interprétée dans des versions coupées, parce qu’il craignait qu’elle connût un sort aussi peu enviable que sa première –un « four » monumental à sa création-. Ces coupures représentent une dizaine de minutes –la symphonie, dans son intégralité telle qu’elle est proposée de nos jours, dure une petite heure-.
La version de William Steinberg, la toute première enregistrée à ma connaissance, constitua très longtemps une référence des catalogues internationaux. Le chef semble avoir eu une affection particulière pour l’oeuvre, qu’il réenregistra, avec le même succès critique mais toujours avec des coupures, pour le label Capitol Records en 1961. Dans les deux cas, l’orchestre de Pittsburgh se couvre de gloire et les conditions techniques –ici, une mono très large d’image et bien timbrée–   s’avèrent remarquables pour leurs époques respectives.
L’imagette de droite –cliquer pour la voir en plus grand, c’est en Anglais très accessible– vous propose la critique parue dans la revue Gramophone en juin 1955, lors de la parution de ce disque en Angleterre -je n’en ai pas trouvé trace dans les archives françaises, malheureusement incomplètes…-. Il est étonnant que William Steinberg, dont les disques connurent régulièrement un très grand succès critique en leur temps, ait ensuite été « oublié » jusqu’à sa « redécouvert » en 2011 avec la sortie du gros coffret EMI Icon.

 

• Reinhold Glière – Symphonie n°3 « Ilya Mourometz »
Orchestre symphonique de Houston, Leopold Stokowski – 1958 ****
Extrait du coffret anthologique de 10 CD « Leopold Stokowski, The Maverick Conductor » – EMI, 2009

La troisième symphonie de Reinhold Glière –compositeur russe comme son nom ne l’indique pas…– est une oeuvre à programme décrivant les exploits d’Ilya Mourometz, le bogatyr le plus célèbre de la mythologie de la Rus’de Kiev –la Russie ancestrale-. Il s’agit d’une symphonie pléthorique et foisonnante d’idées, d’une durée un peu supérieure à une heure, dont les premières versions enregistrées présentait un nombre de coupures plus ou moins aléatoires pour la faire tenir en environ 40 à 50 minutes, soit deux faces de 33 tours.
Cette version de Stokowski, la deuxième à avoir été enregistrée après celle de Ferenc Fricsay en 1956, est celle qui présente les coupures les plus nombreuses –connaissant ce chef, ces « tripatouillages » étonnent peu, et encore moins dans cette symphonie-, mais on ne s’en rend guère compte si on ne connaît pas l’oeuvre intégrale telle qu’elle est régulièrement proposée de nos jours, qui peut même paraître longuette entre de mauvaises mains… Ici, malgré un orchestre qui n’est de loin pas le meilleur orchestre américain, le chef fait sonner l’oeuvre de mille feux rutilants, ce qui sied parfaitement à son propos.

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Playlist « Brahms à l’ancienne & à l’américaine »

Après Bruckner, Brahms ! Peu me chaut l’ordre alphabétique, je préfère généralement le premier au second, sauf en ce qui concerne les concertos pour piano ! Normal me direz-vous, Bruckner, qui était organiste, n’a rien composé pour le piano –on peut faire abstraction de son recueil d’apprenti-compositeur, le Kitzler Studienbuch– ! La playlist de ce jour propose des enregistrements d’origine américaine, gravés dans les années 50 ou au tout début des années 60, et qui firent tout d’abord les beaux jours des discophiles d’Outre-Atlantique, avant de faire les miens : j’aime beaucoup ces interprétations de Brahms, musicien que je ne consomme qu’avec modération…

Quasiment tous les artistes de cette playlist –Leon Fleisher en est l’exception– viennent d’Europe, où ils avaient entamé leur carrière –Allemagne pour Steinberg, Tchécoslovaquie pour Firkusny, Hongrie pour Reiner et Szell– et ont été naturalisés américains durant la guerre ou immédiatement après. Les trois chefs, tous nés à la fin du 19ème siècle, trouvèrent en Amérique des orchestres remarquables et s’inscrivent dans la lignée des « chefs objectifs » popularisée par Arturo Toscanini, qui était alors très en vogue aux États-Unis. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°1
Rudolph Firkusny, piano ; orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Le premier concerto pour piano de Brahms est sans doute l’oeuvre que je préfère du compositeur, et cette version de l’oeuvre fait partie des très bonnes interprétations et s’avèrent très complémentaires des meilleures versions européennes, souvent plus massives du côté de l’orchestre. Ici, fidèle à lui-même, Steinberg se montre vif-éclair, rigoureux et transparent et son association avec Rudolf Firkusny, au jeu fin, élégant mais non dénué de poigne –c’est nécessaire pour ce concerto– s’avère une grande réussite : à la même époque, les deux compères enregistraient également une remarquable interprétation du 5ème concerto « L’Empereur » de Beethoven.
William Steinberg, aimable et doté d’un grand sens de l’humour, fut souvent décrit comme « Un Reiner ou un Szell avec du coeur ».

• Johannes Brahms – Symphonie n°3
Orchestre symphonique de Chicago, Fritz Reiner – 1958 *****

Fritz Reiner fut sans doute le plus grand « dictateur de la baguette » : un chef qui ne souriait jamais et tyrannisait régulièrement ses musiciens afin d’en tirer le meilleur. Peu patient, il était également capable de renvoyer rapidement les musiciens d’orchestre qui ne lui convenaient pas : à Pittsburgh, où il précéda William Steinberg, il avait, en dix ans, renvoyé plus de la moitié des musiciens…
Nonobstant ces petits travers –sic-, ces disques sont d’un très haut niveau –et d’un très haut niveau technique, puisqu’il bénéficia du procédé « Living Presence » de RCA-, et cette troisième symphonie de Brahms n’échappe pas à cette règle ! La perfection a un prix !

• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°2
Leon Fleisher, piano ; Orchestre de Cleveland, George Szell – 1962 ****(*)

Une autre association gagnante : celle du brillant pianiste américain Leon Fleisher, vainqueur à 24 ans du concours de piano de la Reine Elisabeth et du chef de l’orchestre de Cleveland George Szell –encore un chef sympathique qui ne rigolait jamais…-, qui enregistrèrent avec beaucoup de succès l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven et celle de Brahms, ainsi que les concertos pour piano de Schumann, de Grieg et le 25ème concerto de Mozart. Cette association fructueuse fut malheureusement interrompue par la paralysie progressive de la main droite de Leon Fleisher, dont il perdit l’usage en 1964 du fait d’une dystonie focale.
Tous les disques enregistrés par le couple Fleisher / Szell- Cleveland sont de premier ordre et ont bénéficié de rééditions soignées en CD. Quasiment à la même époque, Emil Gilels enregistrait ce même concerto avec l’orchestre de Chicago et Fritz Reiner : une version magistrale qui aurait presque pu figurer dans cette playlist !

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Playlist « Bruckner à l’ancienne & à l’américaine »

Longtemps, Anton Bruckner eut mauvaise presse en France, ses symphonies étant jugées par les musicographes locaux, au mieux trop longues, au pire boursouflées et terriblement ennuyeuses. Quant au compositeur, lui-même était considéré comme un paysan autrichien naïf, bigot et mal dégrossi -je n’exagère pas-. Lorsque je l’ai découvert, dans la première moitié des années 80, sa perception avait heureusement évolué de manière beaucoup plus positive et la discographie de ses symphonies commençait à s’enrichir, même si elle n’était pas -encore- pléthorique.

En revanche, Anton Bruckner fut très tôt tenu en très haute estime en Allemagne, en Autriche et dans toute la sphère anglo-saxonne. Aux États-Unis, William Steinberg, véritable précurseur dans ce pays où il s’était exilé pour fuir le nazisme, enregistra avec son orchestre de Pittsburgh la quatrième symphonie aussi tôt qu’en 1956, puis la septième symphonie un peu plus tard, en 1968. Avec l’orchestre symphonique de Boston, il grava également en 1970 une remarquable sixième symphonie du compositeur autrichien, qui ne figure pas dans la présente playlist.
Autre chef allemand exilé aux États-Unis du fait du national-socialisme, Bruno Walter, disciple de Mahler qui fut lui-même un élève de Bruckner, fut également, très tôt, un excellent interprète du compositeur autrichien. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Anton Bruckner – Symphonie n°4 « Romantique »
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 *****
Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011

Cette symphonie, qui fut la première du compositeur à connaitre le succès et reste la voie d’accès la plus aisée pour le découvrir, fut remaniée moultes fois par Bruckner pendant près d’une décennie. William Steinberg opte pour la version dite « de 1881 », qui est la plus communément jouée. L’interprétation du chef contredit la réputation de « lenteurs et longueurs brucknériennes » : elle justifie son sous-titre « Romantique » en se montrant vive et contrastée –un peu à la manière d’un Volkmar Andrae, mais avec un orchestre de bien meilleure qualité et qui joue juste, note perfide du rédacteur…-, très narrative et poétique. La prise de son –une mono très large– est très bonne pour son âge, même si les timbres manquent un peu de distinction. Bref : une très belle version, très complémentaire des meilleures versions européennes, et, à mes oreilles, au même niveau.

• Anton Bruckner – Symphonie n°7
Orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg, 1968 *****
Extrait du coffret anthologique de 17 CD « William Steinberg. Complete Command Classics Recordings » – DGG, 2023

Passé totalement inaperçu au moment de sa sortie, en 1970, du fait d’une distribution erratique des disques du label Command Classics, ce disque a été récemment réédité dans de bonnes conditions techniques par Deutsche Grammophon au sein d’un coffret dont je vous parlais un peu ici. Le coffret en général et ce disque en particulier ont aussitôt recueilli les louanges de l’ensemble de la presse spécialisée, en France et partout ailleurs. Les tempi sont parmi les plus vifs de la discographie –sans précipitation cependant dans les climax à la manière d’un Jochum par exemple, autre note perfide du rédacteur…– , mais la fluidité du discours ne nuit pas au lyrisme de l’oeuvre et l’orchestre joue merveilleusement bien.
Les disques Command Classics proposaient, de surcroit, d’excellents enregistrements, malheureusement saccagés par des pressages vinyles très médiocres : leur réédition en CD leur rend désormais toute leur beauté originelle !

• Anton Bruckner – Symphonie n°9 « dédiée Au bon Dieu »
Columbia Symphony Orchestra, Bruno Walter – 1959 ****(*)

La dernière symphonie de Bruckner, dont la dédicace porte « dem lieben Gott » –le bon dieu-, est inachevée. Le compositeur, malade, passa les deux dernières années de sa vie à essayer, en vain, d’écrire un dernier mouvement. Elle se termine donc par un formidable mouvement lent, un adagio introspectif et méditatif d’une grande ferveur spirituelle –à partir de 35’39 sur la vidéo-, parfaitement retranscrite par Bruno Walter et le Columbia Symphony Orchestra, orchestre de cachetonneurs issus d’autres orchestres américains –principalement New York et Los Angeles, selon le lieu de l’enregistrement– et épisodiquement réunis pour des enregistrements pour le label Columbia.
Très belle version –même si le début du premier mouvement manque un peu de puissance tellurique à mes oreilles-, malgré une prise de son qui n’est pas formidable, pincée et un peu sèche, comme souvent à cette époque chez CBS.

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Mise en boîte post-caniculaire… (Basse)

Geraldine & John – Joe Jackson

Avec la canicule, je passe mon temps à ré-accorder ma basse plusieurs fois par jour -et encore plus ce week-end, où s’était installée une sorte de climat quasi-tropical-, alors que généralement, les cordes tiennent l’accord plusieurs jours sans difficulté…

Je vous parlais récemment de Joe Jackson, cet artiste singulier, qui a évolué d’une new wave post-punk extrêmement bien écrites à la fin des années 70 et au tout début des années 80 pour développer ensuite des compositions nettement plus complexes et variées.

Au sein du groupe qui l’accompagnait pour ses premières albums, Graham Maby était un bassiste inventif, qui a proposé quelques jolies lignes de basse, dont certaines ne sont pas excessivement difficiles et sont plutôt agréables à jouer. C’est le cas avec «Geraldine & John», l’une de mes chansons préférées de Joe Jackson, tirée de son album « I’m The man », paru en 1979.

La chanson raconte, sur un rythme de reggae et avec une pointe d’ironie, l’histoire, qui finit mal, du couple heureux et inséparable, mais surtout adultérin, formé par Geraldine et John… Vous pouvez en trouver les paroles ici.

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Playlist « Oeuvres archi-populaires »…

… pour bien commencer la semaine !

C’est encore la canicule, le cerveau est tout ramolli et rien de mieux, dans ces cas-là, que d’aborder la journée –et la semaine– avec cette playlist composées d’oeuvres archi-populaires et d’accès très facile, qui ne nécessitent donc pas d’être archi-attentif puisque je les connais par coeur depuis longtemps. Elles n’en sont pas moins belles pour autant ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Pour des oeuvres aussi connues et populaires, il n’y a pas grand-chose à ajouter, si ce n’est deux petites remarques:
• cette version de la « Symphonie du Nouveau Monde » par Karajan et Berlin est, à mes oreilles, la meilleure qu’il enregistra avec cet orchestre et qu’elle reste marquée par des couleurs brahmsiennes que le chef cultiva toujours dans Dvořák –pour des versions plus « roots », il faut aller voir ailleurs…-,
• l’album consacré aux suites orchestrales de « Peer Gynt » –prononcer Péér Günte, on est en Norvège, pas en Angleterre…– est merveilleusement enregistré, mais également superbement interprété par un orchestre tout-à-fait remarquable !

• Antonin Dvořák – Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde »
Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert Von Karajan – 1959 ****

• Serge Rachmaninov – Concerto pour piano n°2 – Extrait 1
Vladimir Ashkenazy, piano ; Orch. Philh. Moscou, Kirill Kondrashin – 1964 *****

• Edvard Grieg – Peer Gynt, suites orchestrales 1&2 – Extrait 2
Orchestre philharmonique de Bergen, Ole Kristian Ruud – 2006 *****

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Playlist « Somptueuse trilogie finale »

La trilogie finale des sonates pour piano de Beethoven constitue un exceptionnel corpus pianistique, et sans doute le sommet de la musique occidentale pour piano : le compositeur, désormais totalement sourd, est ici à l’apogée de son génie et confie ses plus profondes pensées à son piano.
Comme pour la 32ème sonate, il faudrait que je me livre à l’exercice d’écouter 30 versions différentes de la trentième sonate puis 31 versions différentes de la trente-et-unième sonate : ce sera pour un autre jour, ou plutôt l’une ou l’autre nuit… ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

 

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°30, opus 109
Maria Grinberg, piano – 1967 ***(*)

La pianiste soviétique Maria Grinberg enregistra, dans des conditions techniques que l’on qualifiera de « peu idéales », une intégrale des sonates de Beethoven au cours des années 60, qui ne fut disponible que tardivement en Occident. Le disquaire allemand qui me l’avait procurée –exceptionnel connaisseur en matière de piano enregistré– était même étonné de ma demande… Malgré des sonorités souvent ingrates et plus liées à la qualité des pianos que de la pianiste, c’est une intégrale intéressante, très contrastée, où cette excellente pianiste se montre très dynamique, au risque d’une certaine brutalité parfois : c’est le cas dans le premier mouvement de cette version de la trentième sonate, dont la poésie n’est pas la vertu première.

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°31, opus 110
Emil Gilels, piano – 1985 *****

La dernière rencontre du pianiste avec une sonate de Beethoven, puisqu’il devait décéder quelques semaines après cet enregistrement, laissant une intégrale en cours, d’un niveau exceptionnellement élevé, inachevée. Tout est à saluer dans cette version : la légendaire sonorité « d’or » du pianiste qui s’exprime pleinement dans le chant du premier mouvement ou dans l’arioso du troisième mouvement, la maîtrise polyphonique exemplaire da la fugue finale –Adagio ma non trop – Fuga ; cf.extrait : la fugue débute à 3:58-, l’énergie sarcastique du court mouvement central… Un immense disque !

 

• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°32, opus 111
Rudolf Serkin, piano – 1987 ****

J’avais acheté ce disque dès sa sortie, tant les critiques en France étaient dithyrambiques, et ma déception option fut proportionnelle à leurs éloges ! Je ne doute pas que l’événement fut d’ampleur : un pianiste de renommée mondiale de 85 ans donnant les trois dernières sonates de Beethoven en concert, peut-être pour la dernière fois, cela constitue un événement en soi. Mais ce qu’il en reste au disque mérite d’être ensuite relativisé : l’engagement du pianiste et sa maîtrise intellectuelle des partitions ne font pas défaut, mais il arrive à la 32ème sonate assez éreinté –on peut le comprendre avec un tel programme– et son premier mouvement est plutôt heurté rythmiquement, pas vraiment parfait techniquement, et j’ai connu ailleurs « Arietta » plus engageante en termes de sonorités. Lue a posteriori, la presse internationale ne s’y est pas trompée, réservant le plus souvent un accueil moins favorable que la presse spécialisée française.

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Playlist contrastée d’un artiste singulier

Joe Jackson, personnage discret et rare, diplômé de la Royal Academy Of Music où il étudia la composition musicale, multi-instrumentiste de talent, est un artiste singulier, qui a entamé sa carrière, à la fin des années 70, en surfant sur les vagues du post-punk, mais aussi du ska et de la new wave naissante : ses premiers albums sont empreints de cette énergie assez brute de décoffrage parfois, mais ses compositions sont nettement plus originales, plus variées et bien mieux construites que la majorité de la concurrence d’alors. Son deuxième album « I’m The Man », pour lequel il est entouré d’un remarquable trio guitare/basse/batterie, lui même se chargeant des autres instruments : piano, harmonica, melodica,  en est un excellent exemple. –Extrait 1-.

Très vite cependant, il s’orienta vers des compositions plus complexes et ambitieuses, et ses compositions ultérieures sont mâtinées de jazz, de world-music voire d’emprunts au music-hall. Le superbe album « Body And Soul » en est la meilleure illustration : c’est mon album préféré de cet artiste singulier et exigeant. –Extrait 2-. De l’excellente musique, portée par d’excellents interprètes et remarquablement enregistrée –un vrai disque de démonstration !-, ce qui ne gâche en rien le plaisir.
Dans les deux extraits, le bassiste, Graham Maby, s’amuse comme un petit fou !

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