Un dimanche dans la campagne anglaise

Mes pérégrinations dominicales, à défaut de me guider vers l’opéra, me conduisent ce matin dans la campagne anglaise de l’époque edwardiennecette « Belle-Époque » d’Outre-Manche-, avec cette très belle playlist consacrée aux oeuvres orchestrales les plus célèbres d’Edward Elgar –notice biographique relativement détaillée à lire ici-, magnifiquement interprétées par d’excellents orchestres anglais, sous la direction d’un chef américain, Leonard Slatkin, rejeton d’une famille de musiciens et désormais octogénaire, mais qui a commencé sa carrière de chef d’orchestre très jeune à Saint-Louis –USA– et est passé, notamment, par Londres et Lyon –de 2011 à 2020, il contribua très largement au rayonnement de l’orchestre de la ville-.

Leonard Slatkin connut une carrière discographique très intense tout au long des années 80 et 90, sur le label américain RCA, dont la branche « Red Seal = musique classique » a été rachetée par Sony. Les enregistrements du jour font partie d’une série consacrée au musicien anglais, réalisée à la fin des années 80 et durant les années 90, bénéficiant d’excellentes conditions techniques. Ces très bonnes prises de son sont encore magnifiées par le remastering de cette réédition sous étiquette Sony, en 2013, dans un petit coffret de 4 CD, sorti à prix très réduit –mais à la ligne éditoriale aussi réduite que son prix, comme pour toutes les rééditions de cette collection…-, et qui, vérification faite, reste encore disponible à un prix très raisonnable à l’heure actuelle –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

On retrouve donc, dans cette playlist dominicale –cliquer sur l’image pour voir en plus grand les belles jaquettes d’origine et profiter, vous aussi, de la campagne anglaise !– :


• la symphonie n°1 – OP Londres – 1991 ****
Symphonie composée en 1907, après une longue maturation de dix ans, et dont le thème majestueux du premier mouvement est assez connu, puisqu’il servit d’illustration sonore au film « Greystoke : la légende de Tarzan ». L’oeuvre connut un vif succès et fut interprétée pas moins d’une centaine de fois l’année de sa création. La version de Slatkin, en 52 minutes, semble être celle du juste milieu, très proche des indications de la partition : Elgar lui-même a enregistré l’oeuvre en 1931 et cravache son orchestre en 47 minutes –mais j’aime beaucoup, malgré un son un peu difficile-, quand la version de Giuseppe Sinopoli, qui tire adroitement Elgar vers Mahler, dure un peu plus d’une heure –mais j’aime beaucoup aussi !-.

• la symphonie n°2 – OP Londres – 1993 ***
Achevée en 1911 bien que partiellement ébauchée à l’état d’esquisses au moins dix ans plus tôt, cette symphonie est dédiée à la mémoire du roi Edward VII, décédé une année auparavant. Cette seconde symphonie connu un moindre succès que sa première symphonie, –ainsi, Elgar traita son public de « cochons repus » devant le peu d’enthousiasme lors de sa création-, tant du vivant de son compositeur que pour la postérité, en dépit de quelques passages champêtres fort beaux et d’un second mouvement émouvant et recueilli. Léonard Slatkin s’interdit tout alanguissement, et c’est très bien ainsi !

• le concerto pour violoncelle – Janos Starker, Philharmonia Orchestra – 1997 ****
Le concerto pour violoncelle est une oeuvre plus tardive, composée après la première guerre mondiale et achevée en 1919. Il est très populaire et facile d’accès et constitue, à mes oreilles, l’un des plus beaux concertos pour violoncelle du répertoire : à ce titre, il est plutôt bien représenté dans ma discothèque. La version de Janos Starker et Leonard Slatkin est très belle, peine de noblesse et beaucoup moins passionnée –mais non moins pertinente– que celle de Jacqueline du Pré et Barbirolli dans leur mythique disque enregistré en 1965.

• les « Variations Enigma » – 1989 ****
Ces portraits musicaux en forme de variations pour orchestre, achevées en 1899, sont l’une des oeuvres les mieux représentées dans ma discothèque, avec pas moins d’une vingtaine de versions différentes –cf. ici et pour en savoir plus-. L’oeuvre est très populaire et très facile d’accès, c’est la composition d’Elgar la plus célèbre avec sa « Pompe et Circonstance n°1 ». Avec celle de Sinopoli, qui présente d’autres équilibres toutefois, la version de Leonard Slatkin est l’une des plus lentes de la discographie –34 minutes-, sans pour autant que l’oeuvre pâtisse du traitement que lui fait subir Leonard Bernstein –38 minutes !!!-. A titre indicatif, Elgar lui-même interprétait ces variations en moins de 30 minutes et son collègue Hamilton Harty en 27 minutes dans un enregistrement de 1932. De nos jours, la durée moyenne d’une interprétation est généralement de 31 à 32 minutes.
La présente version est portée par de très beaux timbres orchestraux, et la variation XII « B.G.N » –portrait de Basil G. Nevinson, violoncelliste ami d’Elgar qui inspira le concerto pour violoncelle– est somptueuse à cet égard.

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Playlist à controverses

C’est dimanche, et je ne suis pas allé à l’opéra ! La playlist de jour est consacrée à un chef d’orchestre que j’aime beaucoup, et qui prêta beaucoup à controverse de son vivant, suite, notamment, aux polémiques initiées par le musicographe Norman Lebrecht, qui est sans doute le plus rageux de tous les « critiques musicaux » et aime avoir ses bêtes noires, qu’il pourfend à longueur d’articles de sa plume assassine : dans le cas présent, Giuseppe Sinopoli1946-2001-, qui est, à mes oreilles, le chef le plus talentueux de sa génération avec Christoph Von Dohnanyi.
Comme il était très mauvais et ne savait pas diriger, Sinopoli fut nommé chef de deux des meilleurs orchestres européens pour un mandat à chaque fois assez long –dix ans, c’est le temps qu’il faut aux excellents musiciens de ces orchestres pour se rendre compte de la médiocrité de leur chef…– : le Philharmonia Orchestra de Londres et la Staatskapelle de Dresde. New York le réclama également : il y triompha, de même qu’à Bayreuth. Beau palmarès pour une si grande nullité !

La discographie de Sinopoli est conséquente eu égard à son décès précoce, et variée, du romantisme à l’époque contemporaine : Deutsche Grammophon lui offrit un pont d’or pour qu’il enregistre sur son label. On lui doit une excellente et atypique intégrale des symphonies de Mahler , une superbe anthologie Richard Strauss, un large panel de la musique romantique allemande –Schubert, Schumann, Mendelssohn, Bruckner…– et de nombreux opéras de Verdi et Wagner notamment. Tous ces enregistrements sont d’un excellent niveau technique, mais deviennent malheureusement assez difficiles à trouver désormais.

Giuseppe Sinopoli enregistra également pour le label Teldec une anthologie absolument essentielle consacrée à la seconde école de Vienne avec la Staatskapelle de Dresde, rééditée pour une bouchée de pain chez Warner : un remarquable coffret qui faisait partie de mes « Coups de coeur » en 2019. –Cliquer sur l’imagette de droite pour la voir en plus grand-. Par ailleurs, le label Hänssler publie ponctuellement des bandes enregistrées en concert qui restent disponibles à ce jour.

J’ai retenu, pour la playlist de ce jour, trois très beaux albums, excellents témoignage de son éclectisme et de sa capacité à créer de somptueuses sonorités orchestrales. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Scriabin – Symphonie n° » « Le divin poème » ; Le poème de l’extase – OP New York, 1989
Debussy : La mer – Ravel : Boléro ; Daphnis et Chloé, suite n°2 – Philharmonia Orchestra, 1990
Elgar – Variations « Enigma » – Sérénade pour cordes – In The South – Philharmonia Orchestra, 1989

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Playlist « Cette année-là » – 2019

Beethoven – Sonates pour piano n°22 & 24 • Rachmaninov – Sonate pour piano n°2 – Ivo Pogorelich
The Cure – Curaetion 25TH Anniversary
John Mayall – Nobody Told Me
Holst – The Planets • Elgar – Enigma Variations – OP Bergen, Andrew Litton
Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

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Playlist « Cette année-là – 2016 »

Elgar ; Walton – Concertos pour violoncelle – Steven Isserlis, Philharmonie Orchestra, Paavo Järvi
David Bowie – Blackstar
Shostakovich (Chostakovich) – Symphonie n°8 – OS Boston, Andris Nelsons
Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

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Playlist « Aristocrate du violoncelle »

Mes vacances commencent cette semaine, et j’en profite pour écouter un certain nombre d’oeuvres qui ne font généralement pas partie de mon « répertoire de base ». Ainsi, la playlist de ce jour expose Pierre Fournier, souvent surnommé « l’aristocrate du violoncelle » par ses pairs, qui était notamment réputé pour son bras droit –celui qui tient l’archet– exceptionnel, au travers de quatre concertos célèbres –Dvorak, Elgar, Saint-Saëns et Lalo– complétés par deux pièces d’une grande intensité. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

A vrai dire, le concerto d’Elgar, assez abondamment présent au sein de ma discothèque –c’est une oeuvre que j’adore– et les deux pièces de complément sont, à mes oreilles, les « morceaux de choix » de cette playlist.
J’aime moins le concerto de Dvorak et ceux de Saint-Saëns et de Lalo sont, à mes oreilles au moins, assez anecdotiques sans être déplaisants, et je ne les écoute presque jamais, sauf au détour d’une éventuelle playlist anthologie consacrée à un artiste, comme celle-ci, qui est aussi l’occasion de redécouvertes.

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Des goûts et des couleurs, 6.2

Elgar – Variations Enigma – Les versions anglaises

Aujourd’hui, je vous propose mon classement des interprétations par des chefs anglais des « Variations Enigma » d’Elgar -des chefs qui parlent leur langue natale, donc…-. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Et ce classement réserve quelques surprises : ainsi, de grands noms de la baguette d’aujourd’hui se retrouvent fort mal classés dans mon panthéon personnel. Rattle et Gardiner proposent à mes oreilles les versions les moins intéressantes qui soient, et n’ont même pas l’excuse de l’absolu contre-sens que livrait Bernstein, qui assume sa radicalité. Ici, les deux versions sont simplement profondément ennuyeuses –elles ont le mérite de favoriser l’endormissement des insomniaques…-.
Les autres versions sont toutes très bien, j’en ai cependant placé quatre un peu au-dessus des autres :
• Edward Elgar –1926 parce que c’est Elgar, un chef pas particulièrement remarquable, mais qui instaura au moins une tradition dans l’interprétation de ses oeuvres. La réédition est, de plus, très réussie du point de vue technique, pour des enregistrements qui ont presque 100 ans ;
• Malcolm Sargent –1953, qui est une vraie surprise ici et qui dame le pion à tous ses confrères anglais contemporains et « spécialistes reconnus » comme Boult ou Barbirolli, en proposant une très belle version, équilibrée et à l’excellent final ;
• Leopold Stokowski –1972, dans un enregistrement de concert avec l’orchestre philharmonique tchèque, expose une petite harmonie absolument magique et aucune des excentricités dont il était parfois coupable capable. Une réussite magistrale !
• Norman DelMar –1975, chef peu connu et musicologue reconnu, fut enregistré dans l’acoustique très réverbérée de la cathédrale de Guilford, est lui aussi tout-à-fait exceptionnel. Une version rare, qui fut longtemps difficile à trouver, repliée dans la superbe collection « Eloquence » .

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Des goûts et des couleurs, 6.1

Elgar – Variations Enigma – Les versions non anglaises

Les variations Enigma d’Edward Elgar sont une oeuvre d’abord très facile, qui ont donné lieu à une littérature relativement abondante –articles de qualité, parmi d’autres, à lire ici ou – et à une discographie très riche : il s’agit de l’œuvre la plus populaire de son compositeur, avec la première « Pump And Circumstance », et de nombreux chefs très célèbres s’y sont confrontés –on ne trouve pas Karajan dans cette longue liste, lui qui n’y entendait du « Brahms de seconde catégorie »…-. C’est une oeuvre que j’aime beaucoup et que je connais par coeur, puisqu’elle accompagne assez régulièrement mes nuits sans dormir.
Pour cette première série, j’ai regroupé les versions de mes étagères qui sont interprétées par des chefs non anglais. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Il apparaît que l’oeuvre est si bien écrite et orchestrée qu’il est difficile d’en trouver une mauvaise version : il ny ’en a en définitive qu’une seule que je n’aime pas du tout, c’est celle de Bernstein, qui propose une version totalement boursouflée et tapageuse, transformant Elgar en mauvais Mahler… Toutes les autres versions à quelques nuances près, sont très bien !
La suite –les versions enregistrées par des chefs anglais– dans une prochaine notule !

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Playlist du week-end : « Seconde chance »

J’ai entamé de bon matin une playlist « seconde chance », qui doit permettre de me faire éventuellement changer d’opinion à propos d’enregistrements que je n’apprécie pas, pour diverses raisons. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

A ce stade de mes écoutes –deuxième album présenté-, je n’ai pas changé d’avis :
Das Rheingold, qui ouvre « Der Ring des Nibelungen », de Wagner, dans la version de Levine, est toujours aussi placide, englué dans des tempos assez lents –même si l’orchestre est fort beau-, et chanté presque sans passion parfois. L’une des deux ou trois versions que j’aime le moins, et mon opinion de ce jour n’a pas évolué !

Elgar, Variations Enigma, Bernstein. Dans la dernière partie de sa vie, Bernstein dirigeait presque tout lentement, voire très lentement, et ce qui pouvait parfois fonctionner dans Mahler –mais, à vrai dire, je ne goûte pas non plus particulièrement ses dernières interprétations de Mahler– ne fonctionne guère dans les variations Enigma, qui en deviennent parfois bruyantes, voire tapageuses. Nimrod –variation 9– est d’ailleurs jouée comme l’adagietto de la cinquième symphonie de Mahler… Les compléments sont aussi lents et tapageurs –cf. extrait-.

A vérifier par ailleurs pour la suite si, comme dans mon souvenir :
le troisième concerto pour piano de Beethoven est interprété de façon glaciale, au piano, dans la version présentée ; l’accompagnement orchestral, au demeurant, est assez moyen dans ma mémoire ;
cette version de la neuvième symphonie est assez peu passionnante tant elle s’étire parfois en longueur -cette version fut pourtant assez largement saluée par la critique au moment de sa sortie-.

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Playlist « L’Anglais comme une langue étrangère »

Dans la très chauvine revue « (The) Gramophone », bien connue de tous les mélomanes du monde entier et qui fêtera son premier centenaire cette année –toutes les archives ont été numérisées et sont accessibles aux abonnés-, affirmait régulièrement, dans ses critiques un peu anciennes –c’est désormais beaucoup moins vrai– que seuls les interprètes anglais étaient en mesure de réellement comprendre et d’interpréter la musique anglaise –sauf Toscanini, italien mais dont n’importe quel enregistrement était alors invariablement salué comme une référence incontournable et avait un statut absolu : le chef était alors intouchable, et s’il se trompait, c’était évidemment pour une bonne raison ! -. Tous les autres chefs chantaient la musique anglaise avec un fort accent étranger !

On a longtemps dit la même chose pour la musique française, qui nécessiterait selon les musicographes locaux –Diapason, feu Le Monde de la Musique, Harmonie, ou encore la disparue revue Disques, d’un absolu chauvinisme, absolument ridicule pour un lecteur d’aujourd’hui- un « esprit français » qui n’est pas donné aux étrangers…

Les choses ont évolué au fil du temps, de plus en plus de chefs ayant désormais un large répertoire international et, notamment, les « Variations Enigma » d’Elgar sont une pièce de choix pour de nombreux orchestres et chefs non anglais, et l’une de mes oeuvres de chevet pour mes nuits sans sommeil.
J’en ai une vingtaine de versions anglaises, de toutes époques, mais cela ne m’empêche pas d’en apprécier à leur juste valeur de fort belles versions à l’accents étrangers ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-. On retrouvera ainsi dans cette playlist : un Allemand, un Français, un Italien et un Allemand naturalisé Américain : jolie brochette internationale !

A dire vrai, l’oeuvre est si joliment écrite qu’à part le total contresens de Bernstein, je n’en connais aucune mauvaise version.

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Playlist « Noctambule »

Les nuits sans trop de sommeil –assez fréquentes en ce moment…-, j’ai une liste d’oeuvres favorites sensées favoriser mon endormissement : ça ne marche pas toujours, et je suis parfois obligé d’en écouter deux, voire trois, à la suite. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

Ces oeuvres, que je connais évidemment sur le bout des doigts de ce fait, je les écoute dans n’importe quelle version qui me tombe sous la main, les albums proposés ici sont les dernières versions que j’en ai écoutées ces derniers jours dernières nuits… Il s’agit :
des « Variations Enigma », d’Edward Elgar;
des « Variations Goldberg », de Johann-Sebastian Bach –qui ont été écrites spécifiquement dans ce but, d’ailleurs, et dont l’extrait proposé ci-dessous est assez dépaysant-;
de la troisième symphonie de Felix Mendelssohn;
de la quatrième symphonie de Robert Schumann.

Ecouter de la musique la nuit, même à faible volume, quand règne un silence profond, est en fait extrêmement enrichissant et permet de se consacrer attentivement à des détails –ne suivre que la main gauche d’un pianiste ou d’un claveciniste, se concentrer sur un instrument ou un groupe d’instruments en particulier…– auxquels je ne prête pas forcément attention lorsque j’écoute une oeuvre plus globalement.

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