Après la déconvenue enregistrée hier lors de ma playlist, celle de ce jour, consacrée aux concertos pour piano « pairs -à savoir : le deuxième, écrit en réalité en premier, et le quatrième, mon oeuvre préférée parmi toute la musique concertante- composés par Ludwig van Beethoven, est tout-à-fait rafraîchissante : elle est extraite de l’intégrale, très rare dans nos contrées, enregistrée par le pianiste Emil Gilels et l’orchestre philharmonique de Leningrad placé sous la direction de Kurt Sanderling, deux artistes qui ne sont pas de moindre renommée que ceux écoutés hier. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Concerto pour piano n°2 – 1958 **** • Concerto pour piano n°4 – 1958 *****
Emil Gilels, piano
Orchestre de Leningrad, Kurt Sanderling
Pour résumer cette playlist, je pourrais simplement me contenter de dire que c’est « beethovénien en diable, du grand et du solide ».
Il s’agit de la deuxième intégrale des concertos pour piano de Beethoven enregistrée par Emil Gilels, située entre les deux qu’il réalisa en Occident pour EMI en 1957 puis en 1968, et contemporaine de celle résultant de concerts avec l’orchestre philharmonique tchèque, avec, là encore, Kurt Sanderling. Si les deux versions occidentales se trouvent facilement, les deux autres nécessitent une patiente recherche, récompensée par des écoutes jubilatoires !
Je refais actuellement le tour de ma discothèque relative à la musique concertante de Beethoven. La playlist de ce matin est ainsi constituée des trois concertos pour piano « impairs » du sourd qui entendait l’infini, à savoir le premier –qui est en fait son deuxième composé-, le troisième et le cinquième dit « Concerto L’Empereur », dans les versions qu’en proposa le pianiste Arturo Benedetti Michelangeli, accompagné par l’orchestre symphonique de Vienne sous la direction de Carlo-Maria Giulini, et respectivement enregistrés –pas formidablement bien pour l’époque-en 1980, 1987 et 1982. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Concerto pour piano n°1 – 1980 ** Enregistrement live • Concerto pour piano n°3 – 1987 ** • Concerto pour piano n°5 « L’Empereur » – 1982 *** Enregistrement live
Arturo Benedetti Michelangeli, piano
Orchestre symphonique de Vienne, Carlo-Maria Giulini
Vue la grande notoriété de ces deux artistes, que je connais assez mal en réalité, la déception immense et les étoiles sévèrement attribuées ce jour sont à la hauteur de cette déception : c’est, la plupart du temps, froid, distant et manquant de communication entre le pianiste et l’orchestre : un Beethoven très bien joué, certes –même si l’orchestre viennois n’est pas tout-à-fait de premier plan-, mais très hautain –d’autres plus indulgents diront : d’une grande hauteur de vue…-. J’attendais beaucoup plus de ces albums, dont je n’avais plus trop de souvenirs parce qu’ils n’avaient plus quitté mes étagères depuis des lustres : désormais, je sais pourquoi : il y a tellement mieux ailleurs !
Longtemps, le Beethoven de Wilhelm Kempff m’a résisté, et notamment sa vision tranquille et poétique de ses sonates, dont il livrait une vision que je jugeais régulièrement un peu trop harmonieuse et sage, à rebours, me semble-t-il du tempérament tempétueux que l’on attribue généralement au compositeur. Par ailleurs, j’avais découvert son interprétation des concertos pour piano dans sa version « tardive » des années 60 avec Ferdinand Leitner, pas le plus palpitant des accompagnateurs… Elle est beaucoup moins passionnante que celle écoutée ce jour ! De fait, l’écoute de la-playlist de ce jour m’a amené à réviser quelque peu mon jugement antérieur quant au Beethoven de Wilhelm Kempff, très largement salué au demeurant par la quasi-totalité des musicographes de la presse spécialisée, depuis des décennies -j’ai donc des goûts bizarres depuis longtemps…-. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
Ludwig Van Beethoven • Sonates pour piano n°7, 8 « Pathétique » , 10 & 12 « Marche Funèbre »
Wilhelm Kempff – 1952 ****
• Sonates pour piano n°15 « Pastorale », 18 et 25
Wilhelm Kempff – 1960 (15), 1965 ****
Les sonates pour piano écoutées ce jour, datant de la jeunesse ou de la prime maturité de Beethoven, me semblent être celles qui correspondent le mieux à la vision poétique du pianiste. Ici, point trop de brusques changements d’humeur, une certaine forme d’harmonie presque paisible règne, et je peux comprendre que tant de mélomanes soient attachés à cette vision très poétique.
Très généralement, la main droite est très belle, la main gauche, à mes oreilles, manque un peu de vraie puissance et de fermeté, et de surcroît n’est pas du tout favorisée par la prise de son, en particulier dans la seconde intégrale des années 60 –même si le remastering du BluRay audio arrange un les choses en la matière-. Cela a moins d’incidence dans ces sonates, où le discours est moins exigeant techniquement que dans l’Appassionata –n°23– ou la Hammelklavier –n°29– : dans mon souvenir, ce ne sont pas vraiment des réussites sous les doigts du pianiste allemand, mais il faudrait que je réécoute pour confirmer ces réminiscences… Dans tous les cas, Kempff est relativement avare en matière de reprises.
• Concertos pour piano n°1,2 et 3
Wilhelm Kempff, piano ; Orch. philh. de Berlin, Paul van Kempen – 1953 *****
Les concertos pour piano, dans cette intégrale de 1953 très bien enregistrée, sont en revanche d’indéniables réussites ! Le pianiste les a réenregistrés une décennie plus tard avec bien moins de succès : ici, tout est réalisé avec beaucoup de naturel et de finesse, le dialogue avec l’orchestre est l’un des plus beaux que je connaisse, et les deuxièmes et troisièmes mouvements de ces concertos sont exquis de grâce, de volubilité et de tendresse dans ces interprétations –les premiers sont très bien aussi, mais un peu moins marquants-. Les cadences, pour chaque concerto, sont des créations originale de Wilhelm Kempff, ce qui n’est pas si souvent le cas en définitive : on joue très fréquemment celles écrites par le compositeur. L’ensemble constitue vraiment une très belle réussite.
Après Bruckner, Brahms ! Peu me chaut l’ordre alphabétique, je préfère généralement le premier au second, sauf en ce qui concerne les concertos pour piano ! Normal me direz-vous, Bruckner, qui était organiste, n’a rien composé pour le piano –on peut faire abstraction de son recueil d’apprenti-compositeur, le Kitzler Studienbuch– ! La playlist de ce jour propose des enregistrements d’origine américaine, gravés dans les années 50 ou au tout début des années 60, et qui firent tout d’abord les beaux jours des discophiles d’Outre-Atlantique, avant de faire les miens : j’aime beaucoup ces interprétations de Brahms, musicien que je ne consomme qu’avec modération…
Quasiment tous les artistes de cette playlist –Leon Fleisher en est l’exception– viennent d’Europe, où ils avaient entamé leur carrière –Allemagne pour Steinberg, Tchécoslovaquie pour Firkusny, Hongrie pour Reiner et Szell– et ont été naturalisés américains durant la guerre ou immédiatement après. Les trois chefs, tous nés à la fin du 19ème siècle, trouvèrent en Amérique des orchestres remarquables et s’inscrivent dans la lignée des « chefs objectifs » popularisée par Arturo Toscanini, qui était alors très en vogue aux États-Unis. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°1
Rudolph Firkusny, piano ; orchestre symphonique de Pittsburgh, William Steinberg – 1956 ***** Extrait du coffret anthologique de 20 CD « William Steinberg. The Complete EMI Recordings » – EMI, 2011
Le premier concerto pour piano de Brahms est sans doute l’oeuvre que je préfère du compositeur, et cette version de l’oeuvre fait partie des très bonnes interprétations et s’avèrent très complémentaires des meilleures versions européennes, souvent plus massives du côté de l’orchestre. Ici, fidèle à lui-même, Steinberg se montre vif-éclair, rigoureux et transparent et son association avec Rudolf Firkusny, au jeu fin, élégant mais non dénué de poigne –c’est nécessaire pour ce concerto– s’avère une grande réussite : à la même époque, les deux compères enregistraient également une remarquable interprétation du 5ème concerto « L’Empereur » de Beethoven.
William Steinberg, aimable et doté d’un grand sens de l’humour, fut souvent décrit comme « Un Reiner ou un Szell avec du coeur ».
• Johannes Brahms – Symphonie n°3
Orchestre symphonique de Chicago, Fritz Reiner – 1958 *****
Fritz Reiner fut sans doute le plus grand « dictateur de la baguette » : un chef qui ne souriait jamais et tyrannisait régulièrement ses musiciens afin d’en tirer le meilleur. Peu patient, il était également capable de renvoyer rapidement les musiciens d’orchestre qui ne lui convenaient pas : à Pittsburgh, où il précéda William Steinberg, il avait, en dix ans, renvoyé plus de la moitié des musiciens…
Nonobstant ces petits travers –sic-, ces disques sont d’un très haut niveau –et d’un très haut niveau technique, puisqu’il bénéficia du procédé « Living Presence » de RCA-, et cette troisième symphonie de Brahms n’échappe pas à cette règle ! La perfection a un prix !
• Johannes Brahms – Concerto pour piano et orchestre n°2
Leon Fleisher, piano ; Orchestre de Cleveland, George Szell – 1962 ****(*)
Une autre association gagnante : celle du brillant pianiste américain Leon Fleisher, vainqueur à 24 ans du concours de piano de la Reine Elisabeth et du chef de l’orchestre de Cleveland George Szell –encore un chef sympathique qui ne rigolait jamais…-, qui enregistrèrent avec beaucoup de succès l’intégrale des concertos pour piano de Beethoven et celle de Brahms, ainsi que les concertos pour piano de Schumann, de Grieg et le 25ème concerto de Mozart. Cette association fructueuse fut malheureusement interrompue par la paralysie progressive de la main droite de Leon Fleisher, dont il perdit l’usage en 1964 du fait d’une dystonie focale.
Tous les disques enregistrés par le couple Fleisher / Szell- Cleveland sont de premier ordre et ont bénéficié de rééditions soignées en CD. Quasiment à la même époque, Emil Gilels enregistrait ce même concerto avec l’orchestre de Chicago et Fritz Reiner : une version magistrale qui aurait presque pu figurer dans cette playlist !
La trilogie finale des sonates pour piano de Beethoven constitue un exceptionnel corpus pianistique, et sans doute le sommet de la musique occidentale pour piano : le compositeur, désormais totalement sourd, est ici à l’apogée de son génie et confie ses plus profondes pensées à son piano. Comme pour la 32ème sonate, il faudrait que je me livre à l’exercice d’écouter 30 versions différentes de la trentième sonate puis 31 versions différentes de la trente-et-unième sonate : ce sera pour un autre jour, ou plutôt l’une ou l’autre nuit… ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°30, opus 109
Maria Grinberg, piano – 1967 ***(*)
La pianiste soviétique Maria Grinberg enregistra, dans des conditions techniques que l’on qualifiera de « peu idéales », une intégrale des sonates de Beethoven au cours des années 60, qui ne fut disponible que tardivement en Occident. Le disquaire allemand qui me l’avait procurée –exceptionnel connaisseur en matière de piano enregistré– était même étonné de ma demande… Malgré des sonorités souvent ingrates et plus liées à la qualité des pianos que de la pianiste, c’est une intégrale intéressante, très contrastée, où cette excellente pianiste se montre très dynamique, au risque d’une certaine brutalité parfois : c’est le cas dans le premier mouvement de cette version de la trentième sonate, dont la poésie n’est pas la vertu première.
• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°31, opus 110
Emil Gilels, piano – 1985 *****
La dernière rencontre du pianiste avec une sonate de Beethoven, puisqu’il devait décéder quelques semaines après cet enregistrement, laissant une intégrale en cours, d’un niveau exceptionnellement élevé, inachevée. Tout est à saluer dans cette version : la légendaire sonorité « d’or » du pianiste qui s’exprime pleinement dans le chant du premier mouvement ou dans l’arioso du troisième mouvement, la maîtrise polyphonique exemplaire da la fugue finale –Adagio ma non trop – Fuga ; cf.extrait : la fugue débute à 3:58-, l’énergie sarcastique du court mouvement central… Un immense disque !
• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°32, opus 111
Rudolf Serkin, piano – 1987 ****
J’avais acheté ce disque dès sa sortie, tant les critiques en France étaient dithyrambiques, et ma déception option fut proportionnelle à leurs éloges ! Je ne doute pas que l’événement fut d’ampleur : un pianiste de renommée mondiale de 85 ans donnant les trois dernières sonates de Beethoven en concert, peut-être pour la dernière fois, cela constitue un événement en soi. Mais ce qu’il en reste au disque mérite d’être ensuite relativisé : l’engagement du pianiste et sa maîtrise intellectuelle des partitions ne font pas défaut, mais il arrive à la 32ème sonate assez éreinté –on peut le comprendre avec un tel programme– et son premier mouvement est plutôt heurté rythmiquement, pas vraiment parfait techniquement, et j’ai connu ailleurs « Arietta » plus engageante en termes de sonorités. Lue a posteriori, la presse internationale ne s’y est pas trompée, réservant le plus souvent un accueil moins favorable que la presse spécialisée française.
La playlist de cette nouvelle journée de nouvelle canicule –qui devrait durer moins longtemps que les précédentes mais est, cette fois-ci, centrée sur l’est de l’Europe– est consacrée au grand pianiste russe Emil Gilels, dont les lecteurs réguliers de ce blog savent qu’il s’agit de mon pianiste préféré –non, je n’ai pas que des goûts bizarres ! -, et que de nombreux musicographes considèrent comme l’un des plus grands pianistes du vingtième siècle.
« Le jeu d’Emil Gilels produisait un tonnerre aux sonorités tendres ; jamais fruste, il était davantage ancré dans la terre que dans les cieux. Il concevait le piano comme un instrument chantant et non comme un instrument percussif. Même ses fortissimos ne sonnaient jamais de manière percussive. Sa sonorité n’était jamais dure ni monotone, et son toucher se distinguait par sa grande souplesse et son élégance. Son style, d’apparence sobre, brûlait intérieurement d’une profonde intensité. C’était une approche empreinte d’une subjectivité imaginative qui, grâce à son sens aigu de la forme et du flux musical, en préservait constamment la cohérence. Serait-il exagéré d’évoquer une sonorité cristalline mêlée de larmes ? Emil Gilels était un conteur brillant, maître des transitions entre tension, douceur et tristesse, sans jamais rien perdre de son intensité. »
–Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Ludwig Van Beethoven – Concerto pour piano n°3
Emil Gilels, piano ; Orchestre de la Radio d’État d’URSS, Kirill Kondrashin – 1951 *****
Au cours du vingtième siècle, Emil Gilels fut le pianiste qui joua le plus souvent les concertos pour piano de Beethoven, tout au long de sa carrière, avec de multiples orchestres et chefs, à travers tous les continents où il se produisit. Outre ses quatre intégrales officielles, il existe de très nombreuses bandes de concerts de ses interprétations. Je ne souvenais plus de cette fabuleuse version de 1951, époustouflante d’énergie mais aussi débordante de tendresse dans le deuxième mouvement. Une exceptionnelle version donc, à la hauteur des toute meilleures que je lui connais. Le son est étonnamment bon pour un live de radio de l’ère soviétique de l’immédiate après-guerre.
• Franz Liszt – Sonate en si mineur
Emil Gilels, piano – 1964 *****
Une très grande version de cette très grande sonate, enregistrée à New York, où le pianiste eut le droit de se produire dès 1955, étroitement chaperonné par des « gardes du corps » de la police soviétique : il subit ce traitement tout au long de sa vie, à chacun de ses déplacements hors d’URSS… La sonate fut enregistrée d’une seule traite par RCA le 24 décembre 1964. J’ai dans ma discothèque une douzaine d’autres versions plus ou moins officielles de cette sonate par le pianiste, celle-ci est, à ma connaissance du moins, son unique version de studio. La prise de son de cet album est excellente et rend parfaitement à la sonorité exceptionnelle du pianiste.
La redoutable critique américaine Claudia Cassidy, qui a fait et surtout défait tant de carrières d’artistes européens aux États-Unis par ses écrits parfois dévastateurs dans le Chicago Tribune –ce n’est pas en vain qu’elle fut surnommée « Acidy Cassidy »…-, salua l’enregistrement en ces termes dans le même journal :
« Entre de mauvaises mains, la sonate de List peut être la plus formidablement ennuyeuse des musiques. Mais [avec cette version] voici la noirceur Byronienne de son imagination aux élans vertigineux, sa technique prodigieuse, ses brusques sautes d’humeur, sa conviction absolue que le piano est le plus grand des instruments — et un instrument chantant, qui plus est. »
• Franz Schubert / Dmitry Kabalevsky – Fantaisie pour piano et orchestre en fa mineur Transcription de la fantaisie en fa mineur pour piano à 4 mains de Franz Schubert
Emil Gilels, piano – Orchestre philharmonique de Moscou, Kirill Kondrashin – 1962 *****
Lorsque j’étais enfant, vers 7-8 ans, j’adorais la version originale pour piano à quatre mains de cette Fantaisie de Schubert et son merveilleux début très rêveur : avec les « Gymnopédies » d’Erik Satie, elle faisait partie de mes oeuvres pour piano favorites : j’avais déjà des goûts bizarres !
Cette curieuse transcription pour piano et orchestre est, justement, curieuse, mais préserve le miraculeux commencement de l’oeuvre, et l’ensemble s’écoute agréablement. Emil Gilels, qui appréciait beaucoup cette fantaisie, l’enregistra également dans sa version originale pour piano à quatre mains avec sa fille Elena pour le label Deutsche Grammophon en 1978. Cette version pour piano et orchestre, témoignage d’un concert de 1962, ne bénéficie pas d’une meilleure prise de son que le concert enregistré en 1951 !
Le titre de cette playlist était tout évident pour cette playlist en forme de paisible balade dans la nature ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Ludwig van Beethoven – Symphonie n°6 « Pastorale »
Orchestre philharmonique de Vienne, Wilhelm Furtwängler – 1952 ***(*)
Je n’écoute que rarement cette version de cette très belle symphonie, très populaire et que j’apprécie beaucoup. Les critiques ne furent pas très favorables lors de sa première parution –elles ont été assez largement et plus favorablement révisées ultérieurement-, notamment en Angleterre, où l’interprétation de Wilhelm Furtwängler était décrite comme celle « d’un vieil homme malade ». Sans doute ai-je aussi été influencé, enfant, par le jugement paternel de cette version : « Ce n’est pas un ruisseau, c’est un grand lac » à propos du deuxième mouvement.
• Ludwig van Beethoven – Sonate pour piano n°15 « Pastorale »
Emil Gilels, piano – 1983 *****
Plus encore que sa sixième symphonie, j’apprécie la quinzième sonate pour piano « Pastorale » de Beethoven –le sous-titre n’est pas de Beethoven, mais de son éditeur, qui ne lui avait pas demandé son avis. Le manuscrit autographe de Beethoven ne porte que la mention « Grande sonate pour le piano-forte »-, d’un caractère poétique et serein tout-à-fait remarquable. La version d’Emil Gilels est somptueuse et comporte à mes oreilles le meilleur deuxième mouvement que je connaisse –pas moins d’une trentaine de versions-.
• Ralph Vaughan Williams – Symphonie n°3 « A Pastoral Symphony »
Linda Hohenfeld, soprano ; Philharmonia Orchestra, Leonard Slatkin – 1993 *****
Cette très belle symphonie composée de quatre mouvements lents n’est pas à proprement parler une paisible promenade à travers la campagne, mais une balade en forme de requiem à travers les contrées dévastées des campagnes françaises suite à la première guerre mondiale, à laquelle le compositeur participa, d’abord comme ambulancier puis comme lieutenant d’artillerie. Comme dans d’autres symphonies de Vaughan Williams, elle comporte une partie chantée sans paroles.
Très belle version de Leonard Slatkin, qui bénéficie en outre d’une excellent prise de son.
• Johann Sebastian Bach – Variations Goldberg
Simone Dinnerstein, piano – 2007 *****
L’enregistrement des « Variations Goldberg » par la pianiste américaine Simone Dinnerstein –prononcer DinnerSTINE au risque de vous faire engueuler par le petit timonier May-Lang-Chong– fit grand bruit à sa sortie, Telarc ayant récupéré les bandes de cet enregistrement auto-financé par une pianiste alors totalement inconnue. Son disque se vendit formidablement bien ! Passé ce tapage médiatique, la pianiste est retombée dans un oubli relatif : elle a peu enregistré, et le label Telarc a été racheté ; elle enregistre désormais sporadiquement pour Sony. Mais ce qui reste, à savoir cet album, mérite de demeurer dans les mémoires : c’est d’une beauté méditative extrêmement réfléchie, nuancée et subtile. Une superbe version de ces variations au piano, douce et reposante ! –Extrait 1–
• Frédéric Chopin – Valses
Alice Sara Ott, piano – 2010 ****
Je n’écoute que rarement des pièces pour piano de Frédéric Chopin, ayant toujours entretenu un rapport lointain avec ce compositeur. Pourtant, ses valses sont des compositions brillantes et faciles d’accès –pour l’auditeur : c’est une autre paire de manches pour le pianiste…-.
Elles bénéficient en 2010 d’une interprétation glorieuse sous les doigts d’Alice Sara Ott, tout juste sortie de l’adolescence. Il s’agit du deuxième disque de la jeune pianiste, remarquablement talentueuse. Le premier était consacré aux « Douze études d’exécution transcendante » de Franz Liszt : ça vous pose le niveau… La carrière discographique de cette brillante artiste s’est poursuivie avec le même succès avant d’être malheureusement mise en sommeil du fait de la grave maladie -SEP- de la pianiste. –Extrait 2-.
• Erik Satie – Pièces pour piano
France Clidat, piano – 1982***** –Extraits du coffret de 3 CD « ‘Erik Satie. Oeuvres pour piano » – France Clidat – 1982, Forlane-
France Clidat est une grande pianiste, un peu oubliée de nos jours –elle est décédée en 2013-, qui connut son heure de gloire internationale, au tournant des années 70, en réalisant la première « intégrale » enregistrée des oeuvres de Franz Liszt, en plusieurs coffrets thématiques représentant une trentaine de 33 tours –il s’agit plutôt d’une très large anthologie que d’une intégrale : les transcriptions et les paraphrases n’y figuraient pas-.
Autant dire que les petites pièces d’Erik Satie, d’une envergure technique nettement moindre, ne pouvaient pas lui faire peur… De bien belles versions qui m’étaient sorties de l’oreille depuis longtemps, et dont je ne me souvenais qu’elles étaient aussi réussies, dans une optique très « grand piano » que l’on n’entend pas souvent dans ces oeuvres. Le livret de ce petit coffret est lui aussi de très bonne tenue et l’ensemble fut récompensé, en 1984, du grand prix du disque de l’académie Charles Gros.
Glenn Gould, pianiste canadien, a construit sa propre légende autant par ses interprétations aussi perverses que fascinantes que par ses routines quotidiennes excentriques et pour le moins bizarres.
Terrifié par les microbes et hypocondriaque notoire, il se nourrissait d’une grande quantité de gélules et portait invariablement des pulls épais, un manteau et des gants –ou des mitaines en se mettant au piano-, y compris en été, par crainte des courants d’air. Devant son piano, il était assis sur une chaise d’une hauteur de 36 centimètres, fabriquée par son père, totalement percée au niveau du siège –selon lui par un employé d’aéroport indélicat– et d’un inconfort absolu. Il avait appris le piano avec sa mère, professeur de chant, qui lui faisait chanter les notes qu’il jouait : il ne se départit jamais de cette habitude, et les disques portent le témoignage de ses « vocalises » parfois bruyantes au piano… Pour rester concentré, il étudiait les partitions dans un environnement sonore assourdissant: radio ou télévision à fond ! –Cliquer sur l’imagette pour la voir en plus grand-.
C’est ce pianiste excentrique, connu notamment pour ses interprétations de Bach, qui est à l’honneur dans la playlist de ce jour –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Beethoven – Variations pour piano WoO. 80 ; op.34 & op.35 « Eroica »
Glenn Gould, piano – 1967 ; 1970 ***(*)
• Mozart – Sonates pour piano n°11 ; 14 & 18
Glenn Gould, piano – 1970 – 1973 – 1974 ***
• Beethoven – Sonates pour piano n°15 ; 17 ; 23 ; 29 ; 32
1979 – 1971 – 1967 1970 – 1956 **/***(*)
Pour établir en quelque sorte des auto-critiques de ses disques et justifier leur contenu parfois très éloigné des interprétations « habituelles », le pianiste canadien avait endossé le rôle de plusieurs personnages qu’il pensait représentatifs du monde de la musique classique : un critique britannique : Sir Nigel Twitt-Thornewaite ; un trublion américain : Theodore Slutz ; un musicologue allemand : Karlheinz Klopweisser… Sous ces identités, il écrivait des notes de pochette toujours intéressantes mais côtoyant régulièrement le bizarre, voire des critiques négatives de ses propres albums.
Pour Mozart, Glenn Gould imagina un dialogue fictif entre le compositeur et un pianiste, manière pour lui d’interroger ses interprétations, jugées pour le moins bizarres, des sonates du compositeur. C’était en même temps le meilleur moyen d’évoquer Mozart comme il l’entendait, à savoir un compositeur banal, maladroit et presque idiot. Ainsi, Mozart serait mort trop vieux, ses dernières oeuvres n’ayant guère d’intérêt : «du remplissage décoratif sans aucun intérêt contrapuntique ».
« Lorsque des générations d’auditeurs […] ont trouvé que des épithètes telles que « léger », « facile », « frivole », « galant » ou « spontané » s’appliquaient à [sa] musique, il n’est pas inutile de se poser au moins la question de la raison de ces attributions, qui ne sont pas forcement nées d’un manque de sensibilité ou de charité».
Disons-le tout net : je n’aime guère ces oeuvres généralement –hormis quelques versions très idiosyncrasiques de Gilels ou de Pogorelich– et personnellement, j’apprécie plutôt l’interprétation du pianiste canadien, qui, triturant les tempos –très contrastés– et manipulant les indications dynamiques des partitions, contribue à rendre ces sonates moins ennuyeuses, plus intéressantes et moins anodines en définitive qu’elles ne le sont habituellement. –Extrait 1-.
Concernant Beethoven, que le pianiste approcha avec prudence après le lourd échec critique du disque consacré aux trois dernières sonates, la situation est différente, et Glenn Gould se montre à la fois plus respectueux ou, lorsqu’il veut se montrer plus orignal, peu en réussite : sonate n°23 « Appassionata » lente et dénervée par exemple ; sonate n°32 aux tempi hypercontrastés dans le 1er mouvement –extrait 2-…
Les sonates « médianes » sont les plus réussies –la sonate n°17 a été enregistrée en de multiples sessions sur deux décennies !!!-, de même que les deux séries de variations op.34 et op.35, malgré des tempi généralement très lents, mais où le pianiste retrouve l’univers contrapuntique qui lui sied.
A contrario, la sonate qui aurait a priori dû lui convenir le mieux –la n°29 « Hammerklavier »-, semble lui échapper complètement, y compris dan sa fugue. Glenn Gould pensait que l’oeuvre était « ingrate » pour un pianiste, car son écoute ne rendait pas suffisamment compte de son extrême difficulté !
Pour autant, si l’ensemble reste assez plaisant, ce n’est pas du meilleur Beethoven. A ce titre, sa plus belle réussite dans une oeuvre du compositeur est, à mes oreilles, son interprétation de la 5ème symphonie dans sa transcription pour piano de Liszt.
Comme son nom l’indique, la playlist de ce jour fait la part belle aux compositeurs français, dans des interprétations d’artistes français eux aussi. Vais-je pour autant trouver la clé de « l’esprit français » ? –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Claude Debussy – La mer
Orchestre de Cleveland, Pierre Boulez – 1995 ****
« La mer » est un ensemble de « trois esquisses symphoniques » composées par Claude Debussy entre 1903 et 1905 : 1. De l’aube à midi sur la mer – 2. Jeux de vagues – 3. Dialogue du vent et de la mer. Il s’agit de l’oeuvre orchestrale la plus connue du compositeur, et un excellent moyen d’aborder ce compositeur, même si le « Prélude à l’après-midi d’un faune » me semble encore plus facile d’accès. Ce sont d’ailleurs les deux seules oeuvres orchestrales que j’écoute régulièrement chez ce compositeur, qui m’a toujours échappé quelque peu, et j’en ai de multiples versions dans ma discothèque.
Celle de Pierre Boulez enregistrée avec l’orchestre de Cleveland est très bien jouée, l’orchestre est superbe, le sens du détail est remarquable, mais brrrr ! Que l’eau y est froide ! La prise de son, en revanche, est de premier ordre !
• Erik Satie– Sports & divertissements, et autres pièces pour piano
Pascal Rogé, piano – 1996 *****
Erik Satie, amateur de bons mots et volontiers espiègle à ses heures, avait donné cette appréciation de « La mer » de Debussy : « J’ai particulièrement goûté le passage vers midi moins le quart » !Vous pouvez retrouver un très petit florilège de ses bons mots à la fin de cette notule, qui date d’il y a dix ans déjà!
L’album « Sports & divertissements » enregistré par le trop discret Pascal Rogé, ancien vainqueur du concours Marguerite Long et inlassable ambassadeur du piano « made in France » est le troisième volet d’une série longuement mûrie, entamée pour le label Decca en 1984 et achevée en 2000 par les pièces pour piano à quatre mains. Un ensemble qui constitue, à mes oreilles, la meilleure proposition anthologique des pièces pour piano de ce compositeur à la fois espiègle et pudique, que j’affectionne beaucoup.
• Maurice Ravel – Daphnis & Chloé
Orchestre de Paris, Jean Martinon – 1975 ****
Écouté ce jour dans sa version intégrale, « Daphnis et Chloé » est conçu par Maurice Ravel comme « une symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs », ces derniers chantant sans paroles. L’oeuvre a été composée entre 1909 et 1912 à destination des fameux Ballets russes de Diaghilev, et Ravel en a tiré deux suites orchestrales pour les salles de concert. Il en existe également une version pour piano, qui précède la partition orchestrale. Les suites de ballet sont enregistrées beaucoup plus souvent que la musique de ballet intégrale, qui dure environ une heure.
Belle version de Jean Martinon, chef d’orchestre trop oublié aujourd’hui, et qui pourtant connut une carrière internationale -Allemagne, Angleterre, États-Unis- très fructueuse au service de la musique française, avant son retour en France à la fin des années 60.