Playlist « Après leur dernière, leur première… »

Après avoir écouté plusieurs neuvièmes et dernières symphonies de leurs compositeurs respectifs, voici que ma playlist se compose de leur première symphonie, composée parfois de nombreuses années auparavant, ce qui permet de mesurer toute l’étendue de leur parcours créatif ! C’est particulièrement vrai pour ce qui concerne Beethoven –il y a un gouffre entre sa première et sa neuvième symphonie !– et Tcahïkovsky –dont les trois premières symphonies sont de peu de poids par apport aux trois dernières-. C’est moins vrai pour Brahms, venu tard à la symphonie, et dont la première est déjà une oeuvre de maturité. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Ludwig Van Beethoven – OP Berlin, Karajan, 1985 ****
La quatrième et dernière intégrale des symphonies de Beethoven par le chef autrichien a généralement moins bonne presse que les précédentes, notamment du fait d’un mastering assez peu engageant lors de sa première parution en CD. Depuis, son appréciation a été réévaluée, de nouveaux remastering étant nettement meilleurs que le premier : elle est en fait assez proche de sa troisième intégrale –même si Karajan effectue la reprise du 1er mouvement en 1985 mais pas en 1976-.

• Johannes Brahms – OS Chicago, Wand, 1990 ****
La première symphonie reste celle que je préfère des quatre symphonies de Brahms, et cette interprétation de Günter Wand, enregistrée en concert lors d’une tournée du chef aux États-Unis avec l’excellent orchestre symphonique de Chicago –l’un des « Big Five »– s’inscrit parmi les multiples très bonnes versions de ma discothèque.

• Piotr Tchaïkovsky – Russian National Orchestra, Pletnev, 1996. ***
J’écoute rarement cette symphonie, plus proche des ballets du compositeur que de ses trois dernières symphonies, mais la version de Mikhail Pletnev, avec l’orchestre national russe qu’il a créé en 1990, issue de sa première intégrale des symphonies de Tchaïkosky parue en 1996 –il en a réalisé une seconde entre 2010 et 2014-, est de très bonne facture, rendant compte de la variété des climats de l’oeuvre, et bénéficie d’une excellente prise de son, réalisée dans la grande salle du conservatoire de Moscou. Les trois étoiles sont plus justifiées par l’intérêt assez mitigé que je porte à l’oeuvre, interprétée de fort belle manière au demeurant.

• Witold Lutosławski –  OS BBC, Gardner, 2010 *****
Witold Lutosławski est un compositeur polonais né en 1913 à Varsovie, où il est décédé en 1994. Cette symphonie, bien qu’elle ait été composée entre 1741 et 1947 durant l’occupation allemande puis soviétique de Varsovie, est décrite par son compositeur comme « une oeuvre joyeuse ». Elle est composée de quatre mouvements : les deux mouvements extrêmes, relativement brefs et frénétiques –cf. extrait sonore-, encadrent un long deuxième mouvement plus introspetif et presque mélancolique et un troisième mouvement curieusement énigmatique. Cette symphonie reste d’un accès relativement aisé et la version de ce jour bénéfice de conditions techniques proches de l’idéal.

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Dimanche à l’opéra – Carmen, de Georges Bizet

La séance de cette matinée à l’opéra est consacrée à « Carmen » de Georges Bizet, opéra composé en 1875, en quatre actes, sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, basé sur la nouvelle du même nom de Prosper Mérimée. La version écoutée ce matin, celle de Claudio Abbado enregistrée en 1978 –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-, gorgée de soleil, est assez largement reconnue comme l’une des très grandes interprétations de « Carmen » disponible au disque. Elle est très bien dirigée et la distribution internationale chante dans un Français compréhensible –à l’inverse de certaines versions distillées en volapuk…-. Les dialogues, nombreux dans cette oeuvre, souffrent un peu plus d’une maîtrise parfois délicate du Français.

« Carmen » est une tragédie passionnelle où l’amour, la jalousie et le destin s’entremêlent pour conduire les personnages à leur perte. L’opéra explore les thèmes de la liberté et de la fatalité à travers le personnage emblématique de Carmen, une bohémienne indépendante et rebelle qui refuse de se conformer aux attentes de la société. Vous pourrez retrouver ici un petit dossier relativement détaillé consacré à cet opéra très célèbre, qui connut très rapidement un succès phénoménal.

• Acte I – L’histoire se déroule à Séville, en Espagne, au début du XIXe siècle. L’opéra s’ouvre sur une place publique où des soldats, dont Don José, montent la garde. Micaëla, une jeune femme du village de Don José, arrive à la recherche de ce dernier. Elle lui apporte une lettre de sa mère, mais Don José n’est pas présent. Carmen, une belle et séduisante gitane, fait son entrée en chantant la célèbre « Habanera », où elle exprime son amour libre et indépendant. Elle jette une fleur à Don José, qui en est immédiatement captivé. Lors d’une dispute à la manufacture de tabac où Carmen travaille, elle est arrêtée par le lieutenant Zuniga. Don José est chargé de l’emmener en prison, mais Carmen le séduit et le convainc de la laisser s’échapper.

• Acte II – Deux mois plus tard, Carmen et ses amies gitanes se retrouvent dans une taverne tenue par Lillas Pastia. Carmen chante et danse pour divertir les clients. Le toréador Escamillo entre en scène et chante sa célèbre aria, « Votre toast, je peux vous le rendre », où il exalte les plaisirs de la vie de toréador. Carmen est attirée par Escamillo, ce qui rend Don José jaloux. Zuniga, qui poursuit toujours Carmen, arrive à la taverne. Une bagarre éclate entre lui et Don José, qui est forcé de rejoindre les contrebandiers de Carmen pour échapper à l’arrestation.

• Acte III – Dans les montagnes, les contrebandiers, y compris Carmen et Don José, préparent une expédition. Carmen lit les cartes et voit des signes de mort pour elle et Don José. Micaëla arrive, cherchant toujours Don José, et le supplie de rentrer chez lui pour voir sa mère mourante. Don José accepte de partir avec Micaëla, mais il est déchiré par sa jalousie envers Escamillo.

• Acte IV – De retour à Séville, une foule se rassemble pour assister à une corrida. Escamillo entre en triomphe, acclamé par le public. Carmen, qui est maintenant avec Escamillo, est confrontée par Don José. Ce dernier la supplie de revenir avec lui, mais Carmen refuse, affirmant qu’elle ne l’aime plus. Dans un accès de jalousie et de désespoir, Don José poignarde Carmen. Alors que la foule célèbre la victoire d’Escamillo dans l’arène, Don José avoue son crime et se livre aux autorités.

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Playlist « Beethoven fougueux et déjanté »

Hors Emil Gilels, qui a une place tout-à-fait à part dans mon panthéon personnel, Friedrich Guldaassez régulièrement mentionné sur ce blog– est le pianiste qui m’apporte régulièrement le plus de satisfactions dans les oeuvres pour piano solo de Beethoven –dont il fut un éminent défenseur, ayant achevé d’enregistrer, à moins de quarante ans, pas moins de trois intégrales des sonates du compositeur -!!!-, plusieurs séries de variations et une intégrale des concertos pour piano sans compter quelques versions isolées…– , et ce à tous les stades de sa carrière –une merveille d’opus 111 en 1984-, entamée fort jeune de façon tonitruante : il remporta en 1946 le concours international de Genève à 16 ans.

A peine sorti de l’adolescence, la firme Decca lui fit signer un contrat d’exclusivité dès 1947. Il y enregistra en 1951 le premier concerto pour piano avec Karl Böhm et les variations Eroica, puis une intégrale des sonates entre 1954 et 1958 –qualité sonore variable et assez ingrate eu égard à l’époque et à la notoriété de l’éditeur…-.
Très peu de temps après l’enregistrement de sa seconde intégrale studio –sa troisième en tout– parue en 1968 chez Amadeo, toute petit firme autrichienne, il enregistra également les Variations Diabelli, en 1970 pour MPS, un autre obscur label allemand spécialisé dans le jazz –!!! again-, sporadiquement distribué en France par Harmonia Mundi : version hautement virtuose et d’une prodigieuse liberté de cette oeuvre, qui est sans doute la moins accessible des pièces pour piano de Beethoven !
La playlist de ce jour –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand– est donc composée ainsi :

Beethoven – Concerto pour piano n°1 – Orchestre OP Vienne, Karl Böhm – 1951 ***** Une version pleine de fraîcheur et de liberté : étonnant de la part d’un chef généralement assez « carré » ! La cadence est originale et brillante.
Beethoven – 15 Variations et 1 fugue « Eroica » – 1951 ***** Une excellente première version, presque dansante, dynamique et claire, de cette oeuvre que j’aime beaucoup : c’est ma série de variations préférée du compositeur, qui excellait en la matière et en écrivit une quantité assez conséquente —Gulda réenregistra l’oeuvre pour la radio autrichienne dès 1953-.
Beethoven – 33 Variations « Diabelli » – 1970 ***** Sans doute la version la plus déjantée que je connaisse, brillante et vive, l’absolue contraire de celle d’Anatol Ugorski, autre monument de ma discothèque dans cette oeuvre.

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Playlist « Leur neuvième est leur dernière »

Quand on dit « La Neuvième », on pense spontanément à la neuvième symphonie de Beethoven, qualifiée de « symphonie des symphonies » par les contemporains du compositeur, « d’appel terrifiant au viol » par certaines féministes –si si, c’est véridique…-, de « symbole de l’oppression culturelle occidentale » par des partisans de la « gauche éveillée » –encore véridique-, mais aussi hymne européen, qui servit de support à l’intronisation de deux présidents de la République française –François Mitterrand pour son entrée au Panthéon en 1981, une rose à la main, et Emmanuel Macron lors de sa déambulation vers le Louvre en mai 2017-.
Pour beaucoup de musiciens qui suivirent, ce chiffre 9 constitue une barrière mythique : la plupart se sont arrêtés avant de l’atteindre et peu se sont aventurés à aller au-delà de cette frontière.Et, cependant, cette symphonie, la dernière de son auteur, n’est pas présente dans la playlist de ce jour. Pour autant, chaque neuvième symphonie de ladite playlist est la dernière de chacun de ses compositeurs respectifs ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Franz Schubert – Symphonie n°9 « La Grande » – OP Berlin, Karl Böhm – 1963 ***
Composée en 1825, jamais jouée de son vivant –ses contemporains la trouvaient « longue et pompeuse »-, créée par Mendelssohn en 1839 dans une version écourtée, elle présente ce que Schumann appelait « des divines longueurs », que je trouve pour ma part longues et répétitives : je l’écoute très rarement en réalité.
• Anton Bruckner – Symphonie n°9 – OP Berlin, Herbert Von Karajan – 1976 *****
Cette symphonie « dédiée au Bon Dieu » par son compositeur, bigot notoire, est en trois mouvements, le quatrième étant resté inachevé. Sa composition, entamée en 1887, s’étale sur au moins quatre ans. Je ne connais pas de meilleure version de cette symphonie –présente en grande quantité dans ma discothèque : une vingtaine de versions…– que celle écoutée ce jour, d’une puissance électrisante et d’une beauté sonore confondante –la plénitude des cuivres est miraculeuse-.
• Antonín Dvořák – Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde » – OP Berlin, Ferenc Fricsay – 1960 *****
Cette neuvième symphonie, écrite en 1893 après un séjour du compositeur tchèque aux États-Unis, est hyper-populaire –sans doute autant que celle de Beethoven– et d’un accès très facile. Le second enregistrement de cette oeuvre par de Ferenc Fricsay, peu de temps avant sa disparition, est justement célèbre depuis sa première parution, le second mouvement est particulièrement émouvant dans cette version.
• Gustav Mahler – Symphonie n°9 – OS Chicago – Carlo Maria Giulini – 1976 ****
Achevée en 1910, c’est la dernière symphonie de Mahler, qu’il n’entendit jamais de son vivant, puisqu’elle fut créée en 1912 seulement, un an après le décès du compositeur. Oeuvre d’une grande intensité émotionnelle, elle s’achève sereinement par un mouvement lent, comme celle de Bruckner. La version de ce jour est considérée par certains musicographes comme une référence, mais j’en préfère plusieurs autres personnellement.

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Dimanche à l’opéra – Aïda, de Giuseppe Verdi

Ma séance lyrique dominicale est à nouveau consacrée aujourd’hui à un opéra italien, en lien avec les notules précédentes liées au legs viennois pour la firme de Decca d’Herbert Von Karajan. -Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
Aïda est un opéra en quatre actes composé par Giuseppe Verdi sur un livret d’Antonio Ghislanzoni, basé sur un scénario de l’égyptologue français Auguste Mariette –oui oui, celui de Boulogne-Sur-Mer, dont je vous ai déjà un peu parlé lors de mes vacances estivales-. Celui-ci fut par ailleurs régulièrement consulté pour apporter une touche de réalisme historique à cette fresque antique, notamment pour les détails de mise en scène lors de la création mondiale de l’ouvre, au Caire, en 1871.

L’histoire se déroule dans l’Égypte ancienne, sur fond de guerre avec l’Ethiopie, et met en scène un triangle amoureux tragique entre Radamès, un capitaine égyptien, Aïda, une princesse éthiopienne fille du roi Amonasro réduite en esclavage au service d’Amneris, la fille du Pharaon, qui est également amoureuse de Radamès.
Au premier acte, Radamès apprend qu’il sera le commandant des armées égyptiennes contre les Éthiopiens. Il rêve de gloire et de victoire, espérant ainsi gagner la main d’Aïda, dont il est secrètement amoureux. Amneris, qui soupçonne les sentiments de Radamès pour Aïda, est jalouse mais cache ses émotions.
Au deuxième acte, les Égyptiens célèbrent leur victoire sur les Éthiopiens. Aïda est déchirée entre son amour pour Radamès et sa loyauté envers son peuple. Son père, Amonasro, le roi d’Éthiopie, est capturé et amené en Égypte. Il manipule Aïda pour qu’elle découvre les plans militaires égyptiens afin de libérer leur peuple.
Au troisième acte, Radamès, tiraillé entre son devoir et son amour, révèle à Aïda le chemin que prendra l’armée égyptienne. Amonasro, caché, entend la conversation et se réjouit de cette trahison qui pourrait sauver son peuple. Cependant, Amneris, toujours jalouse, surprend leur conversation et dénonce Radamès comme traître.
Au quatrième acte, Radamès est jugé et condamné à être enterré vivant. Amneris, désespérée, tente de le sauver en renonçant à son amour, mais Radamès préfère la mort à la trahison de son honneur. Aïda, secrètement, se cache dans la tombe pour mourir avec Radamès, scellant ainsi leur amour éternel dans la mort.

Aïda est l’un des opéras les plus célèbres de Verdi, notamment pour son intensité dramatique. Le compositeur italien utilise un orchestre important et fit même fabriquer six « trompettes égyptiennes » pour apporter une touche exotique –revue et corrigée selon le XIXè siècle…– à sa partition. Verdi utilise également ponctuellement des motifs récurrents associés à des personages ou des idées –thème de la fatalité par exemple-, mais cette utilisation reste beaucoup moins développé que l’usage du « Leitmotiv » chez Wagner. Les choeurs sont imposants et la « Marche Triomphale » les mobilise de puissamment.

La première version de Karajan, enregistrée en 1959 avec l’orchestre philharmonique de Vienne, reste considérée, aujourd’hui encore, comme l’une des plus réussies de la discographie très abondante de l’oeuvre. Elle donne à entendre le gratin des chanteurs de l’époque –Renata Tebaldi, Carlo Bergonzi, Giuletta Simionato…-, tous portés par le chef qui insuffle à la partition un souffle puissant et monumental, malgré des tempi plutôt lents.
Le producteur John Culshaw, fidèle à son habitude, mobilise tous les effets possibles et imaginables pour apporter apporter une touche de réalisme et de spectaculaire dans le cadre d’une écoute stéréophonique au disque : effet ping-pong, profondeur factice, gamme dynamique artificielle…
Dans ma discothèque figurent trois autre versions : la seconde de Karajan, enregistrée pour EMI en 1980, à la prise de son aussi artificielle, mais selon d’autres critères, avec de jeunes chanteurs que le chef appréciait et dirigea très régulièrement ; la version –tonitruante à mon goût– de Georg Solti, avec un excellent plateau vocal, grande concurrente de celle écoutée ce jour, également chez Decca ; enfin, la version de Jonel Perlea, enregistrée à Rome en 1955 pour RCA, et réunissant un plateau somptueux également : cette version marqua son époque.

Pour autant, malgré cette présence « abondante », Aida n’est pas une oeuvre que j’écoute très souvent : à très petite dose, c’est supportable, mais le monde de l’opéra italien me reste assez étranger en général !

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Playlist « Karajan, l’héritage Decca »

Non content d’avoir signé deux contrats d’exclusivité –sic…– avec les labels EMI et Deutsche Grammophon dans les années 50, Karajan enregistra également, au tournant des années 60, pour Decca, avec l’orchestre philharmonique de Vienne, lequel orchestre était alors sous contrat avec cette firme, qui exportait également aux USA sous label RCA –sic encore…-, label sous lequel parurent en priorité certains des enregistrements, destinés prioritairement au marché américain, réalisés alors. Pas exactement facile de s’y retrouver dans ces méandres discographiques !
C’est parmi ces enregistrements viennois que j’ai concocté la playlist de ce jour. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

• Wolfgang Amadeus Mozart – Symphonies 40 – Mars 1959 ***** • Symphonie 41 « Jupiter » – Avril 1963 ***
Sans doute les meilleures réussites du chef dans des symphonies de Mozart : beauté du chant et des sonorités, souplesse des lignes. La symphonie n°40, notamment, est baignée d’une douce lumière dans le mouvement lent : c’est vraiment très beau ! Mon appréciation pour la « Jupiter » est tributaire du peu d’engouement que je porte pour cette oeuvre… A l’origine, chacune des symphonies de Mozart était couplée avec une symphonie de Haydn –les n°103 et 104, que j’écoute rarement, et louées comme de remarquables versions par le grand spécialiste H.C. Robbins Landon, éminent spécialiste du compositeur-, la jaquette ci-dessus est celle d’une réédition française plus tardive.

• Richard Strauss – Also Sprach Zarathustra – Mars 1959 *****
Une remarquable version, superbement enregistrée, qui servit de bande-son au film « 2001 : L’odyssée de l’espace », de Stanley Kubrick, qui utilisa cet enregistrement subrepticement parce que la MGM n’en possédait pas les droits, « secret » qui fut éventé bien plus tard ! A cette date, l’orchestre de Vienne a trouvé la splendeur qu’il avait quelque peu perdu à la fin de la seconde guerre mondiale et s’impose comme l’un des tout meilleurs orchestre au monde.


• Gustav Holst – The Planets – Septembre 1961 ****
La première version de Karajan est très célèbre, et bénéficie d’une prise de son somptueuse pour l’époque. Elle est globalement très bien, mais assez peu idiomatique si l’on se réfère aux enregistrements du spécialiste de cette ouvre qu’est Sir Adrian Boult. A mes oreilles cependant, le fameux « Big tune » de «Jupiter» manque singulièrement d’ «anglitude» ; a contrario, « Mars » est martial à souhait, comme il se doit !

• Piotr Tchaïkovsky – Casse-noisette, suite de ballet – Septembre 1961 *****
• Edvard Grieg – Peer Gynt, suite 1 et extrait suite 2 – Septembre 1961 *****
• Johann Strauss II, Josef Strauss – Ouvertures, valses et polkas – Avril 1959 ***** -Cliquer sur l’imagette de gauche pour la voir en plus grand-.
Dans ces pages plus légères qu’il aimait ne pas dédaigner, le chef autrichien a toujours excellé tout au long de sa carrière, comme en attestent les nombreux enregistrements qu’il en réalisa –au moins trois fois pour les ballets de Tchaïkovsky et le Peer Gynt de Grieg, et il enregistra bien plus souvent encore des pièces de la famille Strauss-.

Concernant les dernières citées, les versions qu’il y donna à Vienne –pour EMI dans les années 40, pour Decca au sein de cette playlist et, enfin, à l’occasion du festival de Salzburg en 1968 ou du Nouvel An 1987 à Vienne pour Deutsche Grammophon– sont à mes oreilles supérieures à celles, innombrables, qu’il enregistra à Berlin.

Tous ces enregistrements ont été produits par le mythique John Culshaw, producteur du « Ring » légendaire de Solti pour Decca, et homme d’un caractère notoirement difficile qui s’entendit pourtant  remarquablement avec le chef autrichien : ils partageaient tous deux les mêmes passion pour la vitesse et le pilotage de bolides…

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Playlist « Dans un jardin anglais »

J’écoute depuis deux jours l’intégrale des symphonies de Charles-Villiers Stanford –notice biographique assez détaillée à lire ici– compositeur irlandais ayant vécu et étudié à Londres, aussi prolifique que presque totalement méconnu, et qui m’avait valu d’heureuses retrouvailles que je vous narrais ici ! –Cliquer sur les images pour les voir en plus grand-.


L’intégrale des symphonies de Stanford est présente dans ma discothèque depuis longtemps –ie : à peu près depuis la parution de ces disques, qui coûtaient un bras à leur sortie, et que j’achetais un à un au tournant des années 90-.
Ses symphonies sont inégales, très agréables à l’écoute mais assez peu marquantes et vite oubliées en définitive, malgré des qualités mélodiques certaines et des orchestrations aux belles couleurs. Un mélange de Mendelssohn pour l’aisance mélodique, mâtiné, pour le côté un peu ennuyeux, de Brahms et de Dvorák ! En revanche, on ne perçoit étonnamment qu’assez peu l’influence d’une « anglitude victorienne ou edwardienne » chez ce contemporain d’Edward Elgar ? Est-ce parce qu’il était irlandais de naissance ?

En définitive, les pièces les plus intéressantes, à mes oreilles, sont les Irish Rapsody » qui complètent les albums, où le compositeur peut exprimer tout son talent dans un cadre moins formel : la cinquième, notamment, est un petit bijou !
Très belles interprétations de l’ensemble de ces oeuvres au demeurant, par un grand chef anglais très discret, Vernon Handley, et excellentes notices –on savait encore faire de beaux livrets de CD en temps-là…-, ainsi que très bonnes prises de son. L’ensemble a été réédité et reste disponible à prix moyen : l’intégrale des symphonies dans un coffret de 4 CD, et, tiré à part, un album consacré aux quatre rhapsodies.

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Un dimanche dans la campagne anglaise

Mes pérégrinations dominicales, à défaut de me guider vers l’opéra, me conduisent ce matin dans la campagne anglaise de l’époque edwardiennecette « Belle-Époque » d’Outre-Manche-, avec cette très belle playlist consacrée aux oeuvres orchestrales les plus célèbres d’Edward Elgar –notice biographique relativement détaillée à lire ici-, magnifiquement interprétées par d’excellents orchestres anglais, sous la direction d’un chef américain, Leonard Slatkin, rejeton d’une famille de musiciens et désormais octogénaire, mais qui a commencé sa carrière de chef d’orchestre très jeune à Saint-Louis –USA– et est passé, notamment, par Londres et Lyon –de 2011 à 2020, il contribua très largement au rayonnement de l’orchestre de la ville-.

Leonard Slatkin connut une carrière discographique très intense tout au long des années 80 et 90, sur le label américain RCA, dont la branche « Red Seal = musique classique » a été rachetée par Sony. Les enregistrements du jour font partie d’une série consacrée au musicien anglais, réalisée à la fin des années 80 et durant les années 90, bénéficiant d’excellentes conditions techniques. Ces très bonnes prises de son sont encore magnifiées par le remastering de cette réédition sous étiquette Sony, en 2013, dans un petit coffret de 4 CD, sorti à prix très réduit –mais à la ligne éditoriale aussi réduite que son prix, comme pour toutes les rééditions de cette collection…-, et qui, vérification faite, reste encore disponible à un prix très raisonnable à l’heure actuelle –cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

On retrouve donc, dans cette playlist dominicale –cliquer sur l’image pour voir en plus grand les belles jaquettes d’origine et profiter, vous aussi, de la campagne anglaise !– :


• la symphonie n°1 – OP Londres – 1991 ****
Symphonie composée en 1907, après une longue maturation de dix ans, et dont le thème majestueux du premier mouvement est assez connu, puisqu’il servit d’illustration sonore au film « Greystoke : la légende de Tarzan ». L’oeuvre connut un vif succès et fut interprétée pas moins d’une centaine de fois l’année de sa création. La version de Slatkin, en 52 minutes, semble être celle du juste milieu, très proche des indications de la partition : Elgar lui-même a enregistré l’oeuvre en 1931 et cravache son orchestre en 47 minutes –mais j’aime beaucoup, malgré un son un peu difficile-, quand la version de Giuseppe Sinopoli, qui tire adroitement Elgar vers Mahler, dure un peu plus d’une heure –mais j’aime beaucoup aussi !-.

• la symphonie n°2 – OP Londres – 1993 ***
Achevée en 1911 bien que partiellement ébauchée à l’état d’esquisses au moins dix ans plus tôt, cette symphonie est dédiée à la mémoire du roi Edward VII, décédé une année auparavant. Cette seconde symphonie connu un moindre succès que sa première symphonie, –ainsi, Elgar traita son public de « cochons repus » devant le peu d’enthousiasme lors de sa création-, tant du vivant de son compositeur que pour la postérité, en dépit de quelques passages champêtres fort beaux et d’un second mouvement émouvant et recueilli. Léonard Slatkin s’interdit tout alanguissement, et c’est très bien ainsi !

• le concerto pour violoncelle – Janos Starker, Philharmonia Orchestra – 1997 ****
Le concerto pour violoncelle est une oeuvre plus tardive, composée après la première guerre mondiale et achevée en 1919. Il est très populaire et facile d’accès et constitue, à mes oreilles, l’un des plus beaux concertos pour violoncelle du répertoire : à ce titre, il est plutôt bien représenté dans ma discothèque. La version de Janos Starker et Leonard Slatkin est très belle, peine de noblesse et beaucoup moins passionnée –mais non moins pertinente– que celle de Jacqueline du Pré et Barbirolli dans leur mythique disque enregistré en 1965.

• les « Variations Enigma » – 1989 ****
Ces portraits musicaux en forme de variations pour orchestre, achevées en 1899, sont l’une des oeuvres les mieux représentées dans ma discothèque, avec pas moins d’une vingtaine de versions différentes –cf. ici et pour en savoir plus-. L’oeuvre est très populaire et très facile d’accès, c’est la composition d’Elgar la plus célèbre avec sa « Pompe et Circonstance n°1 ». Avec celle de Sinopoli, qui présente d’autres équilibres toutefois, la version de Leonard Slatkin est l’une des plus lentes de la discographie –34 minutes-, sans pour autant que l’oeuvre pâtisse du traitement que lui fait subir Leonard Bernstein –38 minutes !!!-. A titre indicatif, Elgar lui-même interprétait ces variations en moins de 30 minutes et son collègue Hamilton Harty en 27 minutes dans un enregistrement de 1932. De nos jours, la durée moyenne d’une interprétation est généralement de 31 à 32 minutes.
La présente version est portée par de très beaux timbres orchestraux, et la variation XII « B.G.N » –portrait de Basil G. Nevinson, violoncelliste ami d’Elgar qui inspira le concerto pour violoncelle– est somptueuse à cet égard.

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Dimanche à l’opéra – Lohengrin, de Richard Wagner

Cette séance lyrique dominicale est consacrée à un opéra que j’ai mis assez longtemps à apprécier à sa juste valeur, mais que j’écoute désormais avec un plaisir toujours renouvelé : Lohengrin, de Richard Wagner. La version écoutée aujourd’hui est celle d’Herbert Von Karajan, enregistrée entre 1975 et 1981. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.

L’histoire se déroule au Xe siècle à Anvers, où le roi Henri l’Oiseleur veut lever des troupes pour chasser les Hongrois de l’est de son royaume de Francie Orientale. Elsa de Brabant est accusée d’avoir fait disparaître son frère, le jeune duc Gottfried. Le comte Friedrich von Telramund et sa femme Ortrud, désireux de s’emparer du trône, accusent Elsa devant le roi Heinrich l’Oiseleur. Pour prouver son innocence, Elsa évoque un rêve où un chevalier viendrait la sauver. À l’appel du roi, un chevalier inconnu, accompagné d’un cygne, apparaît et propose de défendre Elsa à la condition qu’elle ne lui demande jamais son nom ni son origine. Il triomphe de Telramund en combat judiciaire et épouse Elsa.
Cependant, Ortrud instille le doute dans l’esprit d’Elsa, qui finit par poser la question interdite durant la nuit de noces. Contraint de révéler son identité, le chevalier se présente comme Lohengrin, fils du roi du Graal, Parsifal. Son secret dévoilé, il ne peut plus rester parmi les hommes et doit repartir. Avant de partir, il révèle que le cygne est en réalité Gottfried, transformé par la magie d’Ortrud. Lohengrin redonne son apparence au jeune duc, puis disparaît, laissant Elsa désespérée.

Wagner conçoit Lohengrin entre 1845 et 1848, une période marquée par son engagement révolutionnaire et son intérêt pour les mythes germaniques. Il s’inspire du « Parzival » de Wolfram von Eschenbach, des traditions arthuriennes et de la mythologie du Graal –notamment de la « Geste des Lorrains »– ainsi que de « Le Roman du Chevalier au Cygne« .
La légende du Chevalier au Cygne trouve ses racines dans la littérature médiévale et appartient à la famille des récits merveilleux associés aux cycles arthuriens et carolingiens. Son origine exacte reste floue, mais plusieurs versions circulent en Europe dès le XIIᵉ siècle. On retrouve des récits similaires dans des textes comme :
le Roman du Chevalier au Cygne (XIIᵉ siècle), qui introduit le personnage sous le nom de Hélias ;
le mythe du « Loherenc Garin », ou Garin le Lorrain, dont le nom de Lohengrin dérive directement, dans la « Geste des Lorrains » ;
les légendes des ducs de Brabant, qui prétendaient descendre du chevalier au cygne, lui attribuant une origine noble et sacrée, à travers la figure de Godefroy de Bouillon –oui oui, celui des Croisades-, marquis d’Anvers avant de devenir avoué du Saint-Sépulcre et de fonder le royaume de Jérusalem.

Dans son livret en trois actes, Wagner fait un méli-mélo de l’ensemble de ces sources, au mépris des réalités historiques ou géographiques. Ainsi, le duché de Brabant, dont la création n’est effective qu’à compter de 1106, n’existait pas à l’époque d’Henri l’Oiseleur, il faisait partie du duché de Basse-Lotharingie, lui-même intégré au Saint-Empire Romain-Germanique. Par ailleurs, Lohengrin fait un long voyage de Montsalvat –parfois identifié par certains historiens comme étant le château de Montségur, près de la frontière espagnole– jusqu’à Anvers dans une nacelle -ou une barque- tirée par un cygne : un sacré voyage ! –Cliquer sur la carte pour la voir en plus grand : en violet, le royaume de Franconie Orientale-.

Nonobstant ces considérations très terre-à-terre, le livret mobilise de nombreux thèmes et symboles de la littérature médiévale :
le cygne, symbole de noblesse et de pureté régulièrement associé aux récits chevaleresques où il incarne un être supérieur d’origine divine ;
l’interdiction et la transgression : l’élément essentiel de la narration, dans Lohengrin, est le tabou de l’identité : la femme du chevalier ne doit jamais poser la question des origines de celui-ci –Lohengrin est une élu du Graal, et son identité ne peut être dévoilées sans conséquence– ;
en corollaire, l’oeuvre pose la question du dilemme entre la confiance aveugle opposée à la soif de connaissance ;
l’incapacité des humains à conserver un lien avec le sacré et le caractère éphémère du merveilleux.
C’est thèmes et symboles ont parfois été analysés à l’aune de lectures post-freudiennes ou « féministes » pour interroger le comportement de Lohengrin, qui paraît suspect : c’est, à mon avis, oublier que dans la littérature médiévale, amour et loyauté sont étroitement liés, et que la transgression est toujours punie : ici, Elsa échoue à respecter son serment, ce qui entraîne la séparation et le départ de Lohengrin.

Lohengrin marque une transition entre le style opératique traditionnel et le drame musical wagnérien. L’œuvre se distingue par une orchestration subtile et riche ainsi que par l’utilisation du leitmotiv, qui préfigure le style des opéras postérieurs de Wagner. L’harmonie évolutive préfigure «Tristan und Isolde», postérieur d’une dizaine d’années. Le prélude du premier acte est d’une beauté céleste et la marche nuptiale est une pièce presqu’aussi célèbre que celle de Mendelssohn.

La version de ce jour a été enregistrée en deux sessions : entamée en décembre 1975, elle n’a été achevée qu’en mai 1981, notamment du fait d’une brouille entre Herbert Von Karajan et René Kollo, son ex-protégé, parti fâché à la fin de la première session après avoir déclaré : «Il y a plus de 500 chefs d’orchestre en Allemagne qui peuvent diriger Lohengrin, mais seulement 5 ténors qui peuvent le chanter».Après leur réconciliation, quelques années plus tard, l’enregistrement a finalement été terminé. Par ailleurs, il s’agit de la période durant laquelle Karajan a subi plusieurs interventions chirurgicales du dos. Enfin, toutes les scènes d’Ortrud ont du être réenregistrées, la cantatrice initialement retenue par Karajan, Ursula Schroeder-Feinen, ayant perdu sa voix au début des années 80 –on peut l’entendre dans les versions enregistrées lors des représentations du festival de Salzbourg, en 1976-. C’est donc Dunja Vejzovic qui interprète le rôle sur les disques.

Malgré ces difficultés, il s’agit d’une version qui reste très agréable : les chanteurs sont tous au moins adéquats, et certains sont vraiment très bons, comme le roi Henri de Karl Ridderbusch et les «méchants» –l’Ortrud de Dunja Vejzovic et le Telramund de Siegmund Nimsgern-. René Kollo –Lohengrin, cliquer sur l’image pour la voir en plus grand– est plus à son aise dans les parties enregistrées en 1975-1976 que dans celles plus tardives et l’Elsa d’Anna Tomowa-Sintow est chaleureuse, mais sa voix me semble un peu «charnue» pour le rôle. L’orchestre et les choeurs sont remarquables.
La prise de son analogique est très bonne mais pour en profiter pleinement, il est indispensable d’entendre cette version dans le remastering effectué en 1997 : les masters de l’édition LP et de la première édition en CD souffraient de graves déséquilibres qui ont été largement corrigés dans l’édition plus tardive –cliquer imagette de droite pour la voir en plus grand-.

Pour mémoire, mes versions préférées sont relativement anciennes : Joseph Keilberth en 1953 à Bayreuth et Wilhelm Schüchter –aussi surprenant que cela puisse paraître– en studio à Hambourg, en 1953. Ces versions donnent notamment à entendre, excellemment entourées, les deux plus grandes Ortrud de la discographie : Astrid Varnay, absolument géniales dans un rôle qu’elle confisqua, et Margarete Klose. Elles bénéficient en outre de conditions techniques qui restent tout-à-fait convenables plus de 70 ans après leur parution.

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Playlist du Grand Nord. 3 : Finlande

Dernière escapade dans le Grand Nord avec cette playlist constituée de musique symphonique écrite sous la plume de compositeurs finlandais. (Ici, une petite incise géographique s’impose : cette série n’est pas intitulée « Playlist scandinave » pour la raison que , stricto sensu, la Finlande ne fait pas partie des pays scandinaves, a contrario du Danemark, de la Norvège et de la Suède, qui sont les trois seuls pays qui forment la Scandinavie. Par ailleurs, culturellement, elle ne partage ni la même mythologie, ni les mêmes origines linguistiques).Cliquer sur l’image et sur les imagettes-portraits pour les voir en plus grand-.

• Leevi Madetoja1887-1947– est un compositeur influencé par le nationalisme finlandais, et ne dérogeant pas outre mesure à la tradition romantique tardive. Il reçut quelques leçons privée de Sibelius et partagea avec lui un fort attrait pour la dive bouteille, avant qu’il ne s’auto-proclama son rival.
Ses trois symphonies sont parmi ses œuvres les plus importantes, et sa deuxième symphonie, composée en 1918, est celle qui a connu le plus grand succès ; elle était d’ailleurs admirée par son ancien professeur. Ecrite durant la sanglante guerre civile finlandaise –à lire ici et pour comprendre cet épisode important de l’histoire européenne, plutôt méconnu dans nos contrées-, c’est une oeuvre plutôt introspective, plus proche, à mes oreilles, par son caractère mélancolique et sa charge émotionnelle, des première et quatrième symphonies de Mahler que des symphonies de Sibelius. Le langage harmonique audacieux reflète les bouleversements engendrés par la guerre civile. En revanche, contrairement à son illustre contemporain, Madetoja utilise assez peu d’éléments du folklore finlandais ou de la mythologie du Kalevala dans ses symphonies ou ses oeuvres symphoniques -utilisation parcimonieuse dans la première symphonie seulement, ainsi que dans la suite symphonique « Les Ostrobotniens » ou dans l’ouverture Kullervo-.

• Einojuhani Rautavaara1928-2016– écrivit huit symphonies, composées entre 1956 et 1999. Elles reflètent une diversité d’influences et une recherche constante de nouveaux langages musicaux. Rautavaara s’inscrit dans la tradition musicale nordique, où la nature et la spiritualité jouent un rôle clé. Il ne se limite pas à un style ou une école et combine des éléments de modernisme, de romantisme, et même d’atonalité. Cet éclectisme reflète son intérêt pour les contrastes entre tradition et innovation. Ses symphonies dégagent souvent une atmosphère mystique, traduite par des textures orchestrales riches et des harmonies audacieuses. Elles mettent en avant des combinaisons instrumentales originales, des masses sonores imposantes et des passages d’une délicatesse presque impressionniste. Il s’inspire également du romantisme tardif, avec des élans lyriques et des climats émotionnels intenses. Le traitement de l’orchestre est souvent panoramique, créant des espaces sonores vastes et immersifs. Rautavaara partage avec Sibelius une fascination pour la nature, qui se traduit dans des évocations de paysages sonores vastes et des atmosphères nordiques.
Ses dernières symphonies sont souvent plus méditatives et tonales, marquées par des textures complexes mais lisibles. La symphonie n°5 (1986) est tout-à-fait remarquable pour son écriture orchestrale dense et ses climats dramatiques. La symphonie n°7 « Angel of Light » (1994), très méditative, évoque un monde spirituel éthéré.

• Armas Järnefelt1869-1958-, quasi-exact contemporain de Sibelius dont il fut le beau-frère, a commencé sa carrière de compositeur entre la fin des années 1880 et le début des années 1890 à une période où la musique finlandaise était caractérisée par des aspirations nationalistes –c’est vrai pour de nombreux autres pays européens à la même époque-. Comme la plupart des compositeurs finlandais de l’époque, Järnefelt a été influencé par Sibelius, mais ses influences les plus profondes sont à chercher chez Wagner d’abord et avant tout, puis chez Tchaïkovsky et, dans ses premières productions, dans la musique française –il étudia à Paris avec Massenet comme professeur-.
Dès les début du vingtième siècle, Järnefelt délaissa la composition d’oeuvre symphoniques, trop accaparé par sont travail de chef d’orchestre, et sa cantonna essentiellement à l’écriture de lieder. L’album de ce jour comporte son oeuvre symphonique la plus connue -« Berceuse« – et deux pièces un peu plus conséquentes : la Fantaisie symphonique, d’influence wagnérienne certaine, et la Suite pour orchestre en mi bémol majeur, composée lorsqu’il était étudiant à Paris. Au-delà de l’attrait de la découverte, c’est l’album le plus anecdotique, mais toujours agréable, de ce triptyque par ailleurs passionnant.

Cerise sur le gâteau, les trois albums du jour bénéficient tous d’excellentes interprétations et de conditions techniques de premier ordre : ce périple musical à travers le grand Nord s’achève de fort belle manière !

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