Playlist concertante et controversée !
La playlist de ce jour est consacrée à trois concertos pour piano parmi les plus célèbres du répertoire dans des interprétations qui ont, de tout temps, été sujettes à controverses, plus encore en France que dans d’autres pays dont j’ai pu retrouver quelques échos.
Pourtant, la collaboration entre ces deux artistes qui s’estimaient et s’admiraient réciproquement s’est révélée relativement fructueuse quantitativement parlant, puisqu’Alexis Weissenberg est sans doute le pianiste avec lequel Herbert von Karajan a le plus enregistré dans le domaine du concerto pour piano et leur legs discographique est désormais reconsidéré plus positivement auprès des musicographes actuels -même, mais dans une moindre mesure, en France- au gré des rééditions. -Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Piotr I. Tchaïkovsky – Concerto pour piano n°1
Alexis Weissenberg, piano – Orchestre de Paris, Herbert von Karajan – 1971 ***
Ce disque m’est cher non pour son contenu, mais parce qu’il s’agit du tout premier disque qui me fut offert pour mon sixième anniversaire. J’avais entendu à la radio ce concerto et j’en chantais continuellement, paraît-il, sa très célèbre introduction, au risque de l’agacement paternel qui n’appréciait guère Tchaïkovsky ! Karajan a enregistré l’oeuvre quatre fois, cette version parisienne n’est ni pire ni meilleure que ses autres versions dans sa conception. Le tout jeune orchestre de Paris dont il était alors «conseiller musical spécial» depuis 1969, charge dont il devait vite se débarrasser l’année suivante, notamment parce qu’il jugeait les musiciens de l’orchestre plutôt désinvoltes et parce que les engagements de recrutement promis par le ministère de la culture lors de la signature de son contrat ne furent pas tenus, n’est cependant pas à cette date le plus exceptionnel des orchestres –son successeur, Sir Georg Solti, se cassa les dents pour les mêmes raisons et rendit bien vite sa baguette également…-. Alexis Weissenberg, pianiste très apprécié du chef autrichien, joue une partition tout en muscle, mais les deux musiciens semblent avoir renoncé à jouer la même partition.
• Sergei Rachmaninov – Concerto pour piano n°2
Alexis Weissenberg, piano – Orch. Philh. de Berlin, Herbert von Karajan – 1973 ****
Deux ans plus tard, à Berlin, chef et pianiste évitent, a contrario et de manière surprenante, tout enlisement dans le deuxième concerto pour piano de Rachmaninov. C’est une très belle version de ce concerto qui est offerte, avec un orchestre voluptueux –la partition se prête admirablement à ce traitement– mais qui ne sombre jamais dans le sirupeux et un pianiste à la virtuosité très expressive. Un très bel album ! L’enregistrement est l’un des tout premiers réalisé en quadriphonie –et remastérisé en CD en stéréo-, une technique qui ne perdura pas et qui n’enrichit que les marchands de canapé !
• Johannes Brahms – Concerto pour piano n°1
Alexis Weissenberg, piano – Orch. Philh. de Londres, Carlo Maria Gilulini, 1973 ****
Tout au long des années 70, Alexis Weissenberg, rescapé d’un camp de concentration où il fut emprisonné durant quelques mois, encore enfant, pendant la seconde guerre mondiale, fut un pianiste extrêmement populaire en France –à tel point qu’il se fit naturaliser français-, largement popularisé par ses passages télévisés dans « Le grand échiquier », émission qui contribua à populariser la musique classique auprès d’un large public. Le premier concerto pour piano de Brahms avec le chef italien Carlo Maria Giulini fait partie de ses meilleurs disques concertants. A mes oreilles, le chef est meilleur ici que dans son célèbre enregistrement avec Claudio Arrau, pourtant bien plus largement réédité, et ce concerto à la virtuosité exigeante convient parfaitement au jeu du pianiste. Une belle réussite !

