Playlist « Somptueuse trilogie finale »
La trilogie finale des sonates pour piano de Beethoven constitue un exceptionnel corpus pianistique, et sans doute le sommet de la musique occidentale pour piano : le compositeur, désormais totalement sourd, est ici à l’apogée de son génie et confie ses plus profondes pensées à son piano.
Comme pour la 32ème sonate, il faudrait que je me livre à l’exercice d’écouter 30 versions différentes de la trentième sonate puis 31 versions différentes de la trente-et-unième sonate : ce sera pour un autre jour, ou plutôt l’une ou l’autre nuit… ! –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°30, opus 109
Maria Grinberg, piano – 1967 ***(*)
La pianiste soviétique Maria Grinberg enregistra, dans des conditions techniques que l’on qualifiera de « peu idéales », une intégrale des sonates de Beethoven au cours des années 60, qui ne fut disponible que tardivement en Occident. Le disquaire allemand qui me l’avait procurée –exceptionnel connaisseur en matière de piano enregistré– était même étonné de ma demande… Malgré des sonorités souvent ingrates et plus liées à la qualité des pianos que de la pianiste, c’est une intégrale intéressante, très contrastée, où cette excellente pianiste se montre très dynamique, au risque d’une certaine brutalité parfois : c’est le cas dans le premier mouvement de cette version de la trentième sonate, dont la poésie n’est pas la vertu première, notamment dans son premier mouvement.
• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°31, opus 110
Emil Gilels, piano – 1985 *****
La dernière rencontre du pianiste avec une sonate de Beethoven, puisqu’il devait décéder quelques semaines après cet enregistrement, laissant une intégrale en cours, d’un niveau exceptionnellement élevé, inachevée. Tout est à saluer dans cette version : la légendaire sonorité « d’or » du pianiste qui s’exprime pleinement dans le chant du premier mouvement ou dans l’arioso du troisième mouvement, la maîtrise polyphonique exemplaire da la fugue finale –Adagio ma non trop – Fuga ; cf.extrait : la fugue débute à 3:58-, l’énergie sarcastique du court mouvement central… Un immense disque !
• Ludwig Van Beethoven – Sonate pour piano n°32, opus 111
Rudolf Serkin, piano – 1987 ****
J’avais acheté ce disque dès sa sortie, tant les critiques en France étaient dithyrambiques, et ma déception option fut proportionnelle à leurs éloges ! Je ne doute pas que l’événement fut d’ampleur : un pianiste de renommée mondiale de 85 ans donnant les trois dernières sonates de Beethoven en concert, peut-être pour la dernière fois, cela constitue un événement en soi. Mais ce qu’il en reste au disque mérite d’être ensuite relativisé : l’engagement du pianiste et sa maîtrise intellectuelle des partitions ne font pas défaut, mais il arrive à la 32ème sonate assez éreinté –on peut le comprendre avec un tel programme– et son premier mouvement est plutôt heurté rythmiquement, pas vraiment parfait techniquement, et j’ai connu ailleurs « Arietta » plus engageante en termes de sonorités. Lue a posteriori, la presse internationale ne s’y est pas trompée, réservant le plus souvent un accueil moins favorable que la presse spécialisée française.

