Dimanche à l’opéra – L’Orfeo, de Claudio Monteverdi
Cette séance dominicale à l’opéra me conduit aux racines du genre lyrique, puisque « L’Orfeo » de Claudio Monteverdi est réputé être le premier opéra, ou dramma per musica, jamais composé. C’est en tout cas le premier véritable chef-d’oeuvre du genre qui soit resté dans l’histoire. La version écoutée ce dimanche est celle enregistrée par Nicolaus Harnoncourt en 1968. –Cliquer sur l’image pour la voir en plus grand-.
L’oeuvre, en cinq courts actes, fut composée vers 1607 pour la cour du duc de Mantoue, où elle fut représentée la même année pour la première fois. La première édition de la partition par le compositeur date de 1609. Auparavant, cependant, des pièces de camerata fiorentina se donnaient déjà pour objectif de recréer la tragédie grecque antique avec un support musical.
Le livret est d’Alessandro Striggio, qui s’est inspiré des « Métamorphoses » d’Ovide et de « L’Énéide » de Virgile. Vous trouverez ici une très bonne notice à propos de l’oeuvre, bien plus complète et détaillée que la notule que je pourrais écrire. L’argument mythologique est par ailleurs célèbre –Orphée essaie en vain de ramener son épouse Eurydice des enfers-, même si la fin est modifiée dans l’opéra : Orphée n’est pas tué par les Bacchantes, mais transporté au ciel par Apollon.
La version de Nicolaus Harnoncourt fit sensation lors de sa sortie en 1968 parce qu’elle était enregistrée selon le courant « historiquement informé » alors naissant, et très vite dénigré comme « mouvement baroqueux » par nombre de musicographes et de mélomanes peu charitables ! Pourtant, elle n’est pas la première à utiliser des instruments d’époque : dès 1953, le compositeur Paul Hindemith créait à Vienne une version de « L’Orfeo » respectant à la lettre l’instrumentarium demandé par Monteverdi, sur instruments d’époque ou copies d’instruments d’époque.
Cette version injustement oubliée a été ressortie du purgatoire grâce à un enregistrement radio désormais publié en CD. C’est un enchantement du côté de l’orchestre. En revanche, pour Hindemith, une voix humaine étant une voix humaine que ce soit au 16ème siècle ou au 20ème siècle, il n’y avait pas de raison pour qu’elle ait évolué notablement, et ses chanteurs, s’ils sont bons, ne livrent pas vraiment une interprétation historiquement informée, les connaissances étant alors encore peu avancée en matière de style vocal.
Ainsi, la version de ce jour peut être considérée comme la première version complètement « HIP » d’un opéra et l’un des tout premiers disques parus selon ces préceptes. Elle demeure d’autant plus importante qu’elle est par ailleurs très réussie, tant orchestralement que vocalement ! On notera même la présence du jeune Nigel Rogers –ici un berger– qui marquera de son empreinte, quelques années plus tard, le rôle d’Orfeo –enregistrement de Jürgen Jürgens pour Archi Musik en 1974, beaucoup moins vivifiant du côté de l’orchestre malheureusement : c’est cependant par lui que j’ai découvert et apprivoisé l’oeuvre au milieu des années 80-.
Les cinq actes s’écoulent en un peu moins de deux heures, sans que l’on s’ennuie un seul instant ! Un très beau dimanche lyrique !

